Le racisme en Suisse en 2016

Zurich, 01 février 2016

La Suisse – un paradis pour néonazis?

Les mouvements de migration permanents vers l’Europe et les menaces terroristes continuent d’influencer le débat public en Suisse. En 2016, les mots-clés «politique d’emprise étrangère», «réfugiés/demandeurs d’asile», «musulmans/islamistes», «burqa/interdiction de la burqa», «néonazis» et «extrémisme de droite» ont dominé les débats dans les médias.

Depuis 40 ans, le baromètre des préoccupations de Credit Suisse (CS) nous renseigne sur l’état d’esprit qui règne en Suisse. En 2016, ce fameux baromètre a fêté un anniversaire et au total 1010 citoyens suisses ont été interrogés sur leur ressenti actuel. «Les principales préoccupations des Suisses semblent moins inquiétantes et ils sont globalement plus optimistes», écrit CS. Le chômage et le chômage des jeunes ainsi que la question des étrangers et des réfugiés restent toutefois les principaux sujets de préoccupation de la population.

La peur de l’étranger reste tenace et les ressentiments xénophobes sont toujours latents comme le montrent les innombrables commentaires et publications dans les réseaux sociaux ou dans les articles de journaux en ligne parus l’an dernier. Les éléments déclencheurs ont été les attaques terroristes (notamment à Nice et à Berlin) et la problématique persistante de la question des réfugiés en Europe. Les débats autour de la mise en œuvre de l’initiative d’immigration de masse a également suscité des débats houleux et explosifs.

La chronologie des incidents racistes que la GRA publie en collaboration avec la Société pour les minorités en Suisse (GMS) a fait état en 2016 d’un nombre d’incidents similaire à 2015.

Il est important de noter que ce nombre est représentatif dans la mesure où la chronologie des incidents indiquée est celle qui est publiée dans les médias. Il s’agit d’une surveillance des médias permettant de se faire une image de l’ambiance générale en Suisse n’ayant toutefois pas la prétention d’être exhaustive sur le plan statistique.

Les chiffres réels relatifs aux incidents racistes ont été en 2016 également très élevés. La GRA et la GMS ont par exemple reçu presque quotidiennement des messages de victimes d’incidents racistes ou des signalements de violation de la législation contre le racisme. Cela concernait souvent Internet et/ou les réseaux sociaux et n’a par conséquent pas été pris en compte dans la chronologie.

Les incidents n’étant pas mentionnés dans les médias sont publiés chaque année par le «Réseau de centres de conseil pour les victimes du racisme» (coordonné par l’association humanrights.ch et la Commission fédérale contre le racisme – CFR) dans le cadre d’un rapport sur les incidents racistes traités dans le cadre de consultations. Dans ces rapports, les histoires de cas saisies dans une base de données commune de manière anonyme par des centres de conseil affiliés, sont évaluées. Par ailleurs, la CFR publie également au début de l’été, un rapport annuel relatant les décisions et les jugements rendus sur le plan national et international en matière de discrimination raciale dans différents domaines de l’existence.

 

 

Extrémisme de droite

En octobre 2016, 5000 néonazis venus de toute l’Europe se sont retrouvés à Unterwasser dans le canton de Saint-Gall pour un concert. Cette manifestation fut suivie d’un cri d’indignation. Depuis, le milieu de l’extrême droite en Suisse est de nouveau sous les feux de la rampe. Le parti nationaliste Suisse, PNOS, tente par ailleurs de profiter du climat actuel: Au cours des derniers mois, le parti a organisé d’autres rencontres essayant en collaboration avec des représentants d’extrême droite suisses et étrangers et a tenté de présenter la Suisse comme un «paradis pour néonazis». Le PNOS s’est adonné ici au jeu du chat et de la souris avec les forces de l’ordre.

Après le concert néonazi d’Unterwasser, la GRA a déposé une plainte auprès du Ministère public compétent de Saint-Gall. Le but était de clarifier si lors de ce concert, les organisateurs ou les groupes qui s’y sont produits n’avaient pas enfreint l’article 261bis du CP.

Le but était également de lancer un débat et de sensibiliser les autorités suisses à la problématique de l’extrême droite. Les décideurs politiques impliqués (p. ex. les départements cantonaux de la justice et de la sécurité) doivent examiner en amont de manière critique les demandes qui leur sont soumises pour ce type de manifestations et travailler en collaboration avec les autorités fédérales afin de ne plus être dépassés par ce type de manifestations et leur ampleur comme cela a été le cas à l’issue du concert d’Unterwasser de Saint-Gall comme l’ont laissé entendre les autorités.

En raison de l’actualité, la GRA et la GMS publient cette année un article phare sur le thème de l’extrémisme de droite en Suisse: Fabian Eberhard, journaliste au «SonntagsZeitung» et expert en matière d’extrême droite, y explique les milieux d’extrême droite en Suisse et la manière dont ils se présentent actuellement. (Rapport d’approfondissement: L’extrémisme de droite en Suisse)

Antisémitisme

La Fédération suisse des communautés israélites, FSCI, qui collecte les incidents antisémites a enregistré 24 incidents en Suisse alémanique en 2016. Ceci n’inclut pas les déclarations antisémites proférées sur Internet. Les incidents graves ont impliqué une menace de mort, une tentative de chantage et deux actes antisémites. Vous pouvez consulter le rapport en intégralité sur www.antisemitismus.ch.

 

Islamophobie

Au cours de l’année dernière, les médias ont également rapporté divers incidents impliquant des discriminations et des insultes envers les musulmans en Suisse ainsi que des incitations à la haine contre les musulmans, les demandeurs d’asile et les réfugiés de manière générale.

L’Association des organisations islamiques de Zurich (VIOZ) a rapporté que le nombre d’incidents contre les musulmans avait de nouveau augmenté en 2016, ce, après qu’en 2015 le nombre d’incidents signalés ait déjà augmenté par rapport à l’année précédente.

La VIOZ a par ailleurs rapporté que les musulmans de Suisse faisaient plus particulièrement l’objet de discrimination et de racisme dans les domaines suivants: sur la voie publique (p. ex. violence contre les femmes portant le foulard), dans la recherche de logements (dans un cas publié, l’annonce stipulait déjà expressément que les musulmans étaient indésirables), dans la recherche d’emploi ou dans la recherche d’espaces de prière (mosquée). La privation de carrés musulmans dans les cimetières est également mentionnée. (La GMS a en 2014 à ce sujet publié une brochure d’information comportant des faits, des arguments et des points de vue ainsi que des fondements juridiques http://gms-minderheiten.ch/fr/projets/carres-musulmans/brochure/.)

Par ailleurs, les organisations musulmanes en Suisse reçoivent presque quotidiennement des lettres de menace et de haine et ont à ce titre porté plainte l’an dernier à plusieurs reprises.

Les organisations musulmanes décrivent un climat encore plus agressif et de rejet encore plus marqué envers les musulmans que les années précédentes.

Les débats sur l’interdiction du port de la burqa dans tout le pays se sont poursuivis en 2016 et il existe toujours une initiative qui collecte des signatures en faveur de cette interdiction. Le Tessin est le premier canton à avoir avoir voté une loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, entrée en vigueur le 1er juillet 2016. Les affiches de burqa de l’UDC récemment placardées dans le cadre de la votation sur la naturalisation facilitée des étrangers de la troisième génération continuent à entretenir les craintes et les préjugés au sein de la population.

 

Djihadisme

Comme l’écrit le Service de renseignement de la Confédération (SRC), la menace s’est encore accrue au cours des derniers mois en raison du terrorisme djihadiste. Cela est principalement dû au fait que ‹l’État islamique› envoie des personnes en Europe dans le but de perpétrer des attentats terroristes.» Parallèlement, le nombre d’interdictions d’entrée sur le territoire augmente en raison du djihadisme. L’Office fédéral de la police (Fedpol) a prononcé en 2016 entre janvier et fin octobre, 26 interdictions d’entrée sur le territoire de djihadistes comme l’ont indiqué les médias. L’année d’avant, ce chiffre était de 17 et au cours des trois années précédentes de 13 au total. Fedpol prononce ces interdictions en concertation avec le SRC «en vue de garantir la sécurité intérieure et extérieure».

Comme les experts l’écrivent également, on observe depuis plusieurs années également en Suisse une hausse de la radicalisation. Récemment, la mosquée An’Nur de Winterthour a fait les gros titres à ce sujet.

Le SRC écrit dans son rapport de situation 2016 que les «Des personnes radicalisées et prêtes à faire usage de violence pourraient, en Suisse aussi, passer à l’acte ou utiliser notre pays pour préparer des attentats visant d’autres États.»

 

Antitziganisme

En 2016, la chronologie fait état de 4 mentions concernant les gens du voyage en Suisse. Dans un cas, l’épisode a concerné des gens du voyage suisses ayant été chassés d’un emplacement à Waldkirch (SG) par des représentants communaux alors qu’ils disposaient d’un contrat valide avec le fermier local et qu’ils respectaient les prescriptions imposées. Dans un autre cas, la société pour les peuples menacés (SPM) a porté plainte fin juin contre un membre du Conseil municipal UCD de Lyss ayant eu des propos méprisants vis-à-vis des populations sinti, rom et yéniche. La SPM a par ailleurs envisagé d’engager des poursuites contre un membre du Conseil municipal de Bienne appartenant aux écologistes libéraux ayant affirmé que les Roms n’étaient pas un «peuple normal».

En 2016, de nombreux rapports ont été publiés dans les médias faisant état du manque d’emplacements pour les populations yéniche et sinti. Les cantons ont encore du mal à mettre suffisamment d’emplacements à disposition même s’ils y seraient légalement tenus. Régulièrement les citoyens refusent les sites proposés en opposant des arguments divers.

Il y a toutefois eu une nouvelle positive à signaler: pour la première fois, le Conseil fédéral a officiellement reconnu les Yéniches, les Sintis et les Roms comme faisant partie de la diversité culturelle suisse. Par ailleurs, il a publié fin décembre l’ébauche d’un plan d’action visant l’«Amélioration des conditions de vie nomade et promotion de la culture des Yéniches, des Manouches et des Roms.» Cela doit permettre de formuler des propositions d’amélioration notamment en matière d’emplacements pour les gens du voyage, d’éducation et de culture.

Profilage racial

En 2016, il a largement été question dans les médias de «profilage racial». Le terme vient des États-Unis et qualifie une intervention des autorités et bien souvent de la police, basée sur des critères d’apparence et des stéréotypes (délit de faciès). Une personne est considérée comme suspecte et arrêtée ou fouillée sur la base de critères d’appartenance ethnique, de couleur de peau ou de religion et non pas en fonction de moments de suspicion concrets.

L’institut de sondage et d’étude de marché Demoscope a mené en 2016 à la demande de la police municipale de Zurich un sondage représentatif au sein de la population sur le thème du sentiment de sécurité subjectif dans la ville. En dépit d’une opinion fondamentalement positive de la population envers la police municipale, près d’un tiers des personnes interrogées a toutefois déclaré que la police ne traitait pas tout le monde de la même manière. Cela vaut selon les personnes interrogées plus particulièrement pour les personnes au teint basané ou dont l’apparence indique qu’elles sont étrangères.

La chronologie n’a toutefois en 2016 enregistré aucun cas de «profilage racial», les chiffres réels sont toutefois probablement très élevés car les personnes concernées ne se tournent pas vers les médias. Un cas porté à la connaissance des médias en 2016 remonte déjà à sept ans plus tôt mais n’a été jugé devant le tribunal que fin 2016. Un homme de couleur a refusé de se soumettre à un contrôle d’identité dans un tram à Zurich. La situation a ensuite dégénéré et des coups ont été portés par les policiers selon le rapport du Ministère public. L’homme a alors porté plainte. Le Ministère public de Zurich a mené l’enquête et a suspendu la procédure à deux reprises. Les policiers auraient rapporté de manière unanime que les violences seraient parties du plaignant. Les moyens employés étaient totalement justifiés. L’homme a porté l’affaire jusque devant le tribunal fédéral Ce dernier a décidé qu’il n’était pas certain que les policiers soient hors de cause et a décidé de renvoyer l’affaire en novembre 2016 devant le tribunal de district de Zurich.

 

Prévention contre le racisme dans les écoles

Des études scientifiques ont montré que la prévention contre le racisme chez les enfants était une mesure efficace pour lutter durablement contre les préjugés, la xénophobie et le racisme. En collaboration avec l’Institut Marie Meierhofer pour l’enfant, la GRA a lancé il y a plusieurs années, un projet de prévention contre le racisme chez les enfants des jardins d’enfants. Concrètement, les établissements prenant en charge de jeunes enfants non scolarisés reçoivent des «boîtes de la diversité» visant à développer la tolérance chez les jeunes enfants (http://gra.ch/bildung/fruehkindliche-bildung).

Par ailleurs, la GRA a également développé un outil d’e-learning: L’outil web interactif nous permet de transmettre d’une manière moderne et en suscitant l’intérêt des jeunes une connaissance des expressions historiquement chargées (http://gra.ch/bildung/e-learning-tool). L’outil d’e-learning se base sur le «glossaire de la GRA sur les expressions historiquement chargées» que nous avons mis en ligne en 2010 sur le site web de la GRA et complété avec de nouvelles notions en fonction des événements actuels (http://gra.ch/bildung/gra-glossar/begriffe). Les principaux groupes cibles de l’outil d’e-learning sont les apprentis du second cycle II (14-16 ans).

En juin 2016, la CFR a publié son bulletin «Tangram» (N° 37) sur le thème de la prévention contre le racisme dans les écoles suisses. La CFR a dressé un état des lieux de la pédagogie antiraciste en Suisse et a constaté bon nombre de choses positives mais aussi qu’il restait encore beaucoup à faire et qu’il fallait une volonté forte pour lutter contre le racisme en politique, dans les institutions et dans les écoles».

Selon «Tangram», la Suisse accuse un certain retard en matière de prévention contre le racisme comparativement aux autres pays de l’Union européenne. Comme les auteurs de la CFR l’indiquent dans leur bulletin, la Suisse a du mal à ancrer durablement une éducation antiraciste dans les programmes éducatifs officiels de l’école obligatoire.

Par ailleurs, les cursus de formation des enseignants permettent certes de thématiser le racisme, toutefois uniquement dans un contexte d’envergure de diversité culturelle et de tolérance et sans confrontation directe ou débats critiques avec les aspects du rejet de l’autre et des comportements racistes. Dans le cadre de la formation des futurs travailleurs sociaux, la haute école de Lucerne se distingue. Elle propose depuis l’automne 2016 un module intitulé «Exclusion, racisme et extrémisme de droite» dans les cursus proposés.

Les villes et les communes doivent faire face dans les écoles à l’assimilation d’un nombre croissant d’enfants d’origine immigrée. La lutte contre le racisme dans les écoles est par conséquent plus urgente que jamais. La GRA s’efforce par conséquent à soutenir des projets promouvant à long terme la prévention contre le racisme.

GRA/GMS, Mars 2017

Rapport d’approfondissement: L’extrémisme de droite en Suisse

Zurich, 01 Janvier 2016

L’extrémisme de droite en Suisse

Après le grand rassemblement d’extrémistes de droite européens dans le canton de Saint-Gall en octobre dernier, nombreux se sont demandé, à juste titre, si nous n’assistions pas à une nouvelle montée en puissance des néonazis. Fabian Eberhard, spécialiste de l’extrême droite, se veut rassurant. Ses arguments: en Suisse, les structures d’extrême droite ne progressent pas et ne séduisent pas plus de jeunes qu’avant.

 

Par Fabian Eberhard

 

Le lendemain matin, les néonazis célébraient leur grand rassemblement sur Facebook: «Je suis fier et touché de la tenue de cette manifestation chez nous, en Suisse», écrit un utilisateur. «Nous avons enfin pu rendre légalement hommage à Hitler», vocifère un autre.

 

Quelques heures plus tôt, dans la soirée du 15 octobre 2016, plus de 5000 partisans d’extrême droite s’étaient réunis dans le canton de Saint-Gall. Dans la salle des fêtes et de tennis d’Unterwasser, ils ont commémoré une «Rocktoberfest» au son de grands noms de la scène européenne du rock néo-nazi, dont les groupes allemands Stahlgewitter et Frontalkraft ou encore la formation Amok, de l’Oberland zurichois.

 

Les extrémistes avaient leurré tout le monde. La commune pensait accueillir un concert de jeunes groupes suisses prometteurs. Les services de sécurité avaient parié sur la tenue de l’événement néo-nazi dans le sud de l’Allemagne. Enfin, le propriétaire de la salle n’escomptait pas plus de 600 visiteurs.

 

L’événement a mis les services de sécurité et les responsables politiques en état d’alerte. Il a aussi soulevé des questions. La menace d’extrême droite est-elle sous-estimée? La Suisse est-elle confrontée à une montée de la scène néo-nazie? Une chose est sûre: le concert d’Unterwasser est sans précédent. Le pays n’a été témoin d’aucun rassemblement comparable dans les milieux d’extrême droite ces dernières années. Concerts et manifestations du genre parvenaient difficilement à réunir plus d’une centaine de participants.

 

Prenons toutefois garde à ne pas surestimer la victoire des organisateurs d’Unterwasser. Les spectateurs venaient en grande partie de l’étranger. En Suisse, les structures d’extrême droite ne progressent pas et ne séduisent pas plus de jeunes qu’avant. Seuls quelques groupuscules tessinois et romands ont recruté une poignée de nouveaux membres en 2016. Dans l’absolu, les effectifs du mouvement en Suisse n’ont pas changé. Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) estime à près d’un millier le nombre d’extrémistes de droite prêts à faire usage de la violence. Un quart d’entre eux passent aux actes. Certains s’exercent au maniement des armes. Le SRC a connaissance de l’acquisition d’armes à feu, de leur négoce et, le cas échéant, de leur «emploi».

 

En Suisse, la majorité des extrémistes de droite provient des régions rurales, principalement des cantons de Genève, Berne, Zurich, Saint-Gall et d’Argovie. Blood & Honour et les Hammerskins suisses sont depuis des années les groupements les plus puissants. Les organisateurs du concert d’Unterwasser sont eux aussi proches de ces mouvements. Ces deux collectifs sont néanmoins dominés par les activistes d’âge moyen. Les jeunes y sont très peu représentés. De plus, ils ne parviennent pas à mobiliser leurs partisans à l’échelle nationale.

 

Bien que la scène d’extrême droite ne se soit pas développée en Suisse, on constate que les groupes existants étaient plus actifs et visibles en 2016 que les années précédentes. Le Parti nationale suisse (PNOS) surtout, qui défend une idéologie nationaliste de mouvance völkisch à l’échelle nationale, est apparu beaucoup plus souvent dans les médias. Il a organisé plusieurs rassemblements et concerts, au succès mitigé pourtant. De manière générale, on peut affirmer que les organisateurs d’événements musicaux ne parviennent pas, à l’heure actuelle, à se servir des concerts pour motiver les adeptes de la sous-culture d’extrême droite à exercer des activités politiques de plus grande portée. Ainsi, plusieurs tentatives visant à mobiliser les activistes lors de manifestations contre l’islam ont échoué l’année dernière. De même que la plupart des projets de création de sections du PNOS en Suisse orientale. Les néo-nazis de plusieurs cantons qui se sont regroupés pour constituer une «résistance nationale» ont connu le même sort. Le projet n’a pas dépassé la phase de planification.

 

En dehors des Hammerskins, du réseau Blood & Honour et du PNOS, majoritairement ancré dans le canton de Berne, plusieurs groupuscules sont actifs en Suisse alémanique. Ils se composent toutefois d’une poignée d’activistes qui les quittent rapidement et leur durée de vie est généralement courte. En mars 2016, par exemple, le Front d’action national avait fait parler de lui en collant des affiches hostiles à l’ouverture d’un foyer de réfugiés dans le Valais. Autre exemple, la communauté Avalon, völkisch et païenne, qui a organisé diverses conférences en petit comité. Une partie des membres de ces groupuscules appartiennent aussi dans d’autres organisations.

 

La popularité de certains groupes Facebook d’extrême droite est en revanche un phénomène plutôt nouveau. Les Helvetic Brothers, par exemple, se targuent de quelque 15 000 mentions «J’aime». Les paroles calomnieuses qu’ils diffusent sur la Toile contre les musulmans trouvent manifestement un écho favorable auprès d’une partie de la classe moyenne. Précisons cependant que seuls quelques partisans isolés de ces groupes franchissent le pas en dehors du monde virtuel. Ils étaient seulement quelques dizaines à participer à la première rencontre et aux distributions de tracts des Helvetic Brothers en 2016.

 

Alors que les attentats islamistes et la délicate situation de l’immigration ont profité aux mouvements d’extrême droite dans les pays voisins, les groupements suisses n’en ont pas tiré avantage. Bien qu’ils abandonnent eux aussi leurs revendications politiques traditionnelles telles que l’antisémitisme en faveur de l’islamophobie et de l’opposition à l’accueil des réfugiés, le succès n’est pas au rendez-vous. L’une des raisons de cet échec est que l’UDC, premier parti du pays et force politique acceptée dans la société, fait ouvertement siens, depuis des années, des éléments de l’argumentation xénophobe. Ce faisant, il s’accapare de potentiels extrémistes de droite.

 

Les exactions perpétrées par les extrémistes de droite restent des cas isolés. Cette mouvance n’en reste pas moins dangereuse. Les actes de violence isolés de néo-nazis peuvent se produire à tout moment. Unterwasser a également montré que le milieu est capable d’organiser des fêtes internationales au nez et à la barbe des autorités, quoiqu’il ait alors besoin d’un vaste soutien de l’étranger.

 

Il ne faut pas sous-estimer la portée de tels événements. D’une part, les recettes vont tout droit dans les caisses de structures violentes implantées en Suisse et à l’étranger (le concert d’Unterwasser a rapporté plus de 150 000 francs). D’autre part, la réussite de ces événements conforte les extrémistes dans leurs idées. Quand un événement de cette taille reste sans conséquence, la scène néo-nazie en tire une fausse légitimité. Le lendemain du concert à Unterwasser, l’un d’entre eux a rédigé dans un blog: «Quelle merveille cela a-t-il dû être de voir 5000 camarades chanter les paroles de <Sieg> (victoire) du début à la fin en tendant haut le bras.»

 

Fabian Eberhard, 33 ans, journaliste d’investigation à la «SonntagsZeitung», est un grand connaisseur des milieux d’extrême droite en Suisse.

21. Mars 2017

L’extrémisme de droite en Suisse en 2005/3

Zürich, 31 Décembre 2005

Organisations politiques

Ces dernières années, les extrémistes de droite ont aussi tenté de constituer des partis politiques dans le but de participer aux élections. La plupart de ces projets ont généralement fait long feu, à l’instar du Parti national suisse (NPS) de David Mulas. Le Parti nationaliste suisse (PNOS) constitue la seule exception et s’est doté de structures solides entre-temps. Le bâlois Eric Weber, qui s’était porté candidat aux élections au Conseil national en 2003 et aux élections au Grand Conseil de Bâle-Ville en 2004 sur la liste des Démocrates suisses (DS) avec son “Action populaire contre un trop grand nombre d’étrangers et de requérants d’asile dans notre patrie”, n’a pas exercé d’activité politique en 2005. Lors des élections de 2004, Eric Weber avait été pincé alors qu’il tentait d’acheter des voix. Il peut se targuer d’une longue carrière dans les milieux d’extrême droite. En 1986, il a été élu au Grand Conseil sur la liste de l’Action nationale, où il s’est rapidement fait remarquer par son impertinence. Après son exclusion du Grand Conseil, il s’est installé pendant plusieurs années en Allemagne, où il a tenté de se lancer dans le journalisme. Il a déjà été jugé au début des années 90 pour falsification de documents.

A la fin décembre 2005, le Parti nationaliste suisse (PNOS) a annoncé qu’il présenterait deux candidats aux élections du Grand Conseil de Berne, à savoir Dominik Lüthard, musicien du groupe d’extrême droite “Indiziert” et Tobias Hirschi, qui est déjà municipal à Langenthal. Ce petit parti a remporté deux succès électoraux au cours des vingt-quatre derniers mois : Tobias Hirschi a été élu au conseil communal de Langenthal en octobre 2004, toutefois avec un taux de participation très faible, alors que Dominic Bannholzer a été élu à l’exécutif de la petite commune soleuroise de Günsberg au printemps dernier. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce sont les deux premiers extrémistes de droite à avoir été élus sur une liste d’extrême droite. En 2003, Ralph Aschwanden n’avait obtenu dans le canton d’Argovie que 0.13 % des voix aux élections du Conseil national.

Le PNOS tient aussi une boutique en ligne, dont l’adresse est une case postale à Interlaken. L’offre de produits est cependant restreinte et englobe un drapeau et un insigne du PNOS, les anciens numéros encore disponibles de la revue du parti intitulée “Zeitgeist” (L’esprit du temps), ainsi que huit livres, dont celui de Luzi Stamm, conseiller national de l’UDC, une brochure du révisionniste romand Philipp Brennenstuhl et le “Guillaume Tell” de Friedrich Schiller. A la fin 2005, le parti distribuait aussi l’”Agenda 2006 de la résistance nationale”, qui contient notamment des portraits de représentants du Troisième Reich.

Le PNOS a été constitué à Liestal au début de septembre 2000. Son premier président était Sacha Kunz, ancien membre de l’organisation skinhead raciste Blood and Honour ; Jonas Gysin en assurait alors la vice-présidence. Le premier programme du parti prônait notamment l’exclusion des étrangers du système des assurances sociales et le versement d’allocations familiales aux familles suisses exclusivement. Un programme en vingt points publié ultérieurement contient aussi des allusions directes au programme de l’ancienne NSDAP, par exemple concernant la question de la qualité de citoyen : selon les revendications du PNOS, seules les personnes “qui font partie du peuple ou qui en sont si proches de par leur origine et leur culture que leur intégration ne pose pas de problème” peuvent être considérées comme des citoyens. Le PNOS veut une “Europe européenne” et “le renvoi rapide des étrangers d’une autre culture dans leur pays d’origine”. Le parti réclame également l’abrogation de la norme pénale antiraciste, notamment au profit des négationnistes de l’holocauste. Il se propose en outre d’abolir “l’économie partisane” et de nationaliser les médias et le soutien aux familles exclusivement au profit “des indigènes”, c’est-à-dire des citoyens suisses. Au printemps 2005, l’Office d’instruction pénale d’Aarau a condamné l’ancien président du PNOS Jonas Gysin ainsi que trois autres membres de la direction du parti à payer des amendes pour discrimination raciale, dans la mesure où le programme du PNOS constitue “une insulte collective aux étrangers”. Les condamnés ont fait appel en première instance. Jonas Gysin a démissionné un mois plus tard ; depuis lors, le parti est dirigé par Dominic Bannholzer, Denise Friederich, Andrè Gauch, Michael Haldimann et Adrian Spring.

A la fin 2005, le PNOS avait des sections dans les cantons d’Argovie, Berne, Fribourg et Soleure ainsi qu’une antenne à Langenthal. Denise Friedrich, la responsable des relations du PNOS avec les médias a affirmé dans une interview que le parti comptait plusieurs centaines de membres. Ces indications ne sont pas vérifiables. Il n’est pas non plus possible de prédire avec certitude à quel rythme le PNOS pourrait créer de nouvelles sections cantonales. A la fin 2005, Stephan Wüthrich, le représentant du PNOS à Langenthal a expliqué dans le cadre d’une interview pour un forum d’extrême droite que “le parti dispose d’un réservoir de membres potentiels en Suisse centrale et à Zurich et que l’établissement de nouvelles sections n’est qu’une question de temps. Mais nous accorderons la priorité aux élections au Grand Conseil ces prochains temps, car elles revêtent davantage d’importance.”

Conclusion : en l’espace de cinq ans, le PNOS est parvenu à mettre sur pied des structures stables en dépit de changements fréquents à la tête du parti. En outre, il est désormais en mesure de présenter des candidats aux élections locales et cantonales. Pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale, un parti d’extrême droite est ainsi parvenu à participer continuellement pendant un certain temps à la politique institutionnalisée. Son objectif avoué est un “socialisme fédéral” non expansionniste, mais présentant de nombreuses similitudes avec le national-socialisme et le fascisme italien du point de vue économique et social.

Des cadres d’extrême droite à l’armée

Le 1er août, Samuel Schmid, président de la Confédération et chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et du sport (DDPS) a quitté la prairie du Grütli visiblement irrité. Peu après, le DDPS a fait savoir qu’il recherchait les extrémistes de droite dans ses rangs et infligerait éventuellement des sanctions : “Les personnes qui affichent des convictions d’extrême droit n’ont pas leur place dans l’armée”. Le service de lutte contre l’extrémisme dans l’armée a notamment été chargé de procéder à des vérifications concernant l’obligation de servir, l’incorporation et le grade militaire d’extrémistes de droite notoires. Il s’agissait déterminer si des extrémistes de droite sont astreints au service militaire, si l’on compte des cadres parmi eux et s’il en résulte un risque pour la sécurité. “L’armée veut éviter que des personnes défendant de telles opinions obtiennent de l’avancement, occupent une position de cadre et puissent ainsi propager leurs convictions”, a précisé M. Sievert. Des mesures adéquates seront prises si le service identifie des personnes qui constituent un risque pour la sécurité. Ces dernières seront mutées dans un domaine non sensible ou exclues de l’armée.

Les mesures annoncées n’ont pas été concrétisées, mais démenties : au début du mois de décembre, le chef du DDPS Samuel Schmid a expliqué qu’il n’était pas possible, à défaut de bases légales et d’une définition claire des critères de jugement, d’exclure une personne du service militaire en raison de ses activités extrémistes dans le civil. L’intervention du conseiller national socialiste lucernois Hans Widmer était motivée par divers articles de presse, selon lesquels des extrémistes de droite auraient fait carrière dans l’armée en qualité de sous-officier ou d’officier. Parmi eux se trouvaient des personnes qui avaient été jugées pour avoir agressé des personnes appartenant à des minorités.

Mais l’armée suisse est aussi multiforme. Les hommes et les femmes qui accomplissent leur service militaire se distinguent au niveau de leurs croyances religieuses, leur couleur de peau et leur orientation sexuelle. Chacun d’eux doit avoir la certitude qu’il ne sera pas harcelé, brimé ou discriminé pour des motifs religieux, raciaux ou sexuels. Ce droit n’est pas garanti avec des sous-officiers et des officiers se réclamant de l’extrême droite.

Tel n’est visiblement pas encore le cas. A la mi-août 2005, deux sous-officiers et deux recrues de l’école de recrues d’Isone ont proféré, lors d’une marche, des propos comme “tous les juifs et les nègres devraient être exterminés.” Les quatre militaires se sont également fait remarquer pour avoir fait usage du salut hitlérien. Onze recrues se sont plaintes au commandant de l’école, qui a immédiatement renvoyé ces quatre militaires et ordonné une enquête. Fort bien ! Mais le juge d’instruction militaire a estimé que ces déclarations ne constituaient pas une violation de la norme pénale antiraciste, dans la mesure où elles avaient été faites dans le cadre privé d’une compagnie. Marcel Alexander Niggli, l’auteur du commentaire juridique relatif à la norme considère cette décision comme totalement „erronée”. Le commandant de l’école responsable n’a cependant pas donné suite à la proposition du juge d’instruction et ordonné une enquête. Il n’en reste pas moins que ce jugement est révélateur de l’attitude de l’armée à l’égard des extrémistes de droite.

Opposition nationale extraparlementaire (Napo)

En 2005, l’Opposition nationale extraparlementaire (Napo) n’a fait parler d’elle qu’à deux reprises, lors d’une manifestation organisée à Schaffhouse et une autre à Aarau. Le soir du samedi 12 mars 2005, environ 150 extrémistes de droite ont défilé dans les rues désertes de Schaffhouse, d’abord sans vraiment attirer l’attention du public. Bernhard Schaub, l’instigateur de la NAPO, a fait un discours et les participants ont distribué des tracts aux rares passants. Selon ce document, la Suisse ne serait pas gouvernée par le peuple, mais – comme tous les pays occidentaux – “par un groupuscule de la mafia internationale” et que “ces criminels internationaux de l’argent apatride ont mené deux guerres mondiales contre l’Allemagne avant d’ériger leur domination planétaire sur les ruines de l’Europe”. Ils seraient aussi bien les “maîtres du capitalisme” que du communisme et représenteraient “le véritable impérialisme étranger”.

Le 30 avril, une cinquantaine d’extrémistes de droite ont répondu à l’appel de la Napo – adressé uniquement aux membres de l’organisation – et participé à une manifestation surprise à l’occasion de la fête du travail. Bernhard Schaub a tenu un discours violemment antisémite. La police cantonale argovienne n’a pas coupé court à ces propos incendiaires, mais a ouvert après coup une procédure pénale pour violation de la norme antiraciste.

L’Opposition nationale extraparlementaire (NAPO) a fait parler d’elle pour la première fois en 2003. Selon son “programme d’action”, l’objectif de la NAPO est “de perturber le pouvoir des médias dans notre système politique et de préparer un changement de pouvoir en Suisse dans l’esprit d’un état populaire”. Cela implique notamment l’expulsion des résidents de provenance non européenne, car la NAPO considère les “personnes d’une autre culture et d’une autre race qui vivent dans notre pays et en Europe comme des occupants civils”. Le programme précise que “la NAPO se mobilise pour le rapatriement des personnes d’autres races et d’autres cultures”. Parmi ses “visions”, le parti évoque des familles nombreuses de race blanche. Il s’agit donc clairement d’un texte raciste. En 2003 et en 2004, d’autres tracts ont été distribués dans divers endroits en Suisse alémanique, où ils n’ont guère suscité d’attention.

Négation de l’Holocauste

Les révisionnistes nient trois faits historiques patents : premièrement, qu’un plan destiné à éliminer les Juifs d’Europe ait été élaboré, deuxièmement que des chambres à gaz aient été construites pour éliminer les victimes et, troisièmement, que la persécution des Juifs par les nazis s’est soldée par la mort de près de six millions d’entre eux. En 2005, l’Internationale négationniste a visiblement perdu terrain. Si divers de ses représentants, comme le Français Robert Faurisson, se plaignent depuis plusieurs années de la crise qui frappe la scène révisionniste , une grande partie de son infrastructure n’a cependant été paralysée qu’à la fin de l’automne 2005. Avec l’arrestation et l’extradition de Germar Rudolf, le plus grand éditeur bilingue est devenu inactif, tout comme le principal magazine révisionniste disponible en langues allemande et en anglaise ainsi que le site Internet le mieux documenté. Même si des déclarations de politiciens iraniens sont volontiers citées, par exemple celles du président Mahmoud Ahmadinejad récemment élu, elles ne constituent pas une preuve d’une collaboration plus étroite entre les négationnistes et les islamistes.

La première apparition publique des révisionnistes suisses remonte au début des années 90. Lors de la campagne référendaire en relation avec l’introduction de la norme pénale antiraciste, les quatre principaux représentants du mouvement Jürgen Graf, Arthur Vogt, Andres J. Studer et Bernhard Schaub se sont d’abord organisés dans le cadre de la Communauté de travail pour lever le tabou de l’histoire contemporaine (Arbeitsgemeinschaft zur Enttabuisierung der Zeitgeschichte – AEZ), rebaptisée ultérieurement Communauté de travail pour les recherches sur l’histoire contemporaine (Arbeitsgemeinschaft zur Erforschung der Zeitgeschichte – AEZ). L’AEZ a réduit ses activités à partir du milieu des années 90, sur quoi les révisionnistes suisses alémaniques se sont alliés avec leurs collègues suisses romands au sein de l’association Vérité & Justice.

L’édition de décembre 2005 de la publication „Courrier du continent” de Gaston Armand Amaudruz contenait une communication de l’association „Vérité et Justice”, selon laquelle son secrétaire général René-Louis Berclaz était sorti de prison après 344 jours de détention. René-Louis Berclaz réfute la norme pénale antiraciste et donc aussi son obligation de contrôler les informations – inspirées selon lui du “Protocoles des sages de Sion”.

Le fait est que l’association „Vérité et Justice” (dissoute en mars 2002 par le tribunal du district de la Veveyse à Châtel-Saint-Denis) n’a, pour la première fois en 2005, pas exercé d’activités dignes d’être mentionnées. A la fin 2005 “Vérité et Justice” n’avait d’ailleurs plus de site Internet. Jürgen Graf, l’ancien président de l’association, n’est plus actif en Suisse. Il s’est exilé afin d’échapper à une peine de prison de quinze mois et vit aujourd’hui en Russie. L’automne dernier, un comité de soutien a cependant annoncé la publication, au printemps 2006, d’un livre contenant des articles déjà parus et des textes inédits et fait une demande des dons dans ce sens.

Le dernier projet de Bernhard Schaub semble également motivé par des considérations politiques. Il a ouvert un centre de “gymnastique nordique” à Dornach, au siège du mouvement anthroposophique. Cette gymnastique est qualifiée de nordique parce qu’elle correspond aux “mouvements corporels des populations d’Europe centrale et des pays nordiques”. Elle se fonde sur les méthodes développées par Graf Fritz von Bothmer et Hinrich Melau. Graf F. von Bothmer était un anthroposophe et Hinrich Melau est le fondateur d’une “gymnastique allemande” qui était très populaire auprès de l’association des jeunes filles allemandes sous le Troisième Reich.

Bernhard Schaub

En Suisse, les apparitions publiques de Bernhard Schaub sont restées rares en 2005 et l’Opposition nationale extraparlementaire (Napo) dont il est le fondateur n’a fait parler d’elle qu’à deux reprises. C’est lui qui a pris la parole aussi bien à Schaffhouse qu’à Aarau. Contrairement aux années précédentes, il n’a pas usé du mégaphone lors du rassemblement d’extrême droite du 1er août à Brunnen, bien qu’il était présent sur le site selon des témoins. Mais Schaub a été actif en Allemagne. Il a fait plusieurs apparitions publiques en compagnie du révisionniste Horst Mahler, par exemple à la fin février 2005 au “Collegium Humanum” à Vlotho dans le nord de l’Allemagne, où les deux acolytes ont présenté un exposé intitulé “L’Allemagne, le Reich de la liberté” ou “L’avenir de la démocratie est sa disparition”, visiblement dans le but de mettre sur pied un mouvement du Reich. Schaub et Mahler étaient également présents à Vlotho en novembre, à l’occasion d’une réunion de l’”Union pour la Réhabilitation des Persécutés de la Négation de l’Holocauste”, dont Schaub assure la présidence depuis la création du mouvement en 2003. Quelques jours auparavant, il avait assisté à l’ouverture du procès contre le révisionniste Ernst Zündel à Mannheim. A la fin octobre 2005, Schaub a animé avec Horst Mahler dans la ville thuringeoise de Mosbach bei Eisenach un séminaire du “Mouvement du Reich”, dont l’objectif d’apprentissage – selon un participant – était de faire évoluer le “réflexe de distanciation” habituel que l’on rencontre dans des milieux nationaux lorsqu’on mentionne le nom d’Adolf Hitler”. A cette occasion, Bernhard Schaub a parlé de “l’esprit du peuple” et rappelé qu’Hölderlin avait évoqué avec passion “le génie allemand, l’esprit du peuple allemand”, qui “s’est cristallisé cent vingt ans plus tard dans Adolf Hitler”.

Depuis son nouveau domicile de Dornach, Berhard Schaub – actuellement l’unique extrémiste de droite suisse dont le rayonnement dépasse les frontières du pays – continue d’éditer son bulletin “WotansWort”, même si le lien avec le site Internet du Napo n’est plus actif depuis un certain temps. En 2005, Schaub a réédité “dans le cadre d’une impression privée pour un cercle d’amis” un nombre limité d’exemplaires du livre “Gold in the furnace” (L’or des fours crématoires. Un hommage à l’Allemagne”, une apologie d’Hitler sous la plume de Savitri Devi Mukherji. Cette représentante d’un ésotérisme hitlérien écrit que les chambres à gaz n’ont jamais existé sous le Troisième Reich et qualifie les déclarations des survivants des camps de concentration comme des “mensonges juifs”.

Les extrémistes de droite suisse sur Internet

En Suisse, la scène d’extrême droite ne dispose que de rares moyens de communication, en particulier de médias imprimés. Depuis quelques années, elle est capable de maintenir sur Internet des “portails d’information” qui commentent plus ou moins régulièrement les événements actuels et diffusent parfois des communiqués de presse d’organisations d’extrême droite. Reste à savoir si ces portails sont utilisés en dehors de cercles restreints.

Mis à part ces portails, divers “forums de discussion” existent depuis quelques années et permettent aux personnes intéressées d’échanger leur point de vue, généralement après inscription préalable. A la fin 2005, les plates-formes de discussion suivantes étaient notamment actives : le “Forum national suisse” sur le site du revendeur de disques White Revolution, le “Forum Hammerskin”, ainsi que le forum de “Blood and Honour Suisse”, qui est essentiellement utilisé par des Suisses romands.

Freie Stimme / Altermedia Schweiz

A la mi-septembre 2005, le portail d’information “Freie Stimme”(Voix libre) a fait savoir qu’il cessait la plupart de ses activités, car la politique – “ou du moins le jeu montré au citoyen démocratique lambda” – se déroule souvent selon un scénario immuable, si bien qu’une perte de motivation est inévitable à terme. Deux mois plus tard, une autre communication a éclairé cette affirmation sous un autre jour: “Il y a une semaine, une perquisition a été conduite par trois agents de police au domicile privé de la rédaction de “Freie Stimme” ; deux ordinateurs et plusieurs supports de données ont été saisis. Une perquisition a eu lieu au même moment au domicile d’une autre personne que la police soupçonne de collaborer avec Freie Stimme/Altermedia Schweiz.”

La procédure pénale a été ouverte après la publication, à la fin mai, d’un communiqué de “Freie Stimme” au sujet de l’inauguration du mémorial de la Shoa à Berlin, dont les auteurs proposaient “que les personnes responsables de l’édification de ce mémorial réduisent un jour la taille des 2711 stèles de béton avec un marteau de façon qu’il n’en reste que de la poussière. La poussière de la plus grande humiliation de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe.” Ce communiqué a poussé un particulier à porter plainte pour violation de la norme pénale antiraciste.

Depuis la mi-2002, “Freie Stimme” publie régulièrement des commentaires sur l’actualité dans une perspective pronazie et raciste, parfois avec des connotations antisémites, parfois avec des insinuations qui laissent transparaître une certaine sympathie pour les négationnistes de l’holocauste. Alors que “Freie Stimme” commente généralement les activités du camp nationaliste conservateur sur un ton bienveillant, le conseiller fédéral Christoph Blocher a au contraire été critiqué au sujet de sa politique de migration : tout comme son parti l’UDC, il a été accusé de jouer un “double jeu”, car il aurait “répété à maintes reprises que la Suisse avait besoin des étrangers et que son économie était tributaire de l’immigration”. En d’autres termes, “Freie Stimme” estime que la politique des étrangers de Blocher et de l’UDC manque de cohérence.

Le site d’information Altermedia est toujours actif en Suisse romande. Ce portail international diffuse des informations du monde entier aux personnes de lignée européenne (World Wide News for People of European Descent). Il se targue d’être la voix de ceux qui refusent de sacrifier leur liberté d’opinion sur l’autel du politiquement correct, c’est-à-dire de toutes les mouvances nationalistes et d’extrême droite. Le site d’information interactif en langue française publie surtout les communiqués de partis comme l’UDC ou le PNOS ou de leurs représentants. En 2005, l’offre s’est cependant limitée à la diffusion de communiqués ou de textes publiés sous une autre forme. Nul ne sait qui exploite ce site suisse romand.

Altermedia Suisse et Novopress Suisse

Mis à part Altermedia Suisse, il existe un deuxième portail d’information suisse romand, à savoir Novopress Suisse, qui est également au service du combat identitaire. Les commentaires hebdomadaires signés “Saint Martin” sont particulièrement virulents. Novopress Suisse est proche de la mouvance des Identitaires et diffuse aussi les messages des Identitaires de Romandie.

Dans toutes les subcultures de jeunes, la musique joue un rôle d’identification et de valorisation, d’une part en tant que vecteur d’une certaine joie de vivre et, d’autre part, en tant que moyen de diffusion de messages politiques. Les concerts servent à cimenter le groupe et à diffuser des messages politiques, surtout lorsqu’ils sont organisés par des skinheads néonazis, car on y trouve généralement des stands qui proposent aussi bien des enregistrements que des livres/brochures ainsi que d’autres articles typiques du mouvement. Jusqu’à la publication de l’arrêt du Tribunal fédéral concernant la norme pénale antiraciste et la notion d’événement “public”, la police et le juge d’instruction considéraient les concerts skinheads néonazis comme des manifestations privées, même s’ils réunissaient plus de mille personnes et si l’annonce du concert était accessible aux journalistes.

Ces dernières années, plusieurs groupes suisses d’extrême droite se sont fait connaître du grand public ; le groupe bâlois Sturmtruppen Skinhead existe depuis plus d’une décennie, alors que le groupe de Suisse orientale “Erbarmungslos” de la mouvance Hammerskin a été créé un peu plus tard. Les membres du groupe lucernois “Dissens” se réclament également du mouvement Hammerskin. En 2005, les groupes zurichois et valaisan “Amok” et “Helvetica” ont donné des concerts, mais n’ont pas encore publié d’enregistrements, contrairement au groupe de rock patriotique “Indiziert”, le plus connu dans notre pays.

Un concert et ses conséquences

Au début, tout était sous contrôle. Quelques centaines de nazis se sont rassemblés à l’occasion d’un concert à la mémoire de Jan Stuart, le fondateur décédé de Blood and Honour. La police cantonale valaisanne a affirmé avoir conscience de sa responsabilité, même si le concert était illégal faute d’avoir été annoncé. Elle a contrôlé l’identité d’une soixantaine de personnes, sans rien constater d’illicite. Le calme régnait sur le site de la manifestation et les échos du concert n’étaient pas audibles à l’extérieur.

Dix jours plus tard, le magazine d’information “Rundschau” de la Télévision suisse alémanique DRS a diffusé un film tourné avec une caméra cachée qui prouvait de manière éclatante le caractère raciste de cette manifestation. Le groupe néonazi zurichois “Amok” a chanté des textes comme : “Aiguisez les longs couteaux sur le bitume, plantez-les dans le corps des Juifs. Le sang doit couler à flots et nous déféquons sur cette république juive.” Le film a également révélé que des enregistrements et des livres du même acabit étaient en vente sur plusieurs stands. La police cantonale valaisanne a alors ouvert une procédure pénale, notamment pour violation de la norme anti-raciste.

Conclusion : L’émission “Rundschau” a montré que les actes racistes étaient perpétrés à l’intérieur de la salle lors de concerts skinheads néonazis. Etant donné le caractère public de ces manifestations, la police devra donc interdire les réunions de ce genre à l’avenir ou les surveiller depuis l’intérieur.

En 2005, les quatre musiciens du groupe de rock bernois d’extrême droite “Indiziert” ont participé à une manifestation électorale du NPD à Bayern ainsi qu’à un concert de la section autrichienne de Blood and Honour. Sur son site Internet, la formation propose un compte-rendu de six concerts et annonce qu’elle enregistrera un nouveau CD à la fin 2005. Mais les problèmes rencontrés par le premier enregistrement “Eidgenössischer Widerstand” (résistance helvétique) sont loin d’être surmontés. Le message est clairement d’inspiration raciste, même s’il est transmis sous la forme de couplets boiteux : “Nous devons nous battre sans relâche pour une Suisse pure et blanche afin de devenir une entité forte, faute de quoi notre peuple risque de disparaître. Le temps est venu de chasser les étrangers.” En Allemagne, l’office fédéral de contrôle des médias dangereux pour la jeunesse a condamné l’enregistrement d’Indiziert, car les textes de certaines chansons “pourraient inciter au racisme”.

Indiziert

Le groupe de rock Indiziert se compose des frères Alex et Cedric Rohrbach, de Dominic Lüthard et de Benjamin Lingg. A la fin 2005, Dominic Lüthard a annoncé qu’il se portait candidat au Grand Conseil du canton de Berne sur la liste du PNOS. L’enregistrement “Eidgenössischer Widerstand” a été produit et distribué par Ulfhednirs Records, dont l’adresse postale est à Niederhasli (ZH). Ce label de disques distribue essentiellement des disques de heavy-metal NS. Le nom des propriétaires de la firme n’est pas connu à ce jour.

Le 11 juin 2005, plusieurs centaines d’extrémistes de droite se sont réunis à Ennenda, dans le canton de Glaris. La manifestation a dégénéré en bagarre générale, laquelle n’a pris fin qu’après l’intervention de la police. Selon les commentaires publiés par l’intermédiaire de divers forums d’extrême droite, les Hammerskinheads se sont pris de bec avec les skins de la mouvance Blood and Honour. Le concert avait été annoncé comme un „événement helvétique” et a été organisé par la société Ufhednirs Records domiciliée à Niederhasli dans le canton de Zurich. Il s’agit de l’unique concert d’une certaine importance mis sur pied en Suisse en 2005 par cette partie de la scène heavy metal qui affiche ouvertement sa sympathie pour le national-socialisme.

Dark Wave et Black metal NS – deux subcultures proches des courants d’extrême droite

Des courants néo-fascistes ont également été observés sur une petite partie de la scène Dark Wave/Neo-folk. Des concerts de ce genre sont organisés en Suisse, surtout en Romandie. Le Viennois Gerhard Petak (alias Kadmon) s’est par exemple produit à Yverdon à la fin octobre 2005. Gerhard Petak compte depuis des années parmi les représentants les plus connus de la scène néo-folk d’inspiration néo-fasciste. La soirée a été organisée par l’association “Soleil Noir” présidée par le lausannois Lars Kophal. L’idéologie ambivalente de Soleil Noir transparaît dans le portrait de l’association, qui affirme d’emblée être “apolitique” avant d’ajouter “nous vomissons la modernité sans racines, le matérialisme sans âme, l’ultralibéralisme destructeur, l’exploitation des travailleurs par le grand actionnariat international, la globalisation-standardisation planétaire, la grande soupe fade du multiculturalisme, l’américanisation comme la tiers-mondisation. Accessoirement, nous sommes suisses et européens et n’en ressentons ni honte ni culpabilité”. Cette approche culturelle pessimiste et centrée sur l’Europe est justifiée politiquement par des citations élogieuses de l’idéologiste fasciste Julius Evola. Une grande partie de la scène Dark Wave/Neo-folk ne se montre pas critique à l’égard de cette minorité d’inspiration néo-fasciste, et des journalistes peu critiques partagent parfois cette opinion.

Trois organisations – dont Soleil Noir – ont annoncé qu’elles organiseraient un festival de deux jours à Yverdon durant le week-end de Pâques 2006.

Vente de livres et de musique par correspondance

Jusqu’à ces dernières années, les extrémistes de droite suisses n’avaient pas d’autre choix que d’acheter des livres et des enregistrements à l’étranger. Même si une grande partie du matériel provient encore de l’étranger à l’heure actuelle (surtout de l’Allemagne), un distributeur était actif n Suisse jusqu’à l’automne 2005.

Sacha Kunz, l’ancien président du PNOS, a commencé à mettre en place une structure d’une certaine importance dès 2004. “White Revolution” devait être un distributeur de disques et un label. Selon les déclarations faites sur le site Internet, White Revolution Records se voulait un label suisse dont l’objectif avoué était de “participer à la scène musicale suisse du courant nationaliste”. Le studio d’enregistrement Swastika Records actif dans la production professionnelle de musique était rattaché à ce label.

Sacha Kunz anime aussi le “Forum National suisse” par l’intermédiaire du site de White-Revolution, lequel a été très utilisé surtout durant l’été 2005, notamment pour inviter l’extrême droite à participer au rassemblement sur le Grütli. Dans le courant de l’automne, Kunz a rebaptisé sa maison de vente par correspondance du nom plus anodin d’Helvetia Versand. L’offre n’a pas changé et est restée accessible via Internet pendant quelque temps, jusqu’à ce que la police cantonale argovienne perquisitionne au domicile de Kunz dans le cadre d’une procédure pour violation de la norme antiraciste. La clientèle de la maison de vente par correspondance s’était étoffée, comme l’a signalé l’association Antifa Berne à la mi-août 2005, lorsqu’on lui a fait parvenir la base de donnée avec plus de 150 noms de clients.

Kunz est aussi membre du duo “Die Eidgenossen”, qui a notamment participé à la mi-juillet 2005 à Baden à une manifestation de l’association “Camarades de Baden” inconnue par ailleurs. Kunz et son acolyte ont chanté la chanson raciste “Afrikalied” du groupe allemand “Landser”, comme des participants au concert – dont Kunz lui-même – l’ont fait savoir dans des forums d’extrême droite. Le duo “Die Eidgenossen” a par ailleurs publié un CD comportant trois chansons racistes accompagnées d’accords de guitare dépourvus de fantaisie, dont l’hymne du Front national.

L’offre de la librairie par correspondance Neue Zeitenwende est diffusée sur Internet depuis novembre 2005. Selon ses dires, la firme propose des livres consacrés à divers thèmes, comme “l’histoire, la culture et les usages, la politique et d’autres sujets”. En réalité, elle diffuse des livres sur les sociétés secrètes, de la littérature à la gloire des SS ainsi que des publications d’auteurs d’extrême droite comme Jürgen Schwab ou Peter Dehoust.

L’adresse de la librairie en ligne est une case postale à Flumenthal (près de Soleure) et la page d’accueil est présentée par Adrian Segessenmann à Flumenthal. Le jeune Segessenmann âgé de 26 ans est actif sur la scène d’extrême droite depuis de nombreuses années. Il a notamment participé à l’agression Hammerskin lors d’un festival de musique anti-fasciste à Hochdorf (4.11.1995) et faisait partie des organisateurs de la conférence qui a débouché sur un changement de définition concernant le caractère “public” d’un fait.

Conclusion : en 2005, le nombre des protagonistes de la scène d’extrême droite – composée pour l’essentiel de skinheads nazis – n’a certes augmenté que faiblement. Le mouvement s’est néanmoins renforcé, car il dispose désormais d’un réseau régulier d’offres sous la forme de groupes de musique, de distributeurs par correspondance d’enregistrements et de livres, de portails d’information sur Internet ainsi que d’un parti pouvant s’appuyer sur des structures solides. Mais une action en justice est encore ouverte contre le PNOS pour violation de la norme pénale antiraciste. Le tribunal de première instance de l’arrondissement d’Aarau a établi que plusieurs points du programme du parti étaient clairement racistes.

Lucerne, mi-janvier 2006 Hans Stutz

L’extrémisme de droite en Suisse en 2005/2

Zürich, 31 Décembre 2005

Cette année encore, les “crânes rasés” brillent par leur présence

L’extrémisme de droite en Suisse en 2005

Le 1er août 2005 environ 800 extrémistes de droite, dont beaucoup d’adolescents et de jeunes adultes du mouvement skinhead étaient présents sur la prairie du Grütli. Ils se sont mis à siffler, beugler et proférer des insultes lorsque l’orateur du jour, le Président de la Confédération, Samuel Schmid (UDC), a parlé d’intégration et s’est exprimé contre le racisme et l’anti-sémitisme. Les médias se sont alors abondamment emparés du sujet de l’extrémisme de droite en Suisse. Seuls les représentants du camp nationaliste conservateur, en particulier des élus de l’UDC, ont soit critiqué les journalistes, soit ont tenté de minimiser l’événement en parlant d’une “centaine de néo-nazis chahuteurs”, soit encore tenté de justifier les invectives contre le Président de la Confédération. Ainsi l’UDC du canton de Lucerne a déclaré qu’il n’était pas étonnant lors d’une telle manifestation qu’il y ait quelques interpellations et huées dans la foule”, en ajoutant qu’il s’agissait d’une grossière présomption de la presse et même d’une “cochonnerie”, de mettre tous les patriotes dans le même panier, à savoir celui des néo-nazis. Le parti cantonal de Lucerne a encore fait paraître une annonce dans laquelle il utilisait du matériel emprunté au camp de l’extrémiste de droite américain Lyndon LaRouche. Dans un autre texte du journal cantonal de l’UDC, un partisan s’appuie sur texte tiré d’une publication d’extrême-droite allemande. Dans le canton du Valais, des représentants de l’UDC on défendu la pratique des jeunes UDC du Valais de tolérer sur leur site internet des commentaires racistes et néo-nazis, ainsi que des allusions aux négationnistes de l’holocauste. Tout cela sous le prétexte que le forum des jeunes UDC était l’une des dernières plateformes de libre expression.

Un représentant de l’UDC s’était cependant exprimé de façon trop grossière au milieu des beuglements et des invectives qui fusaient sur la prairie du Rütli, ainsi qu’en témoignent certaines images de télévision. Ce jeune de 23 ans, Pascal Trost – qui en février 2005 était encore candidat UDC aux élections pour le Grand-conseil du canton d’Argovie – s’est vu exclu du parti. Encore peu avant la marche du Grütli, Trost avait posté sur sa page internet le texte suivant : “En tant que patriote, je prends part pour la 5ème fois à ce grand événement et je me réjouis une fois de plus d’y voir des Suissesses et des Suisses qui sont fiers de leur origine”. Le partisan UDC, qui était membre du “Parti suisse de la liberté” jusqu’aux élections nationales de 2003 avait donc pris part de nombreuses fois à la marche du Grütli. Présent également dans les forums d’extrême droite, il s’était fait remarquer depuis longtemps pour ses propos racistes et antisémites. Après son exclusion, son discours s’est encore radicalisé.

1er août – jour férié pour le Grütli?

Le 1er août 1996, quelques skinheads de tendance nazie sont apparus pour la première fois lors des festivités du Grütli. Ils ont fait quelques provocations avec le “salut Kühnen”, choquant au passage quelques participants à la manifestation. Mais la police a rapidement imposé silence aux perturbateurs. Les années suivantes, ils ont été toujours plus nombreux à se retrouver sur la prairie du Grütli. Des extrémistes de droite, pour la plupart des skinheads de tendance nazie, mais également des négationnistes. En 2000, ils ont sifflé le discours de l’orateur qui était cette année-là le Conseiller fédéral Kaspar Villiger. La feuille de boulevard “Blick a parlé de “L’infamie du Grütli” et la mouvance d’extrême droite a obtenu à cette occasion une importante publicité.

Mais la commission du Rütli, organisatrice de la manifestation, n’a rien entrepris contre l’appropriation progressive de la fête par la frange extrémiste, qui s’est mise à dominer graduellement la manifestation. En 2005, ce sont environ 800 extrémistes qui ont fustigés le discours du Président de la Confédération Samuel Schmid (UDC), surtout lorsqu’il a prononcé les mots “intégration”, “démocratie” et “tolérance religieuse”. La fête a pris un “caractère déplorable” écrivait même le quotidien zurichois NZZ, qui jusqu’ici avait qualifié les interventions des extrémistes comme des “chichis” inoffensifs. La présidente du comité organisateur, Judith Stamm (PDC), pourtant connue pour être large d’esprit, a déclaré à un journaliste que ces perturbations avaient “dépassé le seuil du tolérable”. Ce qui signifierait en fait qu’elle n’aurait aucune objection à la présence silencieuse des extrémistes de droite.

Pour la dixième année consécutive, les extrémistes se sont rendus au Grütli et pourtant les organisateurs ont détourné les yeux ou alors tancé les médias en prétendant qu’il s’agissait d’un affaire montée en épingle, par exemple en 2000 lorsque le “Blick” avait parlé de “L’infamie du Grütli”. Comment se fait-il que ce petit groupe de bourgeois d’honneur de Suisse centrale régissent, année après année, avec une telle naïveté aux provocations des mouvements extrémistes? Quel est l’arrière-fond idéologique et historique de cette mouvance?

“Il n’y a pas de nation suisse” affirmait l’historien André Reszler, auteur de “Mythes et identité suisse”. Et il poursuit en disant que la nation suisse est constituée de personnes qui se considèrent d’abord comme citoyens d’une commune et d’un canton, puis subsidiairement comme suisses. Cette pensée a été exprimée par plusieurs auteurs dans les décennies qui nous précèdent, mais elle évacue le fait qu’un cinquième environ des personnes qui vivent sur les 42’000 kilomètres carrés appelés “Suisse” sur la carte de l’Europe, ne peut prétendre à la citoyenneté.

La Suisse est une société qui comme d’autres est constituée de personnes (hommes, femmes et enfants) qui vivent ensemble, produisent, consomment et sont administrés par une bureaucratie. Ces personnes viennent de traditions religieuses différentes (chrétienne, judaïque, islamique, bouddhique, etc…) ou n’ont pas d’affiliation religieuse. Ils ont des situations financières très diverses, certains vivent de leur capital, d’autres travaillent. Cela va du petit paysan de montagne du Muotatal (hautement subventionné) à l’ouvrier syndiqué (à la retraite mais encore actif) qui a renoncé à la naturalisation après que les autorités confédérales lui aient signifié que son engagement politique le menait tout droit à l’échec. Il y a le banquier privé genevois vivant confortablement mais dans une discrétion toute calviniste à l’abri des regards, et l’étudiante en sciences sociale qui petite fille gardait les chèvres dans les montagnes kurdes mais qui vit depuis plus de vingt ans en Suisse et pour qui chaque déplacement hors des frontières fait l’objet de laborieuses démarches administratives.

Telle est la réalité. Mais ce qui est aussi vrai, c’est que la Suisse soigne depuis un peu plus d’un siècle une idéologie qui a pour vocation de raccommoder les ruptures sociales et politiques inhérentes à un état moderne et capitaliste. Alimentée par des mythes vieillots (Guillaume Tell, Winkelried, etc), cette idéologie est particulièrement cultivée sur le lieu de pèlerinage que représente le Grütli. Lors de la fête nationale du 1er août 2006, le Conseiller fédéral Samuel Schmid a parlé du “lieu mythique” que représente le Grütli. Or, il ne s’agit que d’un pré difficilement accessible qui appartient à la Confédération et qui est géré par la commission du Grütli. Cette commission organise des événements de prestiges comme le discours du 1er août. Samuel Schmid était d’ailleurs le premier orateur invité à n’être pas issus de la bourgeoisie de Suisse centrale.

Les radicaux, vainqueurs de la guerre du Sonderbund de 1847 et fondateurs de la Suisse moderne ont laissé aux catholiques conservateurs le soin de l’idéologie. Ces derniers ont cultivé l’image d’une Suisse des bergers, loin des villes, des usines et des immigrants. Cette image d’Epinal a été intégrée à la “défense spirituelle” de la Suisse, surtout depuis les années trente et durant la guerre: hallebardes, drapeaux suisses et géraniums aux fenêtres. Cette vision se réclame d’un isolement vis-à-vis de l’extérieur et d’un cloisonnement à l’interne. Elle a été défendue par les partis bourgeois et même une partie des socialistes, surtout durant la guerre froide, et a sous-tendu la politique officielle de la Confédération jusqu’au début des années 1990. Puis, avec l’effondrement du bloc communiste et l’ouverture vers l’extérieur (négociations avec l’UE et l’entrée dans l’ONU), cette vision est devenue obsolète.

La prairie du Grütli reste toutefois un lieu de projection idéal d’une Suisse intemporelle et vivant dans un splendide isolement. C’est pourquoi elle attire à elle les éléments les plus conservateurs ainsi que les mouvances extrémistes. Que faire? Rayer la réunion du Grütli du calendrier des manifestations du 1er août. Pas uniquement à cause des perturbations occasionnées par les extrémistes de droite, mais parce que cette manifestation incarne une image de la Suisse largement périmée. Une interdiction signifierait que ce jour-là la prairie du Grütli et son gardien auraient un jour férié et que la prairie serait interdite d’accès. Dans quelques années on pourrait toujours réévaluer la situation.

Depuis le milieu des années 80, avec la résurgences des mouvements nationaux conservateurs, la vision conservatrice mue par une tendance nationaliste (voir raciste) a imprégné bien des débats sur l’avenir de la société, qu’il s’agisse des conséquences sociales des drogues illégales ou des questions scolaires. A côté des micro-partis nationalistes, l’UDC en tant que parti gouvernemental encourage un climat de discrimination à l’aide de campagnes agressives. Dans tous les cas de figure, le camp des nationalistes conservateurs dispose d’un grand nombre d’organisations et de moyens de publications, de membres économiquement puissants ainsi que d’élus zélés, et d’un réservoir important de personnes écrivant des lettres de lecteurs. C’est ainsi que, de façon récurrente, la droite ultra-conservatrice parvient à accaparer le débat politique.

Parallèlement s’est constituée une subculture d’extrême droite, qui tout en demeurant marginale n’en est pas moins assez stable. Elle recrute ses sympathisants parmi les jeunes hommes et se compose également de “patriotes”, de skinheads à tendance nazie, de négationnistes de l’holocauste, d’activistes dans des projets politiques et de militants dans des organisations à caractère culturel et politique qui veulent mettre en avant les idées d’extrême droite en faisant un travail de promotion idéologique. Comment se présente cette mouvance idéologique en 2005?

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, certains groupuscules d’inconditionnels ont continué à véhiculer l’idéologie national-socialiste ou fasciste, comme à Lausanne Gaston-Armand Amaudruz, militant et agitateur national-socialiste depuis près de 60 ans! Mais ce n’est que dans les années 80 que s’est créée graduellement en Suisse une subculture d’extrême droite qui rallie toujours plus de sympathisants tout en restant marginale, et dont la partie émergeante a été le “petit printemps des fronts” de 1989. Le groupe proportionnellement le mieux représenté était celui des skinheads, plus précisément des skinheads se réclamant de l’idéologie nazie. Bien que se laissant difficilement organiser dans une entité politique, cette mouvance répand son idéologie via diverses manifestations, en particulier des concerts. Ce sont régulièrement des skinheads de tendance nazie qui ont été reconnus coupables des incendies de bâtiments abritant des requérants d’asile, d’attaques contre des personnes de groupes minoritaires et de propagande raciste. Les discours ont donc été suivis par des actes.

Skinheads nazis et “patriotes”

La subculture “Skinhead” est née dans les années 60 dans la jeunesse en Grande-Bretagne. Y était représentés surtout des jeunes hommes des milieux ouvriers. Ils était fans d’alcool et de football, aimaient la musique Ska des jeunes migrants jamaïcains. Ils recherchaient l’attrait de tapages occasionnels et s’opposaient aux jeunes à cheveux longs, en particulier aux Hippies et également à certains immigrants d’origine indienne. Mais ils n’étaient pas explicitement néonazis ou extrémistes de droite. C’est seulement au début des années 80, lorsque les deux partis britanniques fascistes, le National Front et le British National Party ont cherché à recruter des membres dans les stades de football qu’une mouvance skinhead s’inspirant de l’idéologie nazie s’est créée. En Suisse, les premiers Skinheads d’extrême droite sont apparus au début des années 80 à Zürich, dans le milieu des fans de football/hooligans, à l’époque en particulier le “Hardturmfront”.

Depuis plusieurs années, les skinheads suisses de tendance nazie se regroupent en sections locales ou régionales qui ne se réclament d’aucune direction commune ni même d’une appellation particulière. Plutôt milieu qu’organisation, ces skinheads sont pour l’essentiel âgés de 15 à 25 ans, ont un métier manuel, habitent dans des communes rurales ou de petites villes. Comme le formule le Service d’analyse et de prévention(SAP): ” La mouvance extrémiste de droite est constituée de petits groupements non structurés, qui entretiennent entre eux des liens lâches et dont la composition et le nom changent fréquemment.”. Quant ils en portent un. “La mouvance extrémiste de droite en Suisse, poursuit ce service, ne partage aucune unité de vues, ni de base commune. On compte à l’heure actuelle environ un millier de sympathisants de ce milieu en Suisse.” Concernant la menace qu’elle représente, le document estime que: “Les activistes de droite perturbent parfois considérablement l’ordre et la sécurité publique, mais de façon ponctuelle et locale. La Suisse demeure un lieu particulièrement attractif pour l’organisation de concerts Skinhead et de manifestations apparentées.” Ce que le SAP désigne par des “menaces ponctuelles de la sécurité publique” désigne en fait des actes qui peuvent avoir pour des membres de groupes minoritaires ou des requérants des conséquences gravissimes. En 2005, six skinheads de tendance nazie ont comparu devant le tribunal de district de Frauenfeld parce qu’en 2003, ils avaient à tel point tabassé un jeune fan de reggae de 15 ans qu’ils l’avaient laissé handicapé à vie. Motif invoqué par les inculpés: ils voulaient “tabasser des gauchistes”.

Hammerskinheads et Blood an Honour

Bien que la mouvance skinhead pro-nazie soit peu structurée en Suisse, il est important d’évoquer deux organisations qui existent sur le plan international depuis des années. Il s’agit d’une part des Hammerskinheads, fondés en 1986 à Houston/Textas en tant que fraternité blanche et donc raciste, revendiquant “des territoires blancs pour les hommes blancs” (white areas for white people). L’autre mouvement est le groupement Blood and Honour, fondé en Grande-Bretange en 1987 comme une “voix dissidente du rock contre le communisme”. Il s’agit d’une “organisation politique sans carte d’adhérent”. Elle a pour but de répandre l’idéologie néo-nazie à travers ses propres publications, des supports audio, le commerce d’objets et d’insignes nazis, ainsi que l’organisation de concerts. Dans l’environnement Blood and Honour s’est également constituée une organisation terroriste (Combat 18, le chiffre 18 se référant à Adolf Hitler) responsable d’attentats en Grande-Bretagne et en Suède.

Ces deux organisations ont également essaimé en Suisse. Déjà au début des années 90 les Nazis-skinheads de Suisse centrale ont fondé une section suisse, aujourd’hui la plus ancienne des sections européennes encore existantes de la “nation Hammerskin”. Les Hammerskinheads suisses (SHS) sont connus pour être des organisateurs de concerts expérimentés. Dans les années écoulées, ils ont organisé régulièrement des grands concerts, celui ayant réuni le plus grand nombre de participants étant le concert d’été du 10 août 2002 à Affoltern-am-Albis (environ 1’200 visiteurs de plusieurs pays européens).

Une section suisse de Blood and Honour est apparue seulement en 1997/98, d’abord en Suisse alémanique, puis en Suisse romande. Sa figure de proue est un ex-hammerskin, Olivier Kunz, qui s’est immédiatement profilé comme organisateur de concerts, éditeur de publications ainsi que durant un certain temps distributeur de musique par correspondance. Après son jugement pour infraction contre la norme pénale antiraciste et l’interdiction des concerts nazis-skinheads – en premier lieu dans le canton de Vaud – ces activités ont accusé un net recul, même si Blood and Honour Romandie est apparu comme co-organisateur de manifestations en 2003 et 2004. En 2004, il a également été question d’une section zurichoise de Blood and Honour, dont on ne connaît cependant rien. Sur l’internet existe depuis longtemps une page “Combat 18” ainsi qu’un “Swiss Forum”qui s’est ouvert mi-août 2004 et dans lequel s’expriment aussi bien des skinheads alémaniques que romands.

Peu de choses sont connues du grand public concernant ces deux organisations extrémistes, si ce n’est que toutes deux ont été organisatrices de concerts. Les Hammerskinheads début juillet à Lyss et les Blood-and-Honour-Skinheads pour un concert à Brig. Ce dernier a cependant beaucoup retenu l’attention, car la télévision suisse a retransmis des images du concert filmées en secret.

Helvetische Jugend (Jeunesse helvétique)

La Helvetische Jugend est une organisation affiliée au PNOS (Partei national Orientierter Schweizer. Elle a été créée début juillet 2004 dans la région d’Oberaargau dans le canton de Berne. Parmi ses buts figurent sur sa page internet “la fin du multiculturalisme”, grâce entre autre à “l’expulsion d’étrangers dangereux et la limitation du nombre d’étrangers” sur le territoire suisse. Plus loin il est question de “l’internement pour les demandeurs d’asile” et d’une “meilleure éducation plus neutre dans les écoles suisses” (où il faudrait cesser toute propagande en faveur de Lénine et de Staline et séparer les élèves germanophones des non-germanophones). Enfin, il faudrait mettre un terme à la “désinformation gauchiste et à la terreur des médias, car il faut plus de journalistes neutres”.

Dans la mouvance de la Helvetische Jugend sont parues durant l’hiver/printemps 2004 en tout cas cinq éditions du magazine “Der Widerstand. Das Langenthaler Skinheadmagazin”. Dans sa première édition, le rédacteur Pascal Lüthard le décrit comme un organe national qui se propose de “lutter pour la race, le peuple et la patrie”. Ce magazine entretient le fantasme antisémite d’une vaste conspiration (les Illuminati comme exécuteurs du plan des banquiers Rothschild pour prendre le pouvoir sur le monde). Dans les numéros ultérieurs, l’éditorial est signé “Eugen” et parle de “la résistance elle-même, à savoir la mouvance national-socialiste en Oberaargau”. Il déclare à ses sympathisants: “Bien que beaucoup d’entre vous ne se décrivent pas forcément comme des national-socialistes, il faut garder nos buts bien devant les yeux et savoir où nous mènent nos réflexions. Nationalisme, patriotisme et le culte skinhead sont de beaux mots et de belles idées, mais nos efforts doivent nous conduire vers un système politique national-socialiste. C’est la seule vraie forme d’état qui a prouvé qu’elle fonctionnait”. Cet auteur nie en outre l’holocauste en prétendant que “l’holocauste n’a jamais existé”. Dans les numéros suivants, le même auteur parle des racines biologiques du racisme. Les racistes auraient le bon droit de leur côté, du fait qu’ils s’engagent pour “la séparation des races et des peuples”. Dans les autres éditions, les rédacteurs se préoccupent de thèmes nationaux comme la guerre des paysans ou la bataille de Sempach. Ils informent également sur des manifestations de l'”Initiative Vaterland”, une organisation d’extrême droite apparue en 2000, dont on ne sait pour l’instant pas grand chose.

Divers membres de la Helvetische Jugend ont été condamnés en 2005 à des peines avec sursis, parce qu’ils avaient attaqués en octobre 2004 à Willisau des participants à une manifestation antifasciste. Lors de fouilles conduites au domicile des inculpés, la police a découvert une quantité impressionnante d’armes et d’objets de culte nazis.

Willisauer Widerstand

Sur leur portail internet, les très jeunes membres du Willisauer Widerstand (la résistance de Willisau) affirment évidemment être des “patriotes”. Mais lors de fêtes privées, ils ont une préférence marquée pour les insignes nazis. Plusieurs membres ont participé à la marche des extrémistes de droite au Grütli. Les fondateurs du Willisauer Widerstand sont apparemment très jeunes, mais ils avaient des prédécesseurs, le “Nationalen Widerstand Hinterland” (la résistance nationale de l’arrière-pays). Les sympathisant de ce groupement se targuaient en mai 2004 d’avoir empêché une série de naturalisations à Willisau. Le conseil communal voulait octroyer la nationalité à dix ressortissants des Balkans. Mais ce dernier, comme le rapportait un “inconnu de l’arrière-pays” dans les pages du Widerstand, “avait compté sans les camarades fidèles à la patrie de la résistance de Hiterland”. Ceux-ci avaient distribué un tract exigeant le refus des naturalisations et lors de l’assemblée de commune “la preuve avait été donnée qu’il était possible de mobiliser suffisamment de gens pour rejeter ces naturalisations.”

Schweizer Nationalisten, Patriot.ch, 848.ch et Co.

Parmi les sympathisants de l’extrême droite se trouvent également des personnes qui sont mues par des convictions nationalistes militantes plutôt que par une vision raciste. Cela explique les nombreux transferts vers les nationalistes conservateurs. Beaucoup de forums internet sont créés par ces “patriotes” et contiennent des propos racistes et xénophobes, mais souvent ils se font également l’écho d’extrémistes de droite. Les exploitants de ces sites prétendent souvent n’avoir rien à faire avec les extrémistes de droite ou les néonazis, par exemple de responsable du site “848”, alimenté par des activistes de la région de Walensee. Mais ce site accueille souvent des contributions d’extrémistes de droite, des débats portant sur le racisme et l’antisémitisme, ainsi que des déclarations remettant en cause la réalité de l’holocauste, quant elles ne le nient pas complètement.

Les Identitaires

Début juillet 2005, Les Identitaires de Romandie ont annoncé qu’ils allaient suivre les traces de leurs “cousins” belges. Leur but est la défense des Européens de race blanche. Face aux dangers de la globalisation, de l’immigration massive, et à la dissolution de “l’identité suisse et européenne” ils ne voient qu’une issue pour la jeunesse romande: agir ou subir. Et tout cela “pour la Romandie, pour la Suisse et pour l’Europe”. Les Identitaires disposent d’un site internet, qui est cependant enregistré sous le nom d’un Français connu d’extrême droite. L’on ne sait pas grand chose de leurs activités en 2005, ni du nombre des sympathisant(e)s en Suisse romande. Dans le journal “La Liberté”, un membre déclarait que le mouvement compte quelque centaines de sympathisant(e)s en Suisse romande. En été 2005, Les Identitaires ont exigés la fermeture du centre de requérants d’asile, suite au graffitis racistes d’un conseiller communal membre du parti radical qui avait “chauffé” l’ambiance. Mi-décembre à Genève, Philippe Vardon, porte-parole de l’organisation française des Jeunesses Identitaires a prononcé un discours. Parmi les participants on faisait une collecte de fonds pour l’Association Solidarité-Kosovo qui soutient des orphelins serbes de Mitrovica. Car ces enfants sont les “fils et filles des gardes-frontières de l’Europe. Comme leur aïeux, leurs parents dont morts pour défendre leur sol contre l’expansion musulmane en Europe centrale”. Hier c’étaient les Turcs, aujourd’hui ce sont les Albanais!

Activités politico-culturelles

Divers activistes et organisations se réclament d’une idéologie d’extrême droite mais ne participent pas forcément à la politique institutionnelle et ne se présentent pas aux élections. Il s’occupent de promouvoir leur idéologie par un travail de formation et réseautage. On peut citer ainsi le cercle Avalon ou Gaston-Armand Amaudruz avec son journal le “Courrier du Continent”, mais aussi le couple Paschoud avec son journal “Le Pamphlet”. Outre ces activités déjà anciennes, on recense l’apparition en 2004 et 2005 d’un groupement nommé le “Bund Oberland”, créé par un groupe de jeunes activistes inconnus de l’Oberland bernois.

Le cercle Avalon

Le cercle Avalon est longtemps resté secret, de sorte que ses activités sont peu connues du grand public. Cependant son représentant Ahmed Huber, également activiste islamiste, prétend qu’occasionnellement des journalistes, des parlementaires ainsi que d’autres personnalités influentes ont pris part aux manifestations du cercle Avalon. Toujours est-il que Huber affirmait durant la campagne électorale de l’automne 2003 à la SonntagsZeitung que Bernhard Hess, conseiller national bernois des Démocrates suisses (DS) avait pris part à des activités de la société Avalon. Hess a contesté – sans convaincre – ses contacts avec l’extrême droite. En janvier 2005, le rédacteur de “Recht + Freiheit”, Ernst Indlekofer, s’est fâché contre une déclaration de Hess où il était question de “l’irrémédiable disparition du Reich allemand”, faisant allusion au fait qu’il avait entendu dire que Hess fréquentait depuis des années les réunions du cercle Avalon, et que de ce fait il devrait savoir que “les transformations et l’histoire de l’Allemagne sont le thème principal de la célébration bisannuelle de cette société germanophile”.

Le Cercle Avalon a été créé en 1990 par Roger Wüthrich, précédemment dirigeant de la “Jeunesse Viking suisse” et par Andreas Gossweiler, actif dans divers mouvements d’extrême droite. A ces rencontres participent d’anciens fascistes ainsi que de jeunes skinheads, outre ses représentants les plus connus comme Ahmed Huber et Roger Wüthrich.

Bund Oberland (Alliance Oberland) – appel à l’insurrection

Début février 2005, un groupe d’inconnus a distribué à Spiez un tract déclarant que “dans le premier gouvernement de Lénine figuraient 12 juifs” et que la révolution bolchévique avait été financée par des banquiers juifs de Wall Street. C’est un motif connu de l’agitation antisémite. Il s’agit de la première action avérée de la part d’un groupement dont les activistes étaient inconnus jusqu’en 2005. Le “Bund Oberland” a également distribué des tracts s’opposant à la libre circulation pour les ressortissants des pays de l’Est et a organisé une collecte pour le négationniste Germar Rudolf.

Après une prise de bec fin juillet entre un extrémiste de droite et un militant anti-globalisation, le “Bund Oberland” a émis une nouvelle dans laquelle il condamnait cette attaque mais se montrait compréhensif pour les fauteurs de trouble. Deux activistes du “Bund Oberland” – l’un d’eux se prénomme “beoberland 18” et l’autre “Wille” – ont publié dans divers forums d’extrême droite des propos antisémites et niant l’holocauste. Selon leurs dires, l’un semble avoir environ une vingtaine d’années et l’autre, un peu plus âgé, est fourrier dans l’armée suisse (ces informations n’ont pas pu être vérifiées).

Le “Bund Oberland” se décrit comme un “groupement de nationalistes qui se sont spécialisés depuis des années dans divers domaines de l’histoire et de la politique”. Elle “n’appartient à aucune subculture”, mais veut avec son activisme “appeler à une mobilisation populaire qui a pour but la chute du système actuel”. Le “Bund Oberland” n’exclut pas une collaboration avec d’autres groupements, mais il faudrait que ces derniers souscrivent entièrement aux objectifs du BO avec toutes leurs conséquences. C’est ainsi que le BO se différencie clairement des skinheads.

Les projets “préaux” (Schoolard)

Mi-septembre 2005 sont apparus dans les préaux d’écoles, surtout dans le canton d’Aargau, une série de CD avec des chansons à contenu extrémiste. C’est ainsi que la campagne du parti national socialiste allemand (NPD) a également eu des retombées en Suisse.

En Suisse, c’est avant tout le “Bund Oberland” qui a distribué ces CD. Il se glorifie d’ailleurs sur sa homepage d’en avoir écoulé plus de cinq cent. Fin 2005, il était toujours possible de télécharger depuis la homepage du “Bund Oberland” toutes les chansons en allemand et en anglais, parmi elles aussi le titre fortement antisémite du groupe “Volkszorn” intitulé “99 Luftballons”. Le groupe parle de “99 cochons de Juifs” et la chanson se termine par “99 ans de guerre ne laissent plus de place aux Juifs. Il n’y plus de cochons de Juifs ni de Turcs. Aujourd’hui je fais ma ronde, je vois le monde en ruines. J’ai trouvé une tête de juif, j’ai tappé dedans encore une fois et je l’ai fait voler”. Depuis début 2006, ces chansons ont disparu du site du “Bund Oberland”.

Gaston Armand Amaudruz et le “Courrier du Continent”

Le vieux fasciste Gaston Armand Amaudrz est aujourd’hui âgé de 85 ans, mais continue à publier régulièrement son petit journal de 12 pages hectographiées, le “Courrier du Continent”. Le contenu est identique depuis des années. Dans la partie “bloc-notes”, Amaudruz tire des citations des journaux qu’il assortit de commentaires sardoniques. Mais dans cette rubrique, il donne également des informations (y compris adresses) de nouvelles publications de l’extrême droite et de ce fait contribue à la mise en réseau de ce milieu. Puis viennent des rubriques habituelles sur la “criminalité” ou sur la “muselière” (c’est ainsi qu’Amaudruz désigne la loi pénale suisse contre le racisme). Viennent s’ajouter des textes de ses collaborateurs Guiseppe Patanè, Willi Märki et Eduardo Longo. La dernière page est consacrée à un article où Amaudruz expose ses thèses racistes, antisémites et négationnistes. Ces propos ont valus à Amaudruz un séjour prolongé en détention il y quelques années.

Le “Courrier du Continent” est paru pour la première fois en 1946 et est rédigé et publié depuis une cinquantaine d’années par le fasciste lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Pendant des décennies, ce cahier était l’organe officiel de NOE, une petite organisation raciste dont Amaudruz était l’un des principaux représentants. Le pamphlet continue à être publié aujourd’hui à quelques centaines d’exemplaires.

Claude et Mariette Paschoud “Le pamphlet”

Dans le numéro spécial paru à l’occasion de sa 35ème année d’édition, les responsables de la feuille “Le pamphlet” se réjouissent de constater qu’alors que cinq ans auparavant ils étaient prêts à jeter l’éponge, ils envisagent désormais l’avenir avec optimisme. Les auteurs, au nombre desquels figurent, outre les Paschoud, des personnes comme Michel de Preux, Gérald Berruex et d’autres, publient des articles d’opinion pour le travail du dimanche dans les commerces des gares (vote référendaire du 26 novembre 2005) et contre la consommation du cannabis. Ils font connaître leur désapprobation à l’encontre des homosexuels, mais font également des allusions antisémites, soutiennent discrètement les thèses négationnistes et pestent contre les musulmans. A côté de cela, le couple Paschoud fait également savoir au monde que leur fils Michel s’est marié et qu’ils seront bientôt grands-parents pour la troisième fois.

Une fois, le chef de la division juridique de la police vaudoise des étranger a été vraiment surpris: “Le pamphlet” a pris le parti de demandeurs d’asile vaudois vivant en Suisse depuis plus de dix ans et menacés d’expulsion. Sinon, la lecture du Pamphlet n’a rien de réjouissant, même lorsqu’il prend ses distances d’avec Christoph Blocher qui ne s’est pas opposé il y a dix ans à la norme pénale suisse antiraciste et qu’il a exclu des négationnistes de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN). “Le pamphet” commente aussi un événement arrivé à Paris, en l’occurrence l’arrestation des négationnistes Ernst Zündel, René-Louis Berclaz et Siegfried Verbeke, attribuant ces arrestation aux “lois-baillons”. Enfin, Claude Paschoud signe un texte où il raille l’attitude du gouvernement turc qui a reconnu sa culpabilité dans une procédure portant sur la négation de l’extermination du peuple arménien en Turquie. La perspective d’adhésion à l’Union europénne (UE) et les intérêts économiques importants qui nous y engagent ne méritent pas qu’on “baisse sa culotte et qu’on se laisse botter les fesses comme l’ont fait précédemment l’Allemagne vis-à-vis d’Israël et les banquiers suisses à l’égard des gangsters juifs de la côte Est des Etats-Unis”. Claude Paschoud est encore plus grossier lorsqu’il parle des musulmans et il décrit le prophète Mohammed comme “cet analphabète célèbre qui vivait au sixième siècle” et taxe son enseignement de “poison intellectuel”. Plus loin, il écrit: “le Coran est proche de l’extrémisme, et même l’islam pacifique prêche des principes que notre société réprouve (esclavage, peines corporelles, inégalité des sexes, discrimination religieuse).” Par ces articles, Paschoud encourage évidemment aussi les personnes hostiles à l’Islam en Suisse à s’exprimer plus librement.

“Le pamphlet”, fondé par Claude Paschoud, paraît depuis 1970, dont depuis 35 ans. Le feuillet a connu par moments une diffusion plus importante (2’000 exemplaires). C’était en 1986, à l’époque ou Mariette Paschoud, enseignante dans le secondaire, était apparue aux côtés du négationniste Henri Roques à une conférence de presse à Paris et avait émis des “doutes sur l’existence des chambres à gaz et des camps de concentration.” En 1991, elle a failli être nommée major dans le service féminin de l’armée suisse, n’était-ce les protestations politiques qui ont entouré cette promotion. Un procès en diffamation entrepris par Mariette Paschoud contre le rédacteur du “Bieler Tagblatt” a fini par se retourner contre la négationniste. Le conseil fédéral a estimé dans un jugement qui fait encore référence aujourd’hui que: “La revendication d’une preuve sur l’existence des chambres à gaz est tellement absurde, au vu de la masse de preuves disponibles, que, même si d’autres motifs sont théoriquement envisageables, la sympathie pour le régime national-socialiste s’impose de façon évidente et suffit comme preuve de vérité. Surtout si l’on tient compte dans la conclusion d’éléments telles que des actions et propos tenus, ainsi que d’intentions et de motivations, qui ne représentent néanmoins pas une preuve scientifique.”

Au cours des dernières années, le journal a plusieurs fois vu diminuer ses abonnés. Depuis quelques années, Le pamphlet est également consultable sur internet, un moyen pour la rédaction de faire face à la baisse constante des abonnés.

Recht + Freiheit (Droit et Liberté), Ernst Indlekofer

Ceux qui sont encore capables de réfléchir, affirme Ernst Indlekofer, constateront que “les hauts cris poussés contre l’extrémisme de droite détournent l’attention des véritables coupables”. Et pour le rédacteur bâlois de Recht + Freiheit, condamné pour négation de l’holocauste, les véritables coupables ce sont depuis toujours les Juifs et les Franc-maçons. Au nombre des thèmes récurrents figurent diverses contraventions à la norme de droit pénal contre la discrimination raciale, la contestation de la responsabilité allemande dans le déclanchement de la deuxième guerre mondiale, ainsi que diverses prises de position en faveur de négationnistes.

A l’occasion du vote référendaire sur la libre circulation des ressortissants d’Europe de l’Est, Ernst Indlekofer a obtenu une certaine visibilité en insérant une grande et certainement coûteuse annonce dans plusieurs quotidiens avec le slogan “MAMAN, pourquoi est-ce que papa n’a plus de travail?”

Officiellement l’organe “Droit et Liberté” est publié par un “Presseclub Schweiz”, mais de facto, c’est bien le bâlois Ernst Indlekofer, aujourd’hui âgé de 60 ans, qui est largement responsable de ce cahier de six à huit pages par édition. En 2005, il y a eu cinq parutions. Parmi les rédacteurs on recense Max Disteli (Olten), Fritz Schenkin (Frauenfeld), Théo Häusermann (Bâle) mais également des représentants de l’UDC comme Josef Huber (Obernau) ancien membre UDC du Grand conseil. Le “Presseclub Schweiz” a tenu son assemblée générale fin août 2005 à un endroit inconnu, et comme dans les années précédentes, les membres devaient préalablement demander leur carte d’entrée personnelle.

MIHAG – Militärhistorische Arbeitsgemeinschaft (communauté d’étude d’histoire militaire)

Dans le numéro d’avril de la revue allemande “Der Freiwillige”, anciennement journal des Waffen-SS, la Militärhistorische Arbeitsgemeinschaft (MIHAG) a publié un éloge posthume de Franz Riedweg, jadis Obersturmbannführer des Waffen-SS. La conclusion de l’article révèle le credo politique de la MIHAG: “Nous, jeunes et vieux camarades, nous avons perdu avec lui l’un des derniers grands défenseurs de l’Europe et de la patrie.” Cet éloge se termine sur une allusion à l’un des fameuses devises des commandos de la mort d’Hitler qui se considéraient comme l’élite de l’Europe national-socialiste: “Seine Ehre hiess Treue – zum nationale Europa” (“son honneur était la fidélité à l’Europe nationale). Un mois plus tard, la MIHAG a publié un autre éloge, cette fois de Kurt Brüderlin, un frontiste bernois, devenu Obersturmführer des Waffen-SS. La société a publié en 2002 les souvenirs de Brüderlin “Einsichten und Ansichten eines Schweizer Freiwilligen” (point de vue et réflexions d’un volontaire suisse) sous le pseudonyme Konrad Bergmann. Ces mémoires sont en fait une longue apologie du nazisme.

La Militärhistorische Arbeitsgemeinschaft (MIHAG) a été créée au milieu des années 90 et dispose d’une adresse postale à Hinterkappelen dans la région de Berne. Cette société est plutôt discrète et il n’est pas clair de combien de membres elle dispose. Il est toutefois avéré que son représentant, le pâtissier-confiseur bernois Stefan Kernen, prend régulièrement part à des rencontres amicales entre anciens Waffen-SS et qu’il y est considéré comme un “camarade suisse” ou un “sympathisant confédéré”.

Racisme en Suisse en 2005/1

Zürich, 31 Décembre 2005

“Comme si mon passeport n’était pas authentique”

Racisme et discrimination en Suisse en 2005

Moi, native du Kenya et Suissesse depuis neuf ans, mais vivant en Suisse depuis près de 15 ans, je suis dans tous mes états. Plus d’une fois j’ai été déçue par les autorités, or je suis très bien intégrée en Suisse et j’ai parfois l’impression d’être plus suissesse que les Suisses.

Samedi dernier, j’ai pris le train de Kreuzlingen à Zurich, pour prendre part à un cours organisé par Caritas. Dans mon wagon patrouillaient deux employés des douanes, dont un avait l’aspect d’un homme d’origine arabe. Ils m’ont demandé mon billet et mon passeport. J’ai d’abord cru qu’ils recherchaient quelqu’un de précis. Finalement ils ont contrôlé mon passeport page après page et ont même encore téléphoné je ne sais où, comme si mon passeport n’était pas authentique! Les autres voyageurs observaient évidemment la scène avec curiosité. Je me suis sentie gênée, traitée comme une criminelle. Après moi, personne d’autre ne s’est fait contrôler. Les autres voyageurs ressemblaient tous à des Suisses. Force m’était de constater que les douaniers ne contrôlaient qu’en fonction de la couleur de peau. Ce n’est pas la première fois que je fais cette expérience. Lorsque je rentre de vacances avec ma famille, on nous pose beaucoup de questions au contrôle des passeports, et cela malgré mon passeport suisse. C’est de la discrimination basée sur ma couleur de peau! (…)”

Lettre de lectrice dans le Tages-Anzeiger 17. novembre 2005

Début janvier 2006, Doudou Diène, Rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme était en visite en Suisse. Dans son premier rapport provisoire il constatait que les noirs étaient le groupe de la population le plus exposé à la xénophobie et au racisme, suivi par les ressortissants des Balkans. Mais des membres de la communauté juive et musulmane lui auraient également parlé de tendances racistes. L’une des raisons pour laquelle M. Diène voulait visiter la Suisse était la campagne de l’UDC contre la naturalisation facilité de septembre 2004. Une affiche montrait des mains brunes qui se tendait (avidement?) vers le passeport suisse. M Diène a également constaté que la Suisse n’avait pas de stratégie contre le racisme et surtout qu’il y avait une tendance à minimiser le problème.

Le constat du Rapporteur spécial de l’ONU concorde avec d’autres rapports précédents, par exemple celui d’Amnesty International, ou de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance. Amnesty avait constaté en 2004 avoir eu de façon répétitive écho de cas de mauvais traitements de la part de la police, “souvent accompagné d’insultes à caractère raciste”. La commission européenne critiquait “des pratiques policières discriminatoires” comme des contrôles de passeports, la garde à vue intempestive et également des fouilles sur la personne en pleine rue uniquement basées sur la couleur de peau.

Ce qui valait pour les années précédentes vaut également pour 2005: toute personne ayant une couleur de peau basanée ou n’ayant pas de résidence fixe, qui se réclame d’une autre religion que le christianisme ou qui montre des préférences homosexuelles, court dans ce pays le risque de se voir exclu, interpellé en public, insulté, menacé et dans certains cas même menaçé dans son intégrité physique. Le mécanisme de la haine et de l’exclusion existe, et les représentations de l’ennemi s’adaptent aux besoins politiques et sociaux du moment. Depuis le début des années 90, les pratiques discriminatoires touchent surtout des ressortissants d’ex-Yougoslavie et de Turquie. Les années précédentes, c’étaient surtout des personnes à peau noire (peu importe leur origine) qui étaient les victimes de la xénophobie et de la discrimination. Différentes observations prouvent que ces personnes sont encore fréquemment interdites d’entrée dans des lieux de divertissement nocturnes, parfois dans les restaurants, cela sous des prétextes divers. Dans certains cas, la discrimination est de nature économique. Ainsi les étrangers(gères) paient fréquemment de grosses primes d’assurance automobile. Selon un rapport du Tages-Anzeiger, les plus grandes différences de prix concernent les personnes d’origine serbe ou turque, alors qu’il en va autrement pour les ressortissants allemands et autrichiens. Seules quelques compagnies d’assurance traitent les étrangers sur pied d’égalité avec les Suisses.

Une part de la société suisse a une représentation des problèmes de société caractérisée par une tendance nationaliste, voir parfois raciste. Outre les micro-partis nationalistes, l’UDC, en tant que parti gouvernemental, encourage un climat de discrimination par ses campagnes politiques clairement xénophobes. En général, le camp des nationalistes conservateurs dispose d’un grand nombre d’organisations, de moyens de publications et de représentants zélés et en particulier d’un réservoir important de personnes qui écrivent des lettres de lecteurs. Ces dernières années, les campagnes égaient également dirigées contre les musulmans.

Les nationalistes conservateurs suisses constituent une frange politique isolationiste (par exemple fondamentalement opposée à l’entrée dans des organisations supra-nationales comme l’ONU et l’UE), avec des vues xénophobes, voire racistes envers les immigrants des pays extérieurs à l’Union Européenne et les personnes établies sans passeport suisse. Ils peuvent se réclamer de traditions bien établies: par exemple le discours sur les étranger, le “Sonderfall” suisse, la réticence envers la reconnaissance claire et juridiquement exigible du droit des minorités. Les représentants ultra-conservateurs ont une attitude régulièrement sur la défensive et dans tous les cas tendent à minimiser l’impact des manifestations des organisations d’extrême droite. Le camp conservateur a toutefois perdu récemment plusieurs votations de grande portée (adhésion à l’ONU, accords bilatéraux, libre-circulation des personnes à l’intérieur de l’espace de Schengen), ce qui ne l’empêche pas de continuer à attiser le débat politique par des campagnes diffamatoires envers les minorités de Suisse.

Le parti gouvernemental de l’UDC le fait couramment. Dans des annonces publiées à Zurich, il est question de “Nix für Schweizer – Millionen für Ausländer” (rien pour les Suisses, des millions pour les étrangers). Toutefois en 2005, l’UDC n’a fomenté aucune de ces campagnes agressives qui empoisonnent le débat politique. Le porte-parole de l’UDC, Roman S. Jäggi a cependant réagit au rapport de Doudou Diène par une attitude défensive assortie d’un commentaire raciste. Il accepte qu’un rapporteur spécial de l’ONU critique la Suisse, car cette dernière est maintenant membre de l’ONU, mais il trouve que “c’est un comble que cette critique émane d’un Sénégalais”.

Racisme à l’égard des noirs

L’évaluation de Doudou Diène est pertinente: en Suisse, les personnes à peau noire sont le plus souvent victimes de chicanes racistes et de discrimination, surtout aussi de la part de la police. Ils doivent souvent montrer leur passeport et subir des fouilles. L’accès à certains lieux de distractions nocturnes comme des bars leur est assez souvent refusé sous des motifs divers. Les personnes noires ne disposent pas encore d’organisations structurées qui permettraient de se faire écho des nombreuses vexations et discriminations dont ils font l’objet.

Antisémitisme

Mi-mars, la synagogue de Lugano a brûlé et dans la même nuit le feu s’est déclaré dans un magasin de vêtement appartenant à une famille juive (voir encadré). Dans leurs premières appréciations, les autorités pointaient en direction d’une augmentation de l’antisémitisme en Suisse. Une telle conclusion ne se laisse pas prouver. Au contraire, si les débats qui ont suivit l’affaire des fonds en déshérence sur le rôle de la Suisse pendant la deuxième guerre mondiale ont eu pour effet pendant un certain temps d’activer l’antisémitisme latent, cette tendance s’est à nouveau apaisée une fois qu’une solution globale trouvée. Il y a également peu d’indications d’une augmentation d’un “nouvel” antisémitisme en Suisse, à savoir de la part des musulmans et occasionnellement aussi de la gauche, en relation avec la critique de la politique israélienne.

Dans le cercle restreint des forums d’extrême droite, l’on trouve cependant régulièrement des propos antisémites, ainsi que des personnes niant l’holocauste ou le mettant en cause. Même lorsque ces propos contreviennent à la loi pénale antiraciste, ils ont rarement des suites car personne ne porte plainte. Erwin Kessler, président du “Verein gegen Tierfabriken” VgT (association contre les fabriques d’animaux) publie régulièrement des textes antisémites en son nom en particulier sur la homepage de l’association. Toutefois, il s’est montré moins souvent grossier en 2005.

Incendie de la synagogue de Lugano

Le 14 mars 2005, la synagogue de Lugano a été incendiée, de même qu’un magasin de vêtements appartenant à une famille juive. Dans la même nuit, un pyromane voulait également mettre le feu à une maison dans la banlieue de Lugano.

Il était frappant de constater la rapidité avec laquelle les notables tessinois, du moins ceux des partis bourgeois, ont exclu un motif antisémite pour l’incendie. Le plus insistant a été le conseiller aux Etats Dick Marty (PRD). Il serait “très surpris” disait-il au “Blick” si le coupable était un tessinois. Une telle affirmation n’est-elle pas simplement du déni? Ou alors une tentative délibérée de blanchir d’emblée les éventuels racistes tessinois? Quoi qu’il en soit, l’appréciation de Dick Marty était qu’il n’y avait encore jamais existé au Tessin “d’atteintes à des propriétés appartenant à des juifs”, si l’on fait abstraction du fait que ladite synagogue était couverte de slogans antisémites. L’ancien procureur du canton est cependant complètement à côté de la réalité lorsqu’il prétend qu’il n’y a pas eu de déprédations contre des centres d’hébergement des requérants d’asile “comme on les déplore régulièrement en Suisse alémanique”. Le fait est qu’au Tessin également des bâtiments abritant des requérants ont été attaqués dans les années 90 et même avec des explosifs. On a recensé en particulier ces dernières années des attaques et même des tirs contre les véhicules des gens du voyage.

Peu de jours après cet événement, la police a arrêté un ancien chauffeur de bus de 58 ans, licencié depuis quelques années. La police a conclu immédiatement que l’antisémitisme n’était pas le motif de l’incendie. Pourtant l’inculpé s’était refusé au moins une fois à transporter des juifs orthodoxes lorsqu’il était encore chauffeur. L’expert psychiatre a creusé le même sillon, en concluant que l’antisémitisme n’était pas le motif de l’acte. En automne, une juge a condamné le coupable à deux ans de prison, mais cette peine a été commuée en une thérapie en ambulatoire.

La juge Agnese Balestra Bianchi a cependant relativisé dans les fondements de son jugement l’éviction un peu précipitée du motif d’antisémitisme. “Qu’on le veuille ou non, lorsque le coupable a passé à l’acte, il n’a pas attaqué une église catholique ou protestante, de même qu’il ne s’en est pas pris à n’importe quel commerce. Lorsque qu’il a décidé de mettre le feu dans son état psychique maladif, il a recherché des symboles judaïques”. Un commentaire de Georg Kreis, historien et président de la Commission fédérale contre le racisme a fait observer que le psychiatre avait établi une distinction entre “antisémitisme rationnel et irrationnel” et s’est demandé si l’on pouvait vraiment parler “d’antisémitisme complet ou partiel” en ajoutant encore que du point de vue des victimes, peu leur importait de quelle variante il s’agissait.

Racisme contre les musulmans

Le racisme à l’égard des musulmans est devenue un thème central et très politisé de la discrimination en Suisse. Fin 2003, les membres des partis nationalistes conservateurs ont gagné la votation sur la reconnaissance des communautés non chrétiennes dans le canton de Zurich grâce à une campagne contre les musulmans. Ce sont surtout les membres de l’UDC et de l’Alliance pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) qui depuis des années opèrent un bourrage de crâne hostile aux musulmans, en particulier Ulrich Schlüer en qualité d’éditeur de “Schweizerzeit”. La maison d’édition comporte également un service de librairie, via lequel Schlüer diffuse depuis plusieurs années des livres qui dénigrent les musulmans.

Un autre agitateur permanent contre les musulmans est Pirmin Müller, président des Jeunesses UDC du canton de Lucerne. Il diffuse également une brochure qui consiste à citer des passages du Coran qui sont en opposition avec “les droits de l’homme imprégnés des valeurs chrétiennes”. La brochure est très caricaturale: elle oppose le christianisme (pacifique, tolérant et démocratique) à l’Islam (violent et anti-démocratique).

Contrairement à la communauté juive, la communauté musulmane est encore faiblement organisée en Suisse, de sorte que les insinuations, les calomnies et les attaques rencontrent rarement de protestation publique.

Les xénophobes luttent depuis plusieurs années contre les naturalisations en invoquant des arguments contre l’Islam. Non seulement lors des campagnes votations comme celle portant sur la naturalisation facilitée, mais également auprès des autorités communales. Même si un jugement du Tribunal fédéral concernant les naturalisations refusées sans fondement prohibe des décisions discriminatoires, cette nouvelle jurisprudence n’est pas forcément respectée par toutes les assemblées de commune.

La question des naturalisations sera encore dans les années à venir au centre d’un débat politique agité et de campagnes particulièrement virulentes. Fin 2005, l’UDC a déposé son initiative populaire “Pour une procédure de naturalisation démocratique”. L’initiative populaire, qui a de justesse obtenu le nombre requis de signatures, veut faire en sorte que les communes puissent à nouveau décider souverainement de l’issue des procédures de naturalisation, de sorte que des refus pour motifs discriminatoires seraient à nouveau possibles.

Discrimination des Jenish, des Sinti et des Roms

En 2005, le Conseil fédéral a mis en consultation un “Projet de loi sur la situation des gens du voyage en Suisse”. Ce projet se préoccupe d’une part des conséquences d’une ratification de la Convention concernant les peuples indigènes et tribaux, autre part d’un projet d’action de la Confédération pour la création de lieux de stationnement et de transit pour les gens du voyage.

Le fait est que malgré de nombreuses protestations de fonctionnaires et de politicien(nes), les gens du voyage, en particulier les Roms sans citoyenneté suisse, ont toujours de la peine à trouver des places de stationnement ou de transit, bien que ces dernières années de nouveaux lieux aient été aménagés. Ces endroits ont d’ailleurs également été la cible de violentes attaques.

En conclusion, en 2005 se sont également principalement les ressortissants de différents pays de l’ex-Yougoslavie ainsi que les personnes noires de peau – avec ou sans passeport suisse – qui sont les plus souvent confrontés avec des allégations racistes, aussi bien dans la société en général que dans le débat politique. Les chicanes policières ainsi que les humiliations touchent avant tout les jeunes hommes noirs, indépendamment de leur origine. Des campagnes hostiles aux musulmans peuvent influer sur le cours des votations populaires. L’antisémitisme est latent, mais surgit rarement dans la sphère publique, si l’on fait exception des publications d’extrême droite. La Convention sur les gens du voyage et les Jenish est reconnue par la Suisse, mais concrètement, ces personnes ont encore des difficultés à stationner dans ou transiter par notre pays. Occasionnellement, ces personnes font l’objet de violentes attaques.

Réactions à la chronologie 2004

L’an dernier également, la chronologie “Rassistische Vorfälle in der Schweiz” (Incidents racistes en Suisse) a retenu l’attention des politiciens et politiciennes xénophobes ainsi que ceux et celles qui instrumentalisent le racisme à des fins politiques. Cette fois en faisait aussi partie un membre de la Commission fédérale contre le racisme, Rudolf Horber, Secrétaire politique de la l’Union suisse des arts et métiers (USAM). Ce dernier écrivait qu’il fallait “Garder le sens des proportions, alors qu’année après année les soi-disant “incidents racistes” étaient décrits avec méticulosité, il n’existait pas de statistique analogue décrivant les crimes et les ennuis causés aux confédérés par des étrangers et des demandeurs d’asile.” Horber ajoutait que “c’était un peu fort de taxer de racisme tous les refus de naturalisation ainsi que toutes les conversations de café”. Or seuls les refus de naturalisation basés sur l’origine ou la religion ont été intégrés à la chronologie, qui ne documente que les cas rendus publics ou qui ont une portée politique.

Un rédacteur du quotidien bernois “Der Bund” a repris les critiques de Rudolf Horber et a confronté à ce propos Georg Kreis, président de la Commission fédérale contre le racisme.

Question: “Beaucoup de personnes s’émeuvent chaque année de la chronologie des incidents racistes en Suisse?”

Georg Kreis: “Cette liste est extrêmement utile à titre de documentation. Les avis peuvent effectivement être partagés sur certaines entrées qui y figurent.”

Question:”Est-il nécessaire d’intégrer dans la chronologie les représentants de l’UDC qui apostrophent les étrangers?”

Georg Kreis: “Certainement. Car de fait très peux de cas sont rapportés. Beaucoup de Suisses ne sont donc pas conscients du fait qu’il existe une partie du pays où le racisme est à l’ordre du jour.”

Werner Wassmer, point de contact de l’ASIN à Aargau écrit dans “Schweizerzeit” au sujet de la chronologie de “bonnes âmes autoproclamées” et colporte l’idée fausse que les cas de refus de naturalisation sont traités “uniformément” sous l’angle du racisme. Ce reproche infondé fait d’ailleurs partie du répertoire standard des critiques de la chronologie.

L’extrémisme de droite en Suisse en 2006/2

Zürich, 31 Décembre 2006

Toujours marginal, mais plus fort que jamais

Mouvement d’extrême droite en Suisse en 2006

Le 1er août 2006, une forte délégation de policiers contrôlait tous les accès à la prairie du Grütli et à la manifestation traditionnelle qui s’y tenait à l’occasion de la fête nationale. La Commission du Grütli de la SGG, la société d’exploitation du lieu, avait – enfin – réagi à l’usurpation de la fête du Grütli par l’extrême droite. Quelques représentants de cette mouvance s’étaient une première fois manifestés lors de la fête de 1996. Les années suivantes, ils furent chaque fois plus nombreux. Il s’agissait pour la plupart de skinheads à tendance nazie, mais il y avait également certains négationnistes. En l’an 2000, ils ont sifflé l’orateur du jour, le conseiller fédéral Kaspar Villiger. Leur affluence avait pour la première fois fait l’objet d’une large couverture par le journal de boulevard “Blick”, qui avait utilisé l’expression “L’infamie du Grütli”. Depuis lors, l’extrémisme de droite est de plus en plus reconnu comme un problème de société en Suisse.

Cependant, les organisateurs de la fête du Grütli ont conservé sa forme traditionnelle, offrant les oripeaux d’une idéologie réactionnaire du “Sonderfall”: l’isolement vis-à-vis de l’extérieur, l’accentuation du passé rural et l’exclusion des étrangers. C’est seulement après que le conférencier et conseiller fédéral Samuel Schmid se soit fait fustiger par presque une moitié des participants à la manifestation du 1er août 1995, lorsque ce dernier a parlé d'”intégration”, de “démocratie” et de “tolérance religieuse”, que la commission du Grütli a vu la nécessité d’agir. En janvier 2006, celle-ci a annoncé que les visiteurs ne pourraient plus accéder à la prairie du Grütli qu’avec un billet et que les extrémistes de droite seraient tenus à distance. Bilan de ces efforts: quelques extrémistes de droite ont réussi à se frayer un chemin jusqu’au Grütli mais ont été déboutés. Il y a eu relativement peu de visiteurs, la fête manquait d’ambiance et les mesures de sécurité coûteuses ont fâché les autorités des cantons d’Uri et de Schwyz.

Les extrémistes de droite ne sont pourtant pas restés inactifs le jour de la fête nationale. Dans la matinée, environ une centaine d’entre eux avaient cherché à investir le château de Lenzburg où le conseiller fédéral Samuel Schmid donnait son allocution. L’après-midi, après le discours du conseiller fédéral Blocher, ils ont formé un cortège en direction d’Uster. Le soir venu, ils ont célébré le premier août à Trüllikon bei Andelfingen, après avoir défilé en cortège dans le village avec des torches. Le premier août est devenu ces dernières années un moment privilégié pour les milieux de l’extrême droite en Suisse.

Des critiques se sont élevées, en particulier chez les représentants du camp national-conservateur, au sujet de cette tentative de déjouer les plans de marche vers le Grütli. Certaines voix ont minimisé la situation de l’extrême droite d’une manière générale. Le conseiller national UDC et président de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) Hans Fehr a d’emblée parlé de “quelques cinglés pubertaires et leurs acolytes”. Un processus révélateur: ce sont toujours les représentants de l’UDC qui tantôt minimisent les dangers et l’impact de l’extrémisme de droite où qui s’attaquent à ceux qui s’engagent contre cette mouvance. Un fait subsiste: c’est que l’extrémisme de droite prospère à l’ombre du camp nationaliste et conservateur, et ce dernier indique – avec des campagnes discriminatoires – la cible de la haine.

Depuis le milieu des années 80, avec la résurgence des mouvements nationaux conservateurs, une partie de la population suisse a adopté une vision conservatrice (voir raciste) des problématiques de société, qu’il s’agisse des conséquences sociales des drogues illégales ou de questions scolaires. Outre les micro-partis nationalistes, l’UDC en tant que parti gouvernemental encourage ce climat de discrimination à l’aide de campagnes agressives. Dans tous les cas de figure, le camp des nationalistes conservateurs dispose d’un grand nombre d’organisations (comme l’ASIN), de publications (par exemple le “Schweizerzeit” d’Ulrich Schlüer) et de membres économiquement puissants, de représentants et de supporters particulièrement actifs, par exemple chez les personnes écrivant des lettres de lecteurs. C’est ainsi que la droite ultra-conservatrice parvient de façon récurrente à accaparer le débat politique. Toutefois, ces dernières années ce camp a perdu toutes les votations populaires relatives au thème “Suisse et étrangers”. Il a gagné cependant lors des récentes votations sur la révision de la loi sur les étrangers et de la loi sur l’asile.

A l’ombre du camp nationaliste conservateur s’est développée depuis 1985 une subculture marginale et cependant grandissante d’extrémistes de droite, constituée principalement de jeunes adultes mâles, plus précisément des skinheads de tendance nazie et des “patriotes”, mais aussi de quelques négationnistes de l’holocauste, d’activistes dans des campagnes politiques et de militants dans des organisations à caractère politique ou culturel, qui veulent promouvoir l’extrême droite par un travail idéologique. Comment se présente cette mouvance en 2006?

Certes, depuis la seconde guerre mondiale, certains groupuscules d’inconditionnels ont continué à véhiculer l’idéologie nationale-socialiste ou fasciste, comme le lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Mais c’est seulement depuis le milieu des années 80 que s’est développée graduellement en Suisse une sub-culture extrémiste dont la partie émergente a été le “petit printemps des fronts” de 1989. Le groupe proportionnellement le mieux représenté était et demeure celui des skinheads, plus précisément des skinheads se réclamant de l’idéologie nazie. Ce sont eux qui, régulièrement, on été reconnus coupables des incendies de bâtiments abritant des requérants d’asile, d’attaques contre des personnes de groupes minoritaires et de propagande raciste. Les discours ont donc été suivis par des actes.

Subculture d’extrême droite – skinheads nazis et “patriotes”

La plus grande partie des jeunes suisses d’extrême droite se regroupe en diverses subcultures, principalement les skins à tendance nazie, quelques NS-Heavy-Metal et quelques Gothic-Darkwave. A côté de ces groupes, existent d’autres cliques ou groupuscules de “patriotes” faiblement structurés. Il s’agit plutôt d’un milieu que d’une “scène”. Les “patriotes” se caractérisent par un nationalisme militant, un refus vis-à-vis de certains groupes d’étrangers (par exemple des hommes des différentes régions d’ex-Yougoslavie, d’Afrique ou d’Asie) ainsi que des Suisses se réclamant de la gauche. Les frontières de ce milieu sont poreuses, d’une part en direction des skins à tendance nazie de l’autre vers les groupements et les partis néo-conservateurs.

La subculture “Skinhead” est née dans les années 60 dans la jeunesse en Grande-Bretagne. Y était représentés surtout des jeunes hommes des milieux ouvriers. Ils était fans d’alcool et de football, aimaient la musique Ska des jeunes migrants jamaïcains. Ils recherchaient l’attrait de tapages occasionnels et s’opposaient aux jeunes à cheveux longs, en particulier aux Hippies et également à certains immigrants d’origine indienne. Mais ils n’étaient pas explicitement néonazis ou extrémistes de droite. C’est seulement au début des années 80, lorsque les deux partis britanniques fascistes, le National Front et le British National Party ont cherché à recruter des membres dans les stades de football qu’une mouvance skinhead s’inspirant de l’idéologie nazie s’est créée. En Suisse, les premiers Skinheads d’extrême droite sont apparus au début des années 80 à Zürich, dans le milieu des fans de football/hooligans, à l’époque en particulier le “Hardturmfront”.

Depuis plusieurs années, les skinheads suisses de tendance nazie se regroupent en sections locales ou régionales qui ne se réclament d’aucune direction commune ni même d’une appellation particulière. Plutôt milieu qu’organisation, ces skinheads sont pour l’essentiel âgés de 15 à 25 ans, ont un métier manuel, habitent dans des communes rurales ou de petites villes. Comme le formule le Service d’analyse et de prévention(SAP): ” La mouvance extrémiste de droite est constituée de petits groupements non structurés, qui entretiennent entre eux des liens lâches et dont la composition et le nom changent fréquemment.”. Quant ils en portent un. “La mouvance extrémiste de droite en Suisse, poursuit ce service, ne partage aucune unité de vues, ni de base commune. On compte à l’heure actuelle environ un millier de sympathisants de ce milieu en Suisse.” Concernant la menace qu’elle représente, le document estime que: “Les activistes de droite perturbent parfois considérablement l’ordre et la sécurité publique, mais de façon ponctuelle et locale. La Suisse demeure un lieu particulièrement attractif pour l’organisation de concerts Skinhead et de manifestations apparentées.” Ce que le SAP désigne par des “menaces ponctuelles de la sécurité publique” désigne en fait des actes qui peuvent avoir pour des membres de groupes minoritaires ou des requérants des conséquences gravissimes. En 2005, six skinheads de tendance nazie ont comparu devant le tribunal de district de Frauenfeld parce qu’en 2003, ils avaient à tel point tabassé un jeune fan de reggae de 15 ans qu’ils l’avaient laissé handicapé à vie. Motif invoqué par les inculpés: ils voulaient “tabasser des gauchistes”. Le tribunal cantonal de Thurgovie a partiellement augmenté les peines en mai 2006.

Bien que la mouvance skinhead pro-nazie soit peu structurée en Suisse, il est important d’évoquer deux organisations qui existent sur le plan international depuis des années. Il s’agit d’une part des Hammerskinheads, fondés en 1986 à Houston/Textas en tant que fraternité blanche et donc raciste, revendiquant “des territoires blancs pour les hommes blancs” (white areas for white people). L’autre mouvement est le groupement Blood and Honour, fondé en Grande-Bretange en 1987 comme une “voix dissidente du rock contre le communisme”. Il s’agit d’une “organisation politique sans carte d’adhérent”. Elle a pour but de répandre l’idéologie néo-nazie à travers ses propres publications, des supports audio, le commerce d’objets et d’insignes nazis, ainsi que l’organisation de concerts. Dans l’environnement Blood and Honour s’est également constituée une organisation terroriste (Combat 18, le chiffre 18 se référant à Adolf Hitler) responsable d’attentats en Grande-Bretagne et en Suède.

Ces deux organisations ont également essaimé en Suisse. Déjà au début des années 90 les Nazis-skinheads de Suisse centrale ont fondé une section suisse, aujourd’hui la plus ancienne des sections européennes encore existantes de la “nation Hammerskin”. Les Hammerskinheads suisses (SHS) sont connus pour être des organisateurs de concerts expérimentés. Dans les années écoulées, ils ont organisé régulièrement des grands concerts, celui ayant réuni le plus grand nombre de participants étant le concert d’été du 10 août 2002 à Affoltern-am-Albis (environ 1’200 visiteurs de plusieurs pays européens).

Une section suisse de Blood and Honour est apparue seulement en 1997/98, d’abord en Suisse alémanique, puis en Suisse romande. Sa figure de proue est un ex-hammerskin, Olivier Kunz, qui s’est immédiatement profilé comme organisateur de concerts, éditeur de publications ainsi que durant un certain temps distributeur de musique par correspondance. Après son jugement pour infraction contre la norme pénale sur la discrimination raciale et l’interdiction des concerts nazis-skinheads – en premier lieu dans le canton de Vaud – ces activités ont accusé un net recul, même si Blood and Honour Romandie est apparu comme co-organisateur de manifestations en 2003 et 2004. En 2004, il a également été question d’une section zurichoise de Blood and Honour, dont on ne connaît cependant rien. Sur l’internet existe depuis longtemps une page “Combat 18” ainsi qu’un “Swiss Forum”qui s’est ouvert mi-août 2004 et dans lequel s’expriment aussi bien des skinheads alémaniques que romands.

En 2006, ces deux organisations en Suisse n’ont pas fait parler d’elles.

La Helvetische Jugend est une organisation affiliée au PNOS (Partei national Orientierter Schweizer ou Parti nationaliste suisse). Elle a été créée début juillet 2004 dans la région d’Oberaargau dans le canton de Berne. Parmi ses buts figurent sur sa page internet “la fin du multiculturalisme”, grâce entre autre à “l’expulsion d’étrangers dangereux et la limitation du nombre d’étrangers” sur le territoire suisse. Plus loin il est question de “l’internement pour les demandeurs d’asile” et d’une “meilleure éducation plus neutre dans les écoles suisses” (où il faudrait cesser toute propagande en faveur de Lénine et de Staline et séparer les élèves germanophones des non-germanophones). Enfin, il faudrait mettre un terme à la “désinformation gauchiste et à la terreur des médias, car il faut plus de journalistes neutres”.

En 2006, il a été peu questions des activités de la Helvetische Jungend. Le groupe dispose d’une présence sur internet, mais le site a cessé d’être actualisé. On trouve simplement de nouvelles entrées dans le livre des visiteurs.

Le groupe “Nationaler Widerstand am Rigi” est apparu pour la première fois en 2006. On ne sait pas quelle est la taille du groupe ni qui sont ses représentants. Ils sont, comme ils le disent sur leur homepage “une association de jeunes qui en ont marre d’être insultés, apostrophé et même agressés par des jeunes étrangers, qui ont fait un divertissement du fait de s’en prendre à de jeunes suisses.” Ils veulent donc entrer en “résistance contre le multiculturalisme, les étrangers violents et criminels, la jeunesse suisse sans buts, les abuseurs d’enfants et les criminels sexuel, la destruction de l’environnement, la vente et la consommation de drogues, les mensonges des médias, la globalisation de notre langue et de notre peuple”. Dans leurs rangs règne une “saine camaraderie”, une préoccupation pour le pays et pour le peuple et la volonté de changer quelque chose”. Le groupe a produit en 2006 trois tracts, l’un intitulé “Kilbi”, un autre “Multikultur” et un troisième “Anti-Antifa”. Le tract “Kilbi” (kermesse) s’en prenait au fait que “chaque année la fête de la Kilbi est ternie par des problèmes de drogue et des bagarres. Ces bagarres se sont pas seulement liées à l’alcool, il s’agit beaucoup plus souvent la manifestation de haine et de méchancetés envers les victimes suisses de la part principalement de jeunes étrangers.”

Dans le papillon dénonçant l'”excès du multiculturalisme” il est dit: “Le problème est lié au mélange de différentes cultures, mélange déjà très avancé en Suisse et qui est encouragé par les pouvoirs publics”. Dans le tract “Anti-Antifa”, il est dit sans détours qu’il ne faut donner aucune chance au “chaos rouge, aux sympathisants du multiculturalisme et du bolchevisme”.

Lors de l’apparition du Nationalen Widerstand am Rigi, divers émules sont apparus sur internet dans la région. Il est probable que la section est du PNOS Küssnacht am Rigi s’adresse à ses membres et à ses sympathisants par ce biais-là.

Heimatbewegung (mouvement patriote)

Lors de la fête du 1er août 2006 à Trüllikon, un partisan de la “Heimatbewegung” a pris la parole. Il s’agit de la seule apparition publique d’un membre de cette organisation fondée en 2004-2005 et joignable via case postale à Dübendorf. Il est difficile de savoir combien de membres compte ce mouvement et quelles sont ses activités internes. La “Heimatbewegung” fait des apparitions sporadiques sur le net à l’occasion de la discussion de thématiques portant sur les “étrangers”, généralement déclenchées par des actions politiques du camp nationaliste conservateur.

La “Heimatbewegung” vise la dissolution de la Suisse quadrilingue, car elle défend en priorité les intérêts et la survie de la “population alémanique”, à savoir “pour un Etat populaire représentant les limites actuelles de la Suisse alémanique”. Sinon, les points principaux du programme sont – comme c’est généralement le cas pour les groupements d’extrême droite – le soutien à la Suisse rurale, le rétablissement de la peine de mort, l’abolition du droit d’asile, le frein total à l’immigration, l’interdiction de toute forme d’intégration des étranger ainsi que l’arrêt complet des procédures de naturalisation.

Dans les pays d’Europe francophone une nouvelle mouvance s’est développée au sein du camp d’extrême droite qui se nomme les “Identitaires” et en appelle à une “identité européenne et blanche” tout en se positionnant contre l’immigration en provenance des autres continents. En France, une branche dissidente des “Identitaires” s’est formée et s’est fait remarquer par des actions spectaculaires. En Suisse, il existe deux groupements différents, d’un côté les Identitaires de Romandie, de l’autre les Jeunesses Identitaires de Genève. On ne sait pas combien de membres comptent ces deux organisations, ni quels sont ses leaders. Chacun de ces groupes bénéficie d’une présence sur internet.

Début juillet 2005, Les Identitaires de Romandie ont annoncé qu’ils allaient suivre les traces de leurs “cousins” belges et français. Leur but est la défense des Européens de race blanche. Face aux dangers de la globalisation, de l’immigration massive, et à la dissolution de “l’identité suisse et européenne” ils ne voient qu’une issue pour la jeunesse romande: agir ou subir. Et tout cela “pour la Romandie, pour la Suisse et pour l’Europe”. En 2006, sont parus deux numéros des “Cahiers identitaires romands”, un cahier fabriqué de façon primitive.

Les Jeunesses Identitaires de Genève sont apparues sur la scène publique pour la première fois en 2006. En été 2006, ils ont distribués dans un quartier genevois un petit pamphlet stigmatisant la “haine contre les Suisses”. Fin octobre, ils ont organisé à Genève une commémoration à la mémoire de la résistance hongroise de 1956 et début novembre, ils ont circulé avec des tracteurs et des chars à travers les villages genevois et ont distribués des tracts contre les aliments transgéniques.

On constate une tendance néo-fasciste chez une frange du mouvement Dark Wave/Neofolk, également en Suisse et plus particulièrement en Suisse romande, où ont lieu les concerts. Une soirée de ce type a été organisée par l’association “Soleil Noir”, présidée par le lausannois Lars Kophal. Dans sa présentation, l’association “Soleil Noir” manifeste une vision du monde ambigüe. Elle s’affirme d’abord apolitique mais elle déclare plus loin: “nous vomissons la modernité sans racines, le matérialisme sans âme, l’utralibéralisme destructeur, l’exploitation des travailleurs par le grand actionnariat international, la globalisation-standardisation planétaire, la grande soupe fade du multiculturalisme, l’américanisation comme la tiers-mondisation”. Ils se conçoivent comme Suisses et Européens et ceci sans honte ou sentiment de culpabilité. Leur vision pessimiste et européocentrique prend un tour clairement politique à l’évocation laudative de l’idéologue fasciste Julius Evola. Une grande partie de la mouvance Dark Wave/Neofolk ne se montre pas critique à l’égard de cette minorité d’inspiration néo-fasciste, et des journalistes peu critiques partagent parfois cette opinion.

Vente de livres et de musique par correspondance

Jusqu’à ces récentes années, les extrémistes de droite suisses devaient aller se fournir à l’étranger, en particulier en Allemagne, pour acheter des livres et des enregistrements. En 2004, Sacha Kunz, l’ancien président du PNOS avait mis sur pied une structure de distribution. Le label “White Revolution” devait être un label actif dans la distribution de disques. Selon les déclarations faites sur le site Internet, “White Revolution” se voulait un label suisse dont l’objectif était “de participer à la scène musicale suisse du courant nationaliste”. Le studio d’enregistrement “Swastika Records”, actif dans la production professionnelle de musique était rattaché à ce label. En automne 2005, Sacha Kunz a rebaptisé sa société du nom plus anodin de Helvetia Versand, puis plus tard Utgard Versand. L’offre n’a pas changé est restée accessible via Internet pendant quelque temps, jusqu’à ce que la police cantonale argovienne perquisitionne au domicile de Kunz dans le cadre d’une procédure pour violation de la norme pénale contre la discrimination raciale. La clientèle de la maison de vente s’était étoffée, comme l’a signalé l’association Antifa Berne à la mi-août 2005, lorsqu’on lui a fait parvenir la base de donnée avec plus de 150 noms de clients.

Durant l’été 2006, Kunz a suspendu son activité après quelques déboires financiers. En hiver 2006, un tribunal allemand l’a condamné à une amende et a également ordonné la confiscation des enregistrements déjà produits. Au quotidien “Blick” Kunz a déclaré en septembre 2006: “Je me retire”. L’avenir dira si cette information correspond à la réalité. Sacha Kunz était l’un des partenaires du duo “Die Eidgenossen” qui ne s’est pas produit en 2006. Conclusion: les extrémistes de droite en Suisse doivent à nouveau importer leur CD’s de musique depuis l’étranger, lorsqu’ils ne les achètent pas au stands lors des concerts.

Adrian Segessmann opère la diffusion de ses livres “Neue Zeitwende” à partir d’une case postale à Aefligen (près de Kirchberg BE). Il propose des livres sur divers thèmes comme “L’histoire, la culture et les coutumes, la politique et d’autres thèmes”. En réalité, il s’agit surtout de livres concernant des fantasmes de complots, des sociétés secrètes et d’ouvrages à la gloire des SS ainsi que de publications d’auteurs d’extrême droite comme Jürgen Schwab ou Peter Dehoust. Toutefois son offre ne s’est pas beaucoup développée durant l’année écoulée.

Le jeune Adrian Segessenmann, âgé de 27 ans, est actif depuis plusieurs années dans le milieu de l’extrême droite. Il a notamment participé à l’agression Hammerskin lors d’un festival de musique anti-fasciste à Hochdorf (4.11.1995). Selon certains dires, il serait également actif dans la société Avalon et ferait partie des organisateurs de la conférence qui a débouché sur le changement de définition concernant le caractère “public” d’un fait. Le jeune Segessenmann a fait inscrire en juillet 2006 la société en nom propre “Thor Steinar”, dont le but est la vente de la marque de vêtements Thor Steinar, très apprécié des jeunes néo-nazis. Mais l’on ne fait pas entièrement confiance aux clients semble-t-il, car parmi les conditions de vente figure le paragraphe suivant: “Règle no 1: Ne commande pas de vêtements si tu n’as pas d’argent pour les payer. Nous poursuivrons sans relâche les mauvais payeurs jusqu’à ce que nous ayons obtenu notre argent!”.

Le jeune Segessenmann est apparu à diverses reprises comme rédacteur sous le pseudonyme de “Schwed” lors du forum des Hammerskin, et également comme défenseur de la cause révisionniste, c’est-à-dire qu’il nie l’holocauste. Ainsi “Schwed” écrivait fin octobre 2006 que “le révisionnisme est une clé importante pour le succès de notre combat et l’on devrait soutenir des gens comme German Rudolf et Ernst Zündel”.

Groupes de musique

Dans toutes les subcultures de jeunes, la musique joue un rôle d’identification et de valorisation, d’une part en tant que vecteur d’une certaine joie de vivre et, d’autre part, en tant que moyen de diffusion de messages politiques. Les concerts servent à cimenter le groupe et à diffuser des messages politiques, surtout lorsqu’ils sont organisés par des skinheads néo-nazis, car on y trouve généralement des stands qui proposent aussi bien des enregistrements que des livres/brochures ainsi que d’autres articles typiques du mouvement. Jusqu’à la publication de l’arrêt du Tribunal fédéral concernant la norme pénale antiraciste et la notion d’événement “public”, la police et le juge d’instruction considéraient les concerts skinheads néonazis comme des manifestations privées, même s’ils réunissaient plus de mille personnes et si l’annonce du concert était accessible aux journalistes.

En 2006, la pratique de la police s’est peu modifiée, La police est intervenue lors d’un grand concert et le prétexte à cette importante mobilisation policière était le refus de coopérer de certains des spectateurs et non pas l’infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale. La police du canton de Berne s’est cependant montrée coopérative avec les organisateurs d’un concert s’adressant à l’extrême droite. Bien que cette dernière ait reçu de la part des autorités politiques et judiciaires la consigne d’empêcher un concert planifié, les menaces des organisateurs ont incité la police à se montrer coopérative. Ainsi, les forces de l’ordre ont même interdit l’accès au site à un représentant des médias, à la demande des organisateurs. Elles n’ont donc à aucun moment vérifié la conformité avec la norme pénale contre la discrimination raciale.

Plusieurs groupes de musique à tendance extrémiste sont apparus au cours des dernières années. Il y a dix ans déjà naissait le groupe bâlois “Sturmtruppen Skinhead”, plus tard le groupe Hammerskin de Suisse orientale “Erbarmungslos”. Emanant également de la mouvance Hammerskin, les musiciens du groupe lucernois “Dissens”. Dans une interview datant de l’été 2006, ce groupe a annoncé la sortie d’un nouveau disque, ainsi que la création d’un nouveau groupe suisse du nom de “Vargr I Veum”. Les deux nouveaux groupes qui ont donné des concerts en 2005, le groupe zurichois “Amok” et le groupe valaisan “Helvetica”, n’ont pas encore sorti de disque.

“Indiziert”

“Indiziert” est actuellement l’une des formations d’extrême droite les plus connues en Suisse. Elle a été peu présente en 2006. Au début de l’année, le groupe a sorti son deuxième album “Marsch auf Bern”. Dans une interview donnée à la “Berner Zeitung” le chanteur du groupe Lüthard a affirmé clairement ses convictions racistes, déclarant qu'”il ne s’entretiendrait pas avec un journaliste à la peau basanée”. Tant en raison du contenu des textes que des déclarations faites à la presse, les autorités d’enquête ont ouvert une procédure pour infraction à la norme pénale contre la discrimination raciale. Fin novembre, l’autorité judiciaire unique a suspendu la procédure. Une partie des textes des chansons étaient effectivement “de mauvais goût, moralement discutables et offensants”, mais ne portait pas pour autant atteinte à la norme pénale.

Le groupe rock “Indiziert” se compose des frères Alex et Cedric Rohrbach, de Dominic Lüthard et de Benjamin Lingg. Lüthard s’était porté candidat sur la liste du PNOS ainsi qu’au législatif de la commune de Roggwil mais n’a pas été élu. L’organisateur officiel du festival rock de droite “Helvetien Rockt” était le label de disques “HDR-Records”, dont les principaux instigateurs sont les membres du groupe “Indiziert”. Six groupes étaient annoncés lors de la manifestation, mais ils ne furent que deux à jouer.

Activités politico-culturelles

Divers activistes et organisations se réclament d’une idéologie d’extrême droite mais ne participent pas forcément à la politique institutionnelle et ne se présentent pas aux élections. Il s’occupent de promouvoir leur idéologie par un travail de formation et de réseautage. On peut citer ainsi le cercle Avalon ou Gaston-Armand Amaudruz avec son journal le “Courrier du Continent”, mais aussi le couple Paschoud avec son journal “Le Pamphlet”. Outre ces activités déjà anciennes, on recense l’apparition en 2004 et 2005 d’un groupement nommé le “Bund Oberland”, créé par un groupe de jeunes activistes inconnus de l’Oberland bernois.

Le cercle Avalon

Le cercle Avalon est longtemps resté secret, de sorte que ses activités sont peu connues du grand public. Cependant son représentant Ahmed Huber, également activiste islamiste, prétend qu’occasionnellement des journalistes, des parlementaires ainsi que d’autres personnalités influentes ont pris part aux manifestations du cercle Avalon. Toujours est-il que Huber affirmait durant la campagne électorale de l’automne 2003 à la SonntagsZeitung que Bernhard Hess, conseiller national bernois des Démocrates suisses (DS) avait pris part à des activités de la société Avalon. Hess a contesté – sans convaincre – ses contacts avec l’extrême droite. En janvier 2005, le rédacteur de “Recht + Freiheit”, Ernst Indlekofer, s’est fâché contre une déclaration de Hess où il était question de “l’irrémédiable disparition du Reich allemand”, faisant allusion au fait qu’il avait entendu dire que Hess fréquentait depuis des années les réunions du cercle Avalon, et que de ce fait il devrait savoir que “les transformations et l’histoire de l’Allemagne sont le thème principal de la célébration bisannuelle de cette société germanophile”.

Le Cercle Avalon a été créé en 1990 par Roger Wüthrich, précédemment dirigeant de la “Jeunesse Viking suisse” et par Andreas Gossweiler, actif dans divers mouvements d’extrême droite. A ces rencontres participent d’anciens fascistes ainsi que de jeunes skinheads, outre ses représentants les plus connus comme Ahmed Huber et Roger Wüthrich.

Gaston Armand Amaudruz et le “Courrier du Continent”

Le vieux fasciste Gaston Armand Amaudrz est aujourd’hui âgé de 85 ans, mais continue à publier régulièrement son petit journal de 12 pages hectographiées, le “Courrier du Continent”. Le contenu est identique depuis des années. Dans la partie “bloc-notes”, Amaudruz tire des citations des journaux qu’il assortit de commentaires sardoniques. Mais dans cette rubrique, il donne également des informations (y compris adresses) de nouvelles publications de l’extrême droite et de ce fait contribue à la mise en réseau de ce milieu. Puis viennent des rubriques habituelles sur la “criminalité” ou sur la “Lois-Baillon” (c’est ainsi qu’Amaudruz désigne la norme pénale suisse sur la discrimination raciale). Viennent s’ajouter des textes de ses collaborateurs Guiseppe Patanè, Willi Märki et Eduardo Longo. En 2006, le négationniste René-Louis Berclaz a également écrit dans le “Courrier du Continent” au sujet du procès Robert Faurission. La dernière page est consacrée à un article où Amaudruz expose ses thèses racistes, antisémites et négationnistes. Ces propos ont valu à Amaudruz deux séjours de trois mois en détention voici quelques années.

Le “Courrier du Continent” est paru pour la première fois en 1946 et est rédigé et publié depuis une cinquantaine d’années par le fasciste lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Pendant des décennies, ce cahier était l’organe officiel de NOE, une petite organisation raciste dont Amaudruz était l’un des principaux animateurs. Le pamphlet continue à être publié aujourd’hui à quelques centaines d’exemplaires.

Claude et Mariette Paschoud “Le Pamphlet”

Dans son édition élargie de l’été 2006, “Le Pamphlet” invitait ses sympathisants à un dîner de célébration à l’occasion de son 35 ème anniversaire, avec des allocutions de Max l’Impertinent, Daniel Bassin, Michel de Preux et Claude et Mariette Paschoud. Dans son “édition jubilé”, les responsables de cette publication se réjouissaient d’annoncer qu’alors que cinq ans auparavant ils étaient prêts à jeter l’éponge, ils envisageaient désormais l’avenir avec optimisme. Il y a eu 10 numéros du “Pamphlet”. Les auteurs étaient, outre les Paschoud, Michel de Preux, Gérald Berruex et d’autres écrivains anonymes comme Max l’Impertinent et Pollux.

En 2006 “Le Pamphlet” a publié principalement des textes concernant les thématiques ordinaires au sein du camp catholique et conservateur, mais chaque fois aussi des textes comportant des allusions anti-sémites, anti-musulmanes et xénophobes, ainsi que des textes faisant l’apologie d’extrémistes de droite comme Jean Marie Le Pen et son Front National. Avant tout, on y lisait régulièrement des propos polémiques envers les personnes qui luttent contre le racisme, la révision du droit d’asile et du droit des étrangers.

“Le Pamphlet”, fondé par Claude Paschoud, paraît depuis 1970, dont depuis 35 ans. Le feuillet a connu par moments une diffusion plus importante (2’000 exemplaires). C’était en 1986, à l’époque ou Mariette Paschoud, enseignante dans le secondaire, était apparue aux côtés du négationniste Henri Roques à une conférence de presse à Paris et avait émis des “doutes sur l’existence des chambres à gaz et des camps de concentration.” En 1991, elle a failli être nommée major dans le service féminin de l’armée suisse, n’était-ce les protestations politiques qui ont entouré cette promotion. Un procès en diffamation entrepris par Mariette Paschoud contre le rédacteur du “Bieler Tagblatt” a fini par se retourner contre la négationniste. Le conseil fédéral a estimé dans un jugement qui fait encore référence aujourd’hui que: “La revendication d’une preuve sur l’existence des chambres à gaz est tellement absurde, au vu de la masse de preuves disponibles, que, même si d’autres motifs sont théoriquement envisageables, la sympathie pour le régime national-socialiste s’impose de façon évidente et suffit comme preuve de vérité. Surtout si l’on tient compte dans la conclusion d’éléments telles que des actions et propos tenus, ainsi que d’intentions et de motivations, qui ne représentent néanmoins pas une preuve scientifique.”

Au cours des dernières années, le journal a plusieurs fois vu diminuer ses abonnés. Depuis quelques années, “Le Pamphlet” est également consultable sur internet, un moyen pour la rédaction de faire face à la baisse constante des abonnés.

Recht + Freiheit (Droit et Liberté), Ernst Indlekofer

Ceux qui sont encore capable de réfléchir, affirme Ernst Indlekofer, constateront que “les hauts cris poussés contre l’extrémisme de droite détourne l’attention des vrais coupables”. Et pour le rédacteur bâlois de Recht + Freiheit, condamné pour négation de l’holocauste, les véritables coupables ce sont depuis toujours les Juifs et les Franc-maçons. Au nombre des thèmes récurrents figurent diverses attaques contre la norme de droit pénal contre la discrimination raciale, la contestation de la responsabilité allemande dans le déclenchement de la deuxième guerre mondiale, ainsi que diverses prises de position en faveur de négationnistes.

Durant l’été 2006, Indlekofer a ajouté à sa publication un tract “Das ARG muss weg!” (la norme pénale contre la discrimination raciale doit être supprimée). Avec ce pamphlet, Indlekofer voulait se rendre compte qui soutiendrait l’initiative populaire sur la suppression de la norme pénale contre la discrimination raciale et pour l’annulation de la convention de l’ONU contre le racisme. Ce projet n’a semble-t-il pas abouti. Dans tous les cas, Indlekofer n’en a pas reparlé dans son petit journal. Inculpé pour infraction conte la norme pénale sur la discrimination raciale, Indlekofer a obtenu fin mars un succès judiciaire. Le tribunal correctionnel a suspendu le procès ouvert en 1998, parce que les autorités d’enquête n’avaient pas respecté la clause constitutionnelle des “délais raisonnables”, même si certains chefs d’accusation n’étaient pas encore prescrits. En clair: la procureure Eva Eichengerger a bâclé le procès. La procureure et Indlekofer ont tous deux fait appel contre l’abandon de la procédure (en raison des frais). Mais neuf mois après le traitement judiciaire, le jugement du tribunal correctionnel de Bâle est toujours en attente. Concernant son procès, Indlekofer a publié une édition spéciale de “Recht + Freiheit” le 23 mars 2006, où il documente son “commentaire final” devant le tribunal.

Officiellement, l’organe “Recht + Feiheit” est publié par un “Presseclub Schweiz”, mais de facto, c’est bien le bâlois Ernst Indelkofer, maintenant âgé d’une soixantaine d’années, qui est largement responsable de ce cahier d’une dizaine de pages par édition. En 2006, outre “l’édition spéciale”, quatre numéros sont parus, quoique le quatrième cahier soit numéroté “No 4-6”. Parmi les auteurs suisses, l’on recense Max Disteli (Olten), Felix Berger (Zurich), Alex Brunner (Wetzikon) et le “Prof. Dr. Jur. Hans Ulrich Walder” (Sempach, LU).

Le “Presseclub Schweiz” a tenu son assemblée générale le 22 juillet 2006 à un endroit inconnu, et comme les années précédentes, les membres devaient préalablement demander leur carte d’invitation personnelle.

MIHAG – Militärhistorische Arbeitsgemeinschaft

Au cours de l’année écoulée, la Militärhistosiche Arbeitsgemeinschaft ne s’est pas manifestée.

La Militärhistorische Arbeitsgemeinschaft (MIHAG) a été créée au milieu des années 90 et dispose d’une case postale à Hinterkappelen dans la région de Berne. Cette société est plutôt discrète et on ignore de combien de membres elle se compose. Il est toutefois avéré que son représentant, le pâtissier-confiseur bernois Stefan Kernen, prend régulièrement part à des rencontres amicales entre anciens Waffen-SS et qu’il y est considéré comme un “camarade suisse” ou un “sympathisant confédéré”.

Portails d’information

En Suisse, la mouvance d’extrême droite ne dispose que de peu d’accès aux médias, en particulier aux médias imprimés. Mais au fil des ans sont apparus des supports d’information comme la “Freie Stimme” (respectivement Altermedia Schweiz), Altermedia Suisse et Novopress Suisse. En 2006, deux de ces portails d’information n’étaient alimentés plus que de façon irrégulière. Le responsable de Freie Stimme/Altermedia Schweiz s’est trouvé confronté à un mandat de perquisition en automne 2005, ce qui semble avoir atténué son besoin d’informer. Altermedia Suisse a également publié peu d’information sur le net en 2006. Seule Novopress Suisse a présenté une certaine continuité. Ce portail a transmis en particulier les communiqués de presse des Identitaires romands.

Organisations politiques

Ces dernières années, les extrémistes de droite ont aussi tenté de constituer des partis politiques dans le but de participer aux élections. La plupart de ces projets on généralement fait long feu, à l’instar du Parti national suisse (NPS) de David Mulas. Le parti nationaliste suisse (PNOS) constitue la seule exception et s’est doté entre temps de structures solides. A Bâle, Eric Weber s’est présenté comme unique candidat de son “Action populaire contre trop d’étrangers et de demandeurs d’asiles dans notre patrie” en participant au deuxième tour des élections pour le conseil exécutif de la ville. Largement battu, Weber a obtenu 2530 voix et de ce fait la troisième place. Il a néamnoins volé la vedette à la populaire représentante du Schweizerischen Bürger Partei (SBP), une dissidence de l’UDC de Bâle-ville. Weber a une longue carrière dans les milieux d’extrême droite. En 1986, il a été élu au Grand conseil sur la liste de l’Action nationale, d’où il est bientôt ressorti en raison de ses comportements désagréables. Après son retrait du Grand conseil, il a déménagé pour plusieurs années en Allemagne, où il a cherché à travailler comme journaliste. Au début des années 90 il avait été jugé pour irrégularités lors des élections. En 2003, il a participé aux élections nationales, en 2004 aux élections du Grand-conseil de Bâle-ville, toujours sur la liste des Démocrates Suisses (DS). Lors de ces dernières élections, Weber a cherché à acheter des bulletins de vote a été éliminé.

L’opposition nationale extraparlementaire (Napo) ne s’est plus manifestée en 2006, alors que l’année précédente elle avait encore organisé deux manifestations. Même le portail internet de la NAPO, qui n’avait plus été remis à jour depuis longtemps, a fini par disparaître du net. Conformément à son “programme d’action”, le but de la NAPO est de “perturber le pouvoir des médias dans notre système politique et de préparer un changement de pouvoir en Suisse dans le sens d’un Etat populaire”. Cela implique notamment l’expulsion des résidents d’origine non-européenne, car la NAPO considère que “les personnes d’une autre culture et d’une autre race qui vivent dans notre pays et en Europe comme des occupants civils”. Le programme précise que la NAPO “se mobilise pour le rapatriement des persones d’autres races et d’autres cultures”. Parmi ses “visions”, le parti évoque des familles nombreuses de race blanche. Il s’agit donc d’un texte clairement raciste. Toutefois le négationniste et représentant de la NAPO Bernhard Schaub continue à être actif, de même que la page internet de la “Reichsbewegung” continue à s’afficher. La NAPO se considérait à l’époque comme la branche suisse de cette organisation.

Parti nationaliste suisse (PNOS)

Comme d’autres partis politiques, la Parti nationaliste suisse affirmait à la fin de l’année sa confiance en l’avenir. Le comité directeur du parti annonçait début 2006 sur sa page internet que: “le parti a pris de la distance d’avec le poids du passé et décidé de suivre une nouvelle orientation idéologique. En se distançant de l’idéologie nationale-socialiste, il prenait enfin la voie longtemps attendue de la modernité.” La clairvoyance n’était cependant pas l’unique élément déclencheur de ce revirement: le procès pour infraction contre la norme pénale sur la discrimination raciale y a certainement contribué. Plusieurs membres du comité directeur du parti ont été jugés en première instance, et peu avant l’audience publique devant le tribunal de district d’Aarau, les accusés ont retiré leur recours, de sorte que les condamnations sont entrées en vigueur.

Dans son nouveau programme, le PNOS prétend qu’il s’oppose au “socialisme helvétique”. Dans les faits, le parti critique sans cesse les inégalités sociales qui font partie intégrante du capitalisme. Elle veut surmonter cette contradiction par la proclamation d’un “Volksganzen”, exactement comme l’on fait les partis d’extrême droite entre les deux guerres. Le nouveau programme a maintenu une clause discriminatoire: “Les étrangers d’une autre culture ne peuvent obtenir qu’exceptionnellement la citoyenneté suisse”. A savoir, les résidents d’origine asiatique ou africaine ne peuvent pas être naturalisés et doivent quitter la Suisse car: “Celui qui vit en Suisse sans être citoyen a un statut d’hôte et ne peut résider que pour une période limitée sur le territoire.” En outre, le parti réclame un état autoritaire. Certes, le gouvernement (soit un Landammann et son représentant) doit être élu par le peuple, mais avec un mandat illimité et un pouvoir décisionnel étendu. Le Landammann doit ensuite élire les conseillers fédéraux ainsi que les juges fédéraux. Là aussi, le PNOS suit la même logique que les organisations frontistes des années 1930. Comme eux, le PNOS réclame également une interdiction de la Franc-maçonnerie, car “ceux qui appartiennent à des Loges et à des sociétés poursuivent forcément d’autres buts que l’Etat”. Tout cela indique que si l’enveloppe extérieure du PNOS a changé, le noyau de ses convictions est resté le même.

Un coup d’oeil jeté au journal du parti “Zeitgeist” illustre bien la continuité de cette idéologie. En 2006 également sont parus des articles xénophobes, antisémites et anti-islamiques. Le représentant du PNOS, Dominic Bannholzer, a diffusé des propos racistes des plus crus. Il se plaint du “mélange des races”, disant qu’il s’agit d’une “illusion malade”. Plus loin, il s’indigne qu’un joueur de foot noir de peau représente l’équipe nationale suisse. Et prenant pour cible Johan Djourou, il écrit qu’il souhaiterait “rien plus ardemment que ce ‘romand’ à peau noire aille exercer son talent du football ailleurs, de sorte qu’il représente dans le monde entier le pays dont il possède l’héritage.” Plus loin encore, un certain “Kamal Samdhi” prétend que “l’holocauste est le seul tabou vraiment intangible en Occident”, et qu’il est devenu une “pseudo-religion négative”, qui ne s’intéresse pas à transmettre des valeurs mais “à faire des gens durablement des esclaves de leur culpabilité en raison d’une vision de l’histoire réduite à un seul événement, sur lequel des doutes subsistent”. Si l’on prend les textes du “Zeitgeist” comme référence, l’attitude du PNOS vis-à-vis de l’Islam est ambiguë. Le “Zeitgeist” prétend combattre les musulmans européens, et pourtant il soutient les musulmans dans leur résistance à Israël et dans leur critique du capitalisme occidental.

Le PNOS prétend avoir augmenté son nombre d’adhérents de plus de 30%. Ces informations sont invérifiables. Il est toutefois clair que le parti a créé en 2006 trois nouvelles sections – Willisau, Küssnacht-am-Rigi et Berner Oberland. Il a pris deux fois part, sans succès, aux élections. Lors des élections du printemps 2006 au Grand conseil bernois, Dominic Lüthard et Tobias Hirschi se sont présentés dans le district d’Oberaargau. Le parti a obtenu un pourcentage insignifiant de 2% des voix. Aux élections du conseil communal de la localité de Roggwil, le PNOS a obtenu 5% des voix: 46 électeurs ont déposé une liste intégrale du PNOS dans l’urne, tandis que 37 électeurs ont modifié la liste du PNOS. Le seul candidat était en l’occurrence Dominic Lüthard, membre du PNOS et chanteur du groupe “Indiziert”.

Dans un proche avenir, le parti prévoit le développement de sa structure interne. Il s’agira en outre de “soigner un contact actif avec les pays voisins afin de présenter sur un plan plus largement européen un front uni contre le capitalisme, le pillage et le despotisme”. Les trois exemples suivants donnent assez clairement une idée de quoi il s’agit. Lors de l’assemblée générale du parti à Wauwil, Thomas Gerlach est apparu pour adresser ses vœux au PNOS au nom du NPD, du KDS (Kampfbund Deutscher Sozialisten) et des forces libres de Saxe et de Mecklembourg-Poméranie. Mi-décembre 2006, une délégation du PNOS a pris part à la séance de fondation de la section Bodensee des Jungnationaldemokraten, l’organisation des jeunes membres du NPD, à Friedrichshafen. Enfin, Denise Friedrich, seule femme au comité directeur du parti a présenté une conférence sur la “femme nationale”, qui d’une part doit assumer son rôle de mère, d’autre part doit s’émanciper et participer à la vie politique, à l’image d’organisations comme le “Ring-Nationaler-Frauen”, la “Gemeinschaft-Deutscher-Frauen” et la “Mädelring Thüringen”, toutes des organisations dans la mouvance du Nationaldemokratischen Partei NPD allemand et de la Freien Kameradschaften.

Négation de l’Holocauste

Les révisionnistes nient trois faits historiques patents: premièrement qu’un plan destiné à éliminer les Juifs d’Europe ait été élaboré, deuxièmement que des chambres à gaz aient été construites pour éliminer les victimes et, troisièmement, que la persécution des Juifs par les nazis se soit soldée par la mort de plusieurs millions de victimes. A l’automne 2005, une bonne part de l’infrastructure des révisionnistes a été anéantie par l’arrestation de Germar Rudolf. Avec l’interdiction de sa maison d’édition active en deux langues, la plus importante des publications négationnistes paraissant en allemand et en anglais a disparu. De nombreux promoteurs importants du négationnisme comme Germar Rudolf et Ernst Zündel ont été traduits en justice en 2006. Fin 2006, les jugements définitifs n’avaient pas encore été rendus.

Malgré cette grave crise, les négationnistes prétendent être optimistes pour l’avenir. La raison en est la conférence sur l’holocauste qui s’est tenue à Téhéran mi-décembre 2006. Elle a été organisée début 2006 par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, et a réuni principalement des extrémistes de droite et des négationnistes, mais également quelques juifs anti-sionistes. La conférence poursuivait deux buts principaux: d’une part la mise en cause ou la banalisation de l’holocauste, d’autre part la tentative de saper la légitimité de l’état d’Israël. Au terme de cette conférence, certains participants ont créé une commission composée principalement de négationnistes, dont le Suisse Bernhard Schaub, dont l’objectif est de créer une fondation et d’organiser d’autres conférences. On ne sait pas quelle suite aura cette initiative. En fait l’Internationale négationniste est en crise de puis des années, parce que ses thèses mensongères et intellectuellement indéfendables n’ont pas réussi à convaincre en dehors du cercle restreint des extrémistes de droite.

Les premiers extrémistes de droite sont apparus au grand jour dans les années 1990. Pendant la campagne référendaire contre l’introduction de la norme pénale sur la discrimination raciale, les quatre orateurs principaux, Jürgen Graf, Arthur Vogt, Andres J. Studer et Bernhard Schaub ont organisé un forum appelé “Groupe de travail pour la dé-tabouisation de l’histoire contemporaine”, rebaptisé plus tard “Groupe de travail et de recherche en histoire contemporaine”. Dans la deuxième moitié des années 1990, l’AEZ a réduit ses activités, suite à quoi le négationniste alémanique et ses camarades romands ont créé l’association “Vérité et Justice”. Cette association a été dissoute en mars 2002 par le tribunal de district de la Veveyse à Châtel-Saint-Denis et a depuis cessé toute activité.

Les négationnistes suisses – à l’exception de Bernhard Schaub et Philippe Brennenstuhl – ne pouvaient plus développer d’activité en suisse à partir de 2006. Jürgen Graf et Andres J. Studer ont quitté la Suisse pour échapper à des peines de prison fermes. Ils semblent qu’ils aient cessé d’exercer une influence sur les milieux d’extrême droite en Suisse.

Bernhard Schaub

Mi-décembre, Bernhard Schaub a fait une apparition remarquée à Téhéran, comme orateur invité à la “Conférence sur l’holocauste”. Dans son allocution Schaub a félicité comme premier président du “Verein zur Rehabilitierung des wegen Bestreitens des Holocausts verfogten (VRBHV)” le président iranien pour avoir ouvert “la lutte contre le mythe de l’holocauste”. Schaub a parlé d’un “ramassis de propagande” destiné à intimider une Allemagne désarmée depuis soixante ans. Il a conclu son discours avec un appel: “Les négationnistes européens aimeraient clamer à tous ici dans le monde islamique que nous avons le même ennemi”. Il s’agit “du corrupteur de l’humanité qui avec l’aide des unités de combat américaines veut soumettre le monde entier au capital juif, et annihiler tous les peuples, cultures et religions indépendantes”. En clair: Schaub reprend le discours antisémite nazi. Schaub a toutefois trouvé des termes élogieux pour qualifier l’action du conseiller fédéral Christoph Blocher et de son parti, l’Union démocratique du centre. Blocher aurait fait, selon Schaub, un “grand pas” en annonçant qu’il voulait rayer du code pénal l’article sur la négation du génocide et que le parti avait décidé également de lancer une initiative contre la norme pénale sur la discrimination raciale. Le négationniste accueillait ces déclarations comme des “signes encourageants”.

Sinon, Schaub ne s’est pas fait particulièrement remarquer par ses activités en 2006, si ce n’est qu’il a distribué fin octobre dans les boîtes aux lettres de sa région des centaines de tracts en faveur du “Vereins zur Rehabilitierung des wegen Bestreitens des Holocausts Verfolgten” (VRBHV). Une action qui lui a valu une procédure pénale pour infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale.

Par ailleurs, Schaub poursuit son activité indépendante comme formateur d’adultes. Agé de 52 ans, il propose toute une série de manifestations: “Ghibellinum – séminaire de philosophie, de gymnastique et de récitation” s’intitule l’un de ces cours qui a lieu trois fois par semaine. Il y a encore un “Cercle d’études philosophique”, un cercle cinématographique et une série de conférences “Art et poésie”. Le but du cercle cinématographique est de “rendre publiques des recherches et documentations historiques actuelles qui sont censurées par les grands médias”. Naïf qui ne songe pas d’emblée à la négation de l’holocauste. Il est difficile de savoir combien de personnes sont intéressées par cette offre. Schaub exerce en outre sa “gymnastique nordique”. Nordique signifie que cette gymnastique pratique “des mouvements adaptés à la morphologie des gens d’Europe septentrionale”. Elle s’appuie sur une démarche développée par Graf Fritz von Bothmer et Hinrich Melau. Von Bothmer était un anthroposophe et Hinrich Melau le fondateur d’une “gymnastique allemande”, très répandue auprès des jeunes filles sous le troisième Reich.Philippe Brennenstuhl

L’un des rares extrémistes de droite à s’être manifesté bruyamment le 1er août au Grütli était le négationniste romand Philippe Brennenstuhl, qui s’était montré l’année précédente aux côtés d’un skinhead connu du groupe “Blood and Honour”. Lorsqu’il s’est fait arrêter par le cordon de policiers, il a expliqué qu’il souhaitait faire un discours patriotique sur le Grütli.

Une “secte internationale – les Franc-maçons, déclare Brennenstuhl, s’est donnée pour mission d’exploiter et de soumettre les gens par le matérialisme, par l’internationalisation du commerce et le monopole des biens et des services (comme par exemple les mass-médias!), avec pour but ultime la création d’un gouvernement mondial en mains américano-sionistes”. Jusqu’à l’époque actuelle, les Franc-maçons ont canalisé à leur profit la plupart des ressources politiques, financières, intellectuelles et religieuses de ce monde.”

Brennenstuhl, qui a commencé sa carrière dans le milieu de l’extrême droite en Suisse en février 1999 comme membre du comité de l’association “Vérité et Justice” est aujourd’hui un combattant isolé, qui s’emploie à chicaner les autorités avec des requêtes absurdes. Il a publié sous forme de brochure un commentaire sur cet échange de correspondance.

Conclusion

L’extrémisme de droite en Suisse en 2006 reste une réalité politique et sociale. Même si ce milieu reste marginal, il n’a jamais été numériquement aussi fort depuis 1945.

La subculture des skinheads à tendance nazie, proportionnellement le groupe le plus important en 2006, n’a connu qu’une faible croissance en 2006. C’est avant tout dans les petites villes et les villages que sont apparues des cliques ou groupuscules d’extrême droite, qui se posent en ennemis aussi bien des “gauchistes” que des “étrangers”. La subculture skinhead-nazie dispose d’une offre stable de manifestations, généralement sous forme de groupes de musique et de concerts.

Ces organisations ou individus contribuent continuellement à la formation d’une idéologie d’extrême droite par des activités politico-culturelles, sans toutefois participer à la politique institutionnelle.

La mouvance d’extrême droite dispose néanmoins d’un parti politique, le parti nationaliste suisse (PNOS). Depuis 1945, aucun parti/groupe d’extrême droite ne s’était maintenu aussi longtemps.

Les négationnistes suisses ne se sont plus manifestés, à l’exception de deux individus menant un combat isolé. Toutefois la pensée négationniste, à savoir la négation ou la minimisation de l’holocauste, est parvenue à s’imposer auprès d’une partie du public d’extrême droite.

Lucerne, 8 janvier 2007 Hans Stutz

Racisme en Suisse en 2006/1

Zürich, 31 Décembre 2006

Islam: le nouveau péril?

Racisme et discrimination en Suisse en 2006

La discrimination à l’encontre des étrangers et des étrangères dans notre pays prend des formes parfois surprenantes. Par exemple dans la rubrique “Just married” de la NZZ du dimanche, où un couple fraîchement marié – elle du Libéria et lui helvète – nous raconte ses mésaventures. Le mariage avait été rendu difficile parce que l’extrait de naissance de l’épouse n’était pas reconnu par les autorités suisses. Et lorsque la fille du couple – née hors mariage- est venue au monde, le nouveau-né ne pouvait ni être enregistré par le contrôle des habitants, ni la paternité du père. La petite fille n’existait pour ainsi dire pas, bien qu’elle pleura tous les jours et nécessita des soins. Le père de l’enfant a subi une perte de revenus, parce que les allocations familiales n’ont pas été versées. “C’est seulement six mois plus tard, et après avoir dû verser 2’000 francs, que l’épouse a enfin obtenu l’extrait de naissance nécessaire”.

En 2006, comme c’est le cas depuis de nombreuses années, celui ou celle qui ne dispose pas d’un passeport suisse, qui n’a pas la peau blanche ou qui n’a pas de domicile fixe, n’est pas de religion chrétienne, n’est pas hétérosexuel, risque d’être exclu, apostrophé, insulté, menacé ou dans certains cas même agressé physiquement. Le mécanisme de la haine et de l’exclusion demeure, les représentations de l'”ennemi” s’adaptent aux besoins politiques ou sociaux du moment. Depuis le début des années 1990, la tendance est à la discrimination envers les personnes originaires des pays de l’ex-Yougoslavie et de la Turquie. Au fil des années écoulées, de plus en plus de personnes à peau noire (quelle que soit leur pays d’origine), sont victimes d’attaques et de discriminations. Diverses observations confirment que ces personnes sont souvent interdites d’entrée sous divers prétextes dans des salles de jeux, des bars, parfois aussi dans des restaurants.

Dans certains cas, la discrimination suit les méandres de l’économie néo-libérale. Ainsi les étrangers payent de plus grandes primes d’assurance automobile. Cette inégalité de traitement est juridiquement discutable. Dans son avis de droit, Bernhard Waldmann, spécialiste en droit constitutionnel et administratif, parvient à la conclusion que cette pratique est contraire au droit. Tant le conseil fédéral que le parlement ont refusé une motion. Le conseil fédéral a déclaré que: “Lorsqu’un assureur qui assure un groupe de diverses nationalités applique un critère de d’appartenance nationale pour tous, et donc pas de façon sélective à l’encontre de certaines nationalités, l’application de ce critère ne peut pas être qualifié de discriminatoire.”

Sur le plan juridique, cette atmosphère xénophobe est désormais inscrite dans la loi révisée sur les étrangers et sur l’asile. Fin novembre 2006, ces deux lois – qui sont parmi les plus sévères à l’égard des étrangers en Europe – ont été acceptées à une large majorité de votants.

Discrimination à l’égard des musulmans

Dans un passé récent, presque partout en Europe, les musulmans sont entrés dans la ligne de mire des xénophobes et des racistes. “En Europe beaucoup de musulmans subissent – indépendamment de leur origine ethnique et de leur attitude envers la religion – des discriminations dans le domaine du travail, de la formation et du logement”. Ceci est le résultat d’une étude publiée par l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) fin 2006. Cette discrimination à l’encontre des musulmans est liée tantôt à une aversion pour l’islam, tantôt à un ressentiment d’ordre xénophobe ou raciste, car ces aspects se trouvent souvent mélangés. L’inimitié à l’égard des musulmans doit donc être considéré dans le cadre plus général de la xénophobie et du racisme à l’égard des migrants et des minorités.

En Suisse, ce sont d’une part les représentants de l’UDC dans les parlements cantonaux, d’autre part des comités ad hoc qui se sont mis en place contre la constructions de minarets qui ont lancé des campagnes racistes. Ces campagnes prétendent que l’Islam veut dominer le monde et que les minarets sont le symbole d’une conquête du territoire. Le Parti nationaliste suisse PNOS s’en est également pris aux musulmans et a organisé mi-décembre 2006 à Langenthal une manifestation “Arrêtez la construction de bâtiments étrangers à notre culture”.

Le racisme à l’égard des musulmans est devenu au cours de l’année écoulée un thème central du discours des milieux nationalistes et conservateurs comme l’UDC et l’ASIN, qui depuis des années encouragent un climat de méfiance envers les musulmans. On peut citer en premier lieu Ulrich Schlüer et son journal “Schweizerzeit”. Cet éditeur a également un service de diffusion de livres, parmi lesquels figurent depuis plusieurs années des livres anti-musulmans. Ils ont saisi l’occasion d’un débat au sujet de la construction prévue d’un minaret à Wangen près d’Olten et à Langenthal pour créer le “Groupe Egerkingen”, dont le but est de coordiner l’opposition massive à la construction de minarets. Font entre autres partie de ce groupe Roland Kissling et Willi Schönenberger (tous les deux UDC Wangen), le conseiller aux Etats UDC Patrick Freudiger et Stefan Zeller (tous deux de Langenthal), Hans Lieberherr (Madiswil), le conseiller d’Etat UDC et porte-parole de l’UDC suisse Roman Jäggi (Fulenbach) de même que le conseiller national UDC Walter Wobmann (Grentzenbach) et Ulrich Schlüer (Flaach). Etait absent un autre membre du groupe, le conseiller d’Etat UDC Lukas Reimann (Wil SG). Ce groupe envisage le lancement d’une initiative populaire.

Le débat suscité à Wangen près d’Olten, initialement pour des motifs racistes à l’égard des musulmans, a toutefois pris une nouvelle tournure à la fin de l’automne 2006, lorsqu’on a appris que l’association culturelle turque d’Olten, exploitant de la mosquée, arborait le drapeau des Loups Gris, groupement d’extrémistes de droite turcs.

Racisme à l’égard des noirs

En Suisse, les personnes à peau noire sont celles qui sont le plus souvent victimes de chicanes racistes et de discriminations, en particulier de la part de la police. Elles doivent fréquemment montrer leur pièce d’identité et être fouillées. Elles se voient souvent refuser sous divers prétextes l’entrée dans des établissements comme des bars ou des boîtes de nuit. Les personnes noires de peau ne disposent pour l’instant pas encore d’organisations centralisées qui se chargeraient d’intervenir contre les nombreuses chicanes et humiliations dont ils font continuellement l’objet dans la sphère publique.

Antisémitisme

Il y a environ dix ans en arrière, le vaste débat portant sur le rôle de la Suisse durant la seconde guerre mondiale avait provoqué l’activation d’un anti-sémitisme latent dans la société suisse. Mais ce sentiment s’est à nouveau calmé après la finalisation de l’accord sur les avoirs en déshérence. En 2006, il n’y a pas eu réellement de signes d’un “nouvel” antisémitisme, à savoir cette forme d’antisémitisme qui émane principalement des milieux musulmans ainsi que de la gauche, en lien direct avec la critique de la politique israélienne.

Dans le cercle relativement réduit des forums d’extrême droite, des auteurs publient régulièrement des articles antisémites ou minimisant l’holocauste. Ces allégations demeurent généralement sans suite, sauf s’il y a infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale, car personne ne porte plainte. Erwin Kessler, président de l’association contre les usines d’animaux (ACUSA), a également publié des commentaires antisémites, en particulier dans la homepage de l’association. Une fois de plus, il prend la défense du négationniste Jürgen Graf, en prétendant que Graf ne nie pas l’extermination des juifs par le national-socialisme, ni les exécutions de masse et n’excuse en aucune façon les crimes des nazis. Kessler écrit: “Il a été condamné à 15 mois de prison, parce qu’il a critiqué des éléments spécifiques de l’histoire officielle. C’est pourquoi il a du fuir la Suisse comme exilé politique. Il vit aujourd’hui en Russie, où il est protégé par la liberté d’expression et donc ne sera pas livré à la Suisse.

Selon les médias, la Melde- und Beratungstelle für antisemitische Vorfälle de Suisse alémanique, a recensé à la demande de la Fédération Suisse des Communautés israélites, sur une durée de 16 mois – de septembre 2005 à décembre 2006 – 73 incidents dont 42 incidents touchant des institutions juives et 15 propos antisémites sur l’internet. La tendance indiquerait un accroissement de l’antisémitisme en Suisse alémanique. Cette estimation n’est pas confirmée par la présente chronologie.

Les gens du voyage et les Jenish

Malgré les nombreuses protestations de bonnes intentions de la part des politiciens et de l’administration, les gens du voyage, en particulier les Roms sans passeport suisse, ont toujours autant de difficultés à transiter par la Suisse ou à trouver des lieux équipées pour les recevoir, même si ces dernières années des places ont été aménagées à certains endroits. Parfois, ils ont même fait l’objet d’agressions. Le conseil fédéral constate dans son rapport “Sur la situation des gens du voyage”, “qu’il n’existe pas encore un réseau suffisant d’aires de séjour et de transit, qui permettraient aux 2’500 gens du voyages suisses de poursuivre leur mode de vie traditionnel”. Selon une expertise de la Fondation “Un avenir pour les gens du voyage suisses”, il faudrait 29 aires de séjour et 38 zones de transit supplémentaires. En 2006 aussi, dans plusieurs communes les autorités comme les habitants se sont opposés à la création de ce type d’infrastructures. Les conflits avec la population sédentaire se sont cependant plutôt produits avec les gens du voyage étrangers qu’avec les gens du voyage de nationalité suisse.

Conclusion

Une partie de la population suisse a adopté une vision nationaliste – voire raciste – des problématiques de société de toute nature. Outre les micro-partis nationalistes, l’UDC en tant que parti gouvernemental entretient ce climat de discrimination par des campagnes agressives. Les Suisses appartenant au camp nationaliste et conservateur associent souvent une vision nationaliste et isolationiste de la Suisse (opposition à la collaboration ou à la participation aux organisations internationales) à des opinions xénophobes voire racistes envers les migrants non-européens et les résidents étrangers sans passeport suisse. Ils peuvent s’appuyer sur une longue tradition de la Suisse relative au discours sur la “surpopulation étrangère” et sur l'”exception suisse”, dans leur répugnance à l’égard de droits clairement établis envers les minorités. Les représentants du camp nationaliste et conservateur sont aussi les premiers à défendre ou à minimiser les activités d’organisation d’extrême droite. Certes, le camp des nationalistes conservateurs a perdu ces dernières années d’importantes votations populaires (l’ONU, accords bilatéraux, accord de libre circulation de Schengen), mais il parvient continuellement à influencer le débat politique par des campagnes discriminatoires à l’égard des minorités étrangères.

En 2006, les campagnes xénophobes et racistes s’adressaient surtout aux minorités musulmanes. Le point de friction central a été la lutte contre la contre la construction de minarets. Mais les divers ressortissants d’ex-Yougoslavie de même que les personnes noires de peau – avec ou sans passeport suisse – sont confrontés à des attitudes racistes, aussi bien dans la vie sociale que dans le champ politique. Les chicanes et les humiliations policières touchent spécialement les jeunes gens à peau noire – indépendamment de leur pays d’origine. L’antisémitisme est latent, mais se manifeste rarement ouvertement, hormis dans les manifestes de l’extrême droite. Les droits constitutionnels des gens du voyage et des Jenish sont reconnus, mais ils continuent à avoir de la peine à trouver aires de séjour et de transit.

Extrémisme de droite en Suisse en 2007/2

Lucerne, 15 Janvier 2007

« Contre cet état multiculturel et la mafia rouge »

« Les gens naissent libre et égaux en droit et le demeurent » – ce fondement des droits de l’homme qui remonte à la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 a été néanmoins constamment remise en question. D’abord par les patriciens et les aristocrates, plus tard par un conservatisme, en partie modernisé, en partie vulgairement réactionnaire à l’ombre duquel s’est développé une droite anti-démocratique . Au plus tard après la première guerre mondiale se développe dans tous les pays européens des mouvements et des partis à tendance nationaliste, anti-démocratique, anti-sociale, anti-sémite et opposés à la modernité. Ces mouvements se distinguent par leur organisation hiérarchique, où l’autorité est souvent incarnée par un leader. Ils ont pour objectifs de limiter ou même de supprimer les libertés civiques et les grandes utopies sociales nées de la révolution française basée sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Ils souhaitent donc réduire les libertés individuelles et politiques pour instituer une démocratie autoritaire, voire une dictature. Concrètement cela signifie réduire les droits parlementaires et renforcer l’exécutif, qui devrait être incarné par un seul homme. La limitation des droits démocratiques vise en particulier les organisations socialistes ou communistes auxquelles la droite extrémiste reproche leur internationalisme. Les attaques à l’encontre des organisations et des personnes de gauche s’articulent souvent autour d’un discours antisémite. L’extrémisme de droite continue à alimenter le mythe de la conspiration « des Juifs et des Franc-maçons qui dirigent le capitalisme mondial et le bolchevisme ».

La plupart des organisations d’extrême droite excluent de leurs membres les personnes de religion juive ainsi que celles appartenant à des « sociétés secrètes », par exemple les Franc-maçons. Parmi les plus importantes de ces organisations à l’époque moderne figurait le Nationalsozialistische Arbeiterpartei NSDAP allemand sous Hitler et le parti fasciste italien sous Benito Mussolini. Mais même dans les pays ou l’extrême droite n’est pas parvenue au pouvoir, des organisations similaires existaient. Par exemple en Hongrie le parti des Croix fléchées, en Roumanie la Légion noire, en Suisse les groupes frontistes, dont le plus important fut le Front national.

Qu’est-ce que l’extrémisme de droite ?

Comme d’autres notions du champ politique et social, le concept d’extrémisme de droite ne se laisse pas définir de façon strictement scientifique.
On entend sous « extrémisme de droite » – selon la définition très utilisée de Wilhelm Heitmeyer – une tendance politique qui réunit une idéologie de l’inégalité avec celle de la violence . L’idéologie de la violence comprend des degrés divers. Il peut s’agir de la conviction de la nécessité de faire usage de la violence (pour résoudre des problèmes de société), d’une approbation à l’égard de la violence exercée de façon privée ou par l’état, d’une préparation à la violence jusqu’à des actes effectifs de violence. L’idéologie de l’inégalité se rapporte aux personnes et aux groupes qui visent la dévalorisation d’une part et l’exclusion d’autre part dans la vie quotidienne. La dévalorisation se manifeste par la surestimation de soi qu’elle soit nationaliste ou ethnique, dans la hiérarchisation des races, dans la distinction eugénique entre ceux qui méritent ou ne méritent pas de vivre, dans des considération sociobiologiques d’une « hiérarchie naturelle », sur une forme de darwinisme social soulignant le droit du plus fort, sur une conception totalitaire de la « norme » qui dénigre la différence et plaide pour l’homogénéité. L’exclusion vise à traiter différemment « l’autre » ou de l’étranger sur le plan social, économique, culturel, juridique et politique.
Sont perçu comme « autre » ou « étranger » des minorités mal vues de la population, par exemple les punks, les militants anti-racistes, les homosexuels et les lesbiennes, les handicapés, les sans-logis, les juifs et les musulmans, les hommes et femmes noirs de peau, indépendamment de leur nationalité.

Urs Altermatt et Damir Skederovic ont utilisé une définition similaire de l’extrémisme de droite en s’appuyant sur le politologue Hans-Gerd Jaschke. Ils ont résumé l’extrémisme de droite par « l’ensemble des convictions, des comportements et des actes, organisés ou non, qui procèdent d’une vision raciste ou ethnique des inégalités sociales, exigent l’homogénéité ethnique des peuples et refusent la philosophie d’égalité de la déclaration des droits de l’homme. Cette vision place la communauté avant l’individu, soumet le citoyen à la raison d’état, récuse le pluralisme d’une démocratie libérale et souhaite amoindrir la démocratie. »

L’extrémisme de droite comprend un certain nombre d’éléments qui apparaissent sous diverses formes et dans des combinaisons variables selon les courants d’idées, les groupements et les mouvances.

1) Nationalisme agressif et/ou ethnocentrisme qui se manifeste par de la xénophobie et la haine de l’étranger.
2) Racisme basé sur conception biologique de l’être humain et créant des distinctions ethniques et culturelle entre ces derniers.
3) Antisémitisme qui se manifeste soit ouvertement, soit de façon cachée et qui a pour corollaire la minimisation voire le déni total des crimes du national-socialisme.
4) Autoritarisme qui exige un état fort relié à la figure d’un leader charismatique.
5) Anti-égalitarisme social, qui professe un « ordre naturel » hiérarchique et organique.
6) Accentuation de la communauté dans le sens d’une homogénéité culturelle, ethnique ou sociale.
7) Anti-pluralisme politique et social, qui se méfie de l’opinion publique démocratique et du processus de décision qui en découle.
8) Acceptation de la violence qui s’exprime dans les conflits politiques et sociaux.
9) Style démagogique, qui se manifeste par une agressivité de langage et la diffamation de l’adversaire.
10) Conviction de détenir la vérité, ce qui rend la tolérance sociale impossible .

La défaite militaire du Troisième Reich et la révélation des crimes du régime nazi ont rendu l’extrémisme de droite politiquement impossible dans la plupart des pays durant ces dernières décennies. Cependant depuis la fin des années 1940, on a observé quelques tentatives isolées de la part de quelques nationaux-socialistes ou fascistes indéfectibles, par exemple le lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Mais ce n’est que depuis les années 80, que s’est créée graduellement en Suisse une subculture d’extrême droite, dont la partie émergeante a été le « petit printemps des fronts » en 1989 . Le groupe proportionnellement le mieux représenté était celui des skinheads, plus précisément les skinheads se réclamant de l’idéologie nazie. Bien que se laissant difficilement organiser en entité politique, cette mouvance répand son idéologie via diverses manifestations, en particulier des concerts. Ce sont régulièrement des skinheads de tendance nazie qui ont été reconnus coupables des incendies de bâtiments abritant des requérants d’asile, d’attaques contre des personnes de groupes minoritaires et de propagande raciste. Les discours ont donc été suivis par des actes.

A l’ombre du camp nationaliste conservateur s’est développée depuis 1985 une subculture marginale et cependant grandissante d’extrémistes de droite. Celle-ci est constituée principalement de jeunes adultes mâles, plus précisément des skinheads de tendance nazie et des “patriotes”, mais aussi de quelques négationnistes de l’holocauste, d’activistes dans des campagnes politiques et de militants dans des organisations à caractère politique ou culturel, qui veulent promouvoir l’extrême droite par un travail idéologique. Comment se présente cette mouvance en 2007?

Subculture d’extrême droite – skinheads, nazis et “patriotes”

La plus grande partie des jeunes suisses d’extrême droite se regroupe en diverses subcultures, principalement les skins à tendance nazie, quelques NS-Heavy-Metal et quelques Gothic-Darkwave . A côté de ces groupes, existent d’autres cliques ou groupuscules de “patriotes” faiblement structurés. Il s’agit plutôt d’un milieu que d’une “scène”. Les “patriotes” se caractérisent par un nationalisme militant, un refus vis-à-vis de certains groupes d’étrangers (par exemple des hommes des différentes régions d’ex-Yougoslavie, d’Afrique ou d’Asie) ainsi que des Suisses se réclamant de la gauche. Les frontières de ce milieu sont poreuses, d’une part en direction des skins à tendance nazie de l’autre vers les groupements et les partis néo-conservateurs.
La subculture “Skinhead” est née dans les années 60 parmi la jeunesse de Grande-Bretagne. Y était représentés surtout des jeunes hommes des milieux ouvriers. Ils était fans d’alcool et de football, aimaient la musique Ska des jeunes migrants jamaïcains. Ils recherchaient l’attrait de tapages occasionnels et s’opposaient aux jeunes à cheveux longs, en particulier aux Hippies et également à certains immigrants d’origine indienne. Mais ils n’étaient pas explicitement néonazis ou extrémistes de droite . C’est seulement au début des années 80, lorsque les deux partis britanniques fascistes, le National Front et le British National Party ont cherché à recruter des membres dans les stades de football qu’une mouvance skinhead s’inspirant de l’idéologie nazie s’est créée. En Suisse, les premiers Skinheads d’extrême droite sont apparus au début des années 80 à Zürich, dans le milieu des fans de football/hooligans, à l’époque en particulier le “Hardturmfront”.

Depuis plusieurs années, les skinheads suisses de tendance nazie se regroupent en sections locales ou régionales qui ne se réclament d’aucune direction commune ni même d’une appellation particulière. Ces skinheads sont pour l’essentiel âgés de 15 à 25 ans, ont un métier manuel, habitent dans des communes rurales ou de petites villes. Comme le formule le Service d’analyse et de prévention (SAP): « La mouvance extrémiste de droite est constituée de petits groupements non structurés, qui entretiennent entre eux des liens lâches et dont la composition et le nom changent fréquemment. » Quant ils en portent un. « La mouvance extrémiste de droite en Suisse, poursuit ce service, ne partage aucune unité de vues, ni de base commune. On compte à l’heure actuelle environ un millier de sympathisants de ce milieu en Suisse. » Concernant la menace qu’elle représente, le document estime que: « Les activistes de droite perturbent parfois considérablement l’ordre et la sécurité publique, mais de façon ponctuelle et locale. La Suisse demeure un lieu particulièrement attractif pour l’organisation de concerts Skinhead et de manifestations apparentées ». Ce que le SAP désigne par des “menaces ponctuelles de la sécurité publique” désigne en fait des actes qui peuvent avoir pour des membres de groupes minoritaires ou des requérants des conséquences gravissimes. En 2005, six skinheads de tendance nazie ont comparu devant le tribunal de district de Frauenfeld parce qu’en 2003, ils avaient à tel point tabassé un jeune fan de reggae de 15 ans qu’ils l’avaient laissé handicapé à vie. Motif invoqué par les inculpés: ils voulaient « tabasser des gauchistes » .

Sous la conduite politique du conseiller fédéral UDC Christoph Blocher, le Service d’analyse et de prévention (SAP) a repris l’habitude de minimiser le rôle des groupes d’extrême droite. Cela apparaît en particulier dans le « Rapport sur la sécurité intérieure 2006 » publié en été 2007. Cependant le rapport affirme que dans 60 pourcents des 111 cas annoncés il avait été fait « usage de violence en particulier contre des personnes ». Le rapport souligne aussi que l’on a régulièrement retrouvé chez des extrémistes de droite des armes (généralement acquises légalement) et parfois en « quantités surprenantes ». Plus loin, il affirme que « seul environ quinze pourcents des activités de l’extrême droite ont des motivations politiques » . Cette conclusion n’est pas convaincante parce que le SAP ne reconnaît pas comme de nature « politique » des concerts au cours desquels l’on joue des chansons qui font l’apologie du nazisme, qui agressent verbalement les étrangers et les noirs et sont porteuses d’une idéologie raciste .

Une procédure dans le canton de Lucerne éclaire la manière parfois négligente dont la police fédérale et la police en général conduisent les procédures pénales relatives aux extrémistes de droite. Début mai 2006, la police cantonale lucernoise a saisi une collection de CD d’un Hammerskin connu, en tout 185 exemplaires, au motif qu’il pouvait y avoir infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale. La destruction des CDs incriminés a été ordonnée, mais la procédure a été suspendue après quelques mois. Jusqu’ici tout va bien. Puis le Tribunal fédéral a –sur plainte du Hammerskin – renvoyé l’ordre de saisie à l’instance précédente parce que la police fédérale et la police locale avaient négligé de faire un rapport exhaustif sur le contenu des CDs. « Dans le cas particulier il n’y avait pas d’indication concernant quels CDs avaient été vérifiés et sur quelle base il avait été conclu qu’ils contrevenaient à l’art. 261bis du code pénal. »

« Les fêtes patriotiques nous appartiennent »

Les extrémistes de droite se décrivent volontiers comme de « vrais patriotes ». « Les fêtes nationales nous appartiennent » revendique un bulletin interne d’un groupe d’extrémistes de droite début novembre 2007, en faisant appel à une commémoration nationale de la bataille de Morgarten, cette fois dans l’ombre de la fête officielle . Morgarten est le troisième endroit dans lequel les partisans de la sub-culture d’extrême droite sont apparus dans le cadre d’une manifestation officielle. Fin juin, ils ont pris part à la fête de la lutte de Sempach, le 1er août sur le Grütli et mi-novembre à Morgarten. Les organisateurs de la fête officielle réagissent toujours de la même façon : ils ferment l’œil sur la participation des extrémistes jusqu’à ce que les médias les forcent à prendre position. Cela avait débuté le 1er août 1996, lorsqu’une poignée de skinheads de tendance nazie avait versé dans la provocation. Les années suivantes, les sympathisants de cette tendance étaient toujours plus nombreux, sans que les organisateurs ni la police ne réagissent. En 2000 ils ont sifflé et chahuté le discours du conseiller fédéral Karspar Villiger. Cet événement et les débats qui s’en sont suivis ont attiré l’attention de l’opinion publique sur l’existence de ces groupuscules d’extrême droite et ont ouvert le débat sur les modalités de poursuite de la manifestation du Grütli.

Hammerskinheads et Blood and Honour

Bien que la mouvance skinhead pro-nazie soit peu structurée en Suisse, deux organisations existent depuis des années avec des liens internationaux. Il s’agit d’une part des Hammerskinheads, fondés en 1986 à Houston/Texas en tant que fraternité blanche et donc raciste, revendiquant « des territoires blancs pour les hommes blancs » (white areas for white people). L’autre mouvement est le groupement Blood and Honour, fondé en Grande-Bretange en 1987 comme une « voix dissidente du rock contre le communisme ». Il s’agit d’une « organisation politique sans carte d’adhérent » . Elle a pour but de répandre l’idéologie néo-nazie à travers ses propres publications, des supports audio, le commerce d’objets et d’insignes nazis, ainsi que l’organisation de concerts. Dans l’environnement Blood and Honour s’est également constituée une organisation terroriste (Combat 18, le chiffre 18 se référant à Adolf Hitler) responsable d’attentats en Grande-Bretagne et en Suède.

Ces deux organisations ont également essaimé en Suisse. Déjà au début des années 90 les Nazis-skinheads de Suisse centrale ont fondé une section suisse, aujourd’hui la plus ancienne des sections européennes encore existantes de la “nation Hammerskin”. Les Hammerskinheads suisses (SHS) sont connus pour être des organisateurs de concerts expérimentés. Dans les années écoulées, ils ont organisé régulièrement des grands concerts,
celui ayant réuni le plus grand nombre de participants étant le concert d’été du 10 août 2002 à Affoltern-am-Albis (environ 1’200 visiteurs de plusieurs pays européens).

Une section suisse de Blood and Honour est apparue seulement en 1997/98, d’abord en Suisse alémanique, puis en Suisse romande. Sa figure de proue est un ex-hammerskin, Olivier Kunz, qui s’est immédiatement profilé comme organisateur de concerts, éditeur de publications ainsi que durant un certain temps distributeur de musique par correspondance. Après son jugement pour infraction contre la norme pénale sur la discrimination raciale et l’interdiction des concerts nazis-skinheads – en premier lieu dans le canton de Vaud – ces activités ont accusé un net recul, même si Blood and Honour Romandie est apparu comme co-organisateur de manifestations en 2003 et 2004 . En 2004, il a également été question d’une section zurichoise de Blood and Honour, dont on ne connaît cependant rien. Sur l’internet existe depuis longtemps une page “Combat 18” ainsi qu’un “Swiss Forum”qui s’est ouvert mi-août 2004 et dans lequel s’expriment aussi bien des skinheads alémaniques que romands. En automne 2007, un nouveau site « B&H » Suisse est apparu sur internet.

Brotherhood 28 Switzerland

Brotherhood 28 = la confrérie Blood and Honour, Suisse, s’est constituée à partir des structures Blood and Honour qui existaient jusque là.
On a peu entendu parler de ces deux réseaux skinhead-nazis en 2007 en Suisse. D’après certaines indications, l’on peut déduire que aussi bien Blood and Honour que C18 ainsi que les groupes Hammerskin sont actifs en Suisse, mais sont également ennemis entre eux. Dans des forums de discussion, certaines personnes se plaignent de cette « guerre fratricide ». L’apparition la plus visible a été la marche de démonstration des activistes Blood-and-Honour « contre les abus sexuels sur les enfants » à Appenzell. En automne est apparu un site « Brotherhood 28 », qui se pose en apparemment en concurrent des deux autres structures B&H. Il semble que ce soit une initiative d’un tout petit groupe de personnes. Un des membres du nouveau groupe genevois des Nationaux-socialistes suisses NSS apparaît également dans un forum Blood and Honour.

Nationaux-socialistes suisses NSS, section de Genève

En automne 2007 est apparue à Genève une section romande de Nationaux-socialistes suisses NSS. La NSS a honoré le 21 septembre 2007 le fondateur de Blood and Honour, Jan Stuart. Des photos montrent trois hommes et une femme, debout derrière une couronne mortuaire éclairée de bougies et faisant de la main droite le salut hitlérien . Fin novembre la section a publié le premier numéro de la gazette « Wotan’s Krieger », qui annonce également l’ouverture d’un futur site internet. Le cahier contient plusieurs interviews. A un représentant (non nommé) du parti nazi américain, on pose la question « Luttez-vous pour les idées des négationnistes ? ». « Nous pensons que l’internationale juive a fabriqué le plus grand mensonge de l’histoire, pour éliminer le national socialisme et pour affaiblir notre race par un monde sans ordre et sans morale. Qu’en pensez-vous ? » Dans un texte sur le paganisme, l’auteur prétend que c’est une religion naturelle qui a été presque totalement éradiquée d’Europe par le Christianisme. « Le paganisme est la religion originelle, la véritable histoire du peuple et les écrits païens prouvent la supériorité de notre race. » « Notre religion, que nous défendons fièrement comme le faisaient les SS et le troisième Reich, n’est pas morte et vit encore aujourd’hui. »

Projet national de recherche PNR40+

Il y environ six ans, le Conseil fédéral a décidé d’un projet national de recherche sur l’extrémisme de droite. La majorité des résultats sont aujourd’hui disponibles mais ne sont que partiellement convaincants. Le Conseiller fédéral Pascal Couchepin ne voit cependant pas de nécessité de poursuivre cette recherche.

Le 1er août 2000, le conseiller fédéral radical Kaspar Villiger a tenu un discours à l’occasion de la fête nationale sur la prairie du Grütli. Sur la colline, bien visible, se trouvait un attroupement de 100 à 120 skinheads à tendance nazie. Certains portaient des drapeaux suisses, l’un portait un drapeau noir orné du marteau et de l’épée, d’autres avaient des canettes de bière en main, d’autres encore portaient des croix celtes à la ceinture, symbole de supériorité de la race blanche. Certains faisaient le salut Kühnengruss, bras droit tendu avec deux doits écartés.
Les skins ont plusieurs fois interrompu le discours de M. Villiger par leurs imprécations «Dehors, dehors ». Ils ont scandé le slogan connu « voici venue la résistance nationale. Interrogé par la suite sur ces événements, M. Villiger a répondu : « Je ne connais pas ces gens, j’ignore ce qu’ils revendiquent politiquement. Cela m’intéresserait même de le savoir ». Au cours des mois qui ont suivi, le débat sur la question de l’existence longtemps ignorée d’une extrême droite en Suisse c’est enflammé, prenant parfois des proportions exagérées. Le Conseil fédéral a examiné le durcissement de la loi sur le vandalisme et de la norme pénale contre la discrimination raciale, en particulier l’interdiction de porter des insignes du national-socialisme. De son côté le Fond national de la recherche scientifique a ouvert un projet sur l’extrémisme de droite.

Dans l’intervalle, la loi sur le vandalisme s’est tellement durcie qu’elle en est devenue discutable du point de vue de l’état de droit, tandis que le durcissement de la loi anti-raciste est tombé aux oubliettes. A mon avis, les problèmes de société ne peuvent pas être traités prioritairement du point de vue du droit et l’actuelle norme pénale sur la discrimination est suffisante, pour autant que la police et les autorités d’enquête l’appliquent de façon conséquente, ce qui n’est hélas pas le cas s’agissant de concerts de groupes néo-nazis.

Le projet du fond national 40Plus voulait récolter des informations sur les conditions d’émergence, les formes de manifestation, la progression et les conséquences des activités de l’extrême droite en Suisse. Il s’agissait d’analyser le contexte social de l’extrémisme de droite et d’évaluer de certaines mesures de prévention. Ces études devaient apporter de nouvelles informations sur les origines, les manifestations et le contexte social de l’extrémisme de droite sur le plan communal, cantonal et fédéral. Cette mission a-t-elle été remplie ? Six des treize projets se concentraient sur les adolescents et les jeunes adultes. Ils avaient une visée psychologisante ou pédagogique. La plupart des études n’ont développé qu’indirectement le thème – comme les partis de droite et la politique de migration en Suisse, ou les représentations sociales populistes ou encore l’engagement de la droite en Suisse. Dès le départ, il était prévisible que le projet n’atteindrait pas son objectif de départ.

Voici quelques uns des résultats importants qui ont été communiqué fin 2006 ou 2007.

Environ un jeune sur dix est au moins une fois victime de violence d’extrême droite, ou se voit menacer par des jeunes de l’extrême droite . Les jeunes victimes de ces groupes découvrent que leur expérience est banalisée et que les actes de ces groupes sont tolérés, voire ignorés par les instances officielles du contrôle social (police, etc.). L’étude constate également qu’environ un dixième des jeunes sympathise avec la mouvance d’extrême droite.

Le fait de quitter ce milieu dépend généralement des motifs qui ont amené le jeune le rejoindre initialement, que ce soit par besoin compensatoire d’appartenance à une communauté ou pour des motifs idéologiques . Il suffit généralement pour y entrer de souscrire aux idées du groupe. Les structures rigides et l’importance accordée à la vie du groupe ne laissent guère de place à l’expression de sa personnalité, de sorte que le souhait de quitter le groupe peut apparaître. La famille ne semble jouer que peu de rôle dans cette désertion. Beaucoup de jeunes se distancent physiquement et socialement du milieu de l’extrême droite mais conservent des convictions anti-égalitaires, quand ils ne deviennent pas membres d’un parti néo-conservateur. L’étude part malheureusement d’une conception restrictive de la politique, désignant par ce terme la politique institutionnelle. Cela donne lieu à des appréciations peu réalistes qui qualifient les mouvements de « Freie Kameradschaften » (comme par exemple Blood et Honour ou les groupes Hammerskin) comme « apolitiques ». Cela contredit aussi bien les prétentions du groupe que les activités prouvées de ce réseau.

Les médias et la politique d’un côté et les extrémistes de l’autre s’instrumentalisent réciproquement, ce qui a conduit à une attention accrue portée à ce milieu . Les acteurs de cette mouvance se mettent en scène – par exemple par leur marche sur le Grütli – et profitant de la logique médiatique pour attirer l’attention. Dans les médias, on brise le tabou pour faire augmenter les ventes. Cette attention n’est toutefois que temporaire, ce qui rend plus difficile la vérification des mesures prises. L’étude part de l’idée, peu prouvée, que les extrémistes de droite suisses recherchent la publicité médiatique parce qu’elle leur est utile. L’on ne pas non plus prouver que les informations parues dans les journaux sur l’extrême droite aient effectivement fait augmenter leurs ventes .
Le projet du Fond national a provoqué l’ire de ceux qui ont fait du racisme ou de l’exclusion leur fond de commerce politique. Un communiqué de l’UDC déclarait peu après la parution d’une l’étude le concernant, qu’il était discutable que le Fond national ait financé avec les deniers publics une recherche portant sur l’ « extrémisme de droite, ses origines et mesures de prévention ». Cette étude était entre autre parvenue au résultat peu surprenant que l’UDC ne représentaient pas un parti aussi homogène qu’il paraissait . Certes, la méfiance vis-à-vis de l’étranger et un fort sentiment d’appartenance nationale demeurent des thèmes rassembleurs, mais les membres du parti affichaient par ailleurs des opinions divergentes quant à l’idéologie néo-libérale prônée par le parti national.
Dans une motion parlementaire, le conseiller aux Etats UDC Maixmilian Reimann a critiqué sur le mode « la gauche est bien pire » le fait que l’on n’ait pas pris en compte l’intégralité du spectre de l’extrémisme en Suisse. En particulier le fait que l’extrémisme violent a été étudié et documenté, entre autre parce qu’il existe des éléments extrémistes que l’on ne parvient plus à situer dans une vision traditionnelle du clivage gauche-droite. La réponse du Conseiller fédéral Pascal Couchepin laissait clairement entendre que la volonté des partis bourgeois de se confronter à la question de l’extrême droite en Suisse n’était plus dans les priorités du jour. Selon lui, il n’était pas nécessaire de poursuivre ce projet de recherche .

Autres groupuscules et projets

Sur internet, se trouvent toujours plus d’informations sur des groupes d’extrême droite, qui sont généralement locaux. Au printemps 2007 est apparue une « camaraderie d’Uri », dont les membres ont organisé à plusieurs reprises des attaques physiques contre des personnes mal vues . La page est plutôt anodine, elle affirme que la camaraderie défend le « peuple et la patrie ». Les membres de la camaraderie d’Uri » ont participé à la fête de la lutte de Sempach.

Au printemps 2007, un groupe nommé « Heimatschutz Rottal » a été brièvement présent sur internet. On ne lui connaît pas d’autres activités. L’appel lancé était le suivant : « Si tu veux poser des limites aux naturalisations en masse ! Si tu veux stopper la progression du multiculturalisme ! Si tu souhaite un meilleur avenir pour tes enfants ! Alors tu es ici à la bonne place !!! ». Dans un texte sur « la violence des étrangers », un auteur signant avec le pseudo « Wehrwolf » décrit les villes de Suisse comme des « petit New York ». Il continue : « C’est la raison pour laquelle nous devons nous opposer de toutes nos forces et avec tous nos moyens contre ces étrangers violents et ces hip-hoppeurs, pour mettre fin à la peur et à la terreur ». Le site a bientôt disparu d’internet.

Quant au responsable du site « Volksruf », il est aussi domicilié en Suisse centrale, probablement dans la région du Rigi à Schwyz. Ce site invite à « la communauté au lieu de l’individualisme. Au futur au lieu de la globalisation ». Il met en scène d’une part images kitch de héros et agriculteurs, d’autre part des textes comme une interview du chansonnier Frank Rennicke ou un article à la mémoire des poseurs de bombes du sud Tirol, qui militaient pour la sécession du Tirol germanophone de l’Italie.

Freie Kameradschaften

Freie Nationale Kameradschaft Schweiz Germania FNK

L’emblème de la FNK fait référence au mythe du loup, selon lequel les hommes se transforment en loups assoiffés de sang durant la pleine lune.
Archives Internet Stutz septembre 2007

La Frei Nationale Kameradschaft Schweiz Germania FNK se comprend comme une camaraderie sans véritables membres, mais avec un public-cible stable. Elle ne se conçoit pas en terme d’organisation, mais comme participant à un mouvement plus général. Elle organise des « fêtes, des partys, des concerts et des soirées de chanson », parfois aussi des conférences. « Nous n’avons pas de comité, mais un petit noyau de personnes qui planifie et organise des événements divers ». La FNK appartient aux co-organisateurs de la manifestation contre les abus sexuels sur les enfants et à la manifestation commémorative de la bataille de Morgarten .

Pour la peine de mort – contre les abus sexuels sur les enfants

Fin juillet 2007, un homme âgé a assassiné en Appenzel une jeune écolière. Début septembre, une organisation jusqu’ici inconnue, la Frei Nationale Kameradschaft Schweiz-Germania a appelé à Appenzel à une manifestation « contre les abus sexuels sur les enfants ». Les organisateurs ont recommandé de ne pas s’habiller de façon trop « extrême ». Dans les faits, des vestes d’aviateur couvertes d’emblèmes nazis et d’insignes racistes rendaient impossible la légitimité politique recherchée par les organisateurs. La demande d’autorisation a été déposée par une jeune femme habitant à Wiedlisbach dans le canton de Berne. La mobilisation s’est faite via internet. Les autorités appenzelloises compétentes avaient d’abord donné leur autorisation à la manifestation, puis l’avaient refusée après avoir pris connaissance du milieu politique que fréquentait la jeune femme qui avait déposé la demande. Malgré l’interdiction, environ 130 jeunes gens et jeunes filles se sont réunies, en particulier des skinheads de l’entourage de Blood and Honour . Après une brève discussion, la police laissent les manifestants marcher sur un bref tronçon de route aux abords de la localité.

Les manifestations et campagnes contre les violeurs d’enfants sont appréciées des milieux d’extrême droite, car elles leur permet d’obtenir une forme d’acceptation sociale et part de l’idée que la réintroduction la peine de mort rencontre peu de résistance dans ce domaine. En mars 2003, des extrémistes de droite avaient manifesté par surprise à Soleure. Le négationniste Bernhard Schaub avait tenu un discours et distribué des tracts.

Pour exemple, la section de l’Oberland bernois du PNOS, avait critiqué la justice qui ne trouvait pas nécessaire de condamner les abuseurs d’enfants et l’usage de la pornographie enfantine par la condamnation à vie – « voire même la peine de mort ». Sur la page de l’organisation, quelqu’un écrit d’ailleurs sans se gêner : « Un arbre, une corde, un violeur d’enfant est pendu à la nuque ». Cet appel a reçu d’autres soutiens dans le milieu des extrémistes. Un groupe dans la mouvance du PNOS, le Kampfbund Nationaler Aktivisten (KNA), a par exemple protesté contre « le développement regrettable de notre société décadente ». Dans le forum suisse du réseau néo-nazi Blood and Honour diverses personnes ont relaté leur voyage à Appenzell .

Vente de livres et de musique par correspondance

Jusqu’à ces récentes années, les extrémistes de droite suisses devaient aller se fournir à l’étranger, en particulier en Allemagne, pour acheter des livres et des enregistrements. En 2004, Sacha Kunz, l’ancien président du PNOS avait mis sur pied une structure de distribution. Le label “White Revolution” devait être un label actif dans la distribution de disques. Selon les déclarations faites sur le site Internet, “White Revolution” se voulait un label suisse dont l’objectif était “de participer à la scène musicale suisse du courant nationaliste”. Le studio d’enregistrement “Swastika Records”, actif dans la production professionnelle de musique était rattaché à ce label. En automne 2005, Sacha Kunz a rebaptisé sa société du nom plus anodin de Helvetia Versand, puis plus tard Utgard Versand. L’offre n’a pas changé est restée accessible via Internet pendant quelque temps, jusqu’à ce que la police cantonale argovienne perquisitionne au domicile de Kunz dans le cadre d’une procédure pour violation de la norme pénale contre la discrimination raciale. La clientèle de la maison de vente s’était étoffée, comme l’a signalé l’association Antifa Berne à la mi-août 2005, lorsqu’on lui a fait parvenir la base de donnée avec plus de 150 noms de clients .
Durant l’été 2006, Kunz a suspendu son activité après quelques déboires financiers. En hiver 2006, un tribunal allemand l’a condamné à une amende et a également ordonné la confiscation des enregistrements déjà produits . Au quotidien “Blick” Kunz a déclaré en septembre 2006: “Je me retire” . L’avenir dira si cette information correspond à la réalité. Sacha Kunz était l’un des partenaires du duo “Die Eidgenossen” qui ne s’est pas produit en 2007. Conclusion: les extrémistes de droite en Suisse doivent à nouveau importer leur CD’s de musique depuis l’étranger, lorsqu’ils ne les achètent pas au stands lors des concerts.

Librairie virtuelle Neue Zeitwende

La librairie par correspondance Neue Zeitwende diffuse selon ses dires « des livres consacrés à divers thèmes, comme l’histoire, la culture et les mœurs, la politique et d’autres sujets. » En réalité, elle diffuse des livres sur les sociétés secrètes, de la littérature à la gloire des SS ainsi que des publications d’auteurs d’extrême droite comme Jürgen Schwab ou Peter Dehoust. L’offre ne s’est toutefois guère développée au cours de l’année écoulée. L’envoi se fait via case postale à Aefligen (près de Kirchberg BE) et la personne qui s’en occupe est Adrian Segessenmann.

« Blutschutz » – T-shirts, pins et accessoires

Un signe d’émergence et de consolidation d’une subculture est l’offre en matière de produits et d’accessoires exprimant un style de vie, qu’il s’agisse de livres (librairie Neue Zeitwende) ou de vêtements. Durant l’été 2007, un extrémiste de droite jusqu’ici inconnu a ouvert un site qui vend des T-shirts affublés de slogans et propose également l’impression d’affichettes. Il semble que son rayon d’activité se situe dans la région Aarau/Zurich.

Groupes de musique

Dans toutes les subcultures de jeunes, la musique joue un rôle d’identification et de valorisation, d’une part en tant que vecteur d’une certaine joie de vivre et, d’autre part, en tant que moyen de diffusion de messages politiques. Les concerts servent à cimenter le groupe et à diffuser des messages politiques, surtout lorsqu’ils sont organisés par des skinheads néo-nazis, car on y trouve généralement des stands qui proposent aussi bien des enregistrements que des livres/brochures ainsi que d’autres articles typiques du mouvement. Jusqu’à la publication de l’arrêt du Tribunal fédéral concernant la norme pénale antiraciste et la notion d’événement “public” , la police et le juge d’instruction considéraient les concerts skinheads néonazis comme des manifestations privées, même s’ils réunissaient plus de mille personnes et si l’annonce du concert était accessible aux journalistes.
Plusieurs groupes de musique à tendance extrémiste sont apparus au cours des dernières années. Il y a plus de dix ans déjà naissait le groupe bâlois “Sturmtruppen Skinhead”, plus tard le groupe Hammerskin de Suisse orientale “Erbarmungslos”. Emanant également de la mouvance Hammerskin, les musiciens du groupe lucernois “Dissens”.
En 2007, il y avait quatre groupes officiellement actifs, le groupe « Amok », « The Bombers », « Dissens » et « Indiziert », le plus connu d’entre eux.

Amok

Le groupe « Amok » est composé de quatre membres. En septembre 2005, le groupe s’était produit lors d’un concert Blood and Honour à Brique. C’est là qu’il a chanté une chanson antisémite extrêmement violente, « das Blutlied » . Deux ans après le concert, l’enquête n’est toujours pas terminée. Les membres de ce groupe n’ont jusqu’ici pas donné d’interview, pas même dans des publications de ce milieu.

Le groupe Amok, qui participe de la même subculture skinhead tendance nazie que Blood und Honour, a sorti en 2007 un CD intitulé « Verbotene Wahrheit » (vérité interdite) où il en appelle au meurtre des noirs et fait entrevoir à l’auteur même de cette chronologie une mort violente . Dans d’autres chansons, les musiciens nient également l’holocauste et font l’apologie du meurtre des noirs.

Noël blanc sans Père Noël? Annonce pour un concert skinhead avec le groupe tessinois « The Bombers »
Image internet/Archiv Stutz

Pour la première fois, un groupe d’extrême droite tessinois est également actif dans la région de Lugano. Le groupe de quatre personnes s’est produit pour la première fois en automne 2006 lors d’un grand festival skinhead dans les environs de Venise. La même année il avait sorti son propre CD-démo. En 2007 le groupe a sorti un CD intitulé « Nessuna Pietà » (sans aucune pitié). Le groupe devait se produire début septembre 2007 à Jena lors d’une « fête des peuples », mais il n’est pas parvenu à se rendre sur place. Une interview était présente pendant peu de temps sur un site de l’extrême droite Suisse alémanique, puis a disparu. Dans cette dernière, le porte-parole du groupe réaffirmait l’attachement du groupe à l’idéologie d’extrême droite.

« Dissens »

La section suisse des Hammerskinheads fondée en 1990/1991 fait partie des plus anciennes de Suisse. Le chanteur du groupe Dissens Gary Albisser en est l’un des fondateurs.
Source : internet/archives Stutz automen 2007

Début novembre 2007 a eu lieu aux alentours de Milan un concert de Jubilé « 20 années de Hammerskin Europe ». Y participaient une demi-douzaine de groupes de musique, dont le groupe suisse « Dissens ». Pendant un certain temps, le groupe ne s’est ensuite plus fait entendre. Dans un forum internet, il était question de « problèmes de fonctionnement » du groupe, aujourd’hui dépassés. Le groupe « Dissens » de la région de Lucerne appartient à la mouvance Hammerskin. Le chanteur Gary Carlo Albisser, aujourd’hui âgé de 37 ans, faisait partie dans les années 90 des fondateurs de la section suisse des Hammerskinheads et avait participé à l’attaque par surprise d’une manifestation anti-fasciste début novembre 1995 à Hochdorf .

« Dissens » n’a jusqu’ici pas sorti de CD. Dans une interview , ils annonçaient en été 2006 la production d’un nouveau CD, mais pour l’instant l’on en a pas entendu parler.

« Indiziert »

Le nouveau CD du groupe Indiziert contient des chansons qui glorifie leur camp et insulte les opposants.

Peu de jours avant Noël 2006, au milieu de la vieille ville de Burgdorf, le groupe « Indiziert » invite à un concert de fin d’année. Il est parvenu à louer une salle sous un prétexte quelconque et environ 200 personnes sont présentes . Cette apparition est une pure provocation, car 18 mois auparavant, le groupe s’était produit en ville et avait suscité une énergique réaction de la part de la police. « Indiziert » est actuellement la formation musicale la plus connue de ce milieu en Suisse et elle s’est déjà produite à plusieurs reprises à l’étranger. Selon sa page internet, le groupe aurait donné cette année une demi-douzaine de concerts.

« Indiziert » a entre temps sorti un CD en été 2007 qui porte le titre « Le dernier bastion ». Ce CD contient des chansons qui invoquent la force de leur camp et insulte ses adversaires politiques. Voici quelques extraits : « Résistance nationale/contre cet état multiculturel et la mafia rouge/ contre les politiciens corrompus et toute la clique communiste/ qui depuis toujours combat les nationalistes, mais leur plan ne prend pas/ les nationalistes sont les combattants de la liberté et nous nous accommodons même de la mort.

Le groupe rock “Indiziert” se compose des frères Alex et Cedric Rohrbach, de Dominic Lüthard et de Benjamin Lingg. Lüthard s’était porté candidat sur la liste du PNOS ainsi qu’au législatif de la commune de Roggwil mais n’a pas été élu. Depuis fin 2007, il est président de la section du PNOS à Langenthal.

Diffusion de CD’s dans les préaux par le PNOS Oberland bernois

Lors de sa campagne électorale en 2005, le Nationaldemokratische Partei Deutschland (NPD) avait distribué des CDs gratis dans des écoles. Les CD en question contenait des chansons de divers groupes de cette mouvance. Par la suite, des extrémistes de droite suisse ont également répandu ce CD de propagande à divers endroits . Parmi ces derniers figuraient à l’époque les représentants du « Bundes Oberland » , qui a cessé ses activités après la création de la section Oberland bernois du PNOS.

Vision du monde de l’extrémisme de droite : l’Oberland bernois colonisé par le capital américain, les Juifs et McDonald.

Mi-octobre 2007 des inconnus ont distribué un CD produit pour la Suisse dans les préaux de la région de l’Oberland bernois . Fin décembre, la section du PNOS de cette région a revendiqué cette action. Le CD contenait sept chansons du groupe « Indiziert », les autres provenaient de groupes allemands connus dans le milieu. Les membres de la section prétendaient sur leur page internet que les textes « avaient été vérifiés par la police ». Dans les faits, beaucoup de textes se situent dans une zone grise quant ils ne dépassent pas franchement les limites. Cela vaut en particulier pour le titre d’un groupe allemand connu « Stahlgewitter » (tempête d’acier) intitulé « ZOG II ». ZOG est l’abréviation de Zionist Occupation Government (gouvernement d’occupation sioniste). Le morceau commence avec les paroles suivantes : – « ZOG, le pouvoir des anti-humains, le pouvoir secret qui dirige le monde. Combattez l’ennemi éternel, avant que le dernier peuple libre ne crève ».

Organisations politiques

Ces dernières années, les extrémistes de droite ont aussi tenté de constituer des partis politiques dans le but de participer aux élections. La plupart de ces projets on généralement fait long feu, à l’instar du Parti national suisse (NPS) de David Mulas. Le parti nationaliste suisse (PNOS) constitue la seule exception et s’est doté entre temps de structures solides. A Bâle, Eric Weber s’est présenté comme unique candidat de son “Action populaire contre trop d’étrangers et de demandeurs d’asiles dans notre patrie” en participant au deuxième tour des élections pour le conseil exécutif de la ville. Largement battu, Weber a obtenu un résultat de 1,46%, soit plus du double de parti des Démocrates Suisses (0,68%). Weber a une longue carrière dans les milieux d’extrême droite. En 1986, il a été élu au Grand conseil sur la liste de l’Action nationale, d’où il est bientôt ressorti en raison de ses comportements désagréables. Après son retrait du Grand conseil, il a déménagé pour plusieurs années en Allemagne, où il a cherché à travailler comme journaliste. Au début des années 90 il avait été jugé pour irrégularités lors des élections . En 2003, il a participé aux élections nationales, en 2004 aux élections du Grand-conseil de Bâle-ville, toujours sur la liste des Démocrates Suisses (DS).

Le parti nationaliste suisse (PNOS)

Mi-octobre 2007, le district d’Aarau condamne cinq membres du comité du PNOS à une amende, parce que le programme de leur parti contrevient à la norme pénale sur la discrimination raciale. Il s’agit de la seconde condamnation. En été 2006, les représentants du PNOS avaient accepté l’amende et publié un nouveau programme politique, dans lequel les références au parti allemand de la NSDAP avaient été supprimées. Les positions politiques très proche des nazis n’en demeurent pas moins. En 2007, le PNOS a soutenu à diverses reprises des négationnistes condamnés, par exemple Ernst Zündel. Début 2007, les thèses du négationniste Jürgen Graf paraissaient dans le journal du PNOS « Zeitgeist ». A l’automne, le PNOS a fait une tentative infructueuse pour soutenir l’initiative populaire lancée par les Démocrates Suisses pour l’abrogation de la norme pénale sur la discrimination raciale en créant son propre comité . Le PNOS ne voulait pas « aller récolter des signatures dans la rue » pour le compte des Démocrates Suisses a déclaré le porte-parole du parti Mario Friso. Des semaines plus tard, le PNOS a envoyé des lettres à des représentants des Démocrates Suisses les incitant « à quitter le parti faiblard des Démocrates Suisses pour rejoindre le PNOS. Les Démocrates Suisses ont récemment perdu toute légitimation politique depuis la non-réélection de Bernhard Hess. Avec leurs attaques bâclées envers le PNOS les DS ont prouvé leur attitude de petit chien et leur soumission au consensus de l’establishment. Les Démocrates Suisses aiment bien afficher leur patriotisme, mais en réalité, ils ne valent pas mieux que les autres partis du système qui se prosternent devant le capital et espèrent trouver une place autour de l’écuelle » .

Le PNOS combine dans son discours politique la critique du capitalisme et des propositions racistes, dont le but est un « racisme confédéral ». La critique du capitalisme est pour le moins radicale, mais reprend également les arguments du commerce de détail comme dans une affichette du PNOS de Küssnacht am Rigi : « Le commerce de proximité est sacrifié par la politique actuelle à la pression internationale sur les prix. ». La section invite d’une part à « préférer les commerces locaux aux grosses entreprises internationales », d’autre part à « refuser le fantasme de la société multiculturelle et rapatrier la main d’œuvre bon marché ». En d’autre termes : « Dehors les étrangers pauvres » .

Le PNOS a été créé en 2000, parmi ses fondateurs l’on trouve des Skinheads du mouvement Blood and Honour. Le premier président était Sacha Kunz. Il fut remplacé au printemps 2003 par Jonas Gysin. Ce dernier s’est retiré en août 2005. Fin 2007, le parti était dirigé par un comité de quatre membres : Denise Friedrich, André Gauch, Jonathan Leiggener et Roland Renggli. Parmi les membres les plus actifs l’on comptait en 2007 Michael Haldimann de l’Oberland bernois, Mario Friso et Jordi De Kroon, Dominic Lüthard de Langenthal, Timotheus Winzenried, Raphael Würgler et Tobias Hirschi, Michael Vonäsch et Dani Wütrich de Willisau, ainsi que David Schnurrenberger de Küssnacht am Rigi.
A deux reprises, les représentants du PNOS ont été invités au Portugal. A gauche, Mario Friso avec un représentant du Kampfbundes Deustscher Sozialisten (KDS).

A fin 2007, le parti était actif dans la région de Langenthal, dans l’Oberland bernois, dans le canton de Fribourg, à Willisau et à Küssnacht am Rigi SZ. La section cantonale de Soleure a été dissoute en automne 2007, lorsque son président Dominic Bannholzer s’est retiré. Bannholzer continue à faire partie du conseil communal de Günsberg. Des membres du Nationaldemokratischen Partei Deutschland (NPD) étaient présents à diverses reprises lors des manifestations du PNOS, et inversement, des membres du PNOS se sont rendus au Portugal et en Allemagne.

Le porte-parole du PNOS, Andreas Meier, lors de la fête des peuples à Jena, septembre 2007
Source : Internet, archives Stutz

Diverses organisations comme la Helvetische Jugend et le Kampfbund Nationaler Aktivistinnen KNA s’activent à la périphérie du PNOS.

Helvetische Jugend

La Helvetische Jugend a été créée début juillet 2004 dans la région d’Oberaargau (Langenthal et région) dans le canton de Berne. Parmi ses buts figurent sur sa page internet “la fin du multiculturalisme”, grâce entre autre à “l’expulsion d’étrangers dangereux et la limitation du nombre d’étrangers” sur le territoire suisse. Plus loin il est question de “l’internement pour les demandeurs d’asile” et d’une “meilleure éducation plus neutre dans les écoles suisses » (où il faudrait cesser toute propagande en faveur de Lénine et de Staline et séparer les élèves parlant allemand de ceux qui ne le parlent pas. Enfin, il faudrait mettre un terme à la « désinformation gauchiste et à la terreur des médias, car il faut plus de journalistes neutres ».
En 2007, des membres de la Helvetische Jugend ont participé à la marche des extrémistes de droite lors de la fête fédérale de lutte de Sempach et ont tenté d’atteindre la prairie du Grütli qui était barricadée avec des bateaux gonflables. Ils ont également participé à une démonstration contre la violence des étrangers à Worb près de Berne . Les participants portaient des T-shirts avec l’inscription : « La résistance ne se laisse pas interdire ».
Le groupe dispose d’une présence sporadique sur le net. Ces dernières années, outre les informations sur les activités du groupe, figuraient des textes hostiles à l’islam, et des incitations à rejoindre la marche au Grütli.

Kampfbund Nationaler Aktivistinnen

L’organisatrice du Kampfbund Nationaler Aktivistinnen (KNA) se plaint du fait que dans la mouvance nationaliste, les femmes ont toujours occupé un rôle subalterne et étaient traitées « comme des êtres inférieurs par les hommes ». En réalité, les leaders du PNOS ont plutôt vu d’un mauvais œil la création de ce groupement. « Je pense qu’il est fondamentalement encore trop tôt pour intégrer les femmes de cette façon. Elles ne sont certainement pas nombreuses, alors toute une histoire pour une dizaine de poulettes? Nous avons des choses plus importantes à faire, du moins c’est mon avis » . Le discours du KNA n’échappe pas à une certaine contradiction. D’une part, il souhaite des femmes indépendantes qui participent à la « lutte nationale contre l’asservissement des peuples par le capitalisme », mais qui continuent, selon une vision traditionnelle, à occuper leur rôle de femmes et de mères. Une famille intacte est pour le KNA « le plus grand des bonheurs ». Et d’une manière générale, « les femmes sont supérieures aux hommes dans le domaine de l’empathie, de la compréhension, de la communication et de la responsabilité, l’ordre et l’endurance ». Le KNA déclare que le féminisme est « l’ennemi des femmes », et « de loin dépassé ». « Nous devons encourager une nouvelle féminité émancipée et arrêter l’extinction de la race. »
Fin juillet 2007, environ 40 personnes se sont retrouvées pour l’anniversaire du Kampfbund Nationaler Aktivistinnen dans un refuge de forêt . L’unique porte-parole de ce groupe a été pour l’instant Denise Friedrich, membre du comité du PNOS. Début 2008, le KNA a déclaré qu’il voulait « élargir le cercle des activistes, pour atteindre si possible un large public. ». Le KNA prend modèle sur d’autres organisations en Allemagne comme la Gemeinschaft Deutscher Frauen, le Ring Nationaler Frauen ou le Mädchenbund Thüringen.

Heimatbewegung

Les membres de la Heimatbewegung ont également participé à la fête de la lutte de Sempach en 2007, reconnaissables à leur pin. Sinon, la Heimatbewegung – créée en 2004-2005 et joignable via une boîte postale à Dübendorf – ne s’est pas manifestée publiquement en 2007. Le nombre d’adhérents est incertain, et l’on ignore tout de ses activités internes. La Heimatbewegung dispose d’une présence sporadique sur internet, traitant généralement du thème des étrangers en relation avec les actions politiques du camp des nationalistes conservateurs.
La “Heimatbewegung” vise la dissolution de la Suisse quadrilingue, car elle défend en priorité les intérêts et la survie de la “population alémanique”, à savoir “pour un Etat populaire représentant les limites actuelles de la Suisse alémanique”. Sinon, les points principaux du programme sont – comme c’est généralement le cas pour les groupements d’extrême droite – le soutien à la Suisse rurale, le rétablissement de la peine de mort, l’abolition du droit d’asile, le frein total à l’immigration, l’interdiction de toute forme d’intégration des étranger ainsi que l’arrêt complet des procédures de naturalisation.

Les Identitaires

Dans les pays d’Europe francophone une nouvelle mouvance s’est développée au sein du camp d’extrême droite qui se nomme les “Identitaires” et en appelle à une “identité européenne et blanche” tout en se positionnant contre l’immigration en provenance des autres continents. En France, un groupuscule « Les Identitaires » s’est formé et s’est fait remarquer par des actions spectaculaires. En Suisse, il existe deux groupements différents, d’un côté les Identitaires de Romandie, de l’autre les Jeunesses Identitaires de Genève. On ne sait pas combien de membres comptent ces deux organisations, ni quels sont ses leaders. Chacun de ces groupes bénéficie d’une présence sur internet.

En 2007, ce sont avant tout les Jeunesses Identitaires de Genève qui ont été les plus actives. Début octobre 2007, le mouvement a organisé une première manifestation publique dirigée contre « le racisme anti-blanc ». Selon un compte-rendu dans la Tribune de Genève , une cinquantaine de personnes y ont participé, surtout des jeunes gens entre 16 et 25 ans. Sur sa page internet, la section annonce qu’elle collecte des signatures pour l’initiative sur l’interdiction des minarets et vend des livres et des brochures. Arnaud Borella était le premier orateur lors de la manifestation pro-serbe « Solidarité Kosovo ».
Les Jeunesses Identitaires de Genève sont apparues sur la scène publique pour la première fois en 2006. En été 2006, ils ont distribués dans un quartier genevois un petit pamphlet stigmatisant la « haine contre les Suisses » .

Leur but est la défense des Européens de race blanche. Face aux dangers de la globalisation, de l’immigration massive, et à la dissolution de « l’identité suisse et européenne » ils ne voient qu’une issue pour la jeunesse romande: agir ou subir. Et tout cela « pour la Romandie, pour la Suisse et pour l’Europe ». En 2007, est parue le troisième numéro des “Cahiers identitaires romands”, un cahier fabriqué de façon primitive.

Portails d’information

En Suisse, la mouvance d’extrême droite ne dispose que de peu de médias, en particulier des médias écrits. Cependant il existe depuis plusieurs années des portails d’information comme Freie Stimme (respectivement Altermedia Schweiz), Altermedia Suisse et Novopress Suisse. En 2006, ces sites n’étaient alimentés plus que de manière irrégulière. Le responsable du portail Freie Stimme/Altermedia Schweiz a subi une perquisition à son domicile en automne 2005, et depuis fin avril 2007, le site a cessé d’être alimenté. Altermedia Suisse est toutefois encore actif mais n’offre que rarement des informations de ou sur la Suisse. Novopress Suisse informe en revanche de façon continue et diffuse avant tout des informations de l’agenda politique du camp nationaliste conservateur. Actif également est le site Patriot, dont les informations et le forum de discussion se distinguent par un nationalisme militant.

Freie Stimme – fermé pour cause de condamnation

Depuis mi-avril 2007, il ne reste sur la page internet « Altermedia Schweiz : Freie Stimme » qu’une seule indication, à savoir qu’un article sur le monument commémoratif de l’holocauste à Berlin y avait été publié, mais que « ce genre de propos étant passibles de condamnation en Suisse, le texte a dû être retiré ». En réalité, Freie Stimme avait publié le 25 mai 2005 un rapport sur l’inauguration du monument commémoratif de Berlin. L’auteur pose entre autre la question de savoir « ce qu’il adviendra de ces 2711 stèles de béton, lorsqu’un autre vent soufflera de nouveau à Berlin et dans le reste de l’Europe. Et comme la liberté d’opinion existe encore en 2005, la rédaction formule sans engagement la proposition suivante : que ceux qui étaient responsables de ce monument le réduisent en poussière à l’aide de marteaux pour qu’il n’en reste rien. La poussière du passé de la plus grande défaite de l’Allemagne et de l’Europe. » Les enquêtes ont conduit en automne 2005 à deux perquisitions. Début mars 2007, le tribunal de district de Laufenburg a condamné le jeune Markus G, 24 ans, qui depuis à déménagé dans le canton de Soleure, à une amende de 1’000 francs et une peine pécuniaire de 50 jours-amende de 90 francs pour infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale. Il n’est pas clair si la deuxième perquisition a également conduit à une condamnation. Le tribunal de district a également exigé la destruction du matériel de propagande choisi – dont de nombreux CDs, diverses affichette, magazines politiques, invitations à des fêtes de récoltes ainsi que des cahier du Nationale Front et de Savitri Devi, une représentante de l’ésotérisme hitlérien. Devi conteste l’existence des chambres à gaz pour l’extermination des juifs d’Europe et taxe les propos des survivants des camps de concentration de « mensonges juifs » . Le négationniste suisse Bernhard Schaub avait publié en 2005 un cahier spécial de WotansWort .
Dans un courriel à un membre du PNOS, Markus G. présente sa vision du monde clairement national-socialiste : « Si quelqu’un a mérité un monument dans la capitale allemande, c’est bien le plus grand des Allemands de tous les temps avec ses courageux combattants, le courageux peuple allemand et ses soldats européens alliés, qui jusqu’au bout se sont battus contre les provocations de l’ennemi mondial » . Markus G., dont les actions n’ont jusqu’ici pas attiré l’attention, déclare également dans le même courriel qu’il avait accompli sur l’ordinateur saisi « de nombreux travaux de conception (cahiers, livres, tracts, pages internet) pour divers représentants et organisations du mouvement nationaliste .

Dès l’été 2002, « Freie Stimme » publiait régulièrement des commentaires sur l’actualité dans une perspective pronazie et raciste, parfois avec des connotations antisémites, parfois avec des insinuations qui laissent transparaître une certaine sympathie pour les négationnistes de l’holocauste. Alors que « Freie Stimme » commentait généralement les activités du camp national-conservateur sur un ton bienveillant, le conseiller fédéral Christoph Blocher a au contraire été critiqué au sujet de sa politique de migration. Tout comme son parti l’UDC, il a été accusé de jouer un « double jeu », car il aurait « répété à maintes reprises que la Suisse avait besoin des étrangers et que son économie était tributaire de l’immigration ». En d’autres termes, Freie Stimme estime que la politique des étrangers menée par Blocher et l’UDC manque de cohérence.

Division Schweiz

C’est par la musique et de courtes séquences vidéo que «Division Schweiz » veut apporter son message politique. Derrière ce nom se dissimule une seule personne habitant la Suisse orientale, qui travaille probablement avec peu de collaborateurs. Division Schweiz s’est donné pour mission de créer des « films nationaux indépendants » pour les montrer à des sympathisants pour leur faire comprendre que « nous ne sommes pas seuls et que nous luttons au-delà simplement de notre nation. Nous sommes beaucoup plus nombreux que nous ne le pensons et contrairement à ce qu’ils prétendent (nos ennemis) Le projet a commencé par une vidéo sur une adresse donnée à Budapest, où les extrémistes de droite se réunissent annuellement en février en hommage à la Waffen-SS. Depuis, de nombreux comptes-rendus de manifestations d’extrémistes de droite allemands sont parus sur internet, auxquels s’ajoute un documentaire éclairant sur l’adjoint d’Hitler, Rudolf Hess. Depuis l’automne 2007, Division Schweiz se consacre à créer une filmographie sur les cantons suisses. Les premiers portraits offrent le charme désuet des films sur de la défense spirituelle des années 1930.

Activités politico-culturelles

Divers activistes et organisations se réclament d’une idéologie d’extrême droite mais ne participent pas forcément à la politique institutionnelle et ne se présentent pas aux élections. Ils s’occupent de promouvoir leur idéologie par un travail de formation et de réseautage. On peut citer ainsi le cercle Avalon ou Gaston-Armand Amaudruz avec son journal le “Courrier du Continent”, mais aussi le couple Paschoud avec son journal “Le Pamphlet”. Le Cercle Proudhon était également à nouveau actif en 2007. Début novembre, il a organisé une conférence avec la participation de l’avocat et négationniste français Eric Delcroix. Le Cercle Proudhon, dont l’un des principaux représentants est l’avocat genevois Pascal Junod, a été créé en 1984 et a organisé diverses conférences ayant attiré un large public à l’Université de Genève. A partir de 1990, le cercle est demeuré longtemps inactif . En avril 2001, il a organisé une conférence de l’extrémiste de droite français Guillaume Faye . On ne sait pas si le cercle continue à être patronné par Pascal Junod. Après avoir été actif pendant un certain temps à l’UDC, ce dernier est entré en tant que représentant de la branche sécessionniste de l’UDC, le Mouvement Citoyen Genvois (MCG) au sein de la Commission cantonale des étrangers .

Le cercle Avalon

Le cercle Avalon est longtemps resté secret, de sorte que ses activités sont peu connues du grand public. Toutefois en 2007, le cercle Avalon a informé que son président (« primus ») de longue date Roger Wüthrich, se retirait pour des motifs personnels. Son remplaçant est Adrian Segessenmann, habitant de Kirchberg près de Burgdorf. D’après les informations de la page internet du cercle Avalon, on peut déduire qu’il a organisé au moins deux manifestations. Début février, c’est Richard Melisch qui a donné une conférence , et plus tard Hajo Hermann, ancien pilote de la Wehrmacht.
Le nouveau primus de la société Avalon, Adrian Segessenmann, né en 1979, est un activiste de longue date dans les milieux d’extrême droite. En 1995, à l’âge de seize ans, il avait déjà participé avec un groupe de Skinheads, à une agression lors d’un « Festival pour la compréhension entre les peuples » à Hochdorf. Au printemps 1999, il avait organisé avec Roger Wüthrich une conférence sur les Waffen-SS, qui avait amené le Tribunal fédéral à redéfinir le « caractère public de l’acte » relatif à la norme pénale sur la discrimination raciale. Est public tout ce qui ne se déroule pas dans un cadre privé. Segessenmann gère aujourd’hui la librairie virtuelle « Neue Zeitenwende », qui depuis environ deux ans diffuse des livres qui défendent la Waffen-SS, jusqu’aux cahiers « Landser » qui réécrivent l’histoire de la deuxième guerre mondiale du point de vue de la Wehrmacht. Mi-juillet 2006, il a inscrit au registre du commerce la société en nom simple Thor Steinar, dont le but est la vente au sympathisants du mouvement néo-nazi de la marque de vêtement Thor Steinar. Cette activité a dans l’intervalle été suspendue et la société retirée du registre du commerce.

Le Cercle Avalon a été créé en 1990 par Roger Wüthrich, précédemment dirigeant de la “Jeunesse Viking suisse” et par Andreas Gossweiler, actif à l’époque dans divers mouvements d’extrême droite. A ces rencontres participent, à côté de représentants connus, comme l’islamiste Ahmed Huber et Roger Wüthrich d’anciens fascistes ainsi que de jeunes skinheads pro-nazis.

Recht + Freiheit (Droit et Liberté), Ernst Indlekofer

Début 2007, Recht + Freiheit se targue dans son journal de constater une „croissance de ses abonnés“ depuis le mois de décembre 2006. Quoi qu’il en soit, les membres sont sollicités pour « renforcer cette tendance » par leurs recommandations personnelles. Indlekofer utilise parfois même la manière forte, selon un article du Beobarchter. Il a menacé « les anciens donateurs de son association Presseclub Schweiz de poursuites judiciaires s’ils ne payaient pas à nouveau. » .

Officiellement, Recht+Freiheit est publié par un certain Presseclub Schweiz, mais de facto c’est bien le bâlois Ernst Indlekofer, désormais âgé de presque septante ans, qui est principalement responsable de ce cahier d’une dizaine de pages par édition. En 2007, il a publié quatre doubles éditions. Parmi les contributeurs suisses aux éditions 2007 figurent Max Disteli d’Olten (décédé dans l’intervalle) et Gaston Armand Amaudruz. Cette année encore, l’éditeur a rassemblé les membres de son association lors d’une assemblée générale le 29 septembre 2007. Comme les années précédentes, les membres devaient au préalable demander leur « carte d’entrée personnelle » . L’assemblée générale n’était donc pas publique.

En termes de contenu, il n’y a pas beaucoup de changement dans les cahiers d’Indlekofer. Il s’en prend à la norme pénale sur la discrimination raciale, sympathise avec les négationnistes, plusieurs articles documentent la fameuse conférence de Téhéran de décembre 2006 « Review of the Holocaust : Global Vision ». En outre, il a publié l’allocution antisioniste du rabin Moishe Arye Friedman . Indlekofer diffuse en outre un mélange choisi de petits textes racistes, antisémites, néonazis et de théories de la conspiration. Un seul exemple : « La haute finance veut l’Union européenne, son moteur est la BRD vassale des Etats-Unis. Ils veulent mettre en œuvre le mélange des peuples et la gouvernance mondiale, à l’exception d’Israël. Si notre peuple savait la vérité, le lobby de l’immigration serait depuis longtemps supprimé et le stupide discours sur la tolérance balayé. »
En août 1998, les autorités pénales de Bâle-ville ont ouvert une procédure pour enfreinte à la norme pénale sur la discrimination raciale. Neuf années plus tard, l’affaire n’est toujours pas close. Fin mars 2006, le tribunal pénal a suspendu la procédure, parce que les autorités d’enquête auraient enfreint le principe de la célérité.
La procureure du canton a recouru contre cette décision, cependant le tribunal n’a envoyé les considérants du jugement seulement fin novembre 2007.

Gaston Armand Amaudruz et le “Courrier du Continent”

Le vieux fasciste Gaston Armand Amaudrz, a été toute sa vie un activiste en faveur du national-socialisme et du racisme . Aujourd’hui âgé de 86 ans, il continue à publier régulièrement son petit journal de 12 pages hectographiées, le “Courrier du Continent”. Le contenu est identique depuis des années. Dans la partie “bloc-notes”, Amaudruz tire des citations des journaux qu’il assortit de commentaires sardoniques. Mais dans cette rubrique, il donne également des informations (y compris adresses) de nouvelles publications de l’extrême droite et de ce fait contribue à la mise en réseau de ce milieu. Puis viennent des rubriques habituelles sur la “criminalité” ou sur la “Lois-Baillon” (c’est ainsi qu’Amaudruz désigne la norme pénale suisse sur la discrimination raciale). Viennent s’ajouter des textes de ses collaborateurs comme Guiseppe Patanè, Yann Woltering, Martine Boimond. En 2006, le négationniste Robert Faurission consacre plusieurs articles aux soi-disant vingt victoires des négationnistes . La dernière page est généralement consacrée à un article où Amaudruz expose ses thèses racistes, antisémites et négationnistes. Ces propos ont valu à Amaudruz deux séjours de trois mois en détention voici quelques années.

Le “Courrier du Continent” est paru pour la première fois en 1946 et est rédigé et publié depuis une cinquantaine d’années par le fasciste lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Pendant des décennies, ce cahier était l’organe officiel de NOE, une petite organisation raciste dont Amaudruz était l’un des principaux animateurs. Le pamphlet continue à être publié aujourd’hui à quelques centaines d’exemplaires.

Le Pamphlet de la maison Paschoud

En décembre 2007, Mariette Paschoud annonçait dans sa revue Le Pamphlet, qu’elle publie en collaboration avec son époux Claude, qu’étant donné qu’elle était désormais à la retraite, elle ne risquait plus de perdre son emploi. Cela lui donnait donc plus de liberté dans le choix de ses sujets . Elle annonce l’ouverture d’une rubrique « Les nouvelles aventures … », destinée à relayer les informations sur le révisionnisme, qui pourrait intéresser une partie du lectorat. Dans les faits, Mariette Paschoud avait déjà évoqué dans la précédente édition le procès contre le négationniste canadien Ernst Zündel. Selon elle, « tout cela n’est pas honorable et même les adversaires du révisionnisme par ailleurs sensés et mesurés me donneront raison sur ce point ». Elle cite également une lettre de Zündel, dans laquelle il parle d’amis et de connaissances communes. Elle se plaint que l’ASIN ait par le passé exclu des négationnistes. Elle salue la proposition de Blocher de modifier la norme pénale sur la discrimination raciale : « Il a fallu que Monsieur Blocher goûte aux joies du 261bis pour que les choses commencent à changer. Espérons qu’il n’est pas trop tard ».

Le co-éditeur, Claude Paschoud, se risque à un commentaire à connotation antisémite, lorsqu’il prétend que la norme pénale ne protège que la mémoire d’un seul génocide qui « celui en particulier qui fonde encore les revendications de réparation de la part d’Israël ». Comme les nazis et ceux qui font leur apologie, Paschoud affirme que la norme pénale sur la discrimination raciale pose une « interdiction générale et absolue de remettre en question les dogmes du procès de Nurenberg ».

Pour le reste, Le Pamphlet diffuse principalement des textes sur les débats du camp des catholiques et nationalistes conservateurs. Mais l’on retrouve périodiquement des textes antisémites, contre l’islam ou ayant des connotations xénophobes, jusqu’aux textes faisant l’apologie de Jean Marie Le Pen et de son Front National. Et bien entendu l’on trouve également des commentaires polémiques à l’encontre les personnes qui s’engagent contre le racisme ou le durcissement de la loi sur l’asile et la loi sur les étrangers. Outre le couple Paschoud, on compte parmi les rédacteurs Michel de Preux, Gérald Beruex ainsi que des auteurs anonymes comme Max l’Impertinent, Pollux et Iratus.

“Le Pamphlet”, fondé par Claude Paschoud, paraît depuis 1970. Le feuillet a connu par moments une diffusion plus importante (2’000 exemplaires). C’était en 1986, à l’époque ou Mariette Paschoud, enseignante dans le secondaire, était apparue aux côtés du négationniste Henri Roques à une conférence de presse à Paris et avait émis des « doutes sur l’existence des chambres à gaz et des camps de concentration. » En 1991, elle a failli être nommée major dans le service féminin de l’armée suisse, n’était-ce les protestations politiques qui ont entouré cette promotion. Un procès en diffamation entrepris par Mariette Paschoud contre le rédacteur du « Bieler Tagblatt » a fini par se retourner contre la négationniste. Le conseil fédéral a estimé dans un jugement qui fait encore référence aujourd’hui que: « La revendication d’une preuve sur l’existence des chambres à gaz est tellement absurde, au vu de la masse de preuves disponibles, que, même si d’autres motifs sont théoriquement envisageables, la sympathie pour le régime national-socialiste s’impose de façon évidente et suffit comme preuve de vérité. Surtout si l’on tient compte dans la conclusion d’éléments telles que des actions et propos tenus, ainsi que d’intentions et de motivations, qui ne représentent néanmoins pas une preuve scientifique ».

Négation de l’Holocauste

Les révisionnistes nient trois faits historiques patents: premièrement qu’un plan destiné à éliminer les juifs d’Europe ait été élaboré, deuxièmement que des chambres à gaz aient été construites pour éliminer les victimes et, troisièmement, que la persécution des juifs par les nazis se soit soldée par la mort de plusieurs millions de victimes. A l’automne 2005, une bonne part de l’infrastructure des révisionnistes a été anéantie par l’arrestation de Germar Rudolf. Avec l’interdiction de sa maison d’édition active en deux langues, la plus importante des publications négationnistes paraissant en allemand et en anglais ainsi que la page internet ont disparus. De nombreux promoteurs du négationnisme comme Germar Rudolf et Ernst Zündel ont été traduits en justice en 2007. Zündel a écopé de cinq ans de prison et Rudolf de deux ans et demi. Les négationnistes ne sont pas parvenus à faire réagir l’opinion suite à ces jugements.

L’internationale des négationnistes a obtenu en Suisse un soutien explicite et public du PNOS. Le parti demande « la liberté » pour le condamné Ernst Zündel, qu’ils voient – à la manière des néo-nazis – comme une victime de la « justice d’occupation ». Le débat sur l’holocauste aurait toutefois « aucune importance politique ». Le parti prétend toutefois que « l’holocauste représente un matraquage moral aux mains de quelques unités qui l’instrumentalisent pour cimenter leur pouvoir par l’accumulation de capital et le chantage portant sur des montants de plusieurs milliards ».

Les premiers négationnistes sont apparus au grand jour dans les années 1990. Pendant la campagne référendaire contre l’introduction de la norme pénale sur la discrimination raciale (1994), les quatre orateurs principaux, Jürgen Graf, Arthur Vogt, Andres J. Studer et Bernhard Schaub se sont constitués en « Groupe de travail pour la dé-tabouisation de l’histoire contemporaine », rebaptisé plus tard “Groupe de travail et de recherche en histoire contemporaine” (AEZ). Dans la deuxième moitié des années 1990, l’AEZ a réduit ses activités, suite à quoi les négationnistes alémaniques et leurs camarades romands ont créé l’association “Vérité et Justice” . Cette association a été dissoute en mars 2002 par le tribunal de district de la Veveyse à Châtel-Saint-Denis et a depuis cessé toute activité.
L’ancien secrétaire de l’association René-Louis Berclaz, qui poursuit ses activités malgré la dissolution de l’association, a été arrêté en automne 2006 en Roumanie et assigné à domicile. Les autorités d’enquête ont découvert outre de la propagande raciste, la détention illégale d’armes. En été 2007, le quotidien fribourgeois « La Liberté » informait que Vérité et Justice s’était reformé en Roumanie, sans pour autant annoncer de nouvelles activités . En automne 2007, Berclaz est revenu en Suisse. Selon ses dires, il n’y aurait pas eu de procès, ni d’amende, ni même de caution .

Les négationnistes suisses – à l’exception de Bernhard Schaub et Philippe Brennenstuhl – ne pouvaient plus développer d’activité en Suisse en 2007. Jürgen Graf et Andres J. Studer ont quitté le pays pour échapper à des peines de prison fermes. La page « Wilhelm-Tell-Site » a également disparut de la toile, après avoir cessé depuis plusieurs années d’être alimentée.

Jürgen Graf

Portrait de Jürgen Graf disponible sur son site personnel
Source : internet, homepage de JürgenGraf/archiv Stutz

Jürgen Graf, qui s’est soustrait il y quelques années à une peine de prison en fuyant à l’étranger, vit toujours en Russie. En 2007, il n’a pas publié de livre mais plusieurs textes, dont une critique virulente de l’extrémiste de droite Guillaume Faye, après que celui-ci eut écrit à propos des négationnistes « que ce combat était parfaitement inutile, inefficace et contre-productif, une marotte d’adolescents, et qu’en outre il était entaché de lourdes erreurs méthodologiques ainsi que de préjugés idéologiques » . Ce commentaire incendiaire a visiblement fâché Jürgen Graf, et il attaque directement Fay dans sa réplique. Le texte de Graf se termine par des tirades antisémites, comme elles étaient usuelles en Allemagne durant l’entre deux guerres et la seconde guerre mondiale. Graf écrit : « La méfiance vis-à-vis des pays hôtes, la haine de la civilisation européenne en général et du christianisme en particulier est tellement ancrée dans la psyché collective juive – bien entendu il y de nombreux juifs qui ne partagent pas ces sentiments – que la communauté juive tentera de poursuivre son œuvre de destruction dans chaque société européenne, même si cela conduit à une islamisation, qui représente une menace de mort pour les juifs ! » Dans un autre texte, Graf rend hommage à un théoricien des races russe et reconnaît entre autre que ce dernier « a une grande redevance envers les théories raciales du Troisième Reich » .

En janvier 2007, Graf a publié un texte dans le journal du parti du PNOS, le Zeitgeist, dans lequel il affirme que « tous les jugements prononcés au nom de la « loi muselière » et en particulier ceux contre les révisionnistes sont contraires au droit ». L’influence de Graf sur le mouvement extrémiste de droite en Suisse s’est toutefois notablement réduite suite à sa fuite en Russie.

Bernhard Schaub

Le négationniste Bernhard Schaub est actuellement le seul extrémiste de droite résidant en Suisse qui est également actif depuis plusieurs années en Allemagne. En novembre 2003 il a participé à la création du « Verein zur Rehabilitierung des wegen Bestreitens des Holocausts verfogten » (VRBHV). Il en est devenu le président et se rend depuis plusieurs années en Allemagne où il est invité à donner des conférences, aussi bien auprès du Nationaldemokratischen Partei Deutschlands (NPD) qu’auprès des plus radicaux des « Freien Kameradschaften ». En décembre 2006, Bernhard Schaub a fait un discours remarqué comme orateur invité à la Conférence de Téhéran rassemblant les négationnistes de l’holocauste. Suite à quoi il a intégré un comité de cinq personnes qui doit organiser de nouvelles activités. Rien n’a transpiré pour l’instant des activités de cette commission.

En Suisse, ce franc-tireur n’a guère obtenu de succès avec son combat. En automne 2006, il avait distribué dans les boîtes-aux-lettres de sa commune de domicile, Arlesheim, des pamphlets négationnistes qui lui avaient valu d’être condamné mi-novembre par le tribunal de district de Dornach-Thierstein à une peine privative de liberté de 80 jours .

Sinon Schaub s’est consacré ces dernières années à développer une « Gymnastique nordique » qui s’inspire d’une part de la démarche anthroposophique, d’autre part de sources nazies. Durant l’été, il a conduit un séminaire dans les Grisons . En automne 2007, la page d’information sur la gymnastique nordique a disparu de l’internet.

Philippe Brennenstuhl

Brennenstuhl, qui a commencé soutenir la cause des négationnistes en tant que caissier de l’association “Vérité et Justice”, dissoute depuis lors . Dans ce contexte, Brennenstuhl a lui-même été condamné pour négation de l’holocauste à une peine de prison stricte.
Dans l’intervalle les pamphlets de Brennenstuhl ont eu quelque écho auprès des milieux d’extrême droite. Le 5 août 2007, il a tenu un discours contre la franc-maçonnerie lors de la réunion d’été du PNOS sur le Grütli, et en novembre lors de l’assemblée générale du parti, il a été donné lecture d’un texte que Brennenstuhl n’avait pas pu lire en septembre 2007 à Jena lors de la « Fête des Peuples ». Il s’occupe par ailleurs à chicaner les autorités avec ses requêtes, en particulier les membres de la Commission du Grütli, responsables de l’organisation de la fête du 1er août sur la prairie du Grütli .

Tout paranoïaque et extrémiste qu’il soit, il a recueilli néanmoins le soutien d’un représentant de l’UDC. Dans un courrier de lecteur, publié en janvier 2007, le président des Jeunes UDC, Berhard Diethelm regrette d’abord : qu’on ait « consacré la somme démesurée d’un million de francs y compris les mesures policières pour interdire l’accès du Grütli aux extrémistes de droite ». Il continue : « Il est donc normal que le responsable du département de Justice et Police du canton de Schwytz se retrouve empêtré dans une plainte pour déni de la liberté d’expression, abus de fonction et contrainte. Dans ce contexte, je félicite M. Brennenstuhl qui s’est donné la peine de s’opposer aux manquements des membres de la Commission du Grütli et du Conseil d’état. Sa brochure « Der Verrat-1er août 2006 sur le Grütli » mérite d’être reconnue. » Diethelm tentera après coup de s’en sortir. A un article critique dans le journal Bote der Uhrschweiz, il réagira même par une requête – ultérieurement rejetée – au Conseil suisse de la presse .

Ouverture du côté de la droite radicalisée

Les frontières entre extrémisme de droite et nationalisme conservateur sont fluctuantes, également en Suisse. De temps à autre, l’UDC utilise aussi des concepts émanant de la mouvance d’extrême droite. Par exemple, lorsqu’elle tente de discréditer ses adversaires politiques en les désignant comme des partis dépendants du « système », comme l’a fait le président de l’UDC Ueli Maurer lors de la non-réélection du conseiller fédéral Christoph Blocher . Dans l’ensemble, l’UDC ne veut pas se préoccuper des tendances se situant à droite de sa ligne politique. Comme l’avait déclaré aussi bien Christoph Blocher que le conseiller national Christoph Mörgeli : « Il ne doit pas y avoir de parti démocratique à droite de l’UDC ». Plus tard il a ajouté : « Si l’on veut hériter, il faut se comporter de manière aussi agréable que la vieille tante testatrice» . Le fait est que l’UDC a absorbé les autres partis de droite (comme le Parti de la Liberté) ou alors elle les a évincés (comme les Démocrates Suisses) . Parfois un représentant de l’UDC profite de l’occasion qui lui est offerte de se présenter dans les cercles d’extrême droite, par exemple Ulrich Schlüer qui est apparu en décembre 2006 à Munich dans une table ronde organisée par la Bruderschaft Danubia. Commentaire de la rédaction : « Une organisation d’extrême droite notoire » .
Toujours est-il que la collaboration avec les néonazis contribue à mettre rapidement un terme à une jeune carrière politique. C’est ce qui est arrivé à Roland Wagner, vice-président des Démocrates Suisses, après qu’il eut fait dans une maison de tir d’un groupe de néonazis allemands la démonstration du fusil d’assaut helvétique. Peu après la publication du communiqué de presse, il a démissionné du parti . Mais il était trop tard pour retirer sa candidature au conseil national. Les Démocrates Suisses ont obtenu 0,66% dans le canton d’Argovie et Roland Wagner 2’067 voix sur l’ensemble du canton.

 

Conclusion

L’extrémisme de droite en Suisse en 2007 demeure une réalité politique et sociale. Même les représentants du camp nationaliste conservateur ont tendance à nier ou du moins à minimiser son importance. Si ce milieu reste marginal, il n’a pourtant jamais été numériquement aussi fort depuis 1945. La subculture des skinheads à tendance nazie, proportionnellement le groupe le plus important en 2007, n’a connu qu’une faible croissance. C’est avant tout dans les petites villes et les villages que sont apparues des cliques ou groupuscules d’extrême droite, qui se posent en ennemis aussi bien des “gauchistes” que des “étrangers”. La subculture skinhead-nazie dispose d’une offre stable de manifestations, généralement sous forme de groupes de musique et de concerts. Ces organisations ou individus contribuent en permanence à la formation d’une idéologie d’extrême droite par des activités de nature politico-culturelles, sans toutefois participer à la politique institutionnelle.
Les principaux promoteurs sont déjà âgés, de sorte que leurs projets vont disparaître de la scène à brève ou moyenne échéance. L’élément le plus surprenant est la création pour la première fois d’une organisation d’extrême droite exclusivement féminine. La mouvance d’extrême droite dispose néanmoins d’un parti politique, le parti nationaliste suisse (PNOS). Depuis 1945, aucun parti/groupe d’extrême droite ne s’était maintenu aussi longtemps.
Les négationnistes suisses ne se sont plus manifestés, à l’exception de deux individus menant un combat isolé. Toutefois la pensée négationniste, à savoir la négation ou la minimisation de l’holocauste, est parvenue à s’imposer auprès d’une partie du public d’extrême droite.

Hans Stutz

Lucerne, 15 janvier 2008

Racisme en Suisse en 2007/1

Lucerne, 20 Janvier 2007

Switzerland: Europe’s heart of darkness?

James Philippe, a 28-year-old Haitian who has lived in Switzerland for 14 years and works for Streetchurch, a Protestant storefront community organization and as a hip-hop dance instructor, said he is regularly stopped by the police and required to show his papers and submit to body searches. He speaks German, French, Creole and English, but has yet to receive a Swiss passport. “The police treat me like I’m somehow not human”, he said at the Streetchurch headquarters in a working-class neighbourhood of Zurich. “Then I open my mouth and speak good Swiss German, and they’re always shocked. We come here. We want to learn. We clean their streets and do all the work they don’t want to do. If they kick us out, are they going to do all that work themselves? We need them, but they need us too.”

New York Times, October 8, 2007

Beaucoup de Suissesses et de Suisses semblent tomber des nues, après la parution dans « The Independant » quotidien anglophone, d’un article intitulé : « Switzerland : Europe’s Heart of Darkness ? ». Il est déjà rare que la presse internationale s’intéresse au petit pays riche qu’est la Suisse. Mais tout de même : la Suisse, cœur sombre de l’Europe ? Le déclencheur de cet article a été la vaste et coûteuse opération électorale de l’UDC contre les étrangers et les marginaux. Au cours des années précédentes, les organisations internationales avaient déjà reproché à diverses reprises à la Suisse son manque d’engagement contre le racisme et la protection des droits de la personne.

Le rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme Doudou Diène, avait par exemple déposé un rapport en mars 2007. En visitant la Suisse, il avait déjà à l’époque récolté d’amères protestations. Le rapporteur de l’ONU a confirmé les résultats de rapports antérieurs faits par des organisations de surveillance. Il évoque une progression de plus en plus marquée du racisme et de la xénophobie. Il parle en particulier de durcissement du droit d’asile, ainsi que des restrictions apportées à la nouvelle loi sur les étrangers. Plus loin, il évoque les débordements des autorités à l’encontre des noirs, et le réflexe social de plus en plus marqué à l’égard d’autres cultures et d’autres points de vue. Le rapporteur de l’ONU se montre préoccupé par le fait que des formations politiques (lire : des organisations et des partis comme l’UDC, les Démocrates suisses et le PNOS) puissent développer leurs thèses avec le soutien des électeurs. Il encourage le gouvernement à mettre au point avec les cantons une politique cohérente contre le racisme et préconise le renforcement de la Commission fédérale des étrangers ainsi que de la Commission fédérale contre le racisme (CFR).

Plus loin, il recommande la création d’une législation nationale et d’un plan d’action concerté contre le racisme et la discrimination. La commission fédérale contre le racisme (EKR) s’est sentie renforcée dans son travail et a encouragé le Conseil fédéral, suite à la publication du rapport, à inviter les cantons à participer à une « table ronde » pour discuter de la mise en application de divers points. Dans les faits, les rapports n’ont jusqu’ici pas été suivis d’effets.

En automne 2007, Doudou Diène a également critiqué la campagne de l’UDC montrant les moutons blancs et les moutons noirs (voir illustration). Des xénophobes ainsi que des politiciens et politiciennes qui ont fait du racisme ou d’allégations racistes leur fond de commerce, ont senti que leur plume les démangeait. Non sans mentionner la couleur de peau du rapporteur et en tirer leurs propres conclusions. L’UDC Ulrich Schlüer, non-reélu dans l’intervalle, se perd en conjectures : « Parce que les cinq étoiles helvétiques offrent plus d’attrait que le bush africain, M. Doudou Diène s’intéresse de beaucoup plus près aux atteintes aux droits de l’homme se déroulant sur territoire suisse qu’à celles qui ont lieu en Afrique noire.» Le secrétaire cantonal tessinois du parti, Eros N. Mellini, a quant à lui habilement retourné l’argument : « Il me semble que la phobie des plaignants à l’encontre des autorités et de la police provient beaucoup plus souvent des traitement qu’on leur a infligé dans leur pays d’origine (y compris celui de Doudou Diène : le Sénégal). Ne sont-ils pas victimes d’un traumatisme qui les poursuit encore, même lorsqu’ils n’ont pas du tout affaire à la police ? ». Il est toujours remarquable de constater l’intensité avec laquelle des représentants de la droite en Suisse contestent les appels au respect des droits de l’homme. Quant au PNOS, il affichait une position ouvertement raciste : « Nous laissons les noirs à leurs bruyantes exhortations et les européens à leur retenue à l’égard des étrangers. Quant à l’ONU, elle appartient aux poubelles de l’histoire. »

Durant la campagne électorale 2007, les étrangers ont été instrumentalisés et stigmatisés de façon négative. En particulier les musulmans et les jeunes étrangers, selon les observations faites ultérieurement de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) sur « Les étrangers dans la communication électorale ». Trois quarts des commentaires négatifs à l’égard des étrangers et des groupes minoritaires sont le fait de l’UDC. Leur stratégie et la réaction intensive des médias et des autres partis à ces attaques en a fait le principal sujet débattu durant la campagne, avant même la problématique écologique. La réaction à la stigmatisation de la population étrangère a été notablement plus forte en Suisse romande qu’outre Sarine.

Moutons blancs contre moutons noirs : la campagne de l’UDC

L’affiche montre trois moutons blanc sur un champ rouge à croix blanche qui repoussent un mouton noir hors du champ avec le sous-titre : « Pour plus de sécurité». Peu avant les élections, le parti UDC a lancé une initiative populaire « pour le renvoi des criminels étrangers». L’initiative prétend que la revendication du peuple ne concerne que « les étrangers qui ont commis des crimes graves dans notre pays». Toutefois parmi ces crimes graves figurent également l’abus des services d’aide ou des assurances sociales. Cette adoption sous-entendrait une co-responsabilité familiale, car des familles entières – indépendamment de la durée de leur séjour – pourraient se voir expulser du pays. L’UDC a soutenu sa campagne électorale par de nombreuses affiches et annonces. Durant des semaines, des centaines d’affiches étaient placardées dans tout le pays. Le rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, M. Doudou Diène, a protesté officiellement contre cette affiche auprès du gouvernement suisse, arguant qu’elle suscitait « la haine raciale et religieuse ». A ces reproches, le gouvernement a répliqué qu’il s’agissait de protéger la liberté d’expression dans le cadre du débat électoral. Il réaffirme toutefois sa ferme volonté de ne pas tolérer les forums racistes en Suisse. La question de savoir quels sont les propos tenus publiquement qui tombent sous le coup de la norme pénale sur la discrimination raciale reste l’affaire de la justice.
La controverse autour des moutons blancs et des moutons noirs a provoqué des réactions qui reprochent à l’UDC sa proximité avec l’extrême droite et son racisme affiché

La campagne a focalisé d’attention et a fait l’objet de vives controverses. De nombreuses organisations ont déposé plainte pour infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale – tout en sachant que les chances de succès étaient faibles. Georg Kreis a mis le doigt sur le problème de façon pertinente : « La véhémence des réactions au sujet du mouton noir peuvent sembler exagérée. Le problème ne relève pas tant du dessin, mais plutôt de la discrimination au quotidien. » Ce sont toutefois justement de tels dessins qui oeuvrent à la perpétuation d’un climat discriminatoire en général.

Le motif du mouton noir a été repris par de nombreux partis d’extrême-droite. Tout d’abord par le Nationaldemokratischen Partei Deutschland (NPD), plus tard par le parti espagnol Democracia Nacional, puis par la Lega d’Italie du nord.

Cette affiche a donné lieu à des quiproquos sur son interprétation :” (le mouton noir peut également pouvoir dire le NPD), et a été utilisée par la suite dans une version modifiée qui se retournait contre ses auteurs.

L’affiche de la Democracia National espagnole déclare :”tiens toi bien ou fiche le camp” avec le slogan « Initiative contre l’augmentation de la criminalité étrangère».

Affiche de la Ligne du Nord : « Droit de séjour seulement pour les vrais étrangers, ceux qui travaillent » et « sécurisons notre maison ».

Celui qui sème la discorde récolte aussi la moquerie. Dans les heures qui suivent, l’affiche est retravaillée pour signifier l’exclusion de Christoph Blocher du conseil fédéral.

Ce qui était déjà vrai dans les années précédentes le reste en 2007, à savoir que celui qui ne dispose pas d’un passeport suisse, qui n’a pas la peau blanche, de domicile fixe, qui confesse une religion autre que chrétienne ou a des préférences sexuelles différentes de la majorité court le risque d’être exclu, apostrophé, insulté, menacé et dans certains cas même agressé physiquement. Les cas sont relativement rares, mais ils influent sur le sentiment de liberté de sécurité des personnes concernées. La peur consume l’âme. Les mécanismes de la haine et de l’exclusion demeurent, tandis que les représentations de «l’ennemi» s’adaptent aux besoins politiques et sociaux du moment. Depuis le début des années 1990, la tendance est à la discrimination envers les personnes originaires des pays de l’ex-Yougoslavie et de la Turquie. Au fil des ans, de plus en plus de personnes noires de peau (quel que soit leur pays d’origine), sont victimes d’attaques et de discriminations. Diverses observations confirment que ces personnes sont souvent interdites d’entrée sous divers prétextes dans des salles de jeux, des bars, parfois aussi dans des restaurants.

Une partie de la population a adopté une vision nationaliste – voire parfois raciste – des problématiques de société de toute nature. A de nombreux endroits, la part d’enfants étrangers dans les écoles est perçue comme un problème pour le succès scolaire des petits helvètes. L’UDC et son quotidien allié la Weltwoche ont, dans le contexte de la campagne contre les abus parlé d’une « balkanisation de l’AI ». Une expression à caractère raciste reprise par Alard du Bois-Reymond, patron de l’assurance invalidité. Mi-décembre 2007, il a annoncé que les recherches étaient menées selon différents critères pour dépister les abus. Lors de la conférence de presse qui a suivi, il n’a mentionné un seul critère, ce dernier étant le pays de provenance du requérant, à savoir les divers états de l’ex-Yougoslavie et de la Turquie. Cette décision conforte tous ceux qui, de leur propre autorité, veulent rendre la vie dure à tous les groupes minoritaires et marginaux.

Outre les micro-partis nationalistes, l’UDC en tant que parti gouvernemental entretient ce climat de discrimination par des campagnes agressives. En général, le camp des nationalistes conservateurs dispose d’un grand nombre d’organisations- comme l’ASIN (Action pour une Suisse indépendante et neutre) – de moyens de publications (Schweizerzeit de Ulrich Schlüers), de membres influents et d’élus zélés, et de nombreux soutiens parmi les lettres de lecteurs. Le camp ultra conservateur parvient régulièrement à accaparer le débat politique avec ses thèses, bien qu’il ait perdu ces dernières années toutes les votations relatives aux relations de la Suisse avec l’étranger. Il a néanmoins enregistré une victoire, en 2006, avec le durcissement de la loi sur les étrangers et les requérants d’asile.

Le racisme, tel qu’il est encouragé par les représentants du camp néo-conservateur ainsi que par ceux des extrémistes de droite, fait partie d’une représentation de la société où les personnes socialement et financièrement privilégiées ainsi que les dirigeants politiques s’autorisent non seulement à diffamer et à traiter avec mépris les personnes socialement ou économiquement faibles, mais veulent encore leur rendre plus difficile l’accès aux ressources économiques et sociales. Le fait est que les ressortissants des différents états de l’ex-Yougoslavie sont seulement devenus des boucs-émissaires après qu’une politique des 3 cercles les ait mis dans une situation économiquement et socialement précaire. Le fait est également que des campagnes discriminatoires ont compliqué pour tous ceux appartenant à une des minorités incriminées l’accès à diverses offres comme le marché de la location ou les bars de nuit.

Dans certains cas, la discrimination reflète l’idéologie néo-libérale. Ainsi, les étrangers et étrangères paient de plus fortes primes d’assurance automobile. Cette injustice est juridiquement problématique. Dans un avis de droit, le spécialiste en droit constitutionnel et administratif fribourgeois Bernhard Waldmann est parvenu à la conclusion que cette pratique est contraire à la loi. Tant le Conseil fédéral que le parlement avaient refusé une motion y relative en mars 2006. Le Conseil fédéral avait répondu : « Lorsqu’un assureur qui assure un groupe de diverses nationalités applique un critère d’appartenance nationale pour tous, et donc pas de façon sélective à l’encontre de certaines nationalités, l’application de ce critère ne peut pas être qualifié de discriminatoire. »

La discrimination touche plus particulièrement les jeunes gens, que ce soit lors de la recherche d’une place d’apprentissage, de l’accès aux restaurants, aux discothèques et aux bars haut de gamme. Une étude du fonds national est parvenue à la conclusion que les PME offraient moins de chances aux jeunes étrangers de trouver une place d’apprentissage. Leur niveau scolaire jouerait en l’occurrence peu de rôle dans le processus de sélection. L’étude se base toutefois sur un échantillon très restreint (80 interviews), mais d’autres études étaient parvenues précédemment aux mêmes conclusions. Il s’agit également de remarquer que le manque permanent de places d’apprentissage est un frein à l’intégration et continuera à se faire sur le dos de l’une ou de l’autre catégorie de la population.
La pratique est largement admise de refouler des bars et des discothèques les jeunes originaires des républiques de l’ex-Yougoslavie et de la Turquie ainsi que les jeunes noirs de peau. Cependant la norme pénale sur la discrimination raciale sanctionne le fait de refuser «une prestation à usage public » selon un critère ethnique. C’est pourquoi les gardiens invoquent généralement un motif quelconque (entrée seulement avec carte de membre, tenue incorrecte, etc.).

Refus de naturalisation

Dans les dernières années des refus de naturalisation attendraient une majorité dans beaucoup de cas que ce soit lors des votations populaires ou lors des assemblées de commune où des votations ont eu lieu souvent après des postulats anonymes.

Le Tribunal fédéral a édicté une règle de principe en juillet 2003 selon laquelle : « Les électeurs sont, lors de votations portant sur la naturalisations, liés par le respect des droits fondamentaux, soit également par l’interdiction de discriminer. Cette interdiction est particulièrement importante dans le domaine de la naturalisation, car il existe le risque que la légitimité d’une candidature soit contestée sur la base de l’appartenance à un groupe ethnique ou culturel particulier, éprouvé par la majorité comme un groupe « étranger ». C’est entre autre ce décret que l’UDC cherche à faire capoter avec son initiative populaire « pour un processus de naturalisation démocratique ». La question de savoir si cette initiative est juridiquement conforme au droit international est d’ailleurs discutable.

La votation fédérale ayant lieu en 2008, il est à prévoir que la campagne de l’UDC sera particulièrement virulente. La campagne référendaire concernant la nouvelle loi cantonale sur la citoyenneté du canton de Thurgovie nous en a livré un avant-goût. L’affichette des opposants représentait un juge qui tendait une grande corbeille remplie de passeports à un Turc, une femme musulmane et un européen tandis que dans l’arrière-plan figurent trois Suisses baillonnés. Le texte accompagnant l’affiche revendiquait entre autre le droit de « savoir à quelle religion appartiennent les étrangers qui souhaitent se naturaliser ». Cette campagne grossièrement xénophobe a été couronnée de succès. Le nouveau droit de naturalisation du canton de Thurgovie, qui tentait de s’adapter aux lignes directrices édictées par la Confédération, a été rejeté.

Le décret du TF a néanmoins eu pour effet un recul sur les refus de naturalisation basés sur l’origine, de la couleur de peau ou de la religion. La Commission fédérale contre le racisme a critiqué en septembre la discrimination lors du processus de naturalisation. Cette dernière « toucherait plus particulièrement les ressortissants des républiques de l’ex-Yougoslavie ainsi que les personnes de confession musulmane, ce qui semblerait illustrer le système dual de la politique suisse des étrangers. »

Police et racisme

Fin septembre 2007, deux anciens policiers ont témoigné dans une interview ce qui est généralement contesté par la police elle-même mais régulièrement rapporté par les victimes, à savoir que les hommes noirs de peau font l’objet de fouilles, de chicanes et parfois de mauvais traitements de la part de la police. Lorsqu’une patrouille part du commissariat, dit l’ancien policier, « on se disait parfois on va chasser du noir ! ». Le chef de brigade aurait parfois également conseillé de « nettoyer » la ville. De temps à autre on a donc emmené un petit groupe d’Africains et on les a abandonnés dans les forêts aux environs de Lausanne.

Il y a quelques mois, plusieurs chefs de police avaient contesté une étude réalisée par Amnesty. L’organisation internationale des droits de l’homme se montrait préoccupée par le fait que « depuis quelques années elle recevait de façon répétée des informations de témoins, d’avocats ou de services de conseil juridique qui parlaient de mauvais traitements, d’humiliations et d’emploi disproportionné de la force par plusieurs corps de police communale ou de gendarmerie cantonale. Ces témoignages provenaient de requérants d’asile, de noirs, de militants anti-globalisation, de fans de foot ou de mineurs. » Amnesty International requiert, outre la création d’un code de comportement, des autorités indépendantes de plainte, qui seraient compétentes pour traiter des plaintes mettant en cause le comportement de la police.

Très peu d’informations sont parvenues à la presse concernant des jugements de policiers, comme par exemple celui d’un fonctionnaire bâlois qui avait été condamné en été 2006 pour abus de fonction à 30 jours d’arrêt. Il avait battu un demandeur d’asile suite à un vol dans un magasin et lui avait fait des gestes insultants. Le prévenu avait ensuite été relâché par la police.

Norme pénale sur la discrimination raciale

La norme pénale sur la discrimination raciale (Art. 261bis CP) est entrée en vigueur début 1995. Au cours des douze années écoulées, environ 355 cas sont parvenus à la connaissance de la CFR, dont 172 (48,5%) n’ont pas donné lieu à un procès (décision de cessation, non entrée en matière), 183 (soit 51,5%) se sont conclus par un jugement, à savoir 31 par un acquittement et 152 par une condamnation. Ce sont toujours les juifs qui restent les plus fréquentes victimes. La CFR constate que plus de 25% des personnes touchées par la discrimination raciale sont des juifs ou des juives. Elle poursuit : « Le grand nombre des atteintes à l’encontre des personnes de religion juive n’est pas attribuable exclusivement aux activités d’une minorité d’irréductibles révisionnistes mais se reflète également dans de nombreuses atteintes quotidiennes. » Jusque-là, les musulmans sont rarement apparus du côté des victimes dans des jugements. Cela pourrait changer, car les manifestations d’hostilité et les campagnes contre les musulmans sont en augmentation.

Beaucoup d’opposants à la norme pénale sur la discrimination raciale n’ont pas accepté les échecs de la votation référendaire. Ces dernières années, plusieurs motions réclamant la modification, voire l’abrogation de la norme pénale ont été déposées devant le parlement. En 1998 déjà, un petit comité s’était formé autour de la candidate zurichoise aux élections municipales Kunigunde Grätzer, mais l’initiative n’avait pas franchi la barre des 100’000 signatures requises. L’existence même de la commission fédérale contre le racisme a déjà été mise en question par des représentants de la droite nationaliste, dont les conseillers nationaux Christoph Mörgeli et Jean Henri Dunant.

Lors d’un voyage en Turquie avec des représentants des médias en octobre 2006, le conseiller fédéral UDC Christoph Blocher, a affirmé que la norme pénale lui donnait « mal au ventre ». Le politicien-entrepreneur cherchait par là à flatter ses interlocuteurs turcs, pour lesquels les poursuites pénales pour négation de l’holocauste arménien par la Turquie demeurent une véritable épine dans le pied. Fin mai 2007, il a diffusé dans un document de travail auprès de divers groupes d’experts plusieurs propositions de modifications de la norme. Après le non renouvellement de son mandat au gouvernement, Blocher a encore soumis une autre proposition d’amendement qui est restée sans succès.

Des élus de l’UDC ont discrédité la norme pénale sur la discrimination raciale. Les Démocrates Suisses ont voulu en profiter et ont donc lancé début août 2007 une initiative populaires « Pour la liberté d’expression – non aux muselières ». Parmi les membres du comité se trouvent de nombreux élus UDC, mais également le président du parti radical de Bienne, Jürg Scherrer et un ancien président le l’Action nationale, Valentin J. Oehen. L’initiative exige que, « dans le cadre du débat d’idée démocratique », la liberté d’expression ne pas être «entravée par des mesures juridiques ». Elle exige avant tout l’abrogation complète et sans délais de la norme pénale sur la discrimination raciale. Prélude au lancement de l’initiative, le président central des Démocrates Suisses, Bernhard Hess, avait laissé entendre que l’initiative servait également de moyen de pression vis-à-vis du conseiller fédéral et ministre de la justice Christoph Blocher, afin que ce dernier apporte effectivement des modifications à la norme pénale. Début décembre, le Parti nationaliste suisse (PNOS) a de son côté formé un comité et a diffusé par internet un formulaire de signature. Une tentative inutile, dont la forme n’a pas de valeur légale.

Antisémitisme

Ces dernières années, de nombreux sondages ont tenté de saisir la mesure de l’antisémitisme en Suisse, avec des résultats très variables. En 1998, un sondage était parvenu à situer l’antisémitisme autour de 7 %, en 2000, un autre sondage parvenait à 16 %, et en 2006 une étude du fond national indiquait qu’il y avait 22% de misanthropes, dont des anti-sémites. Tous ces sondages se basaient sur une multiplicité de critères – parfois difficiles à vérifier. En 2007, l’institut de recherche gfs a diffusé une étude conçue selon une série de nouveaux critères. Son résultat : « Environ 10% des personnes interrogées affirmaient avoir « systématiquement une attitude anti-juive ». La majorité des personnes interrogées partageaient « la majorité des stéréotypes négatifs concernant les juifs ». Environ 28% déclaraient avoir occasionnellement une attitude anti-juive. Environ 15% sont influencés par la politique israélienne – quoique la critique de la politique israélienne n’implique pas forcément l’antisémitisme – tandis que l’antisémitisme inclut presque toujours la critique de la politique de l’état d’Israël.

En 2007, il n’y a pas eu de réactivation de l’antisémitisme latent. Dans le cercle relativement réduit des forums d’extrême droite, des auteurs publient régulièrement des articles antisémites ou minimisant l’holocauste. Ces allégations demeurent généralement sans suite, même s’il y a infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale, car personne ne porte plainte. Erwin Kessler, président de l’association contre les usines d’animaux (ACUSA), a publié à diverses reprises des commentaires lourdement antisémites également en 2007.

Discrimination à l’égard des musulmans

Dans un passé récent, presque partout en Europe, les musulmans sont entrés dans la ligne de mire des xénophobes et des racistes. « En Europe, beaucoup de musulmans subissent – indépendamment de leur origine ethnique et de leur attitude envers la religion – des discriminations dans le domaine du travail, de la formation et du logement. » Ceci est le résultat d’une étude publiée par l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) fin 2006. Cette discrimination à l’encontre des musulmans est liée tantôt à une aversion pour l’islam, tantôt à un ressentiment d’ordre xénophobe ou raciste, car ces aspects se trouvent souvent mélangés. L’inimitié à l’égard des musulmans doit donc être considérée dans le cadre plus général de la xénophobie et du racisme à l’égard des migrants et des minorités.

En Suisse aussi, la méfiance à l’égard des musulmans s’est trouvé renforcée après les attentats de New York de septembre 2001, car le discours sur l’exclusion se reporte rapidement d’un groupe minoritaire sur un autre, tandis que les acteurs politiques restent généralement les mêmes. Un argument régulièrement invoqué est celui de l’augmentation du nombre de personnes appartenant au groupe incriminé. Le recensement de l’an 2000 démontrait la présence d’environ 310’000 musulmans en Suisse. En 1960, ce chiffre était de 3’000. Cet argument est également utilisé par des politiciens bien intentionnés. Doris Fiala, présidente du parti radical zurichois, déclarait par exemple : « Le débat sur les minarets me semble faussé. C’est instrument de marketing politique, qui tente de se servir du malaise des gens. Je suis d’avis que l’islamisation progressive dans ce pays doit néanmoins être thématisée. La question centrale est : la sharia est elle compatible avec la Constitution suisse ? » Une islamisation rampante en Suisse ? Mme Fiala ne s’est pas donné la peine d’apporter la preuve de cette affirmation. Et la Constitution n’est en aucun cas mise en cause.

Georg Kreis explique aussi que les critères d’appréciation sont « extrêmement variables », car « des attaques contre la minorité musulmane sont encore possibles, alors qu’elle ne sont – heureusement – plus tolérées contre la minorité juive. » Un constat qui avait déjà été établi il y quelques années dans une recherche portant sur la représentation d’Israël par les médias.

Initiative « Interdiction de la construction de minarets »

Il existe en Suisse environ 200 mosquées et salles de prière. Depuis des décennies, il y a également deux minarets, l’un à Zurich, l’autre à Genève. Des groupes locaux se sont cependant opposés à la construction de nouveaux minarets dans des communautés comme Wangen (SO) , Langenthal (BE), Wil (SG). Leurs leaders étaient de toute façon déjà familiers d’une politique discriminatoire. Les questions de droit de construction sont toujours débattues, quoique dans le cas de Wangen (SO), le Tribunal fédéral ait en dernière instance levé les oppositions au permis de construire. La municipalité s’oppose néanmoins à la construction en invoquant le fait que le permis de construire est arrivé à échéance dans l’intervalle.

De nombreux représentants de l’UDC ont demandé aux parlements cantonaux d’interdire la construction de minarets. Dans le canton de Zurich, cette requête a été soutenue, tandis que dans les cantons de Berne et St.-Gall elle n’a pas convaincu la majorité. Les divers comités locaux qui s’étaient formés contre la construction de minarets ont donné naissance au « comité Egerkinger » qui a lancé début mai 2007 une initiative populaire « Contre la construction de minarets ». Parmi les membres du comité d’initiative figurent 14 représentants de l’UDC, de même que deux représentants de l’UDF (Union démocratique fédérale). Cinq des initiants sont des femmes. L’UDC n’a pas encore pris position officiellement, l’initiative étant également débattue à l’interne du parti. De nombreux représentants du parti, comme la conseillère fédérale Eveline Widmer Schlumpf ou le conseiller national bâlois Jean Henri Dunant s’en sont officiellement distancés.

Vis-à-vis du public, les initiants déclarent que la liberté de croyance ne serait nullement affectée, seulement les minarets, en tant que « symbole d’un pouvoir religieux et politique ». Sur le formulaire de l’initiative il est cependant précisé que « si l’on veut renforcer la culture chrétienne occidentale, il faut freiner la croissance de l’Islam ». Le procédé suit donc une figure rhétorique connue de l’argumentation raciste, à savoir que l’on relève un détail ou un symbole pour désigner l’ensemble. Un des initiants, membre de l’UDF, déclarait également : « L’Islam n’est pas une religion, mais une déclaration de guerre au christianisme et tenants d’autres croyances ». Ulrich Schlüer a déjà demandé des mesures discriminatoires à l’encontre des musulmans. Après les attentats du métro de Londres, il a déclaré qu’il était justifié pour des raisons de sécurité de refuser la citoyenneté à toutes les personnes musulmanes. »

Différents spécialistes en droit constitutionnel sont d’avis qu’une interdiction de construction des minarets est contraire à la Constitution. Le parti de Blocher, comme le constate Georg Kreis, n’est pour certains points importants pas sur le terrain de la légalité selon la Constitution de 1999. « Cela vaut tout autant pour la liberté de croyance et de conscience (art. 15) que pour l’article sur l’égalité (art. 8), selon lequel « Tous les êtres humains sont égaux devant la loi » et « nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son origine, de sa race, de son sexe, de son âge, de sa langue, de sa situation sociale, de son mode vie, de ses convictions religieuses, philosophiques ou politiques ni du fait d’une déficience corporelle, mentale ou psychique. » Et évidemment les femmes et les hommes sont égaux en droit.

Racisme anti-noir

En Suisse, les personnes noires sont celles qui – tout bien pris en considération – font le plus souvent l’objet de propos ou d’actes racistes et qui sont les moins protégées. Dans les faits et quelle que soit leur origine, elles sont souvent l’objet de nombreuses discriminations. Que ce soit sur le marché du travail, du fait de l’absence de journalistes noirs dans les médias (surtout à la télévision), elles sont soumises à plus de contrôles dans la rue ou dans les transports publics, plus fréquemment amenées au poste, soumises à des fouilles sur le corps ainsi qu’à des agressions verbales et physiques. Parfois la discrimination se manifeste de façon inattendue. Un noir de nationalité suisse affirmait être fréquemment accosté par des drogués. Dans un livre publié en 2007, l’écrivain Innocent Naki relate également la façon dont la médiatisation de la criminalité crée une atmosphère de suspicion à l’égard des demandeurs d’asile et des noirs.

Les gens du voyage et les Jenish
Malgré les nombreuses protestations de bonnes intentions de la part des politiciens et de l’administration, les gens du voyage, en particulier les Roms sans passeport suisse, ont toujours autant de difficultés à transiter par la Suisse ou à trouver des lieux équipés pour les recevoir, même si ces dernières années, des places ont été aménagées à certains endroits. Parfois, ils ont même fait l’objet d’agressions. Le conseil fédéral constate dans son rapport « Sur la situation des gens du voyage », « qu’il n’existe pas encore un réseau suffisant d’aires de séjour et de transit, qui permettraient aux 2’500 gens du voyage suisses de poursuivre leur mode de vie traditionnel ». Selon une expertise de la Fondation « Un avenir pour les gens du voyage suisses» il faudrait 29 aires de séjour et 38 zones de transit supplémentaires.

Conclusion

Une partie de la population suisse a adopté une vision nationaliste – voire occasionnellement raciste – des problématiques de société de toute nature. Outre les micro-partis nationalistes, l’UDC en tant que parti gouvernemental, entretient ce climat de discrimination par des campagnes agressives. Les Suisses appartenant au camp nationaliste et conservateur associent souvent une vision nationaliste et isolationniste de la Suisse (opposition à la collaboration ou à la participation aux organisations internationales) à des opinions xénophobes voir racistes envers les migrants non-européens et les résidents étrangers sans passeport suisse. Ils peuvent s’appuyer sur une longue tradition de la Suisse relative au discours sur la « surpopulation étrangère », et sur « l’exception suisse », dans leur répugnance à l’égard de droits clairement établis envers les minorités. Les représentants du camp nationaliste et conservateur sont aussi les premiers à défendre ou à minimiser les activités d’organisations d’extrême droite. Certes, le camp des nationalistes conservateurs a perdu ces dernières années d’importantes votations populaires (entrée à l’ONU, accords bilatéraux, accord de libre circulation de Schengen). Mais il parvient continuellement à influencer le débat politique par des campagnes discriminatoires à l’égard des minorités étrangères.

Comme l’année précédente, les campagnes orchestrées par les cercles racistes et xénophobes visaient particulièrement la communauté musulmane, et rapprochaient à dessein de façon systématique et dans un objectif de diffamation les notions d’Islam et d’islamisme, qui désigne pourtant un courant fondamentaliste à l’intérieur de l’Islam.
Le point de friction central a été la lutte contre la construction de minarets. Mais les divers ressortissants d’ex-Yougoslavie de même que les personnes noires de peau – avec ou sans passeport suisse – sont confrontés à des attitudes racistes, aussi bien dans la vie sociale que dans le champ politique. Les chicanes et les humiliations policières touchent spécialement les jeunes gens à peau noire – indépendamment de leur pays d’origine. L’antisémitisme est latent, mais se manifeste rarement ouvertement, hormis dans les manifestes de l’extrême droite. Les droits constitutionnels des gens du voyage et des Jenish sont reconnus, mais ils continuent à avoir de la peine à trouver des aires de séjour et de transit.

Extrémisme de droite en Suisse en 2008/2

Lucerne, 15 Janvier 2008

« NOUS AVONS BESOIN D’UNE ARDENTE REVOLUTION » (1)

« Les gens naissent libre et égaux en droit et le demeurent » – ce fondement des droits de l’homme qui remonte à la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 a été néanmoins constamment remis en question. D’abord par les patriciens et les aristocrates, plus tard par un conservatisme, en partie modernisé, en partie vulgairement réactionnaire à l’ombre duquel s’est développé une droite anti-démocratique. (2) Après la première guerre mondiale émergent dans tous les pays européens des mouvements et des partis à tendance nationaliste, anti-démocratique, anti-sociale, antisémite et opposés à la modernité. Ces mouvements se distinguent par leur organisation hiérarchique, où l’autorité est souvent incarnée par un leader. Ils ont pour but de limiter ou même de supprimer les libertés civiques et les grandes utopies sociales nées de la révolution française basée sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Ils souhaitent donc réduire les libertés individuelles et politiques pour instituer une démocratie autoritaire, voire une dictature. Concrètement cela signifie restreindre les droits parlementaires et renforcer l’exécutif, qui devrait être incarné par un seul homme. La limitation des droits démocratiques vise en particulier les organisations socialistes ou communistes auxquelles la droite extrémiste reproche leur internationalisme. Les attaques à l’encontre des organisations et des personnes de gauche s’articulent souvent autour d’un discours antisémite.

La plupart des organisations d’extrême droite excluent de leurs membres les personnes de religion juive ainsi que celles appartenant à des « sociétés secrètes », par exemple les Franc-maçons. Parmi les plus importantes de ces organisations à l’époque moderne figurait le Nationalsozialistische Arbeiterpartei (NSDAP) allemand sous Hitler et le parti fasciste italien sous Benito Mussolini. Mais même dans les pays ou l’extrême droite n’est pas parvenue au pouvoir, des organisations similaires existaient. Par exemple en Hongrie le parti des Croix fléchées, en Roumanie la Légion noire, en Suisse les groupes frontistes, dont le plus important fut le Front national.

Qu’est-ce que l’extrémisme de droite ?

On entend sous « extrémisme de droite » – selon la définition très utilisée de Wilhelm Heimeiyer – une tendance politique qui réunit une idéologie de l’inégalité avec celle de la violence. (3) L’idéologie de la violence comprend des degrés divers. Il peut s’agir de la conviction de la nécessité de faire usage de la violence (pour résoudre des problèmes de société), d’une approbation à l’égard de la violence exercée de façon privée ou par l’état, d’une préparation à la violence jusqu’à des actes effectifs de violence. L’idéologie de l’inégalité se rapporte à des personnes ou des groupes qui visent la dévalorisation d’une part et l’exclusion d’autre part dans la vie quotidienne. La dévalorisation se manifeste par la surestimation de soi qu’elle soit nationaliste ou ethnique, dans la hiérarchisation des races, dans la distinction eugénique entre ceux qui méritent ou ne méritent pas de vivre, dans des considérations sociobiologiques d’une « hiérarchie naturelle », sur une forme de darwinisme social soulignant le droit du plus fort, sur une conception totalitaire de la « norme » qui dénigre la différence et plaide pour l’homogénéité. L’exclusion vise à traiter différemment « l’autre » ou de l’étranger sur le plan social, économique, culturel, juridique et politique.
Sont perçus comme « autres » ou « étrangères » des minorités mal vues de la population, par exemple les punks, les militants anti-racistes, les homosexuels et les lesbiennes, les handicapés, les sans-logis, les juifs et les musulmans, les hommes et femmes noirs de peau, indépendamment de leur nationalité.

Urs Altermatt et Damir Skederovic ont utilisé une définition similaire de l’extrémisme de droite en s’appuyant sur le politologue Hans-Gerd Jaschke. Ils ont résumé l’extrémisme de droite par « l’ensemble des convictions, des comportements et des actes, organisés ou non, qui procèdent d’une vision raciste ou ethnique des inégalités sociales, exigent l’homogénéité ethnique des peuples et refusent la philosophie d’égalité de la déclaration des droits de l’homme. Cette vision place la communauté avant l’individu, soumet le citoyen à la raison d’état, récuse le pluralisme d’une démocratie libérale et souhaite affaiblir la démocratie.

L’extrémisme de droite comprend un certain nombre d’éléments qui apparaissent sous diverses formes et dans des combinaisons variables selon les courants d’idées, les groupements et les mouvances.

1) Nationalisme agressif et/ou ethnocentrisme qui se manifeste par de la xénophobie et la haine de l’étranger.
2) Racisme basé sur conception biologique de l’être humain et créant des distinctions ethniques et culturelle entre ces derniers.
3) Antisémitisme qui se manifeste soit ouvertement, soit de façon cachée et qui a pour corollaire la minimisation voire le déni total des crimes du national-socialisme.
4) Autoritarisme qui exige un état fort relié à la figure d’un leader charismatique.
5) Anti-égalitarisme social, qui professe un « ordre naturel » hiérarchique et organique.
6) Accentuation de la communauté dans le sens d’une homogénéité culturelle, ethnique ou sociale.
7) Anti-pluralisme politique et social, qui se méfie de l’opinion publique démocratique et du processus de décision qui en découle.
8) Acceptation de la violence qui s’exprime dans les conflits politiques et sociaux.
9) Style démagogique, qui se manifeste par une agressivité de langage et la diffamation de l’adversaire.
10) Conviction de détenir la vérité, ce qui rend la tolérance sociale impossible. (4)

 

La défaite militaire du Troisième Reich et la révélation des crimes du régime nazi ont rendu l’extrémisme de droite politiquement impossible dans la plupart des pays durant ces dernières décennies. Cependant depuis la fin des années 1940, on a observé quelques tentatives isolées de la part de quelques nationaux-socialistes ou fascistes indéfectibles, par exemple le lausannois Gaston-Armand Amaudruz. (5) Mais ce n’est que depuis les années 80, que s’est créée graduellement en Suisse une subculture d’extrême droite, dont la partie émergeante a été le « petit printemps des fronts » en 1989. (6) Le groupe proportionnellement le mieux représenté était celui des skinheads, plus précisément les skinheads se réclamant de l’idéologie nazie. Bien que se laissant difficilement organiser en entité politique, cette mouvance répand son idéologie via diverses manifestations, en particulier des concerts. Ce sont régulièrement des skinheads de tendance nazie qui ont été reconnus coupables des incendies de bâtiments abritant des requérants d’asile, d’attaques contre des personnes de groupes minoritaires et de propagande raciste. Les discours ont donc été suivis par des actes.

La subculture d’extrême droite s’est développée en Suisse à l’ombre du camp nationaliste conservateur, qui se compose d’une vaste palette de partis comme l’UDC (tendance Blocher), d’organismes comme l’ASIN, de mouvances et d’individus. L’extrémisme de droite et les nationalistes puisent aux mêmes sources idéologiques. Les deux camps n’encouragent pas seulement l’isolement vis-à-vis d’autres nations et d’autres cultures, mais partagent le même type de stéréotypes sur la manière dont les ressortissants de telle ou telle nation ou culture sont censés se comporter sur le plan politique et social. Il existe toutefois une différence entre ces deux tendances en matière de radicalité avec laquelle ils dénoncent le système démocratique, le choix des moyens politiques et la virulence des propos concernant les boucs émissaires . (7) Commentant la virulence des déclarations, l’historien Damir Skenderovic écrit que les acteurs du camp national conservateur « souhaiteraient défendre une idéologie de l’exclusion », mais « ils modèrent la radicalité de leurs propos, non seulement en raison des menaces de sanctions des autorités, mais également pour ne pas réduire leurs chances lors des élections » (8). Alors que l’extrême droite adopte clairement une position de rupture « qu’évitent en particulier les représentants actifs au parlement », les mouvements nationalistes et conservateurs « sont parvenus dans la plupart des démocraties occidentales à se faire accepter comme participants officiels aux élections et dans certains pays, ils sont même entrés dans la coalition gouvernementale ». L’on observe également de façon répétée que les extrémistes de droite prennent pour cibles de leurs actions les boucs émissaires désignés par les campagnes ou l’iconographie des nationalistes conservateurs, qui à leur tour marquent leur compréhension à l’égard des actes des extrémistes de droite lorsque ces derniers sont discrédités ou critiqués.

Subculture d’extrême droite – skinheads, nazis et “patriotes”

A l’ombre du camp nationaliste conservateur s’est développée depuis 1985 une subculture marginale et cependant grandissante d’extrémistes de droite. Celle-ci est constituée principalement de jeunes adultes mâles, plus précisément des skinheads de tendance nazie et des “patriotes”, mais aussi de quelques négationnistes de l’holocauste, d’activistes dans des campagnes politiques et de militants dans des organisations à caractère politique ou culturel, qui veulent promouvoir l’extrême droite par un travail idéologique.

La majeure partie des jeunes suisses d’extrême droite se regroupe en plusieurs subcultures, principalement les skins à tendance nazie, quelques NS-Heavy-Metal (9) et quelques Gothic-Darkwave (10). A côté de ces groupes, existent d’autres cliques ou groupuscules de “patriotes” faiblement structurés. Les “patriotes” se caractérisent par un nationalisme militant, un refus vis-à-vis de certains groupes d’étrangers (par exemple des hommes des différentes régions d’ex-Yougoslavie, d’Afrique ou d’Asie) ainsi que des Suisses politiquement à gauche. Les frontières de ce milieu sont poreuses, d’une part en direction des skins à tendance nazie de l’autre vers les groupements et les partis néo-conservateurs.

Gothic- Soleil Noir

Mi-septembre 2008, un groupe d’inconnus, peut-être des Punks de gauche, a attaqué un restaurant dans la ville de Fribourg, où aurait dû avoir lieu une réunion du groupe Soleil Noir, réunion durant laquelle le fameux groupe de musique milanais « Camerata Mediolanense » aurait dû jouer. Un groupe (le « commando d’action antifasciste, pour une subculture sans néonazis ») a justifié l’attaque par les contacts entretenus par Soleil Noir avec les milieux d’extrême droite. (11) Les représentants de Soleil Noir ont nié la proximité idéologique des musiciens avec l’extrême droite et ont prétendu que la réunion était apolitique. Ils ont également retiré leur page d’internet. Sur cette dernière, les liens idéologiques avec l’extrême droite étaient apparents : « nous vomissons la « modernité » sans racines , le matérialisme sans âme et l’ultralibéralisme destructeur, l’exploitation des travailleurs par le grand actionnariat international, la globalisation-standardisation planétaire, la grand soupe fade du multiculturalisme, l’américanisation comme la tiers-mondisation. Accessoirement, nous sommes Suisses et Européens et n’en ressentons ni honte ni culpabilité ». La notion pessimiste et européo-centrée est – comme c’est le cas pour la nouvelle droite d’inspiration raciste – est explicitée par la référence de l’idéologue fasciste Julius Evola. La proximité d’avec la vision d’extrême droite était déjà devenue claire en juillet 2001, lorsque des autres acitivistes gothic avait organisé un concert à La Sarraz, où l’on pouvait se procurer outre les CD des groupes de musique invités (dont la Camerata Mediolanense) de la littérature d’extrême droite . Une bonne partie de la mouvance Dark-Wave/Neoflok se montre peu critique à l’égard des minorités néo-fascistes qu’elle abrite.

La subculture “skinhead” est née dans les années 60 parmi la jeunesse de Grande-Bretagne. Y était représentés surtout des jeunes hommes des milieux ouvriers. Ils était fans d’alcool et de football, aimaient la musique Ska des jeunes migrants jamaïcains. Ils recherchaient l’attrait de tapages occasionnels et s’opposaient aux jeunes à cheveux longs, en particulier aux Hippies et également à certains immigrants d’origine indienne. Mais ils n’étaient pas explicitement néonazis ou extrémistes de droite . (12) C’est seulement au début des années 80, lorsque les deux partis britanniques fascistes, le National Front et le British National Party ont cherché à recruter des membres dans les stades de football qu’une mouvance skinhead s’inspirant de l’idéologie nazie s’est créée. En Suisse, les premiers Skinheads d’extrême droite sont apparus au début des années 80 à Zürich, dans le milieu des fans de football/hooligans, à l’époque en particulier le “Hardturmfront”.
Depuis plusieurs années, les skinheads suisses de tendance nazie se regroupent en sections locales ou régionales qui ne se réclament d’aucune direction commune ni même d’une appellation particulière. Ces skinheads sont pour l’essentiel âgés de 15 à 25 ans, ont un métier manuel, habitent dans des communes rurales ou de petites villes et viennent de familles déjà politiquement à droite. Dans son rapport sur la « Sécurité intérieure » publié en 2007, le Service d’Analyse et de Prévention SAP mentionne « qu’actuellement environ une trentaine de groupe skinheads sont actif, dont certains déjà anciens comme Blood-and-Honour (B&H). les Hammerskinheads et le groupe Morgenstern. Le SAP conclut « que le potentiel de violence reste inchangé », (13) ce qui signifie qu’il faut compter avec des agressions sur des catégories de personnes marginalisées.

Hammerskinheads et Blood-and-Honour

Bien que la mouvance skinhead pro-nazie soit peu structurée en Suisse, deux organisations existent depuis des années avec des liens internationaux. Il s’agit d’une part des Hammerskinheads, fondés en 1986 à Houston/Texas en tant que fraternité blanche et donc raciste, revendiquant « des territoires blancs pour les hommes blancs » (white areas for white people). L’autre mouvement est le groupement Blood-and-Honour, fondé en Grande-Bretagne en 1987 comme une « voix dissidente du rock contre le communisme ». Il s’agit d’une « organisation politique sans carte d’adhérent ». (14) Elle a pour but de répandre l’idéologie néo-nazie à travers ses propres publications, des supports audio, le commerce d’objets et d’insignes nazis, ainsi que l’organisation de concerts. Dans l’environnement Blood-and-Honour s’est également constituée une organisation terroriste (Combat 18, le chiffre 18 se référant à Adolf Hitler) responsable d’attentats en Grande-Bretagne et en Suède.
Déjà au début des années 90 les Nazis-skinheads de Suisse centrale ont fondé une section suisse, aujourd’hui la plus ancienne des sections européennes encore existantes de la “nation Hammerskin”. Les Hammerskinheads suisses (SHS) sont connus pour être des organisateurs de concerts expérimentés. Dans les années écoulées, ils ont organisé régulièrement des grands concerts, celui ayant réuni le plus grand nombre de participants étant le concert d’été du 10 août 2002 à Affoltern-am-Albis (environ 1’200 visiteurs de plusieurs pays européens). La camaraderie Morgenstern appartient également à la mouvance Hammerskin. L’organisation a été créée en avril 1993 et s’est même donnée des statuts. Morgenstern est une « organisation de jeunesse patriotique », (15) est-il inscrit sous les buts de l’organisation. Il s’agit d’un groupe de jeunes « qui sont contre la drogue et le pourcentage important d’étrangers”, comme l’écrit un militant actif. Depuis 2008, Morgenstern occupe un local dans lequel ont déjà eu lieu plusieurs manifestations . (16) La région de Sempach est ainsi devenue l’épicentre des activités de l’extrême droite en Suisse.

Une section suisse de Blood-and-Honour est apparue seulement en 1997/98, d’abord en Suisse alémanique, puis en Suisse romande. Sa figure de proue est un ex-hammerskin, Olivier Kunz, (17) qui s’est immédiatement profilé comme organisateur de concerts, éditeur de publications ainsi que durant un certain temps distributeur de musique par correspondance. Après son jugement pour infraction contre la norme pénale sur la discrimination raciale et l’interdiction des concerts nazis-skinheads – en premier lieu dans le canton de Vaud (18)– ces activités ont accusé un net recul, même si Blood-and-Honour Romandie est apparu comme co-organisateur de manifestations. Le Service d’Analyse et de Prévention SAP considère que la mouvance B&H regroupe sur le territoire Suisse « environ 150 à 200 personnes » (19) en 2007. L’on a peu entendu parler de ces deux réseaux skinheads en 2008 en Suisse. Une chose est sûre, ce sont deux groupements rivaux . (20) A l’interne, certains membres se plaignent parfois de cette guerre « fratricide », comme c’était le cas pour une activiste qui en 2007 avait participé comme co-organisatrice à la démonstration « contre les abus sexuels sur les enfants ». Cette manifestation était en l’occurrence dominée par les membres de Blood-and-Honour . (21)

Division Schweiz/ Brotherhood 28

Début mai 2008, deux pages internet, celle de « Division Schweiz » et celle de « Brotherhood 28 » ont disparu du web. Auparavant elles étaient régulièrement mises à jour, selon toute évidence par la même personne. « Division Schweiz » se présentait comme un prestataire d’informations nationales par vidéo, documentant « l’activisme à partir d’un point de vue qui ne soit pas contrôlé par la presse ou par des personnes bien-pensantes ». La dernière production d’envergure était un vidéo-clip d’environ 20 minutes concernant une manifestation ayant eu lieu à Budapest en l’hommage de la Waffen-SS . (22) « Brotherhood 28 » se considère comme fraction de la mouvance brouillée Blood-and Honour. Il est difficile de dire combien de membres compte cette « fraternité ». Des mois plus tard, l’activiste déclare dans son forum qu’il est actuellement principalement occupé par des affaires privées.

Corps Francs/Frei Korps, Section Fribourg

A la mouvance Blood & Honour appartient également un groupe inconnu jusqu’ici, les Corps Francs/Freie Korps, section Fribourg. Au moins trois de ses membres ont pris part à la fête de la lutte de Sempach, portant des T-shirts noirs avec l’inscription « Droit à notre sang ». Selon les données du Service d’Analyse et de Prévention SAP, le réseau des skinheads Blood-and- Honour aurait cherché en 2004/2005 à créer en Suisse romande une organisation de Corps Francs avec des sections cantonales. Il y a eu une cinquantaine de personnes intéressées, dont « environ une douzaine du canton de Fribourg ». La proximité d’avec Blood-and-Honour est confirmée en octobre 2008 par l’un des participants au forum Blood-and-Honour. Il s’appelle Jonas et déclare être actif depuis cinq ans, dont deux au sein d’un groupe « proche de Blood-and-Honour ». Il fait suivre ses contributions de l’emblème « Corps Francs section Fribourg ».

Nationaux-socialistes suisses NSS, section Genève

En automne 2007 est apparu en Suisse romand un groupe de Nationaux-socialises suisses NSS, représentés par la section de Genève. Ce groupe a ouvert sa vitrine internet longuement annoncée en août 2008, qui confirme son orientation nationale socialiste. Selon ses propres dires, ce mouvement est une association de jeunes Suisses qui sont des admirateurs de la « Grande Europe, tombée sous les doigts fourchus des Goldstein et des Levys. Outre ses déclarations grossièrement antisémites et anti-musulmanes, le texte contient des affirmations racistes en particulier à l’encontre des Africains, traités de « parasites ». Le texte se conclut par un appel aux jeunes blancs à rejoindre les NSS et l’annonce que se prépare une « guerre » contre les « hordes d’arabo-musulmerdes qu’on a laissé entrer » et contre « l’internationale juive » . (23) Après plusieurs articles dans les journaux, les NSS ont retiré leur page du net. En 2008, le groupe a également publié deux numéros de son journal « Wotan’s Krieger ». L’un des deux numéros est consacré au « camarade Björn, injustement emprisonné en raison de ses idées ». Il n’est pas clair pourquoi ce « membre important des NSS » doit purger une peine. Ce qui l’est en revanche, c’est que les NSS ont une affinité pour les armes à feu. Au printemps, un film vidéo a brièvement circulé sur YouTube, montrant des jeunes NSS à l’exercice de tir et posant avec des armes.

Fêtes nationales et extrémisme de droite

En 2008, les extrémistes de droite ont par leur participation une fois de plus cherché à s’emparer les fêtes patriotiques ou commémoratives, comme les fêtes de la lutte ayant lieu à Näfels, Sempach et Morgarten, et évidemment le 1er août au Grütli. C’est à Sempach qu’ils ont eu le plus de succès, car ils ont participé au cortège officiel et ont pu, peu après la fin de la manifestation officielle, déposer une gerbe assortie d’un bref discours. Les fêtes officielles de lutte de Sempach, organisées par le canton de Lucerne, sont toujours marquées par des insignes patriotiques. Dans l’invitation, le conseiller d’Etat Markus Dürr (PDC) s’épanche en évoquant « l’âme populaire des lucernois », tandis que dans le discours inaugural de la fête, l’enseignant et écrivain Pirmin Meier (24) fait croire à la véracité historique de la figure d’Arnold von Winkelried. Le discours de Meier est également publié par le bulletin d’Ulrich Schlüers, « Schweizerzeit » . (25) Dans une interpellation, la section cantonale des Verts a demandé au Conseil d’Etat, s’il ne considérait pas également que «la participation de l’extrême droite à l’occasion d’une fête politique n’était pas souhaitable » . (26) La réponse attend toujours.
Le Grütli a également été au centre du débat sur la question de la présence des extrémistes de droite à la fête patriotique du 1er août. Comme l’année précédente, la prairie était interdite aux groupuscules d’extrême droite. Et comme l’année précédente, environ 300 membres de ces groupes se sont réunis à la fin de semaine suivante à l’appel du Parti nationaliste suisse (PNOS). Ils s’opposaient en cela à la « directive » édictée par la Société suisse d’utilité publique la Commission du Grütli stipulant que la prairie du Grütli est interdite aux manifestations politiques. Comme l’année précédente, la Commission du Grütli n’était pas en mesure de faire respecter les règles qu’elle avait elle-même édictées. L’an dernier, c’était le romand Philippe Brennenstuhl qui avait fait l’adresse. Il décrivait le conseiller fédéral Samuel Schmid comme un « personnage à la botte des Américains et des Sionistes» . (27) Markus Martig, président de la section du PNOS en Emmental, critique quant à lui la « soumission de la politique suisse aux intérêts économiques et internationaux ».
La participation des extrémistes de droite aux marches de Näfels et de Morgarten est passée largement inaperçues du public, car elle s’est déroulée en dehors des fêtes officielles. Début avril, un groupe d’une quarantaine de personnes a traversé le village un dimanche après-midi pour se rendre sur le site de la bataille où ils ont écouté deux discours avant d’aller pique-niquer . (28) Mi-novembre, un groupe d’environ 90 extrémistes de droite ont organisé une marche aux flambeaux pour se rendre sur le site de la bataille de Morgarten, y écouter deux discours et déposer un objet commémoratif. Les deux événements avaient le charme suranné des manifestations patriotiques des années 1930-1940.

Groupes de musique

Dans toutes les subcultures de jeunes, la musique joue un rôle d’identification et de valorisation, d’une part en tant que vecteur d’une certaine joie de vivre et, d’autre part, en tant que moyen de diffusion de messages politiques. (29) Les concerts servent à cimenter le groupe et à diffuser des messages politiques, surtout lorsqu’ils sont organisés par des skinheads néo-nazis, car on y trouve généralement des stands qui proposent aussi bien des enregistrements que des livres/brochures ainsi que d’autres articles typiques du mouvement. Jusqu’à la publication de l’arrêt du Tribunal fédéral concernant la norme pénale antiraciste et la notion d’événement “public” , (30) la police et le juge d’instruction considéraient les concerts skinheads néonazis comme des manifestations privées, même s’ils réunissaient plus de mille personnes et si l’annonce du concert était accessible aux journalistes.
Plusieurs groupes de musique à tendance extrémiste sont apparus au cours des dernières années. Il y a plus de dix ans déjà naissait le groupe bâlois “Sturmtruppen Skinhead”, plus tard le groupe Hammerskin de Suisse orientale “Erbarmungslos”. Emanant également de la mouvance Hammerskin, les musiciens du groupe lucernois “Dissens”.

En 2008, il y avait trois groupes officiellement actifs : le groupe « Amok », « Indiziert » et « Vargr I Veum ». Un CD jusqu’ici inconnu circulait en 2008 : « Stimme der Schweiz/Demo ». Il ne contient aucune information sur les auteurs, ni les diffuseurs, et ce support a probablement été enregistré en 2006. Le contenu est grossier, l’une des chansons porte le titre « Jude ade » et commence par les mots « Mort aux juifs/cela est bien/qu’il en soit ainsi » . (31)

Indiziert

« Indiziert » est actuellement la formation musicale la plus connue de ce milieu en Suisse et elle s’est déjà produite à plusieurs reprises à l’étranger. Selon sa page internet, le groupe aurait donné cinq concerts en 2008. Il a aussi participé à un concert mémorial dédié au co-fondateur de Blood-and-Honour, Jan Stuart. Le groupe a produit jusqu’ici trois CDs, dont le dernier date de 2007. Ce CD porte le titre « Der letzte Bastion » (le dernier bastion). Il contient des chansons qui font l’apologie de l’extrême droite et insulte ses adversaires politiques. Voici quelques extraits : « Résistance nationale/contre cet état multiculturel et la mafia rouge/ contre les politiciens corrompus et toute la clique communiste/ qui depuis toujours combat les nationalistes, mais leur plan ne prend pas/ les nationalistes sont les combattants de la liberté et nous nous accommodons même de la mort ». Fin 2008, le groupe a annoncé qu’il disposait d’un nouveau local de répétition et qu’il travaillait à la production d’un nouveau CD.
Le groupe rock “Indiziert” se compose des frères Alex et Cedric Rohrbach, de Dominic Lüthard et de Benjamin Lingg. Lüthard s’était porté candidat sur la liste du PNOS pour le parlement cantonal ainsi qu’au législatif de la commune de Roggwil mais n’a pas été élu. Fin 2008, il était président de la section du PNOS à Langenthal, tout en oeuvrant également au comité national du PNOS.

Amok

En automne 2007 le groupe « Amok » a attiré l’attention sur lui suite au lancement de son CD intitulé « Verbotene Wahreit » (Vérité interdite), ou fait entrevoir à l’auteur de ces lignes une mort violente. Dans les textes, il en appelle au meurtre des noirs et nie l’holocauste . (32) Fin mai 2008, la police a perquisitionné chez les membres du groupe, deux bouchers du canton de Zurich, un paysagiste du canton d’Argovie et un étudiant du canton de Schwyz. « Amok » appartient à la mouvance Blood-and-Honour. Outre un concert avec « Indiziert » , (33) le groupe s’est produit début septembre lors d’un grand concert B&H en Belgique et en Hollande. Deux membres du groupe ont été jugés pour leur participation à l’attaque d’une manifestation de la Jeunesse Socialistes à Glaris . (34) Un troisième membre a été jugé début octobre à Vaduz par le tribunal du Lichtenstein pour coups et blessures, résistance aux autorités et dégâts matériels. (Ce jugement n’est pas exécutoire et le procureur a fait recours).

Vargr I Veum

En décembre 2008, le groupe « Vargr I Veum » a fêté le lancement de son premier CD «Sig Ende Fridar » par un concert, devant un public clairsemé . (35) Auparavant, le groupe s’était produit à plusieurs reprises en Allemagne, ou du moins avait été programmé. Les quatre musiciens ne sont pas connus nommément, bien que ce groupe existe depuis au moins deux ans . (36) Les textes des chansons font référence à l’héritage pagano-germaniques, comme c’est souvent le cas dans le contexte de l’extrême droite.

Diffusion de livres et de musique
Jusqu’à ces récentes années, les extrémistes de droite suisses devaient aller se fournir à l’étranger, en particulier en Allemagne, pour acheter des livres et des enregistrements. En 2004, Sacha Kunz, l’ancien président du PNOS avait mis sur pied une structure de distribution. Selon les déclarations faites sur le site Internet, “White Revolution” se voulait un label suisse dont l’objectif était “de participer à la scène musicale suisse du courant nationaliste”.
Un signe d’émergence et de consolidation d’une subculture est l’offre en matière de produits et d’accessoires exprimant un style de vie, qu’il s’agisse de livres (librairie Neue Zeitwende) ou de vêtements. Durant l’été 2007, un extrémiste de droite jusqu’ici inconnu a ouvert une boutique on-line sous le nom de « Blutschutz » qui vend des T-shirts affublés de slogans et propose également l’impression d’affichettes. Sur son site apparaissent régulièrement des informations sur diverses manifestations. Il semble que son rayon d’activité se situe dans la région Argovie/Zurich. Aux initiés, il vend également des habits avec des symboles nationaux-socialistes. Au printemps 2008, la page internet a disparu et n’a pas été réouverte. Peu après, la page de la Frei Nationale Kameradscheft Helvetia Germania FNK, à laquelle l’offre de « Blutschutz » était liée, a également disparu.

Librairie virtuelle Neue Zeitwende

La librairie par correspondance Neue Zeitwende diffuse selon ses propres dires « des livres consacrés à divers thèmes, comme l’histoire, la culture et les mœurs, la politique et d’autres sujets. » En réalité, elle diffuse des livres sur les sociétés secrètes, de la littérature à la gloire des SS ainsi que des publications d’auteurs d’extrême droite comme Jürgen Schwab ou Peter Dehoust. Une bonne partie de l’offre provient de divers éditeurs allemands d’extrême droite, comme par exemple le Hohenrain-Verlag. L’envoi se fait via case postale à Aefligen (près de Kirchberg BE). Créée par Adrian Segessenmann, dès fin août 2008 la page internet de Neue Zeitwende désigne les « principaux responsables»: Segessenmann comme « propriétaire » et Michael Vonäsch comme « collaborateur », lequel est également président de la section locale du PNOS de Willisau.

Organisations politiques

Ces dernières années, les extrémistes de droite ont aussi tenté de constituer des partis politiques dans le but de participer aux élections. La plupart de ces projets on généralement fait long feu, à l’instar du Parti national suisse (PNS) de David Mulas. Le parti nationaliste suisse (PNOS) constitue la seule exception et s’est doté entre temps de structures solides. A Bâle, Eric Weber s’est présenté comme unique candidat de son “Action populaire contre trop d’étrangers et de demandeurs d’asiles dans notre patrie”. En 2008, il a fait grâce de sa candidature aux électeurs bâlois, mais a néanmoins fait esclandre par deux fois sur la scène locale. En mars 2008, le tribunal pénal de Bâle l’a jugé pour menaces, corruption et fraude électorale . (37) Lors des élections pour le conseil de la ville de Bâle, il a déposé une plainte mal fondée pour fraude électorale . (38) Weber a une longue carrière dans les milieux d’extrême droite. En 1986, il a été élu sur la liste de l’Action nationale au parlement cantonal, d’où il fut bientôt évincé en raison de ses comportements scandaleux. Après son retrait politique, il a déménagé pour plusieurs années en Allemagne, où il a cherché à travailler comme journaliste. Au début des années 90, il avait déjà été jugé pour irrégularités lors des élections . (39) En 2003, il a participé aux élections nationales, en 2004 aux élections du Grand-conseil de Bâle-ville, toujours sur la liste des Démocrates Suisses (DS).

Le parti nationaliste suisse (PNOS)

Ce dont nous avons besoin, ce ne sont « pas de réformes tiédasses, mais une authentique révolution », déclare le PNOS de l’Oberland bernois au début de l’année 2009. Il s’agit de tuer « les vaches sacrées du capitalisme », à savoir « la privatisation globalisée, le rationalisme et l’internationalisme ». Le porte-parole du PNOS se tait sur les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. Cet appel présente par ailleurs une continuité dans le discours de ce parti de l’extrême droite, à savoir la dénonciation des inégalités sociales.

Le parti se réclame d’un « socialisme confédéral ». Il souligne les inégalités sociales présentes en Suisse, critique le capitalisme, tout en offrant des réponses tantôt nationalistes tantôt racistes à ces questions. Dans le programme du parti l’on trouve des emprunts aux discours des mouvements d’extrême droite des années 1920 et 1930, où aux idées racistes de la nouvelle droite des années 1970 . (40) Ainsi, le parti préconise l’interdiction « des loges et des alliances secrètes », l’installation d’un « Staatsoberhaupt » (chef de l’Etat), dont la position vis-à-vis du Conseil fédéral et du parlement devrait être renforcée. Le gouvernement devrait être élu directement par le peuple pour une durée indéfinie. Le PNOS voit la Suisse comme une « entité culturelle et ethnique » et exige une politique des étrangers « tenant compte de principe ethno-pluralistes ». Cela signifie entre autres que les étrangers, originaires de cultures non-européennes ne peuvent qu’exceptionnellement obtenir la citoyenneté (et donc les droits politiques). Le PNOS exige en outre l’abolition de la norme pénale sur la discrimination raciale, critique les droits de l’homme dans leur prétention « universaliste » comme étant une « notion contraire à la nature humaine, parce qu’elle veut nier l’existence de peuples et des cultures » . (41)

Fin 2008, le comité directeur du parti était composé de cinq personnes dont : Denise Friedrich, André Jauch, Jonathan Leiggener, Dominic Lüthard et Markus Martig. Roland Renggli est sorti du comité fin 2008. Le membres les plus influents du parti, hors comité, étaient en 2008 Michael Haldimann, de l’Oberland bernois, Mario Friso et Jordi de Kroon, Thimotheus Winzenried de Langenthal, Raphael Würgler et Tobias Hirschi, Cédric Rohrbach de Burgdorf, Michael Vonäsch de Willisau et Dani Wüthrich ainsi que David Schnurrenberger de Küssnacht am Rigi. Le parti comprend des sections dans l’Oberland bernois, l’Emmenthal, à Langenthal, Willisau et Küssnacht am Rigi. Début janvier 2009, la page internet du PNOS annonce la création d’une « section bâloise » inconnue jusqu’ici et joignable via une case postale à Tenniken. L’activité des sections d’Argovie et de Fribourg n’était pas perceptible en 2008.

Le PNOS a déployé diverses activités en 2008. Sur sa page internet, le parti a pris position à diverses occasion et a produit chaque mois une édition du bulletin du parti « Zeitgeist ». Début mars, quelques douzaines d’extrémistes de droite ont défilé par surprise dans la ville de Schwyz pour protester contre les « naturalisations en masse », s’opposant en cela à l’interdiction de manifester du PNOS . (42) Le 1er mai, le PNOS a défilé par surprise à Fribourg. Comme les années précédentes, il a participé aux manifestations de la journée du travail . (43) La fête du PNOS avait été annoncée sur le Grütli, mais la Commission du Grütli l’a repoussée comme étant contraire à son règlement interne. En revanche, elle n’a pas réussi à faire respecter cette mesure. Les négationnistes (de l’holocauste) Bernard Schaub (44) et Pierre Krebs ont participé à des manifestations du PNOS. Ce dernier est l’un des fondateurs des séminaires de Thule à Kassel, qui aspire à un nouvel ordre des peuples européens, avec une valorisation particulière de l’héritage biologico-culturel et de la religion païenne . (45) Lors de l’assemblée générale du parti à Sempach, l’antisémite autrichien Richard Melisch a expliqué que le but de l’internationalisme est l’éviction des peuples et la création d’un mélange de races . (46) Fin octobre, le parti a défendu son seul siège au législatif de la ville de Langenthal. Thimotheus Winzenried , (47) 21 ans, a été élu à la place de Tobias Hirschi qui s’est retiré. L’action de Hirschi au législatif était restée vaine, mais le maintien du siège s’explique par la subculture d’extrême droite présente dans la région et la faible participation aux élections. Les partis en présence n’ont fait que peu d’efforts pour lutter contre l’abstentionnisme.
Fin janvier 2009, cinq membres du comité national, Adrian Spring, Michael Haldimann, dominic Bannholzer, Denise Friedrich et André Jauch ont comparu devant le tribunal de district d’Aarau pour infraction contre la norme pénale sur la discrimination raciale en raison de la diffusion de leur programme de parti en vingt points. Le point 4 stipule : «Un Etat sain défend les droits de sa population et non, comme aujourd’hui, les intérêts de groupes marginaux ou d’intrus étrangers. Nous en sommes arrivés là en raison de la fausse croyance que chaque personne devrait bénéficier des mêmes droits dans tous les pays du monde ». Dans le point 7, le PNOS réclame le « renvoi des personnes étrangères à notre culture ». En été 2005, le tribunal de district d’Aarau a condamné les cinq membres du comité, qualifiant ce programme de «diffamation collective des étrangers». Le PNOS avait alors modifié son programme.

Le PNOS a été fondé en septembre 2000. Parmi ses fondateurs, l’on trouve des Skinheads du mouvement Blood and Honour. Le premier président était Sacha Kunz. Il a été remplacé en 2003 par Jonas Gysin qui a démissionné en août 2005.

Helvetische Jugend

En automne 2008, la page internet de la Helvetische Jugend a disparu brusquement du net pour des raisons inconnues. Fin juin, les membres de la Helvetische Jugend – reconnaissables à l’emblème figurant sur leur T-shirt avec le slogan « Wiederstand lässt sich nicht verbieten » (la résistance ne se laisse pas interdire) – participaient pourtant à la fête de lutte de Sempach. Sinon, il ne semble pas y avoir eu d’activité. Jusqu’à la disparition de la page, il n’y a eu que quelques entrées, par exemple sur « la bataille de Ragaz » ou « la guerre du Sonderbund » ou encore un appel au soutien de l’initiative de l’UDC contre la naturalisation des étrangers : « Il ne doit pas arriver qu’un jour les Suisses se trouvent étrangers dans leur propre pays. Pourtant c’est ce qui va se passer si nous continuons ainsi avec les naturalisations en masse, et la Suisse sera bientôt gouvernée par des étrangers. » Il y a encore eu un commentaire sur le « Soleil noir », qui est un symbole divin dans le panthéon des dieux aryens et qui « aujourd’hui représente le lien que nous entretenons avec un système de valeurs qui nous est propre ». C’est également un symbole « contre les forces dominantes et destructrices de Mammon et de la décadence en progression ».
La Helvetische Jugend a été créée début juillet 2004 dans la région d’Oberaargau (Langenthal et région) dans le canton de Berne. Parmi ses buts figurent sur sa page internet “la fin du multiculturalisme”, grâce entre autre à “l’expulsion d’étrangers dangereux et la limitation du nombre d’étrangers” sur le territoire suisse. Plus loin il est question de “l’internement pour les demandeurs d’asile” et d’une “meilleure éducation plus neutre dans les écoles suisses » (où il faudrait cesser toute propagande en faveur de Lénine et de Staline et séparer les élèves parlant allemand de ceux qui ne le parlent pas. Enfin, il faudrait mettre un terme à la « désinformation gauchiste et à la terreur des médias, car il faut plus de journalistes neutres ».

Waldstätterbund

Début mai, une quarantaine de personne pour l’essentiel de jeunes hommes, ont créé le Waldstätterbund WB . (48) Selon le procès-verbal, il y a d’abord eu « un discours de bienvenue des représentants d’Uri, Schwyz et Unterwalden », suivi par « le renouvellement symbolique du pacte initial par l’allumage du feu. Le programme du WB, contient d’une part des éléments convenus du patriotisme confédéral, d’autre part des éléments tirés de l’idéologie raciste de la nouvelle droite. Le WB se plaint de « l’esprit malfaisant des médias » et du trop grand nombre d’étrangers. Il veut – tout comme le PNOS – une « économie sociale locale », à savoir l’isolement de la Suisse. Le Waldstätterbund critique l’utopie multiculturelle et l’immigration de masse, qui conduit à la « destruction irrévocable de la diversité des peuples et des cultures ».
Le WB est constitué de la Kameradschaft d’Uri, active de longue date, ainsi que de la Kameradschaft de Schwyz constituée en octobre 2008. Des membres du Waldstätterbund ont défilé lors de la marche des extrémistes de droite durant la fête de lutte de Sempach et le 1er août, un petit groupe d’une quinzaine de personnes a tenté de participer à la célébration du Grüli. La plupart se sont fait arrêter par la police. Sur sa page d’accueil, le WB décrit la fête officielle du Grütli comme le « théâtre de la propagande multiculturelle ». Et plus loin : « Les nouveaux ‘baillis’ ont amené des étrangers au Grüttli, accompagné des roulements de tambours de la lointaine Afrique». Mi-novembre, le WB a fait partie des co-organisateurs de la fête de commémoration de la bataille de Morgarten. La section du PNOS de Küssnacht a salué la création de la Kameradschaft de Schwyz ainsi que le mémorial de Morgarten.

Nationaler Beobachter Oberland/Nationale Sozialisten Berner Oberland

En 2008, l’Oberland bernois a été l’épicentre des activités de l’extrême-droite au même titre que la région de Oberaargau, d’Emmental et de Sempach LU. C’est de là que proviennent les représentants les plus actifs (comme Mario Friso, Michael Haldiman). C’est dans cette région qu’est active la section du PNOS de l’Oberland bernois, qui avait jusqu’à l’été 2008 une activité de diffusion de CDs. C’est dans cette même région qu’ont eu lieu diverses manifestations, tantôt conférence , (49) tantôt concert . (50) Depuis l’été 2008, le « Nationaler Beobarchter Berner Oberland » est apparu sur internet, réalisé par le groupe des « nationaux socialistes de l’Oberland bernois ». Son but est la « libération des gens de ce système d’exploitation capitaliste ». Ils voient leur activité « politico-culturelle » comme une évidence pour maintenir l’indépendance d’une région chère à leur cœur et qui est habitée, animée et gouvernée par son peuple. « Nous nous reconnaissons comme nationaux socialistes, mais ne craignons aucunement le contact avec le public. Celui qui ne veut pas débattre avec nous, nous l’obligeons justement à débattre. »

Sur la page d’accueil du Nationaler Beobachter Oberland figure également l’offre de vente par correspondance « Holy War Rec ». C’est le nom de Mario Friso qui apparaît ici comme « interlocuteur », joignable via une case postale à Spiez. Le distributeur affirme que « Tous les articles offerts sont « juridiquement admis et vérifiés par la police vis-à-vis de leur compatibilité avec la norme pénale art. 261bis ». On peut cependant se permettre de douter de cette affirmation. Le CD « In Tyrannos – Die Maske fällt » (Le masque tombe), contient une chanson relative au « protocole des sages de Sion », le texte antisémite le plus répandu.

Kampfbund Nationaler Aktivistinnen

L’organisatrice du Kampfbund Nationaler Aktivistinnen (KNA) se plaint du fait que dans la mouvance nationaliste, les femmes ont toujours occupé un rôle subalterne et sont traitées « comme des êtres inférieurs par les hommes ». En réalité, les leaders du PNOS ont plutôt vu d’un mauvais œil la création de ce groupement de femmes : « Je pense qu’il est fondamentalement encore trop tôt pour intégrer les femmes de cette façon. Elles ne sont certainement pas nombreuses, alors toute une histoire pour une dizaine de poulettes? Nous avons des choses plus importantes à faire, du moins c’est mon avis » . (51) Le discours du KNA n’échappe pas à une certaine contradiction. D’une part, il souhaite des femmes indépendantes qui participent à la « lutte nationale contre l’asservissement des peuples par le capitalisme », mais qui continuent, selon une vision traditionnelle, à occuper leur rôle de femmes et de mères. Une famille intacte est pour le KNA « le plus grand des bonheurs ». Et d’une manière générale, « les femmes sont supérieures aux hommes dans le domaine de l’empathie, de la compréhension, de la communication et de la responsabilité, l’ordre et l’endurance ». Le KNA déclare que le féminisme est « l’ennemi des femmes », et « de loin dépassé ». « Nous devons encourager une nouvelle féminité émancipée et arrêter l’extinction de la race. »

Le KNA a été créé en juillet 2007 . (52) L’unique porte-parole de ce groupe a été pour l’instant Denise Friedrich, membre du comité directeur du PNOS. Début 2008, le KNA a déclaré qu’il voulait « élargir le cercle des activistes, pour atteindre si possible un large public. ». Le KNA prend modèle sur d’autres organisations en Allemagne comme la Gemeinschaft Deutscher Frauen, le Ring Nationaler Frauen ou le Mädchenbund Thüringen.

Heimatbewegung

En 2008, il n’y a eu que deux nouvelles contributions sur le site de la Heimatbewegung. D’une part un rapport sur l’attaque d’une personne qui distribuait des tracts à Cologne, d’autre part un appel en faveur de Jürg Haider. Comme d’autres groupuscules de droite, la Heimatbewegung alimente les théories du complot. La mort accidentelle de Jürg Haider ressemblerait de façon troublante à celle du politicien parti libéral allemand FDP Jürgen Möllemann. « Tous deux tenaient compte de la voix populaire et ont ainsi été qualifiés de populistes. Tous deux ont critiqué le Moloch des organisations internationales et se sont positionnés du côté arabe dans le conflit du Moyen-Orient. A qui profite la mort d’un politicien extrêmement apprécié ? Est-ce que les services secrets étrangers seraient là-derrière?» Par ailleurs, la Heimatbewegung, fondée en 2004 ou 2005 – joignable via une boîte postale à Dübendorf – ne s’est pas manifestée publiquement. Le nombre d’adhérents est inconnu, et l’on ignore tout de ses activités internes.
La “Heimatbewegung” vise la dissolution de la Suisse quadrilingue, car elle défend en priorité les intérêts et la survie de la “population alémanique”, à savoir “pour un Etat populaire représentant les limites actuelles de la Suisse alémanique”. Sinon, les points principaux du programme sont – comme c’est généralement le cas pour les groupements d’extrême droite – le soutien à la Suisse rurale, le rétablissement de la peine de mort, l’abolition du droit d’asile, le frein total à l’immigration, l’interdiction de toute forme d’intégration des étrangers ainsi que l’arrêt complet des procédures de naturalisation.

 

Identitaires de Romandie et Jeunesses Identitaires Genève

Dans les pays d’Europe francophone une nouvelle mouvance s’est développée au sein du camp d’extrême droite qui se nomme les “Identitaires” et en appelle à une “identité européenne et blanche” tout en se positionnant contre l’immigration en provenance des autres continents. En France, un groupuscule « Les Identitaires » s’est formé et s’est fait remarquer par des actions spectaculaires. En Suisse, il existe deux groupements différents, d’un côté les Identitaires de Romandie, de l’autre les Jeunesses Identitaires de Genève. On ne sait pas combien de membres comptent ces deux organisations, ni quels sont ses leaders. Chacun de ces groupes bénéficie d’une présence sur internet, bien que celle-ci des Identitaires de Romandie ait été rarement actualisée en 2008.

 

Jeunesses Identitaires Genève

Les Jeunesses Identitaires Genève ont conduit diverses actions en 2008. Ils ont collé des affiches contre les étrangers dans le quartier des Pâquis et dérangé une manifestation silencieuse en faveur des sans-papiers à Lausanne , (53) imitant en cela leurs congénères français. Ils ont produit un pamphlet « Contre les minarets ? Stoppez l’immigration ». Les membres des Jeunesses Identitaires de Genève ont participé à un camp d’été de groupes identitaires en France. Ils y auraient pratiqué la boxe. Une formation de ce type serait « indispensable » car «parfois l’identité ne se défend pas uniquement avec des mots ».

Sur leur page internet, les Jeunesses Identitaires de Genève diffusent également des textes en relation avec la défense spirituelle de la Suisse, comme les textes de Gonzague de Reynold, d’une part promoteur de la défense spirituelle de la Suisse et admirateur des dictatures de droite. Le jeune genevois Jean-David Cattin est le seul activiste à signer nommément ses textes.

 

Activités politico-culturelles

Divers activistes et organisations se réclament d’une idéologie d’extrême droite mais ne participent pas forcément à la politique institutionnelle et ne se présentent pas aux élections. Ils s’occupent de promouvoir leur idéologie par un travail de formation et de réseautage. On peut citer ainsi le cercle Avalon ou Gaston-Armand Amaudruz avec son journal le “Courrier du Continent”, mais aussi le couple vaudois Paschoud avec son journal “Le Pamphlet”.

Le Cercle Avalon

Début novembre, le Cercle Avalon a organisé un « Forum national » sur le thème du « Système politique ». Parmi les intervenants figurait l’antisémite autrichien Richard Melisch. Les membres de la société Avalon se rencontrent régulièrement autour d’un stamm. Adrian Segessenmann déclare : « Le Cercle Avalon a été créé dans le but de débattre de thèmes historiques et d’actualité, mais également pour entretenir les coutumes et la culture. Il s’agit principalement des fêtes traditionnelles comme la fête Ostara (équinoxe de printemps), le solstice d’été, la fête des récoltes et le solstice d’hiver. Entre ces manifestations sont organisés des séminaires, des conférences, des excursions et des visites de Musées» . (54)

Le « primus » de la société Avalon, Adrian Segessenmann, né en 1979, est un activiste de longue date dans les milieux d’extrême droite. En 1995, à l’âge de seize ans, il avait déjà participé avec un groupe de Skinheads, à une agression lors d’un « Festival pour la compréhension entre les peuples » à Hochdorf. Au printemps 1999, il avait organisé avec Roger Wüthrich une conférence sur les Waffen-SS, qui avait amené le Tribunal fédéral à redéfinir le « caractère public de l’acte » relatif à la norme pénale sur la discrimination raciale : est public tout ce qui ne se déroule pas dans un cadre privé. Mi-septembre 2008, il s’est exprimé lors de la « Fête des peuples » à Altenburg/Allemagne. Il est l’un des rares extrémistes de droite en Suisse à être reconnu à l’étranger.

Le Cercle Avalon a été créé en 1990 par Roger Wüthrich, précédemment dirigeant de la “Jeunesse Viking suisse” et par Andreas Gossweiler, actif à l’époque dans divers mouvements d’extrême droite. (55) A ces rencontres participent, à côté de représentants connus, comme l’islamiste Ahmed Huber et Roger Wüthrich, d’anciens fascistes ainsi que de jeunes skinheads pro-nazis. Mi-mai 2008, Ahmed Huber est décédé, et ses « camarades » lui ont rendu un hommage posthume . (56)

Freier Bote

Dans le sillage du PNOS est née une publication « Freier Bote », dont 3 numéros minimum sont parus sur papier (57) et sur internet. Elle est « gratuite (mais pas sans frais) » et sans publicité. Son financement est rendu possible par un « large cercle de personnalités » qui contribuent financièrement et dont on ne sait rien. Selon son collectif d’auteurs, le « Freie Bote » doit « offrir aux auteurs suisses une plate-forme qui, dans cette période de concentration des médias (les principaux quotidiens de Suisse appartiennent à une poignée de moghols), de superficialité et de politiquement correct, n’est plus disponible. Les auteurs se cachent derrière des noms d’emprunt comme « Kaspar Hauser », « Konrad Bircher » ou « Ann Wüthrich ». Comme le PNOS, ils associent la critique du capitalisme et de la globalisation à une idéologie de la nouvelle droite. Dans le premier numéro, consacré à la globalisation, un prénommé « Peter Herrlich » écrit que « le mouvement nationaliste a des arguments contre la globalisation : le grand mal du capitalisme est l’intérêt et les intérêts des intérêts ». « Contrairement à la gauche, elle (la mouvance nationaliste) ne lutte pas seulement contre la globalisation économique, mais également contre la globalisation de la société. Ils sont persuadés que le mélange sans discernement des différents peuples conduit à la catastrophe sociale » . (58) Le second numéro traite de la liberté d’expression et vise la norme pénale sur la discrimination raciale. Parmi les auteurs figure Jürgen Graf, un « dissident suisse » et un « réfugié politique » (59) selon « Freier Bote ». Dans son texte, Graf déclare qu’après l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution fédérale de 1999, tous les jugements basés sur la norme pénale auraient « immédiatement dû être annulés » . (60) Dans le troisième numéro, le « Freier Bote » réagit à la coupe européenne du football de 2008. En évoquant la question de l’identité, il pose la question de savoir « jusqu’où les Suisses se sentent liés à des joueurs comme Djouru, Derdijok et Yakin . (61) Et « Kaspar Hauser » de conclure que lors d’une rencontre France-Angleterre, il y avait « de nouveau plus de nègres que de blancs sur le terrain de jeu » . (62)

« Notizen » de Max Wahl

Il semblait avoir disparu de la scène. Pourtant certains indices laissaient entendre que Max Wahl commentait encore occasionnellement des événements politiques. Mais l’ancien éditeur du « Eidgenoss » continue à être actif régulièrement : tous les deux mois, il envoie ses « notices » à un cercle d’anciens abonnés de l’ « Eidgenoss » et à leurs amis. Les coûts sont couverts « par la vente de livres et des dons » écrit-il dans le numéro 77 paru mi-novembre 2008. La visibilité de ses articles est due à la publication de la quasi intégralité des numéros publiés depuis 2006 sur le site de l’antisémite et amateur de théories de la conspiration Bernhard Paul Becker de Jena. Il n’est pas clair si Becker l’a fait d’entente avec Max Wahl.

Max Wahl , (63) né en 1923, fondateur en 1975 de la Eidgenössich-Demokratischen Union EDU, avait cessé officiellement de publier son cahier « Der Eidgenoss » fin 1994, lors de l’entrée en vigueur de la norme pénale sur la discrimination raciale. Il continue cependant à s’adresser aux antisémites, aux ennemis de la franc-maçonnerie et aux amateurs de conspirations, comme par exemple ces excentriques qui rêvent des disques volants allemands, qui auraient soi-disant été sauvés par des nazis convaincus dans les derniers jours de la deuxième guerre mondiale et qui désormais attendent sous la terre dans un lieu appelé « Neuschwabenland » la renaissance d’un Reich nazi . (64)

Les notices publiées documentent, outre l’antisémitisme et le racisme avéré de Max Wahl, son orientation national-socialiste. Il parle d’ « holocauste et d’industrie de mélange des races », de la « destruction des peuples traditionnels d’Europe », et de la norme pénale comme d’une « muselière juridique pour les Confédérés » . (65) Il prétend qu’une « déclaration de guerre juive , (66) avait précédée la guerre mondiale la plus grande jusque à nos jours et que la République fédérale d’Allemagne est un pays « occupé par les alliés » . (67) Difficile de juger du nombre de récipiendaires de ces nouvelles. Parfois Wahl laisse également d’autres personnes s’exprimer, comme Woldemar Gerber qui envoie régulièrement des lettres de lecteur (avec adresse et téléphone) et qu’il qualifie de « Gesinnungsfreund » . (68)

Wahl propose également un livre d’Edgar Zaugg, pas encore connu au grand public jusqu’ici. Zaugg était en 1984/85 le porte-parole de la section bernoise de l’Action nationale (AN) et y défendait des positions grossièrement antisémites . (69) Le Tribunal fédéral s’est appuyé entre autres sur ses déclarations pour confirmer en 1987 que « les assertions des politiciens de l’Action nationale et les publications dans l’organe du parti présentent des similitudes choquantes avec la vulgate national-socialiste » . (70) Le livre de Zaugg , (71) « l’ancien combattant contre les étrangers en Suisse », selon Wahl, cherchait à « régler leur compte aux églises ». Parmi les « tireurs de ficelles » figuraient également « les juifs, les Israélites et les sionistes » . (72) En réalité, Zaugg qui vit aujourd’hui en Argentine, véhicule dans ses écrits un mélange grossier d’antisémitisme, d’antichristianisme et de critique de l’Islam associés à une idéologie d’extrême droite. L’époque du national-socialisme aurait été « une tentative de retrouver sa culture propre » . (73) Et plus loin : « Le national socialisme en Allemagne était une religion, une croyance en la beauté. La beauté de la nature, la beauté de la race, la beauté et la conscience de vivre dans l’honneur, l’aisance, la communauté, l’amour du travail et l’amour de la patrie ». Les passages antisémites sont toutefois nombreux. Zaugg se réfère également au « Protocole des sages de Sion » . (74) Le livre de Zaugg est la contribution à l’antisémitisme la plus crue et la plus complète émanant de Suisse ces dernières années. Au sujet des musulmans, Zaugg écrit : « Comme il s’agit dans l’islam comme dans le judaïsme d’une religion agressive, assassine et opposée à l’état, les deux devraient être interdites. La meilleure défense est de cesser d’accepter en Europe les travailleurs, les réfugiés et les émigrants de ces pays,… » . (75)

Courrier du Continent – Gaston Armand Amaudruz

En mai 2008, Gaston Armand Amaudruz, aujourd’hui âgé de 87 ans, a publié le 500ème édition de son petit journal polycopié, le “Courrier du Continent”. Le contenu est identique depuis des années. Dans la partie “bloc-notes”, Amaudruz tire des citations des journaux qu’il assortit de commentaires sardoniques. Mais dans cette rubrique, il donne également des informations (y compris adresses) de nouvelles publications de l’extrême droite et de ce fait contribue à la mise en réseau de ce milieu. Puis viennent des rubriques habituelles sur la “criminalité” ou sur la “Lois-baillon” (c’est ainsi qu’Amaudruz désigne la norme pénale suisse sur la discrimination raciale). La dernière page est occupée par l’article principal, dans lequel il propage ses vues racistes, antisémites et ses idées négationnistes. Ce type de commentaires a valu à Gaston Armand Amaudruz deux séjours de trois mois en détention voici quelques années. Le « Courrier du Continent » publie encore des textes d’auteurs comme l’avocat italien Edoardo Long ou Yann Woltering. Philippe Brennenstuhl y a publié son discours du Grütli . (76) Plus loin, Amaudruz publie une prise de position de la Fondation mondiale pour l’examen de l’Holocauste, signée par Mohammed Ali Ramin . (77) Cette fondation, présidée par Bernhard Schaub, a été créée en décembre 2006, suite à la conférence sur la négation de l’holocauste qui s’est tenue à Téhéran.
Sinon, rien de bien nouveau chez Amaudruz. Il se fait le défenseur d’un racisme fondé sur la biologie : « Les blancs doivent reprendre conscience de leur race, de leur destin et vivre dans leur propre espace vital » . (78) Quelques mois plus tard, il a émis le désir que la Constitution prévoie que « ne peuvent être citoyens que des ressortissants de race blanche » . (79) Parfois il soutient également les partis conservateurs : en 1989 c’était le politicien UDC Christoph Blocher (« Enfin un représentant du système qui ouvre les yeux ») , (80) en 2008 c’est le journal la Weltwoche : «La Weltwoche étant un périodique du système, on notera avec intérêt qu’elle désobéit à la pensée unique. Le front de la répression se lézarde… » . (81)

Malgré la norme pénale sur la discrimination raciale, Amaudruz continue à diffuser ses vieux livres via des adresses en France. Les lois suisses interdiraient selon lui la vente de sa critique du procès de Nuremberg . (82) Il propose également ses propres thèses racistes . (83) Sa critique du procès de Nuremberg paraît même dans une seconde édition, avec la justification que le monde est dans la situation d’avant-guerre de 1929 et que l’éditeur aurait trouvé que cette critique des vainqueurs de 1945 avait une résonance particulière . (84)

Le “Courrier du Continent” est paru pour la première fois en 1946 et est rédigé et publié depuis une cinquantaine d’années par le fasciste lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Pendant des décennies, ce cahier était l’organe officiel de NOE, une petite organisation raciste dont Amaudruz était l’un des principaux animateurs. Le Pamphlet continue à être publié aujourd’hui à quelques centaines d’exemplaires.

Recht+Freiheit-Ernst Indelkofer

Peu avant la fin 2008, Ernst Indlekofer a pu fêter l’une de ses rares réussites de sa carrière: il a été cité dans le bulletin d’information sur les votations en relation avec l’extension de la libre circulation des personnes à la Bulgarie et à la Roumanie , (85) contre laquelle il avait récolté environ 1500 signatures référendaires. En revanche fin septembre, la décision de la cour d’appel du canton de Bâle-ville lui aura fait moins plaisir. Cette dernière a décidé que les chefs d’accusation de son procès pour infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale n’étaient pas prescrits. La procédure avait été ouverte en 1998, mais n’avait aboutit qu’en 2006 à un non-lieu en première instance, d’une part en raison de la prescription, d’autre part parce que les autorités avaient enfreint le principe de la célérité. A l’heure actuelle, les quelques points de l’accusation qui ne sont pas encore prescrits, devraient probablement l’être sous peu.

Officiellement, Recht+Freiheit est publié par un certain Presseclub Schweiz, mais de facto c’est bien le bâlois Ernst Indlekofer, (86) désormais âgé de presque septante ans, qui est principalement responsable de ce cahier d’une dizaine de pages par édition. En 2008, il a publié six éditions dont trois doubles numéros et un numéro triple. Dans trois de ses parutions, il prétend avoir tiré à 16’000 exemplaires. Parmi les contributeurs suisses à ces différentes éditions 2008 figurent en premier lieu Max Morf, assidu dans ses lettres de lecteur, ainsi que Richard Melisch et Doris Auerbach. Cette année encore, l’éditeur à convoqué les membres de son association à une « assemblée générale » le 21 juin (87) et comme précédemment les membres devaient au préalable demander leur « carte d’entrée personnelle » . (88) L’assemblée générale n’était donc pas publique.

Le contenu du bulletin de Indlekofer ne s’est pas beaucoup modifié. Il s’en prend à la norme pénale contre la discrimination raciale, sympathise avec les négationnistes et ceux qui se réclament du national-socialisme. Il écrit : « Dans aucun cas quoi que ce soit de positif ne doit être dit sur le national socialisme, car si l’Allemagne n’avait pas perdu la guerre, il n’y aurait pas d’Union Européenne, pas de globalisation et pas de diminution de population des européens de race blanche » . (89) Il s’empare également des thèmes du camp nationaliste et conservateur, comme l’initiative «Souveraineté du peuple sans propagande gouvernementale», la méfiance vis-à-vis du rapprochement avec l’UE, ou le débat sur la naturalisation des étrangers. Recht+Freiheit est présent sur internet, y compris tous les textes pour lesquels Indlekofer a été condamné à une peine de prison avec sursis pour négation de l’holocauste.

Le pamphlet – Mariette et Claude Paschoud

Mariette Paschoud a tenu la promesse faite en 2007. Elle annonçait en effet dans sa revue Le Pamphlet, qu’elle publie en collaboration avec son époux Claude, qu’étant donné qu’elle était désormais à la retraite, elle ne risquait plus de perdre son emploi. Elle allait donc régulièrement relayer les informations sur le thème du « révisionnisme » . (90) Dans sa rubrique « Les nouvelles aventures de … », elle sympathise avec des négationnistes, par exemple en leur souhaitant un « bon ange gardien ». Elle transmet également les adresses en prison de plusieurs négationnistes ayant fait l’objet de condamnations, en ajoutant qu’on peut leur adresser un mot de sympathie ou peut-être quelques euros . (91) Sinon, le couple Paschoud s’en prend à tout ceux qui dans le canton de Vaud ne partagent pas sa manière de voir, en particulier les verts et la gauche ainsi que les antiracistes. Les textes contre l’islam ont plutôt régressé en 2008.
Un détail encore : alors que les membres des Démocrates suisses avaient abandonné leurs efforts contre la norme pénale sur la discrimination raciale, le Pamphlet continuait à encourager la récolte de signatures. « Si l’initiative échoue, les politiciens et les médias se réjouiront haut et fort de la sagesse des citoyens suisses, si attachés à notre 261bis (92) au nom de la tolérance et du respect de l’autre ». Plusieurs mois auparavant, le périodique en avait déjà appelé à la lutte contre le « funeste » article du code pénal : « En fait, il s’agissait de fournir aux milieux crypto-racistes, dont la LICRA et SOS-Racisme sont les plus beaux fleurons, un instrument leur permettant de persécuter les révisionnistes au nom des intérêts supérieurs de certaine communauté et de certain état » . (93)

Parmi les correspondants du Pamphlet l’on trouve Michel de Preux, Max l’Impertinent, Pollux, un ancien membre du législatif de la ville de Genève membre de l’Action nationale. La revue prend également congé de Giuseppe Patanè . (94) Ce genevois, né en 1922 et mort en juin 2008, publiait également dans le « Courrier du Continent » de Gaston Armand Amaudruz.

En revanche la page web du Pamphlet a cessé d’être alimentée depuis juin 2008 pour des motifs inconnus. Fondé par Claude Paschoud, le Pamphlet paraît depuis 1970. Le feuillet a connu par moments une diffusion plus importante (2’000 exemplaires). C’était en 1986, à l’époque où Mariette Paschoud, enseignante dans le secondaire, était apparue aux côtés du négationniste Henri Roques à une conférence de presse à Paris et avait émis des « doutes sur l’existence des chambres à gaz dans les camps de concentration. ». Un procès en diffamation entrepris plus tard par Mariette Paschoud contre le rédacteur du « Bieler Tagblatt » qui l’avait affublée du sobriquet « braune Mariette » (Mariette brune) a fini par se retourner contre la négationniste. Le conseil fédéral a estimé dans un jugement qui fait encore référence aujourd’hui que: « La revendication d’une preuve sur l’existence des chambres à gaz est tellement absurde, au vu de la masse de preuves disponibles, que, même si d’autres motifs sont théoriquement envisageables, la sympathie pour le régime national-socialiste s’impose de façon évidente et suffit comme preuve de vérité. Surtout si l’on tient compte dans la conclusion d’éléments telles que des actions et propos tenus, ainsi que d’intentions et de motivations, qui ne représentent néanmoins pas une preuve scientifique ». (95)

 

Portails d’information

Altermedia Schweiz : Freie Stimme

Peu avant Noël 2008, la « Freie Stimme » a repris son activité, logée sur le site d’information « Altermedia », qui diffuse des « informations internationales pour les personnes de race européenne » (« World Wide News For People of Europaen Descent). Mi-avril 2007, « Freie Stimme » avaient mis un terme à son activité, après que son responsable ait été jugé pour infraction contre la norme pénale sur la discrimination raciale . (96) Freie Stimme avait publié en mai 2005 un rapport sur l’inauguration mémorial de l’holocauste de Berlin. L’auteur y posait entre autre la question de savoir « ce qu’il adviendra de ces 2711 stèles de béton, lorsqu’un autre vent soufflera de nouveau à Berlin et dans le reste de l’Europe. Et comme la liberté d’opinion existe encore en 2005, la rédaction formule sans engagement la proposition suivante : que ceux qui étaient responsables de ce monument le réduisent en poussière à l’aide de marteaux pour qu’il n’en reste rien. La poussière du passé de la plus grande défaite de l’Allemagne et de l’Europe. »

Fin 2008, quatre articles sont parus à nouveau. Difficile à évaluer d’autant plus que l’on ne sait pas qui est responsable de ce nouveau projet. Sur la page francophone du site d’Altermedia Schweiz peu de choses ont été publiées. La dernière entrée date de mi-juin.

Altermedia Suisse/Novopress.info Suisse

Tout comme le portail d’information gauchiste Indymedia et le portail d’inspiration raciste Altermedia, Novopresse veut offrir une information indépendante des grands médias officiels. Il veut combattre la pensée unique et l’information unique, deux notions développées par la nouvelle droite. Des informations plus précises sur les objectifs de Novopress font encore défaut. Le portail suisse a publié en 2008 un grand nombre d’articles, souvent publiés dans les médias de Suisse romande, et souvent aussi des communiqués de l’UDC. Les textes publiés se rapportent souvent aux thèmes de prédilection des milieux nationalistes et conservateurs : les étrangers, la criminalité et le dénigrement des adversaires politiques. Les contributions à titre personnel sont rares et l’on ne sait pas qui est derrière ce portail d’information.

Négation de l’Holocauste

Les négationnistes nient trois faits historiques patents: premièrement qu’un plan destiné à éliminer les juifs d’Europe ait été élaboré, deuxièmement que des chambres à gaz aient été construites pour éliminer les victimes et, troisièmement, que la persécution des juifs par les nazis se soit soldée par la mort de plusieurs millions de victimes. Les négationnistes se trouvent en crise depuis des années, mais néanmoins ils ont répandus leurs vues dans l’ensemble de la mouvance d’extrême droite.

En Suisse, les négationnistes ont été quasiment inactifs en 2008. Jürgen Graf et Andres Studer se sont soustraits aux poursuites judiciaires en se réfugiant à l’étranger, Bernard Schaub est resté plutôt inactif en Suisse. Le « Comité de soutien à Vincent Reynouard » est atteignable via une boîte postale à Montreux. Vincent Reynouard est un négationniste français vivant en Belgique, condamné en 2008 à une peine de prison ferme et qui depuis lors à disparu de la circulation. Le comité tient à jour une page internet qui informe sur la procédure judiciaire. On ignore tout du comité et du responsable de la page.

Jürgen Graf

Jürgen Graf vit toujours en Russie où il a émigré en 2000 pour se soustraire à une peine de prison ferme. On sait peu de choses de ses activités en 2008. Sur sa homepage, il présente le livre d’un antisémite sud-africain, qu’il a traduit en allemand ainsi que la version allemande d’un ouvrage écrit par lui, qui est également paru en russe chez un éditeur russe . (98) Comme pour son ouvrage précédent « Todesursache: Zeitgeschichtsforschung » (Cause de la mort : recherche en histoire contemporaine), Graf donne la parole à une classe d’étudiants pour débattre du sujet. Il insinue que « les gouvernements démocratiques tendent à instrumentaliser et à criminaliser le révisionnisme dans toujours plus de pays » (99) et que de ce fait les médias et les puissantes organisations juives se positionnent en maîtres du monde grâce « au mensonge de l’holocauste ». Graf véhicule donc, outre ses idées négationnistes, des éléments typiques du discours antisémite, comme celui de la mainmise des juifs sur le monde.

Bernhard Schaub

Bernhard Schaub s’est peu manifesté en 2008, en dehors d’un discours au congrès annuel de la société d’extrême droite « Gesellschaft für Freie Publistik GfP ». Le thème traité en 2008 était « 1968 – quarante années de destruction des peuples ». Schaub s’est exprimé sur le sujet « Materialismus oder Geotheialismus » et y parlait de la République fédérale d’Allemagne comme d’une « administration autogérée et provisoire sous domination des alliés». Schaub a en outre quitté la présidence du « Verein zur Rehabilitierung der wegen Bestreitens des Holocaust Verfolgten VRBHV » (100) qu’il occupait depuis la création de l’association début novembre 2003. Le successeur du Suisse de 54 ans est Udo Walendy (80 ans), un activiste de longue date. Schaub compte se consacrer « davantage au travail de formation de la relève politique », dont la « Reichsbewegung ». Peu après le retrait de Schaub, l’association a été interdite par le ministre allemand des affaires intérieures. Plus rien n’a transpiré des autres activités de l’ancien enseignant d’anthroposophie, par exemple ses cours de « gymnastique nordique » . (101)

Philippe Brennenstuhl

En 2008, Philippe Brennenstuhl a participé à la fête du PNOS du 1er août et a donné une adresse en français sur l’abrogation de la norme pénale sur la discrimination raciale, selon le compte rendu de la manifestation publié sur la page du PNOS. Il n’en est cependant pas question dans son discours publié par le « Courrier du Continent ». Il commence en déclarant « que le temps des faux prophètes a commencé. Ces derniers se sont déguisés en politiciens. Il termine sa diatribe en affirmant que „l’ennemi se trouve donc bien à l’intérieur de notre pays, confortablement installé et nourri au sein de notre système politique. Sinon, Brennenstuhl n’est plus apparu publiquement et semble avoir mis un terme à ses activités de quérulent auprès des autorités . (102)

Conclusion

En 2008, la mouvance d’extrême droite s’est consolidée, même si elle n’a pas beaucoup évolué en termes numériques. Pourtant, l’offre « culturelle » de cette mouvance, en particulier chez les skins version nazie, est toujours disponible : CDs, pages internet, supports divers, livres, groupes de musique, concerts. Dans la région de Sempach, il existe à nouveau depuis quelques mois un local de rencontre dans lequel ont eu lieu plusieurs manifestations ces derniers mois . (103) La mouvance d’extrême droite dispose également d’un parti politique, le parti nationaliste suisse (PNOS). Or, depuis 1945, aucun parti/groupe d’extrême droite ne s’était maintenu aussi longtemps. En 2008, le PNOS est parvenu de justesse à défendre son unique siège au législatif communal de Langenthal. Les représentants du PNOS comme Mario Friso, Michael Haldimann, Denise Friedrich apparaissent de temps à autre lors de manifestations se déroulant en Allemagne. Cette collaboration reste cependant limitée à des projets précis, même si le PNOS est membre fondateur du groupe « Die Sache des Volkes », un réseau « nationaliste-révolutionnaire », selon l’appréciation de l’auteur de ces lignes. Ces organisations ou individus contribuent en permanence à la formation d’une idéologie d’extrême droite par des activités de nature politico-culturelles, sans toutefois participer à la politique institutionnelle. Les principaux promoteurs de cette offre sont déjà âgés (Gaston Armand Amaudruz, Max Wahl), de sorte que leurs projets vont disparaître de la scène à brève ou moyenne échéance. Les négationnistes suisses ne se sont plus manifestés, à l’exception de deux individus menant un combat isolé. Toutefois la pensée négationniste est parvenue à s’imposer auprès d’une partie du public de l’extrême droite.

Lucerne, 15 janvier 2009 Hans Stutz
(1) Titre d’un texte de la section du PNOS de l’Oberland bernois.
(2) Concernant l’émergence de ce mouvement, voir Hans Ulrich Jost: Die reaktionäre Avantgarde. Die Geburt der neuen Rechten in der Schweiz um 1900. Zurich 1992
(3) Voir Werner Heitmeyer: Die Bielefelder Rechtsextremismus-Studie. Weinheim 1992, p. 13
(4) Voir Urs Altermatt/Hanspeter Kriesi : Rechtsextremismus in der Schweiz. Organisationen und Radikalisierung in den 1980er und 1990er Jahren, Zurich 1995, p. 16 ss.
(5) Hans Stutz ; « Adolf Hitler tat sein Möglichstes », Die Weltwoche, 30 mars 2000
(6) Une perspective de ce développement est donnée par Jürg Frischknecht, Peter Haffner, Ueli Haldimann, Peter Niggli : Die Unheimlichen Patrioten. Politische Reaktion in der Schweiz. Zürich 1979, p. 443-485, ainsi que la nouvelle édition augmentée de 1983 p. 721-751. Mais aussi Jürg Frischknecht « Schweiz – wir kommen ». Die neuen Fröntler und Rassisten. Zurich 1991. Urs Altermatt/Hanspeter Kriesi : Rechtsextremismus in der Schweiz. Organisationen und radikalisierung in den 1980er und 1990er Jahren. Zurich, 1995.
(7) Voir par exemple Damir Skenderovic/Gianni d’Amato, Mit dem Fremden politisieren, Zurich 2008, p. 22.
(8) Opus cit. p.22, Skenderovic utilise fréquemment le terme – jamais utilisé dans ce texte – de « populisme de droite ». Il signifie par la ce que nous désignons sous le terme de nationaliste conservateur.
(9) Christian Dornbusch/Hans-Peter Killgus : Unheilige Allianzen. Black Metal zwischen Satanismus, Heidentum und Neonazismus. Hamburg/Münster 2005
(10) Andreas Speit (HG): Aesthetische Mobilmachung. Dark Wave, Neofolk und Industrial im Spannungsfeld rechter Ideologien. Hamburg/Münster 2002.
(11) Hans Stutz, La politisation des extrémistes de droite, Die Wochenzeitung WOZ, 27 septembre 2001, voir l’encastré « Subkultureller Rechtsextremismus. Romantische Nazi-Okkultisten ».
(12) Christian Menhorn offre un portrait complet de cette subculture – depuis le début des années 60 – dans son ouvrage « Skinheads : Porträt einer Subkultur », Baden-Baden, 2001. Une autre description valable de cette mouvance se trouve dans Hoger Bredel, « Skinheads – Gefahr von Rechts ? », Berlin, 2002
(13) Rapport sur la sécurité intérieure 2007, p. 34 et 38.
(14) Voir l’étude de Nick Lowles, « Die Internationale des Hasses », dans Christian Dornbusch, Jan Raabe (Ed.), « RechtsRock – Bestandsaufnahme und Gegenstrategie ». Hamburg/Münster, 2002, p.233-262, citations p. 235
(15) Hans Stutz, Für eine saubere Schweiz und immer genug Bier, Die Wochezeitung WOZ, 28 mars 1997.
(16) Par exemple l’assemblée annuelle du PNOS le 3 novembre 2008 et deux concerts en 2008. Voir chronologie de la région Sempach LU, 6 décembre 2008 et région Sempach LU, 31 décembre 2008.
(17) Daniel Schweizer a dressé un portrait d’Olivier Kunz et de ses compagnons dans son film « Skin or die »
(18) Voir chronologie, La Sarraz VD, 19 septembre 1998, et l’article dans la SonntagsZeitung, 23 août 1998, 13 et 20 septembre 1998
(19) Rapport SAP 2007, p. 34
(20) Voir chronologie Wimmis BE, 15 mars 2008
(21) Voir chronologie, Appenzell, 13 octobre 2007. Voir aussi Hans Stutz, Les néonazis réclament la peine de mort pour les abuseurs d’enfants, SonntagsZeitung, 14 octobre 2007.
(22) Hans Stutz, Aufmarsch in Budapest Innenstadt, Tachles, 22 février 2008.
(23) Hans Stutz, Für Hitler und das Heidentum, Tachles, 29 août 2008.
(24) Pirmin Meier appartenait en 1964 aux fondateurs du bulletin catholique de droite « Abendland » et en 1971 aux fondateurs de la Schweizerischen Republikanischen Bewegung de James Schwarzenbach. Voir aussi Frischknecht/Haldimann/Niggli/Hafner, Unheimliche Patrioten, p. 403, 410, 515 et 699. Plus tard, Meier a rejoint le PDC.
(25) Pirmin Meier, Unser republikanisches Erbe, Schweizerzeit, 11 Juli 2008.
(26) Conseil d’Etat Lucerne, question concernant l’instrumentalisation politique croissante de la fête de lutte de Sempach par les extrémistes de droite, publié le 3 novembre 2008.
(27) Le discours intégral est publié dans le Courrier du Continent, no 504, octobre 2008, p.8
(28) Rolf Hösli, Und das Gedankengut einer dunklen Diktatur schreitet mit, Südostschweiz, 7 avril 2008, voir aussi commentaire „Schaut hin, bevor es zu spät ist!“
(29) Tour d’horizon complet et bien documenté de la scène du rock d’extrême droite dans Christian Dornbusch, Jan Raabe (Hg.), RechtsRock – Bestandsaufnahme und Gegenstrategien (Rock de droite – Etat des lieux et contre-stratégies), Hambourg/Münster, 2002
(30) Arrêt du Tribunal fédéral 6S.318/2003, publié sous ATF 130 IV 111ss.
(31) Une copie se trouve en possession de l’auteur.
(32) Stefan Hohler, Tages-Anzeiger, 8 novembre 2007, aussi la Neue Luzerner Zeitung, 10 novembre 2007.
(33) Voir chronologie Bern-Bümpliz, 2 août 2008.
(34) Voir chronologie Glaris, 23 juin 2007.
(35) Voir chronologie Kradolf TG, 13 décembre 2008.
(36) Racisme en Suisse, édition 2006, p. 29
(37) Markus Vogt, Eric Weber als Wahlfälscher rückfällig, Basellandschaftliche Zeitung, 20 mars 2008.
(38) Martin R. Schütz, Beinahe wie ein Krimi, Basellandschaftliche Zeitung, 16 septembre 2008, Thomas Knellwolf, Des Fälschers Orgasmus, Tagesanzeiger, 16 septembre 2008. Mais aussi: Verwirrung um Wahlfälschung, Basler Zeitung, 16 septembre 2008.
(39) Voir Jürg Frischknecht : « Schweiz – wir kommen », Zurich 1991, p. 115 ss
(40) Parmi les représentants la Nouvelle Droite figurent Alain de Benoit et Pierre Krebs. Plusieurs livres de ces auteurs sont disponibles via la page de vente du PNOS.
(41) Toutes les citations de ce paragraphe proviennent du « Programme du PNOS – pour un avenir social et confédéral ».
(42) Voir chronologie Schwyz, 2 mars 2008, voir aussi Hans Stutz, Demo in Schwyz ?, Die Wochenzeitung WOZ, 10 janvier 2008 et Hans Stutz, Vortrag statt Demo, WOZ 6 mars 2008.
(43) Voir chronologie Fribourg, 1er mai 2008.
(44) Hans Stutz, Holocaust-Leugner am Redepult, Sonntagszeitung, 20 janvier 2008
(45) Voir aussi Hans Stutz, Rassistischer Redner, Der Bund, 4 mars 2008.
(46) Voir chronologie Sempach LU, novembre 2008.
(47) Voir presse quotidienne, 27 octobre 2007, ainsi que Hans Stutz, 87 für PNOS, Die Wochenzeitung WOZ, 30 octobre 2008.
(48) Voir chronologie Suisse centrale, 3 mai 2008
(49) Voir chronologie Unterseen BE, 8 mars 2008
(50) Voir chronologie Wimmis BE, 15 mars 2008
(51) Citation tirée d’un courriel interne. L’Antifa a publié en 2007 une partie des courriels échangés par des membres du PNOS, après être parvenu à accéder à son compte.
(52) Voir chronologie Welschenrohr, SO, 23 juillet 2007.
(53) Voir chronologie Lausanne, 6 décembre 2008.
(54) Adrian Segessenmann à la Fête des peuples à Altenburg en Allemagne, le 13 septembre 2008, annoncé entre autres sur la page internet du Cercle Avalon.
(55) Voir Urs Altermatt/Hanspeter Kriesi : Rechtsextremismus in der Schweiz, Zurich 1995, p. 47 ss, et Peter Niggli/Jürg Frischknecht: Rechte Seilschaften, Zurich 1998, p. 58 ss.
(56) Un portrait détaillé a été fait par Marin Berlinger, Allah et Hitler sind gross, Das Magazin, 28 mai 2004.
(57) Les éditions 2 et 3 ont été remises en main propre à l’auteur par l’un des participants à la marche des extrémistes de droite lors de la fête de lutte de Sempach.
(58) Freier Bote, no 1, février 2008, p. 5.
(59) Freier Bote, no 2, avril 2008, p. 1 et 4.
(60) Feier Bote, no 2, avril 2008, p. 4, Jürgen Graf « Zur Strafbarkeit der Leugnung von Völkermord »
(61) Freier Bote no 3, juin 2008, p. 1, cher lecteur
(62) Freier Bote no 3, juin 2008, p. 1, Kaspar Hauser, „Fussball? Völkerball“
(63) Sur Max Wahl, voir Jürg Frischknecht, „Schweiz – wir kommen“. Die neuen Fröntler und Rassisten, Zurich, 1991, p. 121-123, mais aussi Fischknecht/Niggli/Haldimann, Die unheimlichen Patrioten, édition augmentée 1984, p. 746ss.
(64) La plupart des notices à partir de 2006 ont été publiées sur un site allemand de conspirateurs, souvent comme mauvaise copie.
(65) Notices (77) 14.11.2008, p. 3
(66) Notices (76) 29.08.2008, p. 3, « Jüdische Kriegserklärung »
(67) A diverses reprises, comme dans les Notices (77) 14.11.2008. Bücherliste.
(68) Notices (73) 28.02.2008, p. 4, Unvermögen bis Kriminalität
(69) Voir Jürg Frischknecht, Ueli Haldimann, Peter Niggli, Die Unheimlichen Patrioten, édition augmentée, 1979-1984, Zurich 1984, p. 750. Mais aussi „Schweiz – wir kommen“, p. 103-109. L’interview de Res Strehle, E.Z. – Action nationale, Berne, donne ne description détaillée de la vision du monde de Zaugg. La Wochenzeitung WOZ du 24 août 1984 et le magazine allemand « Der Spiegel » ont également parlé de Zaugg. Der Spiegel, 24 août 1984, p. 120 ss.
(70) Jugement du tribunal fédéral du 18 août 1987, cité par Jürg Frischknecht « Schweiz wir kommen », p. 99.
(71) Edgar Zaugg, “Ich glaube an … woran?“ Abrechnung mit den Religionen/ Die Vision, Frankfurt/Main 2007.
(72) A diverses reprises, par exemple Notices (74), 10.04.2008, Bücherliste
(73) Edgar Zaugg, opus cit. p. 103 (am oben erwähnten Ort = à l’endroit cité)
(74) Opus cit. p. 163 ss.
(75) Opus cit. p. 205
(76) Courrier du Continent, no 504, oct. 2008, p. 8. Voir aussi chronologie Grütli, 3 août 2008
(77) Déclaration de la fondation mondiale pour l’examen de l’Holocauste, Courrier du Continent, no 506, décembre 2008, p. 7
(78) Courrier du Continent, no 501, juin 2008, p. 8
(79) Courrier du Continent, no 503, août-septembre 2008, p. 8
(80) Cité par Jürg Frisknecht, « Schweiz – wir kommen ». Die neuen Fröntler und Rassisten, Zurich 1991, p. 257
(81) Courrier du Continent, no 501, juin 2008, p. 11
(82) Ubu justicier au premier procès de Nuremberg, voir Courrier du Continent no 504, octobre 2008, p. 7. D’autres livres sont proposés par Amaudruz dans le Courrier du Continent no 506, décembre 2008, p. 10
(83) Courrier du Continent no 506, décembre 2008, p. 10
(84) Courrier du Continent no 504, p. 7
(85) Votation du 9 février 2009
(86) Sur la personne et l’action d’Ernst Indlekofer, voir Jürg Frischknecht : Politischer Hardcore, Klartext 2/1998
(87) Recht+Freiheit, numéro double 5/6, mai 2008, p. 8
(88) Recht+Freiheit, numéro double 5/6, août 2007, p. 4
(89) Recht +Freiheit, 4 avril 2008, p. 2
(90) Hans Stutz, Mariette will noch brauner werden, Tachles, 1er février 2008
(91) Mariette Paschoud, Les nouvelles aventures…, Le pamphlet no 380, décembre 2008, p. 4
(92) Le pamphlet no 380. décembre 2008, rappel, p. 2
(93) Le pamphlet, éditorial, no 375, mai 2008, p. 1
(94) Le pamphlet no 377, hommage, septembre 2008, p. 3
(95) ATF 121 IV 76
(96) Voir Racisme en Suisse, édition 2007, p. 61-62
(97) Voir chronologie, Eiken, AG, 25 mai 2005
(98) Titre allemand : Jürgen Graf, Die neue Weltordnung und der Holocaust, Moscou 2008
(99) Les négationnistes se décrivent volontiers comme des révisionnistes et leur mouvement comme le révisionnisme.
(100) Annoncé par le bulletin d’extrême droite « Stimme des Gewissens » déjà dans son édition de décembre 2007. La nouvelle n’a été publique qu’à partir du printemps 2008. Voir Hans Stutz, Schaub zurücktreten, Tachles, 20 avril 2008.
(101) Voir par ex. Télévision suisse SF, Die Rundschau du 24 septembre 2007.
(102) Philippe Brennestuhl : Der Verrat/La trahison, Orbe 2006
(103) Le local a été fermé par les autorités début 2009. Le 17 janvier 2009, les extrémistes de droite de Lucerne ont protesté contre cette fermeture à l’occasion d’une « promenade du soir nationale ». La section du PNOS de Willisau a protesté également par l’intermédiaire de sa page internet.

(Total des 10 Incidents)