L’extrémisme de droite en Suisse en 2005/3

Zürich, 31 Décembre 2005

Organisations politiques

Ces dernières années, les extrémistes de droite ont aussi tenté de constituer des partis politiques dans le but de participer aux élections. La plupart de ces projets ont généralement fait long feu, à l’instar du Parti national suisse (NPS) de David Mulas. Le Parti nationaliste suisse (PNOS) constitue la seule exception et s’est doté de structures solides entre-temps. Le bâlois Eric Weber, qui s’était porté candidat aux élections au Conseil national en 2003 et aux élections au Grand Conseil de Bâle-Ville en 2004 sur la liste des Démocrates suisses (DS) avec son “Action populaire contre un trop grand nombre d’étrangers et de requérants d’asile dans notre patrie”, n’a pas exercé d’activité politique en 2005. Lors des élections de 2004, Eric Weber avait été pincé alors qu’il tentait d’acheter des voix. Il peut se targuer d’une longue carrière dans les milieux d’extrême droite. En 1986, il a été élu au Grand Conseil sur la liste de l’Action nationale, où il s’est rapidement fait remarquer par son impertinence. Après son exclusion du Grand Conseil, il s’est installé pendant plusieurs années en Allemagne, où il a tenté de se lancer dans le journalisme. Il a déjà été jugé au début des années 90 pour falsification de documents.

A la fin décembre 2005, le Parti nationaliste suisse (PNOS) a annoncé qu’il présenterait deux candidats aux élections du Grand Conseil de Berne, à savoir Dominik Lüthard, musicien du groupe d’extrême droite “Indiziert” et Tobias Hirschi, qui est déjà municipal à Langenthal. Ce petit parti a remporté deux succès électoraux au cours des vingt-quatre derniers mois : Tobias Hirschi a été élu au conseil communal de Langenthal en octobre 2004, toutefois avec un taux de participation très faible, alors que Dominic Bannholzer a été élu à l’exécutif de la petite commune soleuroise de Günsberg au printemps dernier. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce sont les deux premiers extrémistes de droite à avoir été élus sur une liste d’extrême droite. En 2003, Ralph Aschwanden n’avait obtenu dans le canton d’Argovie que 0.13 % des voix aux élections du Conseil national.

Le PNOS tient aussi une boutique en ligne, dont l’adresse est une case postale à Interlaken. L’offre de produits est cependant restreinte et englobe un drapeau et un insigne du PNOS, les anciens numéros encore disponibles de la revue du parti intitulée “Zeitgeist” (L’esprit du temps), ainsi que huit livres, dont celui de Luzi Stamm, conseiller national de l’UDC, une brochure du révisionniste romand Philipp Brennenstuhl et le “Guillaume Tell” de Friedrich Schiller. A la fin 2005, le parti distribuait aussi l’”Agenda 2006 de la résistance nationale”, qui contient notamment des portraits de représentants du Troisième Reich.

Le PNOS a été constitué à Liestal au début de septembre 2000. Son premier président était Sacha Kunz, ancien membre de l’organisation skinhead raciste Blood and Honour ; Jonas Gysin en assurait alors la vice-présidence. Le premier programme du parti prônait notamment l’exclusion des étrangers du système des assurances sociales et le versement d’allocations familiales aux familles suisses exclusivement. Un programme en vingt points publié ultérieurement contient aussi des allusions directes au programme de l’ancienne NSDAP, par exemple concernant la question de la qualité de citoyen : selon les revendications du PNOS, seules les personnes “qui font partie du peuple ou qui en sont si proches de par leur origine et leur culture que leur intégration ne pose pas de problème” peuvent être considérées comme des citoyens. Le PNOS veut une “Europe européenne” et “le renvoi rapide des étrangers d’une autre culture dans leur pays d’origine”. Le parti réclame également l’abrogation de la norme pénale antiraciste, notamment au profit des négationnistes de l’holocauste. Il se propose en outre d’abolir “l’économie partisane” et de nationaliser les médias et le soutien aux familles exclusivement au profit “des indigènes”, c’est-à-dire des citoyens suisses. Au printemps 2005, l’Office d’instruction pénale d’Aarau a condamné l’ancien président du PNOS Jonas Gysin ainsi que trois autres membres de la direction du parti à payer des amendes pour discrimination raciale, dans la mesure où le programme du PNOS constitue “une insulte collective aux étrangers”. Les condamnés ont fait appel en première instance. Jonas Gysin a démissionné un mois plus tard ; depuis lors, le parti est dirigé par Dominic Bannholzer, Denise Friederich, Andrè Gauch, Michael Haldimann et Adrian Spring.

A la fin 2005, le PNOS avait des sections dans les cantons d’Argovie, Berne, Fribourg et Soleure ainsi qu’une antenne à Langenthal. Denise Friedrich, la responsable des relations du PNOS avec les médias a affirmé dans une interview que le parti comptait plusieurs centaines de membres. Ces indications ne sont pas vérifiables. Il n’est pas non plus possible de prédire avec certitude à quel rythme le PNOS pourrait créer de nouvelles sections cantonales. A la fin 2005, Stephan Wüthrich, le représentant du PNOS à Langenthal a expliqué dans le cadre d’une interview pour un forum d’extrême droite que “le parti dispose d’un réservoir de membres potentiels en Suisse centrale et à Zurich et que l’établissement de nouvelles sections n’est qu’une question de temps. Mais nous accorderons la priorité aux élections au Grand Conseil ces prochains temps, car elles revêtent davantage d’importance.”

Conclusion : en l’espace de cinq ans, le PNOS est parvenu à mettre sur pied des structures stables en dépit de changements fréquents à la tête du parti. En outre, il est désormais en mesure de présenter des candidats aux élections locales et cantonales. Pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale, un parti d’extrême droite est ainsi parvenu à participer continuellement pendant un certain temps à la politique institutionnalisée. Son objectif avoué est un “socialisme fédéral” non expansionniste, mais présentant de nombreuses similitudes avec le national-socialisme et le fascisme italien du point de vue économique et social.

Des cadres d’extrême droite à l’armée

Le 1er août, Samuel Schmid, président de la Confédération et chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et du sport (DDPS) a quitté la prairie du Grütli visiblement irrité. Peu après, le DDPS a fait savoir qu’il recherchait les extrémistes de droite dans ses rangs et infligerait éventuellement des sanctions : “Les personnes qui affichent des convictions d’extrême droit n’ont pas leur place dans l’armée”. Le service de lutte contre l’extrémisme dans l’armée a notamment été chargé de procéder à des vérifications concernant l’obligation de servir, l’incorporation et le grade militaire d’extrémistes de droite notoires. Il s’agissait déterminer si des extrémistes de droite sont astreints au service militaire, si l’on compte des cadres parmi eux et s’il en résulte un risque pour la sécurité. “L’armée veut éviter que des personnes défendant de telles opinions obtiennent de l’avancement, occupent une position de cadre et puissent ainsi propager leurs convictions”, a précisé M. Sievert. Des mesures adéquates seront prises si le service identifie des personnes qui constituent un risque pour la sécurité. Ces dernières seront mutées dans un domaine non sensible ou exclues de l’armée.

Les mesures annoncées n’ont pas été concrétisées, mais démenties : au début du mois de décembre, le chef du DDPS Samuel Schmid a expliqué qu’il n’était pas possible, à défaut de bases légales et d’une définition claire des critères de jugement, d’exclure une personne du service militaire en raison de ses activités extrémistes dans le civil. L’intervention du conseiller national socialiste lucernois Hans Widmer était motivée par divers articles de presse, selon lesquels des extrémistes de droite auraient fait carrière dans l’armée en qualité de sous-officier ou d’officier. Parmi eux se trouvaient des personnes qui avaient été jugées pour avoir agressé des personnes appartenant à des minorités.

Mais l’armée suisse est aussi multiforme. Les hommes et les femmes qui accomplissent leur service militaire se distinguent au niveau de leurs croyances religieuses, leur couleur de peau et leur orientation sexuelle. Chacun d’eux doit avoir la certitude qu’il ne sera pas harcelé, brimé ou discriminé pour des motifs religieux, raciaux ou sexuels. Ce droit n’est pas garanti avec des sous-officiers et des officiers se réclamant de l’extrême droite.

Tel n’est visiblement pas encore le cas. A la mi-août 2005, deux sous-officiers et deux recrues de l’école de recrues d’Isone ont proféré, lors d’une marche, des propos comme “tous les juifs et les nègres devraient être exterminés.” Les quatre militaires se sont également fait remarquer pour avoir fait usage du salut hitlérien. Onze recrues se sont plaintes au commandant de l’école, qui a immédiatement renvoyé ces quatre militaires et ordonné une enquête. Fort bien ! Mais le juge d’instruction militaire a estimé que ces déclarations ne constituaient pas une violation de la norme pénale antiraciste, dans la mesure où elles avaient été faites dans le cadre privé d’une compagnie. Marcel Alexander Niggli, l’auteur du commentaire juridique relatif à la norme considère cette décision comme totalement „erronée”. Le commandant de l’école responsable n’a cependant pas donné suite à la proposition du juge d’instruction et ordonné une enquête. Il n’en reste pas moins que ce jugement est révélateur de l’attitude de l’armée à l’égard des extrémistes de droite.

Opposition nationale extraparlementaire (Napo)

En 2005, l’Opposition nationale extraparlementaire (Napo) n’a fait parler d’elle qu’à deux reprises, lors d’une manifestation organisée à Schaffhouse et une autre à Aarau. Le soir du samedi 12 mars 2005, environ 150 extrémistes de droite ont défilé dans les rues désertes de Schaffhouse, d’abord sans vraiment attirer l’attention du public. Bernhard Schaub, l’instigateur de la NAPO, a fait un discours et les participants ont distribué des tracts aux rares passants. Selon ce document, la Suisse ne serait pas gouvernée par le peuple, mais – comme tous les pays occidentaux – “par un groupuscule de la mafia internationale” et que “ces criminels internationaux de l’argent apatride ont mené deux guerres mondiales contre l’Allemagne avant d’ériger leur domination planétaire sur les ruines de l’Europe”. Ils seraient aussi bien les “maîtres du capitalisme” que du communisme et représenteraient “le véritable impérialisme étranger”.

Le 30 avril, une cinquantaine d’extrémistes de droite ont répondu à l’appel de la Napo – adressé uniquement aux membres de l’organisation – et participé à une manifestation surprise à l’occasion de la fête du travail. Bernhard Schaub a tenu un discours violemment antisémite. La police cantonale argovienne n’a pas coupé court à ces propos incendiaires, mais a ouvert après coup une procédure pénale pour violation de la norme antiraciste.

L’Opposition nationale extraparlementaire (NAPO) a fait parler d’elle pour la première fois en 2003. Selon son “programme d’action”, l’objectif de la NAPO est “de perturber le pouvoir des médias dans notre système politique et de préparer un changement de pouvoir en Suisse dans l’esprit d’un état populaire”. Cela implique notamment l’expulsion des résidents de provenance non européenne, car la NAPO considère les “personnes d’une autre culture et d’une autre race qui vivent dans notre pays et en Europe comme des occupants civils”. Le programme précise que “la NAPO se mobilise pour le rapatriement des personnes d’autres races et d’autres cultures”. Parmi ses “visions”, le parti évoque des familles nombreuses de race blanche. Il s’agit donc clairement d’un texte raciste. En 2003 et en 2004, d’autres tracts ont été distribués dans divers endroits en Suisse alémanique, où ils n’ont guère suscité d’attention.

Négation de l’Holocauste

Les révisionnistes nient trois faits historiques patents : premièrement, qu’un plan destiné à éliminer les Juifs d’Europe ait été élaboré, deuxièmement que des chambres à gaz aient été construites pour éliminer les victimes et, troisièmement, que la persécution des Juifs par les nazis s’est soldée par la mort de près de six millions d’entre eux. En 2005, l’Internationale négationniste a visiblement perdu terrain. Si divers de ses représentants, comme le Français Robert Faurisson, se plaignent depuis plusieurs années de la crise qui frappe la scène révisionniste , une grande partie de son infrastructure n’a cependant été paralysée qu’à la fin de l’automne 2005. Avec l’arrestation et l’extradition de Germar Rudolf, le plus grand éditeur bilingue est devenu inactif, tout comme le principal magazine révisionniste disponible en langues allemande et en anglaise ainsi que le site Internet le mieux documenté. Même si des déclarations de politiciens iraniens sont volontiers citées, par exemple celles du président Mahmoud Ahmadinejad récemment élu, elles ne constituent pas une preuve d’une collaboration plus étroite entre les négationnistes et les islamistes.

La première apparition publique des révisionnistes suisses remonte au début des années 90. Lors de la campagne référendaire en relation avec l’introduction de la norme pénale antiraciste, les quatre principaux représentants du mouvement Jürgen Graf, Arthur Vogt, Andres J. Studer et Bernhard Schaub se sont d’abord organisés dans le cadre de la Communauté de travail pour lever le tabou de l’histoire contemporaine (Arbeitsgemeinschaft zur Enttabuisierung der Zeitgeschichte – AEZ), rebaptisée ultérieurement Communauté de travail pour les recherches sur l’histoire contemporaine (Arbeitsgemeinschaft zur Erforschung der Zeitgeschichte – AEZ). L’AEZ a réduit ses activités à partir du milieu des années 90, sur quoi les révisionnistes suisses alémaniques se sont alliés avec leurs collègues suisses romands au sein de l’association Vérité & Justice.

L’édition de décembre 2005 de la publication „Courrier du continent” de Gaston Armand Amaudruz contenait une communication de l’association „Vérité et Justice”, selon laquelle son secrétaire général René-Louis Berclaz était sorti de prison après 344 jours de détention. René-Louis Berclaz réfute la norme pénale antiraciste et donc aussi son obligation de contrôler les informations – inspirées selon lui du “Protocoles des sages de Sion”.

Le fait est que l’association „Vérité et Justice” (dissoute en mars 2002 par le tribunal du district de la Veveyse à Châtel-Saint-Denis) n’a, pour la première fois en 2005, pas exercé d’activités dignes d’être mentionnées. A la fin 2005 “Vérité et Justice” n’avait d’ailleurs plus de site Internet. Jürgen Graf, l’ancien président de l’association, n’est plus actif en Suisse. Il s’est exilé afin d’échapper à une peine de prison de quinze mois et vit aujourd’hui en Russie. L’automne dernier, un comité de soutien a cependant annoncé la publication, au printemps 2006, d’un livre contenant des articles déjà parus et des textes inédits et fait une demande des dons dans ce sens.

Le dernier projet de Bernhard Schaub semble également motivé par des considérations politiques. Il a ouvert un centre de “gymnastique nordique” à Dornach, au siège du mouvement anthroposophique. Cette gymnastique est qualifiée de nordique parce qu’elle correspond aux “mouvements corporels des populations d’Europe centrale et des pays nordiques”. Elle se fonde sur les méthodes développées par Graf Fritz von Bothmer et Hinrich Melau. Graf F. von Bothmer était un anthroposophe et Hinrich Melau est le fondateur d’une “gymnastique allemande” qui était très populaire auprès de l’association des jeunes filles allemandes sous le Troisième Reich.

Bernhard Schaub

En Suisse, les apparitions publiques de Bernhard Schaub sont restées rares en 2005 et l’Opposition nationale extraparlementaire (Napo) dont il est le fondateur n’a fait parler d’elle qu’à deux reprises. C’est lui qui a pris la parole aussi bien à Schaffhouse qu’à Aarau. Contrairement aux années précédentes, il n’a pas usé du mégaphone lors du rassemblement d’extrême droite du 1er août à Brunnen, bien qu’il était présent sur le site selon des témoins. Mais Schaub a été actif en Allemagne. Il a fait plusieurs apparitions publiques en compagnie du révisionniste Horst Mahler, par exemple à la fin février 2005 au “Collegium Humanum” à Vlotho dans le nord de l’Allemagne, où les deux acolytes ont présenté un exposé intitulé “L’Allemagne, le Reich de la liberté” ou “L’avenir de la démocratie est sa disparition”, visiblement dans le but de mettre sur pied un mouvement du Reich. Schaub et Mahler étaient également présents à Vlotho en novembre, à l’occasion d’une réunion de l’”Union pour la Réhabilitation des Persécutés de la Négation de l’Holocauste”, dont Schaub assure la présidence depuis la création du mouvement en 2003. Quelques jours auparavant, il avait assisté à l’ouverture du procès contre le révisionniste Ernst Zündel à Mannheim. A la fin octobre 2005, Schaub a animé avec Horst Mahler dans la ville thuringeoise de Mosbach bei Eisenach un séminaire du “Mouvement du Reich”, dont l’objectif d’apprentissage – selon un participant – était de faire évoluer le “réflexe de distanciation” habituel que l’on rencontre dans des milieux nationaux lorsqu’on mentionne le nom d’Adolf Hitler”. A cette occasion, Bernhard Schaub a parlé de “l’esprit du peuple” et rappelé qu’Hölderlin avait évoqué avec passion “le génie allemand, l’esprit du peuple allemand”, qui “s’est cristallisé cent vingt ans plus tard dans Adolf Hitler”.

Depuis son nouveau domicile de Dornach, Berhard Schaub – actuellement l’unique extrémiste de droite suisse dont le rayonnement dépasse les frontières du pays – continue d’éditer son bulletin “WotansWort”, même si le lien avec le site Internet du Napo n’est plus actif depuis un certain temps. En 2005, Schaub a réédité “dans le cadre d’une impression privée pour un cercle d’amis” un nombre limité d’exemplaires du livre “Gold in the furnace” (L’or des fours crématoires. Un hommage à l’Allemagne”, une apologie d’Hitler sous la plume de Savitri Devi Mukherji. Cette représentante d’un ésotérisme hitlérien écrit que les chambres à gaz n’ont jamais existé sous le Troisième Reich et qualifie les déclarations des survivants des camps de concentration comme des “mensonges juifs”.

Les extrémistes de droite suisse sur Internet

En Suisse, la scène d’extrême droite ne dispose que de rares moyens de communication, en particulier de médias imprimés. Depuis quelques années, elle est capable de maintenir sur Internet des “portails d’information” qui commentent plus ou moins régulièrement les événements actuels et diffusent parfois des communiqués de presse d’organisations d’extrême droite. Reste à savoir si ces portails sont utilisés en dehors de cercles restreints.

Mis à part ces portails, divers “forums de discussion” existent depuis quelques années et permettent aux personnes intéressées d’échanger leur point de vue, généralement après inscription préalable. A la fin 2005, les plates-formes de discussion suivantes étaient notamment actives : le “Forum national suisse” sur le site du revendeur de disques White Revolution, le “Forum Hammerskin”, ainsi que le forum de “Blood and Honour Suisse”, qui est essentiellement utilisé par des Suisses romands.

Freie Stimme / Altermedia Schweiz

A la mi-septembre 2005, le portail d’information “Freie Stimme”(Voix libre) a fait savoir qu’il cessait la plupart de ses activités, car la politique – “ou du moins le jeu montré au citoyen démocratique lambda” – se déroule souvent selon un scénario immuable, si bien qu’une perte de motivation est inévitable à terme. Deux mois plus tard, une autre communication a éclairé cette affirmation sous un autre jour: “Il y a une semaine, une perquisition a été conduite par trois agents de police au domicile privé de la rédaction de “Freie Stimme” ; deux ordinateurs et plusieurs supports de données ont été saisis. Une perquisition a eu lieu au même moment au domicile d’une autre personne que la police soupçonne de collaborer avec Freie Stimme/Altermedia Schweiz.”

La procédure pénale a été ouverte après la publication, à la fin mai, d’un communiqué de “Freie Stimme” au sujet de l’inauguration du mémorial de la Shoa à Berlin, dont les auteurs proposaient “que les personnes responsables de l’édification de ce mémorial réduisent un jour la taille des 2711 stèles de béton avec un marteau de façon qu’il n’en reste que de la poussière. La poussière de la plus grande humiliation de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe.” Ce communiqué a poussé un particulier à porter plainte pour violation de la norme pénale antiraciste.

Depuis la mi-2002, “Freie Stimme” publie régulièrement des commentaires sur l’actualité dans une perspective pronazie et raciste, parfois avec des connotations antisémites, parfois avec des insinuations qui laissent transparaître une certaine sympathie pour les négationnistes de l’holocauste. Alors que “Freie Stimme” commente généralement les activités du camp nationaliste conservateur sur un ton bienveillant, le conseiller fédéral Christoph Blocher a au contraire été critiqué au sujet de sa politique de migration : tout comme son parti l’UDC, il a été accusé de jouer un “double jeu”, car il aurait “répété à maintes reprises que la Suisse avait besoin des étrangers et que son économie était tributaire de l’immigration”. En d’autres termes, “Freie Stimme” estime que la politique des étrangers de Blocher et de l’UDC manque de cohérence.

Le site d’information Altermedia est toujours actif en Suisse romande. Ce portail international diffuse des informations du monde entier aux personnes de lignée européenne (World Wide News for People of European Descent). Il se targue d’être la voix de ceux qui refusent de sacrifier leur liberté d’opinion sur l’autel du politiquement correct, c’est-à-dire de toutes les mouvances nationalistes et d’extrême droite. Le site d’information interactif en langue française publie surtout les communiqués de partis comme l’UDC ou le PNOS ou de leurs représentants. En 2005, l’offre s’est cependant limitée à la diffusion de communiqués ou de textes publiés sous une autre forme. Nul ne sait qui exploite ce site suisse romand.

Altermedia Suisse et Novopress Suisse

Mis à part Altermedia Suisse, il existe un deuxième portail d’information suisse romand, à savoir Novopress Suisse, qui est également au service du combat identitaire. Les commentaires hebdomadaires signés “Saint Martin” sont particulièrement virulents. Novopress Suisse est proche de la mouvance des Identitaires et diffuse aussi les messages des Identitaires de Romandie.

Dans toutes les subcultures de jeunes, la musique joue un rôle d’identification et de valorisation, d’une part en tant que vecteur d’une certaine joie de vivre et, d’autre part, en tant que moyen de diffusion de messages politiques. Les concerts servent à cimenter le groupe et à diffuser des messages politiques, surtout lorsqu’ils sont organisés par des skinheads néonazis, car on y trouve généralement des stands qui proposent aussi bien des enregistrements que des livres/brochures ainsi que d’autres articles typiques du mouvement. Jusqu’à la publication de l’arrêt du Tribunal fédéral concernant la norme pénale antiraciste et la notion d’événement “public”, la police et le juge d’instruction considéraient les concerts skinheads néonazis comme des manifestations privées, même s’ils réunissaient plus de mille personnes et si l’annonce du concert était accessible aux journalistes.

Ces dernières années, plusieurs groupes suisses d’extrême droite se sont fait connaître du grand public ; le groupe bâlois Sturmtruppen Skinhead existe depuis plus d’une décennie, alors que le groupe de Suisse orientale “Erbarmungslos” de la mouvance Hammerskin a été créé un peu plus tard. Les membres du groupe lucernois “Dissens” se réclament également du mouvement Hammerskin. En 2005, les groupes zurichois et valaisan “Amok” et “Helvetica” ont donné des concerts, mais n’ont pas encore publié d’enregistrements, contrairement au groupe de rock patriotique “Indiziert”, le plus connu dans notre pays.

Un concert et ses conséquences

Au début, tout était sous contrôle. Quelques centaines de nazis se sont rassemblés à l’occasion d’un concert à la mémoire de Jan Stuart, le fondateur décédé de Blood and Honour. La police cantonale valaisanne a affirmé avoir conscience de sa responsabilité, même si le concert était illégal faute d’avoir été annoncé. Elle a contrôlé l’identité d’une soixantaine de personnes, sans rien constater d’illicite. Le calme régnait sur le site de la manifestation et les échos du concert n’étaient pas audibles à l’extérieur.

Dix jours plus tard, le magazine d’information “Rundschau” de la Télévision suisse alémanique DRS a diffusé un film tourné avec une caméra cachée qui prouvait de manière éclatante le caractère raciste de cette manifestation. Le groupe néonazi zurichois “Amok” a chanté des textes comme : “Aiguisez les longs couteaux sur le bitume, plantez-les dans le corps des Juifs. Le sang doit couler à flots et nous déféquons sur cette république juive.” Le film a également révélé que des enregistrements et des livres du même acabit étaient en vente sur plusieurs stands. La police cantonale valaisanne a alors ouvert une procédure pénale, notamment pour violation de la norme anti-raciste.

Conclusion : L’émission “Rundschau” a montré que les actes racistes étaient perpétrés à l’intérieur de la salle lors de concerts skinheads néonazis. Etant donné le caractère public de ces manifestations, la police devra donc interdire les réunions de ce genre à l’avenir ou les surveiller depuis l’intérieur.

En 2005, les quatre musiciens du groupe de rock bernois d’extrême droite “Indiziert” ont participé à une manifestation électorale du NPD à Bayern ainsi qu’à un concert de la section autrichienne de Blood and Honour. Sur son site Internet, la formation propose un compte-rendu de six concerts et annonce qu’elle enregistrera un nouveau CD à la fin 2005. Mais les problèmes rencontrés par le premier enregistrement “Eidgenössischer Widerstand” (résistance helvétique) sont loin d’être surmontés. Le message est clairement d’inspiration raciste, même s’il est transmis sous la forme de couplets boiteux : “Nous devons nous battre sans relâche pour une Suisse pure et blanche afin de devenir une entité forte, faute de quoi notre peuple risque de disparaître. Le temps est venu de chasser les étrangers.” En Allemagne, l’office fédéral de contrôle des médias dangereux pour la jeunesse a condamné l’enregistrement d’Indiziert, car les textes de certaines chansons “pourraient inciter au racisme”.

Indiziert

Le groupe de rock Indiziert se compose des frères Alex et Cedric Rohrbach, de Dominic Lüthard et de Benjamin Lingg. A la fin 2005, Dominic Lüthard a annoncé qu’il se portait candidat au Grand Conseil du canton de Berne sur la liste du PNOS. L’enregistrement “Eidgenössischer Widerstand” a été produit et distribué par Ulfhednirs Records, dont l’adresse postale est à Niederhasli (ZH). Ce label de disques distribue essentiellement des disques de heavy-metal NS. Le nom des propriétaires de la firme n’est pas connu à ce jour.

Le 11 juin 2005, plusieurs centaines d’extrémistes de droite se sont réunis à Ennenda, dans le canton de Glaris. La manifestation a dégénéré en bagarre générale, laquelle n’a pris fin qu’après l’intervention de la police. Selon les commentaires publiés par l’intermédiaire de divers forums d’extrême droite, les Hammerskinheads se sont pris de bec avec les skins de la mouvance Blood and Honour. Le concert avait été annoncé comme un „événement helvétique” et a été organisé par la société Ufhednirs Records domiciliée à Niederhasli dans le canton de Zurich. Il s’agit de l’unique concert d’une certaine importance mis sur pied en Suisse en 2005 par cette partie de la scène heavy metal qui affiche ouvertement sa sympathie pour le national-socialisme.

Dark Wave et Black metal NS – deux subcultures proches des courants d’extrême droite

Des courants néo-fascistes ont également été observés sur une petite partie de la scène Dark Wave/Neo-folk. Des concerts de ce genre sont organisés en Suisse, surtout en Romandie. Le Viennois Gerhard Petak (alias Kadmon) s’est par exemple produit à Yverdon à la fin octobre 2005. Gerhard Petak compte depuis des années parmi les représentants les plus connus de la scène néo-folk d’inspiration néo-fasciste. La soirée a été organisée par l’association “Soleil Noir” présidée par le lausannois Lars Kophal. L’idéologie ambivalente de Soleil Noir transparaît dans le portrait de l’association, qui affirme d’emblée être “apolitique” avant d’ajouter “nous vomissons la modernité sans racines, le matérialisme sans âme, l’ultralibéralisme destructeur, l’exploitation des travailleurs par le grand actionnariat international, la globalisation-standardisation planétaire, la grande soupe fade du multiculturalisme, l’américanisation comme la tiers-mondisation. Accessoirement, nous sommes suisses et européens et n’en ressentons ni honte ni culpabilité”. Cette approche culturelle pessimiste et centrée sur l’Europe est justifiée politiquement par des citations élogieuses de l’idéologiste fasciste Julius Evola. Une grande partie de la scène Dark Wave/Neo-folk ne se montre pas critique à l’égard de cette minorité d’inspiration néo-fasciste, et des journalistes peu critiques partagent parfois cette opinion.

Trois organisations – dont Soleil Noir – ont annoncé qu’elles organiseraient un festival de deux jours à Yverdon durant le week-end de Pâques 2006.

Vente de livres et de musique par correspondance

Jusqu’à ces dernières années, les extrémistes de droite suisses n’avaient pas d’autre choix que d’acheter des livres et des enregistrements à l’étranger. Même si une grande partie du matériel provient encore de l’étranger à l’heure actuelle (surtout de l’Allemagne), un distributeur était actif n Suisse jusqu’à l’automne 2005.

Sacha Kunz, l’ancien président du PNOS, a commencé à mettre en place une structure d’une certaine importance dès 2004. “White Revolution” devait être un distributeur de disques et un label. Selon les déclarations faites sur le site Internet, White Revolution Records se voulait un label suisse dont l’objectif avoué était de “participer à la scène musicale suisse du courant nationaliste”. Le studio d’enregistrement Swastika Records actif dans la production professionnelle de musique était rattaché à ce label.

Sacha Kunz anime aussi le “Forum National suisse” par l’intermédiaire du site de White-Revolution, lequel a été très utilisé surtout durant l’été 2005, notamment pour inviter l’extrême droite à participer au rassemblement sur le Grütli. Dans le courant de l’automne, Kunz a rebaptisé sa maison de vente par correspondance du nom plus anodin d’Helvetia Versand. L’offre n’a pas changé et est restée accessible via Internet pendant quelque temps, jusqu’à ce que la police cantonale argovienne perquisitionne au domicile de Kunz dans le cadre d’une procédure pour violation de la norme antiraciste. La clientèle de la maison de vente par correspondance s’était étoffée, comme l’a signalé l’association Antifa Berne à la mi-août 2005, lorsqu’on lui a fait parvenir la base de donnée avec plus de 150 noms de clients.

Kunz est aussi membre du duo “Die Eidgenossen”, qui a notamment participé à la mi-juillet 2005 à Baden à une manifestation de l’association “Camarades de Baden” inconnue par ailleurs. Kunz et son acolyte ont chanté la chanson raciste “Afrikalied” du groupe allemand “Landser”, comme des participants au concert – dont Kunz lui-même – l’ont fait savoir dans des forums d’extrême droite. Le duo “Die Eidgenossen” a par ailleurs publié un CD comportant trois chansons racistes accompagnées d’accords de guitare dépourvus de fantaisie, dont l’hymne du Front national.

L’offre de la librairie par correspondance Neue Zeitenwende est diffusée sur Internet depuis novembre 2005. Selon ses dires, la firme propose des livres consacrés à divers thèmes, comme “l’histoire, la culture et les usages, la politique et d’autres sujets”. En réalité, elle diffuse des livres sur les sociétés secrètes, de la littérature à la gloire des SS ainsi que des publications d’auteurs d’extrême droite comme Jürgen Schwab ou Peter Dehoust.

L’adresse de la librairie en ligne est une case postale à Flumenthal (près de Soleure) et la page d’accueil est présentée par Adrian Segessenmann à Flumenthal. Le jeune Segessenmann âgé de 26 ans est actif sur la scène d’extrême droite depuis de nombreuses années. Il a notamment participé à l’agression Hammerskin lors d’un festival de musique anti-fasciste à Hochdorf (4.11.1995) et faisait partie des organisateurs de la conférence qui a débouché sur un changement de définition concernant le caractère “public” d’un fait.

Conclusion : en 2005, le nombre des protagonistes de la scène d’extrême droite – composée pour l’essentiel de skinheads nazis – n’a certes augmenté que faiblement. Le mouvement s’est néanmoins renforcé, car il dispose désormais d’un réseau régulier d’offres sous la forme de groupes de musique, de distributeurs par correspondance d’enregistrements et de livres, de portails d’information sur Internet ainsi que d’un parti pouvant s’appuyer sur des structures solides. Mais une action en justice est encore ouverte contre le PNOS pour violation de la norme pénale antiraciste. Le tribunal de première instance de l’arrondissement d’Aarau a établi que plusieurs points du programme du parti étaient clairement racistes.

Lucerne, mi-janvier 2006 Hans Stutz

L’extrémisme de droite en Suisse en 2005/2

Zürich, 31 Décembre 2005

Cette année encore, les “crânes rasés” brillent par leur présence

L’extrémisme de droite en Suisse en 2005

Le 1er août 2005 environ 800 extrémistes de droite, dont beaucoup d’adolescents et de jeunes adultes du mouvement skinhead étaient présents sur la prairie du Grütli. Ils se sont mis à siffler, beugler et proférer des insultes lorsque l’orateur du jour, le Président de la Confédération, Samuel Schmid (UDC), a parlé d’intégration et s’est exprimé contre le racisme et l’anti-sémitisme. Les médias se sont alors abondamment emparés du sujet de l’extrémisme de droite en Suisse. Seuls les représentants du camp nationaliste conservateur, en particulier des élus de l’UDC, ont soit critiqué les journalistes, soit ont tenté de minimiser l’événement en parlant d’une “centaine de néo-nazis chahuteurs”, soit encore tenté de justifier les invectives contre le Président de la Confédération. Ainsi l’UDC du canton de Lucerne a déclaré qu’il n’était pas étonnant lors d’une telle manifestation qu’il y ait quelques interpellations et huées dans la foule”, en ajoutant qu’il s’agissait d’une grossière présomption de la presse et même d’une “cochonnerie”, de mettre tous les patriotes dans le même panier, à savoir celui des néo-nazis. Le parti cantonal de Lucerne a encore fait paraître une annonce dans laquelle il utilisait du matériel emprunté au camp de l’extrémiste de droite américain Lyndon LaRouche. Dans un autre texte du journal cantonal de l’UDC, un partisan s’appuie sur texte tiré d’une publication d’extrême-droite allemande. Dans le canton du Valais, des représentants de l’UDC on défendu la pratique des jeunes UDC du Valais de tolérer sur leur site internet des commentaires racistes et néo-nazis, ainsi que des allusions aux négationnistes de l’holocauste. Tout cela sous le prétexte que le forum des jeunes UDC était l’une des dernières plateformes de libre expression.

Un représentant de l’UDC s’était cependant exprimé de façon trop grossière au milieu des beuglements et des invectives qui fusaient sur la prairie du Rütli, ainsi qu’en témoignent certaines images de télévision. Ce jeune de 23 ans, Pascal Trost – qui en février 2005 était encore candidat UDC aux élections pour le Grand-conseil du canton d’Argovie – s’est vu exclu du parti. Encore peu avant la marche du Grütli, Trost avait posté sur sa page internet le texte suivant : “En tant que patriote, je prends part pour la 5ème fois à ce grand événement et je me réjouis une fois de plus d’y voir des Suissesses et des Suisses qui sont fiers de leur origine”. Le partisan UDC, qui était membre du “Parti suisse de la liberté” jusqu’aux élections nationales de 2003 avait donc pris part de nombreuses fois à la marche du Grütli. Présent également dans les forums d’extrême droite, il s’était fait remarquer depuis longtemps pour ses propos racistes et antisémites. Après son exclusion, son discours s’est encore radicalisé.

1er août – jour férié pour le Grütli?

Le 1er août 1996, quelques skinheads de tendance nazie sont apparus pour la première fois lors des festivités du Grütli. Ils ont fait quelques provocations avec le “salut Kühnen”, choquant au passage quelques participants à la manifestation. Mais la police a rapidement imposé silence aux perturbateurs. Les années suivantes, ils ont été toujours plus nombreux à se retrouver sur la prairie du Grütli. Des extrémistes de droite, pour la plupart des skinheads de tendance nazie, mais également des négationnistes. En 2000, ils ont sifflé le discours de l’orateur qui était cette année-là le Conseiller fédéral Kaspar Villiger. La feuille de boulevard “Blick a parlé de “L’infamie du Grütli” et la mouvance d’extrême droite a obtenu à cette occasion une importante publicité.

Mais la commission du Rütli, organisatrice de la manifestation, n’a rien entrepris contre l’appropriation progressive de la fête par la frange extrémiste, qui s’est mise à dominer graduellement la manifestation. En 2005, ce sont environ 800 extrémistes qui ont fustigés le discours du Président de la Confédération Samuel Schmid (UDC), surtout lorsqu’il a prononcé les mots “intégration”, “démocratie” et “tolérance religieuse”. La fête a pris un “caractère déplorable” écrivait même le quotidien zurichois NZZ, qui jusqu’ici avait qualifié les interventions des extrémistes comme des “chichis” inoffensifs. La présidente du comité organisateur, Judith Stamm (PDC), pourtant connue pour être large d’esprit, a déclaré à un journaliste que ces perturbations avaient “dépassé le seuil du tolérable”. Ce qui signifierait en fait qu’elle n’aurait aucune objection à la présence silencieuse des extrémistes de droite.

Pour la dixième année consécutive, les extrémistes se sont rendus au Grütli et pourtant les organisateurs ont détourné les yeux ou alors tancé les médias en prétendant qu’il s’agissait d’un affaire montée en épingle, par exemple en 2000 lorsque le “Blick” avait parlé de “L’infamie du Grütli”. Comment se fait-il que ce petit groupe de bourgeois d’honneur de Suisse centrale régissent, année après année, avec une telle naïveté aux provocations des mouvements extrémistes? Quel est l’arrière-fond idéologique et historique de cette mouvance?

“Il n’y a pas de nation suisse” affirmait l’historien André Reszler, auteur de “Mythes et identité suisse”. Et il poursuit en disant que la nation suisse est constituée de personnes qui se considèrent d’abord comme citoyens d’une commune et d’un canton, puis subsidiairement comme suisses. Cette pensée a été exprimée par plusieurs auteurs dans les décennies qui nous précèdent, mais elle évacue le fait qu’un cinquième environ des personnes qui vivent sur les 42’000 kilomètres carrés appelés “Suisse” sur la carte de l’Europe, ne peut prétendre à la citoyenneté.

La Suisse est une société qui comme d’autres est constituée de personnes (hommes, femmes et enfants) qui vivent ensemble, produisent, consomment et sont administrés par une bureaucratie. Ces personnes viennent de traditions religieuses différentes (chrétienne, judaïque, islamique, bouddhique, etc…) ou n’ont pas d’affiliation religieuse. Ils ont des situations financières très diverses, certains vivent de leur capital, d’autres travaillent. Cela va du petit paysan de montagne du Muotatal (hautement subventionné) à l’ouvrier syndiqué (à la retraite mais encore actif) qui a renoncé à la naturalisation après que les autorités confédérales lui aient signifié que son engagement politique le menait tout droit à l’échec. Il y a le banquier privé genevois vivant confortablement mais dans une discrétion toute calviniste à l’abri des regards, et l’étudiante en sciences sociale qui petite fille gardait les chèvres dans les montagnes kurdes mais qui vit depuis plus de vingt ans en Suisse et pour qui chaque déplacement hors des frontières fait l’objet de laborieuses démarches administratives.

Telle est la réalité. Mais ce qui est aussi vrai, c’est que la Suisse soigne depuis un peu plus d’un siècle une idéologie qui a pour vocation de raccommoder les ruptures sociales et politiques inhérentes à un état moderne et capitaliste. Alimentée par des mythes vieillots (Guillaume Tell, Winkelried, etc), cette idéologie est particulièrement cultivée sur le lieu de pèlerinage que représente le Grütli. Lors de la fête nationale du 1er août 2006, le Conseiller fédéral Samuel Schmid a parlé du “lieu mythique” que représente le Grütli. Or, il ne s’agit que d’un pré difficilement accessible qui appartient à la Confédération et qui est géré par la commission du Grütli. Cette commission organise des événements de prestiges comme le discours du 1er août. Samuel Schmid était d’ailleurs le premier orateur invité à n’être pas issus de la bourgeoisie de Suisse centrale.

Les radicaux, vainqueurs de la guerre du Sonderbund de 1847 et fondateurs de la Suisse moderne ont laissé aux catholiques conservateurs le soin de l’idéologie. Ces derniers ont cultivé l’image d’une Suisse des bergers, loin des villes, des usines et des immigrants. Cette image d’Epinal a été intégrée à la “défense spirituelle” de la Suisse, surtout depuis les années trente et durant la guerre: hallebardes, drapeaux suisses et géraniums aux fenêtres. Cette vision se réclame d’un isolement vis-à-vis de l’extérieur et d’un cloisonnement à l’interne. Elle a été défendue par les partis bourgeois et même une partie des socialistes, surtout durant la guerre froide, et a sous-tendu la politique officielle de la Confédération jusqu’au début des années 1990. Puis, avec l’effondrement du bloc communiste et l’ouverture vers l’extérieur (négociations avec l’UE et l’entrée dans l’ONU), cette vision est devenue obsolète.

La prairie du Grütli reste toutefois un lieu de projection idéal d’une Suisse intemporelle et vivant dans un splendide isolement. C’est pourquoi elle attire à elle les éléments les plus conservateurs ainsi que les mouvances extrémistes. Que faire? Rayer la réunion du Grütli du calendrier des manifestations du 1er août. Pas uniquement à cause des perturbations occasionnées par les extrémistes de droite, mais parce que cette manifestation incarne une image de la Suisse largement périmée. Une interdiction signifierait que ce jour-là la prairie du Grütli et son gardien auraient un jour férié et que la prairie serait interdite d’accès. Dans quelques années on pourrait toujours réévaluer la situation.

Depuis le milieu des années 80, avec la résurgences des mouvements nationaux conservateurs, la vision conservatrice mue par une tendance nationaliste (voir raciste) a imprégné bien des débats sur l’avenir de la société, qu’il s’agisse des conséquences sociales des drogues illégales ou des questions scolaires. A côté des micro-partis nationalistes, l’UDC en tant que parti gouvernemental encourage un climat de discrimination à l’aide de campagnes agressives. Dans tous les cas de figure, le camp des nationalistes conservateurs dispose d’un grand nombre d’organisations et de moyens de publications, de membres économiquement puissants ainsi que d’élus zélés, et d’un réservoir important de personnes écrivant des lettres de lecteurs. C’est ainsi que, de façon récurrente, la droite ultra-conservatrice parvient à accaparer le débat politique.

Parallèlement s’est constituée une subculture d’extrême droite, qui tout en demeurant marginale n’en est pas moins assez stable. Elle recrute ses sympathisants parmi les jeunes hommes et se compose également de “patriotes”, de skinheads à tendance nazie, de négationnistes de l’holocauste, d’activistes dans des projets politiques et de militants dans des organisations à caractère culturel et politique qui veulent mettre en avant les idées d’extrême droite en faisant un travail de promotion idéologique. Comment se présente cette mouvance idéologique en 2005?

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, certains groupuscules d’inconditionnels ont continué à véhiculer l’idéologie national-socialiste ou fasciste, comme à Lausanne Gaston-Armand Amaudruz, militant et agitateur national-socialiste depuis près de 60 ans! Mais ce n’est que dans les années 80 que s’est créée graduellement en Suisse une subculture d’extrême droite qui rallie toujours plus de sympathisants tout en restant marginale, et dont la partie émergeante a été le “petit printemps des fronts” de 1989. Le groupe proportionnellement le mieux représenté était celui des skinheads, plus précisément des skinheads se réclamant de l’idéologie nazie. Bien que se laissant difficilement organiser dans une entité politique, cette mouvance répand son idéologie via diverses manifestations, en particulier des concerts. Ce sont régulièrement des skinheads de tendance nazie qui ont été reconnus coupables des incendies de bâtiments abritant des requérants d’asile, d’attaques contre des personnes de groupes minoritaires et de propagande raciste. Les discours ont donc été suivis par des actes.

Skinheads nazis et “patriotes”

La subculture “Skinhead” est née dans les années 60 dans la jeunesse en Grande-Bretagne. Y était représentés surtout des jeunes hommes des milieux ouvriers. Ils était fans d’alcool et de football, aimaient la musique Ska des jeunes migrants jamaïcains. Ils recherchaient l’attrait de tapages occasionnels et s’opposaient aux jeunes à cheveux longs, en particulier aux Hippies et également à certains immigrants d’origine indienne. Mais ils n’étaient pas explicitement néonazis ou extrémistes de droite. C’est seulement au début des années 80, lorsque les deux partis britanniques fascistes, le National Front et le British National Party ont cherché à recruter des membres dans les stades de football qu’une mouvance skinhead s’inspirant de l’idéologie nazie s’est créée. En Suisse, les premiers Skinheads d’extrême droite sont apparus au début des années 80 à Zürich, dans le milieu des fans de football/hooligans, à l’époque en particulier le “Hardturmfront”.

Depuis plusieurs années, les skinheads suisses de tendance nazie se regroupent en sections locales ou régionales qui ne se réclament d’aucune direction commune ni même d’une appellation particulière. Plutôt milieu qu’organisation, ces skinheads sont pour l’essentiel âgés de 15 à 25 ans, ont un métier manuel, habitent dans des communes rurales ou de petites villes. Comme le formule le Service d’analyse et de prévention(SAP): ” La mouvance extrémiste de droite est constituée de petits groupements non structurés, qui entretiennent entre eux des liens lâches et dont la composition et le nom changent fréquemment.”. Quant ils en portent un. “La mouvance extrémiste de droite en Suisse, poursuit ce service, ne partage aucune unité de vues, ni de base commune. On compte à l’heure actuelle environ un millier de sympathisants de ce milieu en Suisse.” Concernant la menace qu’elle représente, le document estime que: “Les activistes de droite perturbent parfois considérablement l’ordre et la sécurité publique, mais de façon ponctuelle et locale. La Suisse demeure un lieu particulièrement attractif pour l’organisation de concerts Skinhead et de manifestations apparentées.” Ce que le SAP désigne par des “menaces ponctuelles de la sécurité publique” désigne en fait des actes qui peuvent avoir pour des membres de groupes minoritaires ou des requérants des conséquences gravissimes. En 2005, six skinheads de tendance nazie ont comparu devant le tribunal de district de Frauenfeld parce qu’en 2003, ils avaient à tel point tabassé un jeune fan de reggae de 15 ans qu’ils l’avaient laissé handicapé à vie. Motif invoqué par les inculpés: ils voulaient “tabasser des gauchistes”.

Hammerskinheads et Blood an Honour

Bien que la mouvance skinhead pro-nazie soit peu structurée en Suisse, il est important d’évoquer deux organisations qui existent sur le plan international depuis des années. Il s’agit d’une part des Hammerskinheads, fondés en 1986 à Houston/Textas en tant que fraternité blanche et donc raciste, revendiquant “des territoires blancs pour les hommes blancs” (white areas for white people). L’autre mouvement est le groupement Blood and Honour, fondé en Grande-Bretange en 1987 comme une “voix dissidente du rock contre le communisme”. Il s’agit d’une “organisation politique sans carte d’adhérent”. Elle a pour but de répandre l’idéologie néo-nazie à travers ses propres publications, des supports audio, le commerce d’objets et d’insignes nazis, ainsi que l’organisation de concerts. Dans l’environnement Blood and Honour s’est également constituée une organisation terroriste (Combat 18, le chiffre 18 se référant à Adolf Hitler) responsable d’attentats en Grande-Bretagne et en Suède.

Ces deux organisations ont également essaimé en Suisse. Déjà au début des années 90 les Nazis-skinheads de Suisse centrale ont fondé une section suisse, aujourd’hui la plus ancienne des sections européennes encore existantes de la “nation Hammerskin”. Les Hammerskinheads suisses (SHS) sont connus pour être des organisateurs de concerts expérimentés. Dans les années écoulées, ils ont organisé régulièrement des grands concerts, celui ayant réuni le plus grand nombre de participants étant le concert d’été du 10 août 2002 à Affoltern-am-Albis (environ 1’200 visiteurs de plusieurs pays européens).

Une section suisse de Blood and Honour est apparue seulement en 1997/98, d’abord en Suisse alémanique, puis en Suisse romande. Sa figure de proue est un ex-hammerskin, Olivier Kunz, qui s’est immédiatement profilé comme organisateur de concerts, éditeur de publications ainsi que durant un certain temps distributeur de musique par correspondance. Après son jugement pour infraction contre la norme pénale antiraciste et l’interdiction des concerts nazis-skinheads – en premier lieu dans le canton de Vaud – ces activités ont accusé un net recul, même si Blood and Honour Romandie est apparu comme co-organisateur de manifestations en 2003 et 2004. En 2004, il a également été question d’une section zurichoise de Blood and Honour, dont on ne connaît cependant rien. Sur l’internet existe depuis longtemps une page “Combat 18” ainsi qu’un “Swiss Forum”qui s’est ouvert mi-août 2004 et dans lequel s’expriment aussi bien des skinheads alémaniques que romands.

Peu de choses sont connues du grand public concernant ces deux organisations extrémistes, si ce n’est que toutes deux ont été organisatrices de concerts. Les Hammerskinheads début juillet à Lyss et les Blood-and-Honour-Skinheads pour un concert à Brig. Ce dernier a cependant beaucoup retenu l’attention, car la télévision suisse a retransmis des images du concert filmées en secret.

Helvetische Jugend (Jeunesse helvétique)

La Helvetische Jugend est une organisation affiliée au PNOS (Partei national Orientierter Schweizer. Elle a été créée début juillet 2004 dans la région d’Oberaargau dans le canton de Berne. Parmi ses buts figurent sur sa page internet “la fin du multiculturalisme”, grâce entre autre à “l’expulsion d’étrangers dangereux et la limitation du nombre d’étrangers” sur le territoire suisse. Plus loin il est question de “l’internement pour les demandeurs d’asile” et d’une “meilleure éducation plus neutre dans les écoles suisses” (où il faudrait cesser toute propagande en faveur de Lénine et de Staline et séparer les élèves germanophones des non-germanophones). Enfin, il faudrait mettre un terme à la “désinformation gauchiste et à la terreur des médias, car il faut plus de journalistes neutres”.

Dans la mouvance de la Helvetische Jugend sont parues durant l’hiver/printemps 2004 en tout cas cinq éditions du magazine “Der Widerstand. Das Langenthaler Skinheadmagazin”. Dans sa première édition, le rédacteur Pascal Lüthard le décrit comme un organe national qui se propose de “lutter pour la race, le peuple et la patrie”. Ce magazine entretient le fantasme antisémite d’une vaste conspiration (les Illuminati comme exécuteurs du plan des banquiers Rothschild pour prendre le pouvoir sur le monde). Dans les numéros ultérieurs, l’éditorial est signé “Eugen” et parle de “la résistance elle-même, à savoir la mouvance national-socialiste en Oberaargau”. Il déclare à ses sympathisants: “Bien que beaucoup d’entre vous ne se décrivent pas forcément comme des national-socialistes, il faut garder nos buts bien devant les yeux et savoir où nous mènent nos réflexions. Nationalisme, patriotisme et le culte skinhead sont de beaux mots et de belles idées, mais nos efforts doivent nous conduire vers un système politique national-socialiste. C’est la seule vraie forme d’état qui a prouvé qu’elle fonctionnait”. Cet auteur nie en outre l’holocauste en prétendant que “l’holocauste n’a jamais existé”. Dans les numéros suivants, le même auteur parle des racines biologiques du racisme. Les racistes auraient le bon droit de leur côté, du fait qu’ils s’engagent pour “la séparation des races et des peuples”. Dans les autres éditions, les rédacteurs se préoccupent de thèmes nationaux comme la guerre des paysans ou la bataille de Sempach. Ils informent également sur des manifestations de l'”Initiative Vaterland”, une organisation d’extrême droite apparue en 2000, dont on ne sait pour l’instant pas grand chose.

Divers membres de la Helvetische Jugend ont été condamnés en 2005 à des peines avec sursis, parce qu’ils avaient attaqués en octobre 2004 à Willisau des participants à une manifestation antifasciste. Lors de fouilles conduites au domicile des inculpés, la police a découvert une quantité impressionnante d’armes et d’objets de culte nazis.

Willisauer Widerstand

Sur leur portail internet, les très jeunes membres du Willisauer Widerstand (la résistance de Willisau) affirment évidemment être des “patriotes”. Mais lors de fêtes privées, ils ont une préférence marquée pour les insignes nazis. Plusieurs membres ont participé à la marche des extrémistes de droite au Grütli. Les fondateurs du Willisauer Widerstand sont apparemment très jeunes, mais ils avaient des prédécesseurs, le “Nationalen Widerstand Hinterland” (la résistance nationale de l’arrière-pays). Les sympathisant de ce groupement se targuaient en mai 2004 d’avoir empêché une série de naturalisations à Willisau. Le conseil communal voulait octroyer la nationalité à dix ressortissants des Balkans. Mais ce dernier, comme le rapportait un “inconnu de l’arrière-pays” dans les pages du Widerstand, “avait compté sans les camarades fidèles à la patrie de la résistance de Hiterland”. Ceux-ci avaient distribué un tract exigeant le refus des naturalisations et lors de l’assemblée de commune “la preuve avait été donnée qu’il était possible de mobiliser suffisamment de gens pour rejeter ces naturalisations.”

Schweizer Nationalisten, Patriot.ch, 848.ch et Co.

Parmi les sympathisants de l’extrême droite se trouvent également des personnes qui sont mues par des convictions nationalistes militantes plutôt que par une vision raciste. Cela explique les nombreux transferts vers les nationalistes conservateurs. Beaucoup de forums internet sont créés par ces “patriotes” et contiennent des propos racistes et xénophobes, mais souvent ils se font également l’écho d’extrémistes de droite. Les exploitants de ces sites prétendent souvent n’avoir rien à faire avec les extrémistes de droite ou les néonazis, par exemple de responsable du site “848”, alimenté par des activistes de la région de Walensee. Mais ce site accueille souvent des contributions d’extrémistes de droite, des débats portant sur le racisme et l’antisémitisme, ainsi que des déclarations remettant en cause la réalité de l’holocauste, quant elles ne le nient pas complètement.

Les Identitaires

Début juillet 2005, Les Identitaires de Romandie ont annoncé qu’ils allaient suivre les traces de leurs “cousins” belges. Leur but est la défense des Européens de race blanche. Face aux dangers de la globalisation, de l’immigration massive, et à la dissolution de “l’identité suisse et européenne” ils ne voient qu’une issue pour la jeunesse romande: agir ou subir. Et tout cela “pour la Romandie, pour la Suisse et pour l’Europe”. Les Identitaires disposent d’un site internet, qui est cependant enregistré sous le nom d’un Français connu d’extrême droite. L’on ne sait pas grand chose de leurs activités en 2005, ni du nombre des sympathisant(e)s en Suisse romande. Dans le journal “La Liberté”, un membre déclarait que le mouvement compte quelque centaines de sympathisant(e)s en Suisse romande. En été 2005, Les Identitaires ont exigés la fermeture du centre de requérants d’asile, suite au graffitis racistes d’un conseiller communal membre du parti radical qui avait “chauffé” l’ambiance. Mi-décembre à Genève, Philippe Vardon, porte-parole de l’organisation française des Jeunesses Identitaires a prononcé un discours. Parmi les participants on faisait une collecte de fonds pour l’Association Solidarité-Kosovo qui soutient des orphelins serbes de Mitrovica. Car ces enfants sont les “fils et filles des gardes-frontières de l’Europe. Comme leur aïeux, leurs parents dont morts pour défendre leur sol contre l’expansion musulmane en Europe centrale”. Hier c’étaient les Turcs, aujourd’hui ce sont les Albanais!

Activités politico-culturelles

Divers activistes et organisations se réclament d’une idéologie d’extrême droite mais ne participent pas forcément à la politique institutionnelle et ne se présentent pas aux élections. Il s’occupent de promouvoir leur idéologie par un travail de formation et réseautage. On peut citer ainsi le cercle Avalon ou Gaston-Armand Amaudruz avec son journal le “Courrier du Continent”, mais aussi le couple Paschoud avec son journal “Le Pamphlet”. Outre ces activités déjà anciennes, on recense l’apparition en 2004 et 2005 d’un groupement nommé le “Bund Oberland”, créé par un groupe de jeunes activistes inconnus de l’Oberland bernois.

Le cercle Avalon

Le cercle Avalon est longtemps resté secret, de sorte que ses activités sont peu connues du grand public. Cependant son représentant Ahmed Huber, également activiste islamiste, prétend qu’occasionnellement des journalistes, des parlementaires ainsi que d’autres personnalités influentes ont pris part aux manifestations du cercle Avalon. Toujours est-il que Huber affirmait durant la campagne électorale de l’automne 2003 à la SonntagsZeitung que Bernhard Hess, conseiller national bernois des Démocrates suisses (DS) avait pris part à des activités de la société Avalon. Hess a contesté – sans convaincre – ses contacts avec l’extrême droite. En janvier 2005, le rédacteur de “Recht + Freiheit”, Ernst Indlekofer, s’est fâché contre une déclaration de Hess où il était question de “l’irrémédiable disparition du Reich allemand”, faisant allusion au fait qu’il avait entendu dire que Hess fréquentait depuis des années les réunions du cercle Avalon, et que de ce fait il devrait savoir que “les transformations et l’histoire de l’Allemagne sont le thème principal de la célébration bisannuelle de cette société germanophile”.

Le Cercle Avalon a été créé en 1990 par Roger Wüthrich, précédemment dirigeant de la “Jeunesse Viking suisse” et par Andreas Gossweiler, actif dans divers mouvements d’extrême droite. A ces rencontres participent d’anciens fascistes ainsi que de jeunes skinheads, outre ses représentants les plus connus comme Ahmed Huber et Roger Wüthrich.

Bund Oberland (Alliance Oberland) – appel à l’insurrection

Début février 2005, un groupe d’inconnus a distribué à Spiez un tract déclarant que “dans le premier gouvernement de Lénine figuraient 12 juifs” et que la révolution bolchévique avait été financée par des banquiers juifs de Wall Street. C’est un motif connu de l’agitation antisémite. Il s’agit de la première action avérée de la part d’un groupement dont les activistes étaient inconnus jusqu’en 2005. Le “Bund Oberland” a également distribué des tracts s’opposant à la libre circulation pour les ressortissants des pays de l’Est et a organisé une collecte pour le négationniste Germar Rudolf.

Après une prise de bec fin juillet entre un extrémiste de droite et un militant anti-globalisation, le “Bund Oberland” a émis une nouvelle dans laquelle il condamnait cette attaque mais se montrait compréhensif pour les fauteurs de trouble. Deux activistes du “Bund Oberland” – l’un d’eux se prénomme “beoberland 18” et l’autre “Wille” – ont publié dans divers forums d’extrême droite des propos antisémites et niant l’holocauste. Selon leurs dires, l’un semble avoir environ une vingtaine d’années et l’autre, un peu plus âgé, est fourrier dans l’armée suisse (ces informations n’ont pas pu être vérifiées).

Le “Bund Oberland” se décrit comme un “groupement de nationalistes qui se sont spécialisés depuis des années dans divers domaines de l’histoire et de la politique”. Elle “n’appartient à aucune subculture”, mais veut avec son activisme “appeler à une mobilisation populaire qui a pour but la chute du système actuel”. Le “Bund Oberland” n’exclut pas une collaboration avec d’autres groupements, mais il faudrait que ces derniers souscrivent entièrement aux objectifs du BO avec toutes leurs conséquences. C’est ainsi que le BO se différencie clairement des skinheads.

Les projets “préaux” (Schoolard)

Mi-septembre 2005 sont apparus dans les préaux d’écoles, surtout dans le canton d’Aargau, une série de CD avec des chansons à contenu extrémiste. C’est ainsi que la campagne du parti national socialiste allemand (NPD) a également eu des retombées en Suisse.

En Suisse, c’est avant tout le “Bund Oberland” qui a distribué ces CD. Il se glorifie d’ailleurs sur sa homepage d’en avoir écoulé plus de cinq cent. Fin 2005, il était toujours possible de télécharger depuis la homepage du “Bund Oberland” toutes les chansons en allemand et en anglais, parmi elles aussi le titre fortement antisémite du groupe “Volkszorn” intitulé “99 Luftballons”. Le groupe parle de “99 cochons de Juifs” et la chanson se termine par “99 ans de guerre ne laissent plus de place aux Juifs. Il n’y plus de cochons de Juifs ni de Turcs. Aujourd’hui je fais ma ronde, je vois le monde en ruines. J’ai trouvé une tête de juif, j’ai tappé dedans encore une fois et je l’ai fait voler”. Depuis début 2006, ces chansons ont disparu du site du “Bund Oberland”.

Gaston Armand Amaudruz et le “Courrier du Continent”

Le vieux fasciste Gaston Armand Amaudrz est aujourd’hui âgé de 85 ans, mais continue à publier régulièrement son petit journal de 12 pages hectographiées, le “Courrier du Continent”. Le contenu est identique depuis des années. Dans la partie “bloc-notes”, Amaudruz tire des citations des journaux qu’il assortit de commentaires sardoniques. Mais dans cette rubrique, il donne également des informations (y compris adresses) de nouvelles publications de l’extrême droite et de ce fait contribue à la mise en réseau de ce milieu. Puis viennent des rubriques habituelles sur la “criminalité” ou sur la “muselière” (c’est ainsi qu’Amaudruz désigne la loi pénale suisse contre le racisme). Viennent s’ajouter des textes de ses collaborateurs Guiseppe Patanè, Willi Märki et Eduardo Longo. La dernière page est consacrée à un article où Amaudruz expose ses thèses racistes, antisémites et négationnistes. Ces propos ont valus à Amaudruz un séjour prolongé en détention il y quelques années.

Le “Courrier du Continent” est paru pour la première fois en 1946 et est rédigé et publié depuis une cinquantaine d’années par le fasciste lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Pendant des décennies, ce cahier était l’organe officiel de NOE, une petite organisation raciste dont Amaudruz était l’un des principaux représentants. Le pamphlet continue à être publié aujourd’hui à quelques centaines d’exemplaires.

Claude et Mariette Paschoud “Le pamphlet”

Dans le numéro spécial paru à l’occasion de sa 35ème année d’édition, les responsables de la feuille “Le pamphlet” se réjouissent de constater qu’alors que cinq ans auparavant ils étaient prêts à jeter l’éponge, ils envisagent désormais l’avenir avec optimisme. Les auteurs, au nombre desquels figurent, outre les Paschoud, des personnes comme Michel de Preux, Gérald Berruex et d’autres, publient des articles d’opinion pour le travail du dimanche dans les commerces des gares (vote référendaire du 26 novembre 2005) et contre la consommation du cannabis. Ils font connaître leur désapprobation à l’encontre des homosexuels, mais font également des allusions antisémites, soutiennent discrètement les thèses négationnistes et pestent contre les musulmans. A côté de cela, le couple Paschoud fait également savoir au monde que leur fils Michel s’est marié et qu’ils seront bientôt grands-parents pour la troisième fois.

Une fois, le chef de la division juridique de la police vaudoise des étranger a été vraiment surpris: “Le pamphlet” a pris le parti de demandeurs d’asile vaudois vivant en Suisse depuis plus de dix ans et menacés d’expulsion. Sinon, la lecture du Pamphlet n’a rien de réjouissant, même lorsqu’il prend ses distances d’avec Christoph Blocher qui ne s’est pas opposé il y a dix ans à la norme pénale suisse antiraciste et qu’il a exclu des négationnistes de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN). “Le pamphet” commente aussi un événement arrivé à Paris, en l’occurrence l’arrestation des négationnistes Ernst Zündel, René-Louis Berclaz et Siegfried Verbeke, attribuant ces arrestation aux “lois-baillons”. Enfin, Claude Paschoud signe un texte où il raille l’attitude du gouvernement turc qui a reconnu sa culpabilité dans une procédure portant sur la négation de l’extermination du peuple arménien en Turquie. La perspective d’adhésion à l’Union europénne (UE) et les intérêts économiques importants qui nous y engagent ne méritent pas qu’on “baisse sa culotte et qu’on se laisse botter les fesses comme l’ont fait précédemment l’Allemagne vis-à-vis d’Israël et les banquiers suisses à l’égard des gangsters juifs de la côte Est des Etats-Unis”. Claude Paschoud est encore plus grossier lorsqu’il parle des musulmans et il décrit le prophète Mohammed comme “cet analphabète célèbre qui vivait au sixième siècle” et taxe son enseignement de “poison intellectuel”. Plus loin, il écrit: “le Coran est proche de l’extrémisme, et même l’islam pacifique prêche des principes que notre société réprouve (esclavage, peines corporelles, inégalité des sexes, discrimination religieuse).” Par ces articles, Paschoud encourage évidemment aussi les personnes hostiles à l’Islam en Suisse à s’exprimer plus librement.

“Le pamphlet”, fondé par Claude Paschoud, paraît depuis 1970, dont depuis 35 ans. Le feuillet a connu par moments une diffusion plus importante (2’000 exemplaires). C’était en 1986, à l’époque ou Mariette Paschoud, enseignante dans le secondaire, était apparue aux côtés du négationniste Henri Roques à une conférence de presse à Paris et avait émis des “doutes sur l’existence des chambres à gaz et des camps de concentration.” En 1991, elle a failli être nommée major dans le service féminin de l’armée suisse, n’était-ce les protestations politiques qui ont entouré cette promotion. Un procès en diffamation entrepris par Mariette Paschoud contre le rédacteur du “Bieler Tagblatt” a fini par se retourner contre la négationniste. Le conseil fédéral a estimé dans un jugement qui fait encore référence aujourd’hui que: “La revendication d’une preuve sur l’existence des chambres à gaz est tellement absurde, au vu de la masse de preuves disponibles, que, même si d’autres motifs sont théoriquement envisageables, la sympathie pour le régime national-socialiste s’impose de façon évidente et suffit comme preuve de vérité. Surtout si l’on tient compte dans la conclusion d’éléments telles que des actions et propos tenus, ainsi que d’intentions et de motivations, qui ne représentent néanmoins pas une preuve scientifique.”

Au cours des dernières années, le journal a plusieurs fois vu diminuer ses abonnés. Depuis quelques années, Le pamphlet est également consultable sur internet, un moyen pour la rédaction de faire face à la baisse constante des abonnés.

Recht + Freiheit (Droit et Liberté), Ernst Indlekofer

Ceux qui sont encore capables de réfléchir, affirme Ernst Indlekofer, constateront que “les hauts cris poussés contre l’extrémisme de droite détournent l’attention des véritables coupables”. Et pour le rédacteur bâlois de Recht + Freiheit, condamné pour négation de l’holocauste, les véritables coupables ce sont depuis toujours les Juifs et les Franc-maçons. Au nombre des thèmes récurrents figurent diverses contraventions à la norme de droit pénal contre la discrimination raciale, la contestation de la responsabilité allemande dans le déclanchement de la deuxième guerre mondiale, ainsi que diverses prises de position en faveur de négationnistes.

A l’occasion du vote référendaire sur la libre circulation des ressortissants d’Europe de l’Est, Ernst Indlekofer a obtenu une certaine visibilité en insérant une grande et certainement coûteuse annonce dans plusieurs quotidiens avec le slogan “MAMAN, pourquoi est-ce que papa n’a plus de travail?”

Officiellement l’organe “Droit et Liberté” est publié par un “Presseclub Schweiz”, mais de facto, c’est bien le bâlois Ernst Indlekofer, aujourd’hui âgé de 60 ans, qui est largement responsable de ce cahier de six à huit pages par édition. En 2005, il y a eu cinq parutions. Parmi les rédacteurs on recense Max Disteli (Olten), Fritz Schenkin (Frauenfeld), Théo Häusermann (Bâle) mais également des représentants de l’UDC comme Josef Huber (Obernau) ancien membre UDC du Grand conseil. Le “Presseclub Schweiz” a tenu son assemblée générale fin août 2005 à un endroit inconnu, et comme dans les années précédentes, les membres devaient préalablement demander leur carte d’entrée personnelle.

MIHAG – Militärhistorische Arbeitsgemeinschaft (communauté d’étude d’histoire militaire)

Dans le numéro d’avril de la revue allemande “Der Freiwillige”, anciennement journal des Waffen-SS, la Militärhistorische Arbeitsgemeinschaft (MIHAG) a publié un éloge posthume de Franz Riedweg, jadis Obersturmbannführer des Waffen-SS. La conclusion de l’article révèle le credo politique de la MIHAG: “Nous, jeunes et vieux camarades, nous avons perdu avec lui l’un des derniers grands défenseurs de l’Europe et de la patrie.” Cet éloge se termine sur une allusion à l’un des fameuses devises des commandos de la mort d’Hitler qui se considéraient comme l’élite de l’Europe national-socialiste: “Seine Ehre hiess Treue – zum nationale Europa” (“son honneur était la fidélité à l’Europe nationale). Un mois plus tard, la MIHAG a publié un autre éloge, cette fois de Kurt Brüderlin, un frontiste bernois, devenu Obersturmführer des Waffen-SS. La société a publié en 2002 les souvenirs de Brüderlin “Einsichten und Ansichten eines Schweizer Freiwilligen” (point de vue et réflexions d’un volontaire suisse) sous le pseudonyme Konrad Bergmann. Ces mémoires sont en fait une longue apologie du nazisme.

La Militärhistorische Arbeitsgemeinschaft (MIHAG) a été créée au milieu des années 90 et dispose d’une adresse postale à Hinterkappelen dans la région de Berne. Cette société est plutôt discrète et il n’est pas clair de combien de membres elle dispose. Il est toutefois avéré que son représentant, le pâtissier-confiseur bernois Stefan Kernen, prend régulièrement part à des rencontres amicales entre anciens Waffen-SS et qu’il y est considéré comme un “camarade suisse” ou un “sympathisant confédéré”.

Racisme en Suisse en 2005/1

Zürich, 31 Décembre 2005

“Comme si mon passeport n’était pas authentique”

Racisme et discrimination en Suisse en 2005

Moi, native du Kenya et Suissesse depuis neuf ans, mais vivant en Suisse depuis près de 15 ans, je suis dans tous mes états. Plus d’une fois j’ai été déçue par les autorités, or je suis très bien intégrée en Suisse et j’ai parfois l’impression d’être plus suissesse que les Suisses.

Samedi dernier, j’ai pris le train de Kreuzlingen à Zurich, pour prendre part à un cours organisé par Caritas. Dans mon wagon patrouillaient deux employés des douanes, dont un avait l’aspect d’un homme d’origine arabe. Ils m’ont demandé mon billet et mon passeport. J’ai d’abord cru qu’ils recherchaient quelqu’un de précis. Finalement ils ont contrôlé mon passeport page après page et ont même encore téléphoné je ne sais où, comme si mon passeport n’était pas authentique! Les autres voyageurs observaient évidemment la scène avec curiosité. Je me suis sentie gênée, traitée comme une criminelle. Après moi, personne d’autre ne s’est fait contrôler. Les autres voyageurs ressemblaient tous à des Suisses. Force m’était de constater que les douaniers ne contrôlaient qu’en fonction de la couleur de peau. Ce n’est pas la première fois que je fais cette expérience. Lorsque je rentre de vacances avec ma famille, on nous pose beaucoup de questions au contrôle des passeports, et cela malgré mon passeport suisse. C’est de la discrimination basée sur ma couleur de peau! (…)”

Lettre de lectrice dans le Tages-Anzeiger 17. novembre 2005

Début janvier 2006, Doudou Diène, Rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme était en visite en Suisse. Dans son premier rapport provisoire il constatait que les noirs étaient le groupe de la population le plus exposé à la xénophobie et au racisme, suivi par les ressortissants des Balkans. Mais des membres de la communauté juive et musulmane lui auraient également parlé de tendances racistes. L’une des raisons pour laquelle M. Diène voulait visiter la Suisse était la campagne de l’UDC contre la naturalisation facilité de septembre 2004. Une affiche montrait des mains brunes qui se tendait (avidement?) vers le passeport suisse. M Diène a également constaté que la Suisse n’avait pas de stratégie contre le racisme et surtout qu’il y avait une tendance à minimiser le problème.

Le constat du Rapporteur spécial de l’ONU concorde avec d’autres rapports précédents, par exemple celui d’Amnesty International, ou de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance. Amnesty avait constaté en 2004 avoir eu de façon répétitive écho de cas de mauvais traitements de la part de la police, “souvent accompagné d’insultes à caractère raciste”. La commission européenne critiquait “des pratiques policières discriminatoires” comme des contrôles de passeports, la garde à vue intempestive et également des fouilles sur la personne en pleine rue uniquement basées sur la couleur de peau.

Ce qui valait pour les années précédentes vaut également pour 2005: toute personne ayant une couleur de peau basanée ou n’ayant pas de résidence fixe, qui se réclame d’une autre religion que le christianisme ou qui montre des préférences homosexuelles, court dans ce pays le risque de se voir exclu, interpellé en public, insulté, menacé et dans certains cas même menaçé dans son intégrité physique. Le mécanisme de la haine et de l’exclusion existe, et les représentations de l’ennemi s’adaptent aux besoins politiques et sociaux du moment. Depuis le début des années 90, les pratiques discriminatoires touchent surtout des ressortissants d’ex-Yougoslavie et de Turquie. Les années précédentes, c’étaient surtout des personnes à peau noire (peu importe leur origine) qui étaient les victimes de la xénophobie et de la discrimination. Différentes observations prouvent que ces personnes sont encore fréquemment interdites d’entrée dans des lieux de divertissement nocturnes, parfois dans les restaurants, cela sous des prétextes divers. Dans certains cas, la discrimination est de nature économique. Ainsi les étrangers(gères) paient fréquemment de grosses primes d’assurance automobile. Selon un rapport du Tages-Anzeiger, les plus grandes différences de prix concernent les personnes d’origine serbe ou turque, alors qu’il en va autrement pour les ressortissants allemands et autrichiens. Seules quelques compagnies d’assurance traitent les étrangers sur pied d’égalité avec les Suisses.

Une part de la société suisse a une représentation des problèmes de société caractérisée par une tendance nationaliste, voir parfois raciste. Outre les micro-partis nationalistes, l’UDC, en tant que parti gouvernemental, encourage un climat de discrimination par ses campagnes politiques clairement xénophobes. En général, le camp des nationalistes conservateurs dispose d’un grand nombre d’organisations, de moyens de publications et de représentants zélés et en particulier d’un réservoir important de personnes qui écrivent des lettres de lecteurs. Ces dernières années, les campagnes égaient également dirigées contre les musulmans.

Les nationalistes conservateurs suisses constituent une frange politique isolationiste (par exemple fondamentalement opposée à l’entrée dans des organisations supra-nationales comme l’ONU et l’UE), avec des vues xénophobes, voire racistes envers les immigrants des pays extérieurs à l’Union Européenne et les personnes établies sans passeport suisse. Ils peuvent se réclamer de traditions bien établies: par exemple le discours sur les étranger, le “Sonderfall” suisse, la réticence envers la reconnaissance claire et juridiquement exigible du droit des minorités. Les représentants ultra-conservateurs ont une attitude régulièrement sur la défensive et dans tous les cas tendent à minimiser l’impact des manifestations des organisations d’extrême droite. Le camp conservateur a toutefois perdu récemment plusieurs votations de grande portée (adhésion à l’ONU, accords bilatéraux, libre-circulation des personnes à l’intérieur de l’espace de Schengen), ce qui ne l’empêche pas de continuer à attiser le débat politique par des campagnes diffamatoires envers les minorités de Suisse.

Le parti gouvernemental de l’UDC le fait couramment. Dans des annonces publiées à Zurich, il est question de “Nix für Schweizer – Millionen für Ausländer” (rien pour les Suisses, des millions pour les étrangers). Toutefois en 2005, l’UDC n’a fomenté aucune de ces campagnes agressives qui empoisonnent le débat politique. Le porte-parole de l’UDC, Roman S. Jäggi a cependant réagit au rapport de Doudou Diène par une attitude défensive assortie d’un commentaire raciste. Il accepte qu’un rapporteur spécial de l’ONU critique la Suisse, car cette dernière est maintenant membre de l’ONU, mais il trouve que “c’est un comble que cette critique émane d’un Sénégalais”.

Racisme à l’égard des noirs

L’évaluation de Doudou Diène est pertinente: en Suisse, les personnes à peau noire sont le plus souvent victimes de chicanes racistes et de discrimination, surtout aussi de la part de la police. Ils doivent souvent montrer leur passeport et subir des fouilles. L’accès à certains lieux de distractions nocturnes comme des bars leur est assez souvent refusé sous des motifs divers. Les personnes noires ne disposent pas encore d’organisations structurées qui permettraient de se faire écho des nombreuses vexations et discriminations dont ils font l’objet.

Antisémitisme

Mi-mars, la synagogue de Lugano a brûlé et dans la même nuit le feu s’est déclaré dans un magasin de vêtement appartenant à une famille juive (voir encadré). Dans leurs premières appréciations, les autorités pointaient en direction d’une augmentation de l’antisémitisme en Suisse. Une telle conclusion ne se laisse pas prouver. Au contraire, si les débats qui ont suivit l’affaire des fonds en déshérence sur le rôle de la Suisse pendant la deuxième guerre mondiale ont eu pour effet pendant un certain temps d’activer l’antisémitisme latent, cette tendance s’est à nouveau apaisée une fois qu’une solution globale trouvée. Il y a également peu d’indications d’une augmentation d’un “nouvel” antisémitisme en Suisse, à savoir de la part des musulmans et occasionnellement aussi de la gauche, en relation avec la critique de la politique israélienne.

Dans le cercle restreint des forums d’extrême droite, l’on trouve cependant régulièrement des propos antisémites, ainsi que des personnes niant l’holocauste ou le mettant en cause. Même lorsque ces propos contreviennent à la loi pénale antiraciste, ils ont rarement des suites car personne ne porte plainte. Erwin Kessler, président du “Verein gegen Tierfabriken” VgT (association contre les fabriques d’animaux) publie régulièrement des textes antisémites en son nom en particulier sur la homepage de l’association. Toutefois, il s’est montré moins souvent grossier en 2005.

Incendie de la synagogue de Lugano

Le 14 mars 2005, la synagogue de Lugano a été incendiée, de même qu’un magasin de vêtements appartenant à une famille juive. Dans la même nuit, un pyromane voulait également mettre le feu à une maison dans la banlieue de Lugano.

Il était frappant de constater la rapidité avec laquelle les notables tessinois, du moins ceux des partis bourgeois, ont exclu un motif antisémite pour l’incendie. Le plus insistant a été le conseiller aux Etats Dick Marty (PRD). Il serait “très surpris” disait-il au “Blick” si le coupable était un tessinois. Une telle affirmation n’est-elle pas simplement du déni? Ou alors une tentative délibérée de blanchir d’emblée les éventuels racistes tessinois? Quoi qu’il en soit, l’appréciation de Dick Marty était qu’il n’y avait encore jamais existé au Tessin “d’atteintes à des propriétés appartenant à des juifs”, si l’on fait abstraction du fait que ladite synagogue était couverte de slogans antisémites. L’ancien procureur du canton est cependant complètement à côté de la réalité lorsqu’il prétend qu’il n’y a pas eu de déprédations contre des centres d’hébergement des requérants d’asile “comme on les déplore régulièrement en Suisse alémanique”. Le fait est qu’au Tessin également des bâtiments abritant des requérants ont été attaqués dans les années 90 et même avec des explosifs. On a recensé en particulier ces dernières années des attaques et même des tirs contre les véhicules des gens du voyage.

Peu de jours après cet événement, la police a arrêté un ancien chauffeur de bus de 58 ans, licencié depuis quelques années. La police a conclu immédiatement que l’antisémitisme n’était pas le motif de l’incendie. Pourtant l’inculpé s’était refusé au moins une fois à transporter des juifs orthodoxes lorsqu’il était encore chauffeur. L’expert psychiatre a creusé le même sillon, en concluant que l’antisémitisme n’était pas le motif de l’acte. En automne, une juge a condamné le coupable à deux ans de prison, mais cette peine a été commuée en une thérapie en ambulatoire.

La juge Agnese Balestra Bianchi a cependant relativisé dans les fondements de son jugement l’éviction un peu précipitée du motif d’antisémitisme. “Qu’on le veuille ou non, lorsque le coupable a passé à l’acte, il n’a pas attaqué une église catholique ou protestante, de même qu’il ne s’en est pas pris à n’importe quel commerce. Lorsque qu’il a décidé de mettre le feu dans son état psychique maladif, il a recherché des symboles judaïques”. Un commentaire de Georg Kreis, historien et président de la Commission fédérale contre le racisme a fait observer que le psychiatre avait établi une distinction entre “antisémitisme rationnel et irrationnel” et s’est demandé si l’on pouvait vraiment parler “d’antisémitisme complet ou partiel” en ajoutant encore que du point de vue des victimes, peu leur importait de quelle variante il s’agissait.

Racisme contre les musulmans

Le racisme à l’égard des musulmans est devenue un thème central et très politisé de la discrimination en Suisse. Fin 2003, les membres des partis nationalistes conservateurs ont gagné la votation sur la reconnaissance des communautés non chrétiennes dans le canton de Zurich grâce à une campagne contre les musulmans. Ce sont surtout les membres de l’UDC et de l’Alliance pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) qui depuis des années opèrent un bourrage de crâne hostile aux musulmans, en particulier Ulrich Schlüer en qualité d’éditeur de “Schweizerzeit”. La maison d’édition comporte également un service de librairie, via lequel Schlüer diffuse depuis plusieurs années des livres qui dénigrent les musulmans.

Un autre agitateur permanent contre les musulmans est Pirmin Müller, président des Jeunesses UDC du canton de Lucerne. Il diffuse également une brochure qui consiste à citer des passages du Coran qui sont en opposition avec “les droits de l’homme imprégnés des valeurs chrétiennes”. La brochure est très caricaturale: elle oppose le christianisme (pacifique, tolérant et démocratique) à l’Islam (violent et anti-démocratique).

Contrairement à la communauté juive, la communauté musulmane est encore faiblement organisée en Suisse, de sorte que les insinuations, les calomnies et les attaques rencontrent rarement de protestation publique.

Les xénophobes luttent depuis plusieurs années contre les naturalisations en invoquant des arguments contre l’Islam. Non seulement lors des campagnes votations comme celle portant sur la naturalisation facilitée, mais également auprès des autorités communales. Même si un jugement du Tribunal fédéral concernant les naturalisations refusées sans fondement prohibe des décisions discriminatoires, cette nouvelle jurisprudence n’est pas forcément respectée par toutes les assemblées de commune.

La question des naturalisations sera encore dans les années à venir au centre d’un débat politique agité et de campagnes particulièrement virulentes. Fin 2005, l’UDC a déposé son initiative populaire “Pour une procédure de naturalisation démocratique”. L’initiative populaire, qui a de justesse obtenu le nombre requis de signatures, veut faire en sorte que les communes puissent à nouveau décider souverainement de l’issue des procédures de naturalisation, de sorte que des refus pour motifs discriminatoires seraient à nouveau possibles.

Discrimination des Jenish, des Sinti et des Roms

En 2005, le Conseil fédéral a mis en consultation un “Projet de loi sur la situation des gens du voyage en Suisse”. Ce projet se préoccupe d’une part des conséquences d’une ratification de la Convention concernant les peuples indigènes et tribaux, autre part d’un projet d’action de la Confédération pour la création de lieux de stationnement et de transit pour les gens du voyage.

Le fait est que malgré de nombreuses protestations de fonctionnaires et de politicien(nes), les gens du voyage, en particulier les Roms sans citoyenneté suisse, ont toujours de la peine à trouver des places de stationnement ou de transit, bien que ces dernières années de nouveaux lieux aient été aménagés. Ces endroits ont d’ailleurs également été la cible de violentes attaques.

En conclusion, en 2005 se sont également principalement les ressortissants de différents pays de l’ex-Yougoslavie ainsi que les personnes noires de peau – avec ou sans passeport suisse – qui sont les plus souvent confrontés avec des allégations racistes, aussi bien dans la société en général que dans le débat politique. Les chicanes policières ainsi que les humiliations touchent avant tout les jeunes hommes noirs, indépendamment de leur origine. Des campagnes hostiles aux musulmans peuvent influer sur le cours des votations populaires. L’antisémitisme est latent, mais surgit rarement dans la sphère publique, si l’on fait exception des publications d’extrême droite. La Convention sur les gens du voyage et les Jenish est reconnue par la Suisse, mais concrètement, ces personnes ont encore des difficultés à stationner dans ou transiter par notre pays. Occasionnellement, ces personnes font l’objet de violentes attaques.

Réactions à la chronologie 2004

L’an dernier également, la chronologie “Rassistische Vorfälle in der Schweiz” (Incidents racistes en Suisse) a retenu l’attention des politiciens et politiciennes xénophobes ainsi que ceux et celles qui instrumentalisent le racisme à des fins politiques. Cette fois en faisait aussi partie un membre de la Commission fédérale contre le racisme, Rudolf Horber, Secrétaire politique de la l’Union suisse des arts et métiers (USAM). Ce dernier écrivait qu’il fallait “Garder le sens des proportions, alors qu’année après année les soi-disant “incidents racistes” étaient décrits avec méticulosité, il n’existait pas de statistique analogue décrivant les crimes et les ennuis causés aux confédérés par des étrangers et des demandeurs d’asile.” Horber ajoutait que “c’était un peu fort de taxer de racisme tous les refus de naturalisation ainsi que toutes les conversations de café”. Or seuls les refus de naturalisation basés sur l’origine ou la religion ont été intégrés à la chronologie, qui ne documente que les cas rendus publics ou qui ont une portée politique.

Un rédacteur du quotidien bernois “Der Bund” a repris les critiques de Rudolf Horber et a confronté à ce propos Georg Kreis, président de la Commission fédérale contre le racisme.

Question: “Beaucoup de personnes s’émeuvent chaque année de la chronologie des incidents racistes en Suisse?”

Georg Kreis: “Cette liste est extrêmement utile à titre de documentation. Les avis peuvent effectivement être partagés sur certaines entrées qui y figurent.”

Question:”Est-il nécessaire d’intégrer dans la chronologie les représentants de l’UDC qui apostrophent les étrangers?”

Georg Kreis: “Certainement. Car de fait très peux de cas sont rapportés. Beaucoup de Suisses ne sont donc pas conscients du fait qu’il existe une partie du pays où le racisme est à l’ordre du jour.”

Werner Wassmer, point de contact de l’ASIN à Aargau écrit dans “Schweizerzeit” au sujet de la chronologie de “bonnes âmes autoproclamées” et colporte l’idée fausse que les cas de refus de naturalisation sont traités “uniformément” sous l’angle du racisme. Ce reproche infondé fait d’ailleurs partie du répertoire standard des critiques de la chronologie.

L’extrémisme de droite en Suisse en 2006/2

Zürich, 31 Décembre 2006

Toujours marginal, mais plus fort que jamais

Mouvement d’extrême droite en Suisse en 2006

Le 1er août 2006, une forte délégation de policiers contrôlait tous les accès à la prairie du Grütli et à la manifestation traditionnelle qui s’y tenait à l’occasion de la fête nationale. La Commission du Grütli de la SGG, la société d’exploitation du lieu, avait – enfin – réagi à l’usurpation de la fête du Grütli par l’extrême droite. Quelques représentants de cette mouvance s’étaient une première fois manifestés lors de la fête de 1996. Les années suivantes, ils furent chaque fois plus nombreux. Il s’agissait pour la plupart de skinheads à tendance nazie, mais il y avait également certains négationnistes. En l’an 2000, ils ont sifflé l’orateur du jour, le conseiller fédéral Kaspar Villiger. Leur affluence avait pour la première fois fait l’objet d’une large couverture par le journal de boulevard “Blick”, qui avait utilisé l’expression “L’infamie du Grütli”. Depuis lors, l’extrémisme de droite est de plus en plus reconnu comme un problème de société en Suisse.

Cependant, les organisateurs de la fête du Grütli ont conservé sa forme traditionnelle, offrant les oripeaux d’une idéologie réactionnaire du “Sonderfall”: l’isolement vis-à-vis de l’extérieur, l’accentuation du passé rural et l’exclusion des étrangers. C’est seulement après que le conférencier et conseiller fédéral Samuel Schmid se soit fait fustiger par presque une moitié des participants à la manifestation du 1er août 1995, lorsque ce dernier a parlé d'”intégration”, de “démocratie” et de “tolérance religieuse”, que la commission du Grütli a vu la nécessité d’agir. En janvier 2006, celle-ci a annoncé que les visiteurs ne pourraient plus accéder à la prairie du Grütli qu’avec un billet et que les extrémistes de droite seraient tenus à distance. Bilan de ces efforts: quelques extrémistes de droite ont réussi à se frayer un chemin jusqu’au Grütli mais ont été déboutés. Il y a eu relativement peu de visiteurs, la fête manquait d’ambiance et les mesures de sécurité coûteuses ont fâché les autorités des cantons d’Uri et de Schwyz.

Les extrémistes de droite ne sont pourtant pas restés inactifs le jour de la fête nationale. Dans la matinée, environ une centaine d’entre eux avaient cherché à investir le château de Lenzburg où le conseiller fédéral Samuel Schmid donnait son allocution. L’après-midi, après le discours du conseiller fédéral Blocher, ils ont formé un cortège en direction d’Uster. Le soir venu, ils ont célébré le premier août à Trüllikon bei Andelfingen, après avoir défilé en cortège dans le village avec des torches. Le premier août est devenu ces dernières années un moment privilégié pour les milieux de l’extrême droite en Suisse.

Des critiques se sont élevées, en particulier chez les représentants du camp national-conservateur, au sujet de cette tentative de déjouer les plans de marche vers le Grütli. Certaines voix ont minimisé la situation de l’extrême droite d’une manière générale. Le conseiller national UDC et président de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) Hans Fehr a d’emblée parlé de “quelques cinglés pubertaires et leurs acolytes”. Un processus révélateur: ce sont toujours les représentants de l’UDC qui tantôt minimisent les dangers et l’impact de l’extrémisme de droite où qui s’attaquent à ceux qui s’engagent contre cette mouvance. Un fait subsiste: c’est que l’extrémisme de droite prospère à l’ombre du camp nationaliste et conservateur, et ce dernier indique – avec des campagnes discriminatoires – la cible de la haine.

Depuis le milieu des années 80, avec la résurgence des mouvements nationaux conservateurs, une partie de la population suisse a adopté une vision conservatrice (voir raciste) des problématiques de société, qu’il s’agisse des conséquences sociales des drogues illégales ou de questions scolaires. Outre les micro-partis nationalistes, l’UDC en tant que parti gouvernemental encourage ce climat de discrimination à l’aide de campagnes agressives. Dans tous les cas de figure, le camp des nationalistes conservateurs dispose d’un grand nombre d’organisations (comme l’ASIN), de publications (par exemple le “Schweizerzeit” d’Ulrich Schlüer) et de membres économiquement puissants, de représentants et de supporters particulièrement actifs, par exemple chez les personnes écrivant des lettres de lecteurs. C’est ainsi que la droite ultra-conservatrice parvient de façon récurrente à accaparer le débat politique. Toutefois, ces dernières années ce camp a perdu toutes les votations populaires relatives au thème “Suisse et étrangers”. Il a gagné cependant lors des récentes votations sur la révision de la loi sur les étrangers et de la loi sur l’asile.

A l’ombre du camp nationaliste conservateur s’est développée depuis 1985 une subculture marginale et cependant grandissante d’extrémistes de droite, constituée principalement de jeunes adultes mâles, plus précisément des skinheads de tendance nazie et des “patriotes”, mais aussi de quelques négationnistes de l’holocauste, d’activistes dans des campagnes politiques et de militants dans des organisations à caractère politique ou culturel, qui veulent promouvoir l’extrême droite par un travail idéologique. Comment se présente cette mouvance en 2006?

Certes, depuis la seconde guerre mondiale, certains groupuscules d’inconditionnels ont continué à véhiculer l’idéologie nationale-socialiste ou fasciste, comme le lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Mais c’est seulement depuis le milieu des années 80 que s’est développée graduellement en Suisse une sub-culture extrémiste dont la partie émergente a été le “petit printemps des fronts” de 1989. Le groupe proportionnellement le mieux représenté était et demeure celui des skinheads, plus précisément des skinheads se réclamant de l’idéologie nazie. Ce sont eux qui, régulièrement, on été reconnus coupables des incendies de bâtiments abritant des requérants d’asile, d’attaques contre des personnes de groupes minoritaires et de propagande raciste. Les discours ont donc été suivis par des actes.

Subculture d’extrême droite – skinheads nazis et “patriotes”

La plus grande partie des jeunes suisses d’extrême droite se regroupe en diverses subcultures, principalement les skins à tendance nazie, quelques NS-Heavy-Metal et quelques Gothic-Darkwave. A côté de ces groupes, existent d’autres cliques ou groupuscules de “patriotes” faiblement structurés. Il s’agit plutôt d’un milieu que d’une “scène”. Les “patriotes” se caractérisent par un nationalisme militant, un refus vis-à-vis de certains groupes d’étrangers (par exemple des hommes des différentes régions d’ex-Yougoslavie, d’Afrique ou d’Asie) ainsi que des Suisses se réclamant de la gauche. Les frontières de ce milieu sont poreuses, d’une part en direction des skins à tendance nazie de l’autre vers les groupements et les partis néo-conservateurs.

La subculture “Skinhead” est née dans les années 60 dans la jeunesse en Grande-Bretagne. Y était représentés surtout des jeunes hommes des milieux ouvriers. Ils était fans d’alcool et de football, aimaient la musique Ska des jeunes migrants jamaïcains. Ils recherchaient l’attrait de tapages occasionnels et s’opposaient aux jeunes à cheveux longs, en particulier aux Hippies et également à certains immigrants d’origine indienne. Mais ils n’étaient pas explicitement néonazis ou extrémistes de droite. C’est seulement au début des années 80, lorsque les deux partis britanniques fascistes, le National Front et le British National Party ont cherché à recruter des membres dans les stades de football qu’une mouvance skinhead s’inspirant de l’idéologie nazie s’est créée. En Suisse, les premiers Skinheads d’extrême droite sont apparus au début des années 80 à Zürich, dans le milieu des fans de football/hooligans, à l’époque en particulier le “Hardturmfront”.

Depuis plusieurs années, les skinheads suisses de tendance nazie se regroupent en sections locales ou régionales qui ne se réclament d’aucune direction commune ni même d’une appellation particulière. Plutôt milieu qu’organisation, ces skinheads sont pour l’essentiel âgés de 15 à 25 ans, ont un métier manuel, habitent dans des communes rurales ou de petites villes. Comme le formule le Service d’analyse et de prévention(SAP): ” La mouvance extrémiste de droite est constituée de petits groupements non structurés, qui entretiennent entre eux des liens lâches et dont la composition et le nom changent fréquemment.”. Quant ils en portent un. “La mouvance extrémiste de droite en Suisse, poursuit ce service, ne partage aucune unité de vues, ni de base commune. On compte à l’heure actuelle environ un millier de sympathisants de ce milieu en Suisse.” Concernant la menace qu’elle représente, le document estime que: “Les activistes de droite perturbent parfois considérablement l’ordre et la sécurité publique, mais de façon ponctuelle et locale. La Suisse demeure un lieu particulièrement attractif pour l’organisation de concerts Skinhead et de manifestations apparentées.” Ce que le SAP désigne par des “menaces ponctuelles de la sécurité publique” désigne en fait des actes qui peuvent avoir pour des membres de groupes minoritaires ou des requérants des conséquences gravissimes. En 2005, six skinheads de tendance nazie ont comparu devant le tribunal de district de Frauenfeld parce qu’en 2003, ils avaient à tel point tabassé un jeune fan de reggae de 15 ans qu’ils l’avaient laissé handicapé à vie. Motif invoqué par les inculpés: ils voulaient “tabasser des gauchistes”. Le tribunal cantonal de Thurgovie a partiellement augmenté les peines en mai 2006.

Bien que la mouvance skinhead pro-nazie soit peu structurée en Suisse, il est important d’évoquer deux organisations qui existent sur le plan international depuis des années. Il s’agit d’une part des Hammerskinheads, fondés en 1986 à Houston/Textas en tant que fraternité blanche et donc raciste, revendiquant “des territoires blancs pour les hommes blancs” (white areas for white people). L’autre mouvement est le groupement Blood and Honour, fondé en Grande-Bretange en 1987 comme une “voix dissidente du rock contre le communisme”. Il s’agit d’une “organisation politique sans carte d’adhérent”. Elle a pour but de répandre l’idéologie néo-nazie à travers ses propres publications, des supports audio, le commerce d’objets et d’insignes nazis, ainsi que l’organisation de concerts. Dans l’environnement Blood and Honour s’est également constituée une organisation terroriste (Combat 18, le chiffre 18 se référant à Adolf Hitler) responsable d’attentats en Grande-Bretagne et en Suède.

Ces deux organisations ont également essaimé en Suisse. Déjà au début des années 90 les Nazis-skinheads de Suisse centrale ont fondé une section suisse, aujourd’hui la plus ancienne des sections européennes encore existantes de la “nation Hammerskin”. Les Hammerskinheads suisses (SHS) sont connus pour être des organisateurs de concerts expérimentés. Dans les années écoulées, ils ont organisé régulièrement des grands concerts, celui ayant réuni le plus grand nombre de participants étant le concert d’été du 10 août 2002 à Affoltern-am-Albis (environ 1’200 visiteurs de plusieurs pays européens).

Une section suisse de Blood and Honour est apparue seulement en 1997/98, d’abord en Suisse alémanique, puis en Suisse romande. Sa figure de proue est un ex-hammerskin, Olivier Kunz, qui s’est immédiatement profilé comme organisateur de concerts, éditeur de publications ainsi que durant un certain temps distributeur de musique par correspondance. Après son jugement pour infraction contre la norme pénale sur la discrimination raciale et l’interdiction des concerts nazis-skinheads – en premier lieu dans le canton de Vaud – ces activités ont accusé un net recul, même si Blood and Honour Romandie est apparu comme co-organisateur de manifestations en 2003 et 2004. En 2004, il a également été question d’une section zurichoise de Blood and Honour, dont on ne connaît cependant rien. Sur l’internet existe depuis longtemps une page “Combat 18” ainsi qu’un “Swiss Forum”qui s’est ouvert mi-août 2004 et dans lequel s’expriment aussi bien des skinheads alémaniques que romands.

En 2006, ces deux organisations en Suisse n’ont pas fait parler d’elles.

La Helvetische Jugend est une organisation affiliée au PNOS (Partei national Orientierter Schweizer ou Parti nationaliste suisse). Elle a été créée début juillet 2004 dans la région d’Oberaargau dans le canton de Berne. Parmi ses buts figurent sur sa page internet “la fin du multiculturalisme”, grâce entre autre à “l’expulsion d’étrangers dangereux et la limitation du nombre d’étrangers” sur le territoire suisse. Plus loin il est question de “l’internement pour les demandeurs d’asile” et d’une “meilleure éducation plus neutre dans les écoles suisses” (où il faudrait cesser toute propagande en faveur de Lénine et de Staline et séparer les élèves germanophones des non-germanophones). Enfin, il faudrait mettre un terme à la “désinformation gauchiste et à la terreur des médias, car il faut plus de journalistes neutres”.

En 2006, il a été peu questions des activités de la Helvetische Jungend. Le groupe dispose d’une présence sur internet, mais le site a cessé d’être actualisé. On trouve simplement de nouvelles entrées dans le livre des visiteurs.

Le groupe “Nationaler Widerstand am Rigi” est apparu pour la première fois en 2006. On ne sait pas quelle est la taille du groupe ni qui sont ses représentants. Ils sont, comme ils le disent sur leur homepage “une association de jeunes qui en ont marre d’être insultés, apostrophé et même agressés par des jeunes étrangers, qui ont fait un divertissement du fait de s’en prendre à de jeunes suisses.” Ils veulent donc entrer en “résistance contre le multiculturalisme, les étrangers violents et criminels, la jeunesse suisse sans buts, les abuseurs d’enfants et les criminels sexuel, la destruction de l’environnement, la vente et la consommation de drogues, les mensonges des médias, la globalisation de notre langue et de notre peuple”. Dans leurs rangs règne une “saine camaraderie”, une préoccupation pour le pays et pour le peuple et la volonté de changer quelque chose”. Le groupe a produit en 2006 trois tracts, l’un intitulé “Kilbi”, un autre “Multikultur” et un troisième “Anti-Antifa”. Le tract “Kilbi” (kermesse) s’en prenait au fait que “chaque année la fête de la Kilbi est ternie par des problèmes de drogue et des bagarres. Ces bagarres se sont pas seulement liées à l’alcool, il s’agit beaucoup plus souvent la manifestation de haine et de méchancetés envers les victimes suisses de la part principalement de jeunes étrangers.”

Dans le papillon dénonçant l'”excès du multiculturalisme” il est dit: “Le problème est lié au mélange de différentes cultures, mélange déjà très avancé en Suisse et qui est encouragé par les pouvoirs publics”. Dans le tract “Anti-Antifa”, il est dit sans détours qu’il ne faut donner aucune chance au “chaos rouge, aux sympathisants du multiculturalisme et du bolchevisme”.

Lors de l’apparition du Nationalen Widerstand am Rigi, divers émules sont apparus sur internet dans la région. Il est probable que la section est du PNOS Küssnacht am Rigi s’adresse à ses membres et à ses sympathisants par ce biais-là.

Heimatbewegung (mouvement patriote)

Lors de la fête du 1er août 2006 à Trüllikon, un partisan de la “Heimatbewegung” a pris la parole. Il s’agit de la seule apparition publique d’un membre de cette organisation fondée en 2004-2005 et joignable via case postale à Dübendorf. Il est difficile de savoir combien de membres compte ce mouvement et quelles sont ses activités internes. La “Heimatbewegung” fait des apparitions sporadiques sur le net à l’occasion de la discussion de thématiques portant sur les “étrangers”, généralement déclenchées par des actions politiques du camp nationaliste conservateur.

La “Heimatbewegung” vise la dissolution de la Suisse quadrilingue, car elle défend en priorité les intérêts et la survie de la “population alémanique”, à savoir “pour un Etat populaire représentant les limites actuelles de la Suisse alémanique”. Sinon, les points principaux du programme sont – comme c’est généralement le cas pour les groupements d’extrême droite – le soutien à la Suisse rurale, le rétablissement de la peine de mort, l’abolition du droit d’asile, le frein total à l’immigration, l’interdiction de toute forme d’intégration des étranger ainsi que l’arrêt complet des procédures de naturalisation.

Dans les pays d’Europe francophone une nouvelle mouvance s’est développée au sein du camp d’extrême droite qui se nomme les “Identitaires” et en appelle à une “identité européenne et blanche” tout en se positionnant contre l’immigration en provenance des autres continents. En France, une branche dissidente des “Identitaires” s’est formée et s’est fait remarquer par des actions spectaculaires. En Suisse, il existe deux groupements différents, d’un côté les Identitaires de Romandie, de l’autre les Jeunesses Identitaires de Genève. On ne sait pas combien de membres comptent ces deux organisations, ni quels sont ses leaders. Chacun de ces groupes bénéficie d’une présence sur internet.

Début juillet 2005, Les Identitaires de Romandie ont annoncé qu’ils allaient suivre les traces de leurs “cousins” belges et français. Leur but est la défense des Européens de race blanche. Face aux dangers de la globalisation, de l’immigration massive, et à la dissolution de “l’identité suisse et européenne” ils ne voient qu’une issue pour la jeunesse romande: agir ou subir. Et tout cela “pour la Romandie, pour la Suisse et pour l’Europe”. En 2006, sont parus deux numéros des “Cahiers identitaires romands”, un cahier fabriqué de façon primitive.

Les Jeunesses Identitaires de Genève sont apparues sur la scène publique pour la première fois en 2006. En été 2006, ils ont distribués dans un quartier genevois un petit pamphlet stigmatisant la “haine contre les Suisses”. Fin octobre, ils ont organisé à Genève une commémoration à la mémoire de la résistance hongroise de 1956 et début novembre, ils ont circulé avec des tracteurs et des chars à travers les villages genevois et ont distribués des tracts contre les aliments transgéniques.

On constate une tendance néo-fasciste chez une frange du mouvement Dark Wave/Neofolk, également en Suisse et plus particulièrement en Suisse romande, où ont lieu les concerts. Une soirée de ce type a été organisée par l’association “Soleil Noir”, présidée par le lausannois Lars Kophal. Dans sa présentation, l’association “Soleil Noir” manifeste une vision du monde ambigüe. Elle s’affirme d’abord apolitique mais elle déclare plus loin: “nous vomissons la modernité sans racines, le matérialisme sans âme, l’utralibéralisme destructeur, l’exploitation des travailleurs par le grand actionnariat international, la globalisation-standardisation planétaire, la grande soupe fade du multiculturalisme, l’américanisation comme la tiers-mondisation”. Ils se conçoivent comme Suisses et Européens et ceci sans honte ou sentiment de culpabilité. Leur vision pessimiste et européocentrique prend un tour clairement politique à l’évocation laudative de l’idéologue fasciste Julius Evola. Une grande partie de la mouvance Dark Wave/Neofolk ne se montre pas critique à l’égard de cette minorité d’inspiration néo-fasciste, et des journalistes peu critiques partagent parfois cette opinion.

Vente de livres et de musique par correspondance

Jusqu’à ces récentes années, les extrémistes de droite suisses devaient aller se fournir à l’étranger, en particulier en Allemagne, pour acheter des livres et des enregistrements. En 2004, Sacha Kunz, l’ancien président du PNOS avait mis sur pied une structure de distribution. Le label “White Revolution” devait être un label actif dans la distribution de disques. Selon les déclarations faites sur le site Internet, “White Revolution” se voulait un label suisse dont l’objectif était “de participer à la scène musicale suisse du courant nationaliste”. Le studio d’enregistrement “Swastika Records”, actif dans la production professionnelle de musique était rattaché à ce label. En automne 2005, Sacha Kunz a rebaptisé sa société du nom plus anodin de Helvetia Versand, puis plus tard Utgard Versand. L’offre n’a pas changé est restée accessible via Internet pendant quelque temps, jusqu’à ce que la police cantonale argovienne perquisitionne au domicile de Kunz dans le cadre d’une procédure pour violation de la norme pénale contre la discrimination raciale. La clientèle de la maison de vente s’était étoffée, comme l’a signalé l’association Antifa Berne à la mi-août 2005, lorsqu’on lui a fait parvenir la base de donnée avec plus de 150 noms de clients.

Durant l’été 2006, Kunz a suspendu son activité après quelques déboires financiers. En hiver 2006, un tribunal allemand l’a condamné à une amende et a également ordonné la confiscation des enregistrements déjà produits. Au quotidien “Blick” Kunz a déclaré en septembre 2006: “Je me retire”. L’avenir dira si cette information correspond à la réalité. Sacha Kunz était l’un des partenaires du duo “Die Eidgenossen” qui ne s’est pas produit en 2006. Conclusion: les extrémistes de droite en Suisse doivent à nouveau importer leur CD’s de musique depuis l’étranger, lorsqu’ils ne les achètent pas au stands lors des concerts.

Adrian Segessmann opère la diffusion de ses livres “Neue Zeitwende” à partir d’une case postale à Aefligen (près de Kirchberg BE). Il propose des livres sur divers thèmes comme “L’histoire, la culture et les coutumes, la politique et d’autres thèmes”. En réalité, il s’agit surtout de livres concernant des fantasmes de complots, des sociétés secrètes et d’ouvrages à la gloire des SS ainsi que de publications d’auteurs d’extrême droite comme Jürgen Schwab ou Peter Dehoust. Toutefois son offre ne s’est pas beaucoup développée durant l’année écoulée.

Le jeune Adrian Segessenmann, âgé de 27 ans, est actif depuis plusieurs années dans le milieu de l’extrême droite. Il a notamment participé à l’agression Hammerskin lors d’un festival de musique anti-fasciste à Hochdorf (4.11.1995). Selon certains dires, il serait également actif dans la société Avalon et ferait partie des organisateurs de la conférence qui a débouché sur le changement de définition concernant le caractère “public” d’un fait. Le jeune Segessenmann a fait inscrire en juillet 2006 la société en nom propre “Thor Steinar”, dont le but est la vente de la marque de vêtements Thor Steinar, très apprécié des jeunes néo-nazis. Mais l’on ne fait pas entièrement confiance aux clients semble-t-il, car parmi les conditions de vente figure le paragraphe suivant: “Règle no 1: Ne commande pas de vêtements si tu n’as pas d’argent pour les payer. Nous poursuivrons sans relâche les mauvais payeurs jusqu’à ce que nous ayons obtenu notre argent!”.

Le jeune Segessenmann est apparu à diverses reprises comme rédacteur sous le pseudonyme de “Schwed” lors du forum des Hammerskin, et également comme défenseur de la cause révisionniste, c’est-à-dire qu’il nie l’holocauste. Ainsi “Schwed” écrivait fin octobre 2006 que “le révisionnisme est une clé importante pour le succès de notre combat et l’on devrait soutenir des gens comme German Rudolf et Ernst Zündel”.

Groupes de musique

Dans toutes les subcultures de jeunes, la musique joue un rôle d’identification et de valorisation, d’une part en tant que vecteur d’une certaine joie de vivre et, d’autre part, en tant que moyen de diffusion de messages politiques. Les concerts servent à cimenter le groupe et à diffuser des messages politiques, surtout lorsqu’ils sont organisés par des skinheads néo-nazis, car on y trouve généralement des stands qui proposent aussi bien des enregistrements que des livres/brochures ainsi que d’autres articles typiques du mouvement. Jusqu’à la publication de l’arrêt du Tribunal fédéral concernant la norme pénale antiraciste et la notion d’événement “public”, la police et le juge d’instruction considéraient les concerts skinheads néonazis comme des manifestations privées, même s’ils réunissaient plus de mille personnes et si l’annonce du concert était accessible aux journalistes.

En 2006, la pratique de la police s’est peu modifiée, La police est intervenue lors d’un grand concert et le prétexte à cette importante mobilisation policière était le refus de coopérer de certains des spectateurs et non pas l’infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale. La police du canton de Berne s’est cependant montrée coopérative avec les organisateurs d’un concert s’adressant à l’extrême droite. Bien que cette dernière ait reçu de la part des autorités politiques et judiciaires la consigne d’empêcher un concert planifié, les menaces des organisateurs ont incité la police à se montrer coopérative. Ainsi, les forces de l’ordre ont même interdit l’accès au site à un représentant des médias, à la demande des organisateurs. Elles n’ont donc à aucun moment vérifié la conformité avec la norme pénale contre la discrimination raciale.

Plusieurs groupes de musique à tendance extrémiste sont apparus au cours des dernières années. Il y a dix ans déjà naissait le groupe bâlois “Sturmtruppen Skinhead”, plus tard le groupe Hammerskin de Suisse orientale “Erbarmungslos”. Emanant également de la mouvance Hammerskin, les musiciens du groupe lucernois “Dissens”. Dans une interview datant de l’été 2006, ce groupe a annoncé la sortie d’un nouveau disque, ainsi que la création d’un nouveau groupe suisse du nom de “Vargr I Veum”. Les deux nouveaux groupes qui ont donné des concerts en 2005, le groupe zurichois “Amok” et le groupe valaisan “Helvetica”, n’ont pas encore sorti de disque.

“Indiziert”

“Indiziert” est actuellement l’une des formations d’extrême droite les plus connues en Suisse. Elle a été peu présente en 2006. Au début de l’année, le groupe a sorti son deuxième album “Marsch auf Bern”. Dans une interview donnée à la “Berner Zeitung” le chanteur du groupe Lüthard a affirmé clairement ses convictions racistes, déclarant qu'”il ne s’entretiendrait pas avec un journaliste à la peau basanée”. Tant en raison du contenu des textes que des déclarations faites à la presse, les autorités d’enquête ont ouvert une procédure pour infraction à la norme pénale contre la discrimination raciale. Fin novembre, l’autorité judiciaire unique a suspendu la procédure. Une partie des textes des chansons étaient effectivement “de mauvais goût, moralement discutables et offensants”, mais ne portait pas pour autant atteinte à la norme pénale.

Le groupe rock “Indiziert” se compose des frères Alex et Cedric Rohrbach, de Dominic Lüthard et de Benjamin Lingg. Lüthard s’était porté candidat sur la liste du PNOS ainsi qu’au législatif de la commune de Roggwil mais n’a pas été élu. L’organisateur officiel du festival rock de droite “Helvetien Rockt” était le label de disques “HDR-Records”, dont les principaux instigateurs sont les membres du groupe “Indiziert”. Six groupes étaient annoncés lors de la manifestation, mais ils ne furent que deux à jouer.

Activités politico-culturelles

Divers activistes et organisations se réclament d’une idéologie d’extrême droite mais ne participent pas forcément à la politique institutionnelle et ne se présentent pas aux élections. Il s’occupent de promouvoir leur idéologie par un travail de formation et de réseautage. On peut citer ainsi le cercle Avalon ou Gaston-Armand Amaudruz avec son journal le “Courrier du Continent”, mais aussi le couple Paschoud avec son journal “Le Pamphlet”. Outre ces activités déjà anciennes, on recense l’apparition en 2004 et 2005 d’un groupement nommé le “Bund Oberland”, créé par un groupe de jeunes activistes inconnus de l’Oberland bernois.

Le cercle Avalon

Le cercle Avalon est longtemps resté secret, de sorte que ses activités sont peu connues du grand public. Cependant son représentant Ahmed Huber, également activiste islamiste, prétend qu’occasionnellement des journalistes, des parlementaires ainsi que d’autres personnalités influentes ont pris part aux manifestations du cercle Avalon. Toujours est-il que Huber affirmait durant la campagne électorale de l’automne 2003 à la SonntagsZeitung que Bernhard Hess, conseiller national bernois des Démocrates suisses (DS) avait pris part à des activités de la société Avalon. Hess a contesté – sans convaincre – ses contacts avec l’extrême droite. En janvier 2005, le rédacteur de “Recht + Freiheit”, Ernst Indlekofer, s’est fâché contre une déclaration de Hess où il était question de “l’irrémédiable disparition du Reich allemand”, faisant allusion au fait qu’il avait entendu dire que Hess fréquentait depuis des années les réunions du cercle Avalon, et que de ce fait il devrait savoir que “les transformations et l’histoire de l’Allemagne sont le thème principal de la célébration bisannuelle de cette société germanophile”.

Le Cercle Avalon a été créé en 1990 par Roger Wüthrich, précédemment dirigeant de la “Jeunesse Viking suisse” et par Andreas Gossweiler, actif dans divers mouvements d’extrême droite. A ces rencontres participent d’anciens fascistes ainsi que de jeunes skinheads, outre ses représentants les plus connus comme Ahmed Huber et Roger Wüthrich.

Gaston Armand Amaudruz et le “Courrier du Continent”

Le vieux fasciste Gaston Armand Amaudrz est aujourd’hui âgé de 85 ans, mais continue à publier régulièrement son petit journal de 12 pages hectographiées, le “Courrier du Continent”. Le contenu est identique depuis des années. Dans la partie “bloc-notes”, Amaudruz tire des citations des journaux qu’il assortit de commentaires sardoniques. Mais dans cette rubrique, il donne également des informations (y compris adresses) de nouvelles publications de l’extrême droite et de ce fait contribue à la mise en réseau de ce milieu. Puis viennent des rubriques habituelles sur la “criminalité” ou sur la “Lois-Baillon” (c’est ainsi qu’Amaudruz désigne la norme pénale suisse sur la discrimination raciale). Viennent s’ajouter des textes de ses collaborateurs Guiseppe Patanè, Willi Märki et Eduardo Longo. En 2006, le négationniste René-Louis Berclaz a également écrit dans le “Courrier du Continent” au sujet du procès Robert Faurission. La dernière page est consacrée à un article où Amaudruz expose ses thèses racistes, antisémites et négationnistes. Ces propos ont valu à Amaudruz deux séjours de trois mois en détention voici quelques années.

Le “Courrier du Continent” est paru pour la première fois en 1946 et est rédigé et publié depuis une cinquantaine d’années par le fasciste lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Pendant des décennies, ce cahier était l’organe officiel de NOE, une petite organisation raciste dont Amaudruz était l’un des principaux animateurs. Le pamphlet continue à être publié aujourd’hui à quelques centaines d’exemplaires.

Claude et Mariette Paschoud “Le Pamphlet”

Dans son édition élargie de l’été 2006, “Le Pamphlet” invitait ses sympathisants à un dîner de célébration à l’occasion de son 35 ème anniversaire, avec des allocutions de Max l’Impertinent, Daniel Bassin, Michel de Preux et Claude et Mariette Paschoud. Dans son “édition jubilé”, les responsables de cette publication se réjouissaient d’annoncer qu’alors que cinq ans auparavant ils étaient prêts à jeter l’éponge, ils envisageaient désormais l’avenir avec optimisme. Il y a eu 10 numéros du “Pamphlet”. Les auteurs étaient, outre les Paschoud, Michel de Preux, Gérald Berruex et d’autres écrivains anonymes comme Max l’Impertinent et Pollux.

En 2006 “Le Pamphlet” a publié principalement des textes concernant les thématiques ordinaires au sein du camp catholique et conservateur, mais chaque fois aussi des textes comportant des allusions anti-sémites, anti-musulmanes et xénophobes, ainsi que des textes faisant l’apologie d’extrémistes de droite comme Jean Marie Le Pen et son Front National. Avant tout, on y lisait régulièrement des propos polémiques envers les personnes qui luttent contre le racisme, la révision du droit d’asile et du droit des étrangers.

“Le Pamphlet”, fondé par Claude Paschoud, paraît depuis 1970, dont depuis 35 ans. Le feuillet a connu par moments une diffusion plus importante (2’000 exemplaires). C’était en 1986, à l’époque ou Mariette Paschoud, enseignante dans le secondaire, était apparue aux côtés du négationniste Henri Roques à une conférence de presse à Paris et avait émis des “doutes sur l’existence des chambres à gaz et des camps de concentration.” En 1991, elle a failli être nommée major dans le service féminin de l’armée suisse, n’était-ce les protestations politiques qui ont entouré cette promotion. Un procès en diffamation entrepris par Mariette Paschoud contre le rédacteur du “Bieler Tagblatt” a fini par se retourner contre la négationniste. Le conseil fédéral a estimé dans un jugement qui fait encore référence aujourd’hui que: “La revendication d’une preuve sur l’existence des chambres à gaz est tellement absurde, au vu de la masse de preuves disponibles, que, même si d’autres motifs sont théoriquement envisageables, la sympathie pour le régime national-socialiste s’impose de façon évidente et suffit comme preuve de vérité. Surtout si l’on tient compte dans la conclusion d’éléments telles que des actions et propos tenus, ainsi que d’intentions et de motivations, qui ne représentent néanmoins pas une preuve scientifique.”

Au cours des dernières années, le journal a plusieurs fois vu diminuer ses abonnés. Depuis quelques années, “Le Pamphlet” est également consultable sur internet, un moyen pour la rédaction de faire face à la baisse constante des abonnés.

Recht + Freiheit (Droit et Liberté), Ernst Indlekofer

Ceux qui sont encore capable de réfléchir, affirme Ernst Indlekofer, constateront que “les hauts cris poussés contre l’extrémisme de droite détourne l’attention des vrais coupables”. Et pour le rédacteur bâlois de Recht + Freiheit, condamné pour négation de l’holocauste, les véritables coupables ce sont depuis toujours les Juifs et les Franc-maçons. Au nombre des thèmes récurrents figurent diverses attaques contre la norme de droit pénal contre la discrimination raciale, la contestation de la responsabilité allemande dans le déclenchement de la deuxième guerre mondiale, ainsi que diverses prises de position en faveur de négationnistes.

Durant l’été 2006, Indlekofer a ajouté à sa publication un tract “Das ARG muss weg!” (la norme pénale contre la discrimination raciale doit être supprimée). Avec ce pamphlet, Indlekofer voulait se rendre compte qui soutiendrait l’initiative populaire sur la suppression de la norme pénale contre la discrimination raciale et pour l’annulation de la convention de l’ONU contre le racisme. Ce projet n’a semble-t-il pas abouti. Dans tous les cas, Indlekofer n’en a pas reparlé dans son petit journal. Inculpé pour infraction conte la norme pénale sur la discrimination raciale, Indlekofer a obtenu fin mars un succès judiciaire. Le tribunal correctionnel a suspendu le procès ouvert en 1998, parce que les autorités d’enquête n’avaient pas respecté la clause constitutionnelle des “délais raisonnables”, même si certains chefs d’accusation n’étaient pas encore prescrits. En clair: la procureure Eva Eichengerger a bâclé le procès. La procureure et Indlekofer ont tous deux fait appel contre l’abandon de la procédure (en raison des frais). Mais neuf mois après le traitement judiciaire, le jugement du tribunal correctionnel de Bâle est toujours en attente. Concernant son procès, Indlekofer a publié une édition spéciale de “Recht + Freiheit” le 23 mars 2006, où il documente son “commentaire final” devant le tribunal.

Officiellement, l’organe “Recht + Feiheit” est publié par un “Presseclub Schweiz”, mais de facto, c’est bien le bâlois Ernst Indelkofer, maintenant âgé d’une soixantaine d’années, qui est largement responsable de ce cahier d’une dizaine de pages par édition. En 2006, outre “l’édition spéciale”, quatre numéros sont parus, quoique le quatrième cahier soit numéroté “No 4-6”. Parmi les auteurs suisses, l’on recense Max Disteli (Olten), Felix Berger (Zurich), Alex Brunner (Wetzikon) et le “Prof. Dr. Jur. Hans Ulrich Walder” (Sempach, LU).

Le “Presseclub Schweiz” a tenu son assemblée générale le 22 juillet 2006 à un endroit inconnu, et comme les années précédentes, les membres devaient préalablement demander leur carte d’invitation personnelle.

MIHAG – Militärhistorische Arbeitsgemeinschaft

Au cours de l’année écoulée, la Militärhistosiche Arbeitsgemeinschaft ne s’est pas manifestée.

La Militärhistorische Arbeitsgemeinschaft (MIHAG) a été créée au milieu des années 90 et dispose d’une case postale à Hinterkappelen dans la région de Berne. Cette société est plutôt discrète et on ignore de combien de membres elle se compose. Il est toutefois avéré que son représentant, le pâtissier-confiseur bernois Stefan Kernen, prend régulièrement part à des rencontres amicales entre anciens Waffen-SS et qu’il y est considéré comme un “camarade suisse” ou un “sympathisant confédéré”.

Portails d’information

En Suisse, la mouvance d’extrême droite ne dispose que de peu d’accès aux médias, en particulier aux médias imprimés. Mais au fil des ans sont apparus des supports d’information comme la “Freie Stimme” (respectivement Altermedia Schweiz), Altermedia Suisse et Novopress Suisse. En 2006, deux de ces portails d’information n’étaient alimentés plus que de façon irrégulière. Le responsable de Freie Stimme/Altermedia Schweiz s’est trouvé confronté à un mandat de perquisition en automne 2005, ce qui semble avoir atténué son besoin d’informer. Altermedia Suisse a également publié peu d’information sur le net en 2006. Seule Novopress Suisse a présenté une certaine continuité. Ce portail a transmis en particulier les communiqués de presse des Identitaires romands.

Organisations politiques

Ces dernières années, les extrémistes de droite ont aussi tenté de constituer des partis politiques dans le but de participer aux élections. La plupart de ces projets on généralement fait long feu, à l’instar du Parti national suisse (NPS) de David Mulas. Le parti nationaliste suisse (PNOS) constitue la seule exception et s’est doté entre temps de structures solides. A Bâle, Eric Weber s’est présenté comme unique candidat de son “Action populaire contre trop d’étrangers et de demandeurs d’asiles dans notre patrie” en participant au deuxième tour des élections pour le conseil exécutif de la ville. Largement battu, Weber a obtenu 2530 voix et de ce fait la troisième place. Il a néamnoins volé la vedette à la populaire représentante du Schweizerischen Bürger Partei (SBP), une dissidence de l’UDC de Bâle-ville. Weber a une longue carrière dans les milieux d’extrême droite. En 1986, il a été élu au Grand conseil sur la liste de l’Action nationale, d’où il est bientôt ressorti en raison de ses comportements désagréables. Après son retrait du Grand conseil, il a déménagé pour plusieurs années en Allemagne, où il a cherché à travailler comme journaliste. Au début des années 90 il avait été jugé pour irrégularités lors des élections. En 2003, il a participé aux élections nationales, en 2004 aux élections du Grand-conseil de Bâle-ville, toujours sur la liste des Démocrates Suisses (DS). Lors de ces dernières élections, Weber a cherché à acheter des bulletins de vote a été éliminé.

L’opposition nationale extraparlementaire (Napo) ne s’est plus manifestée en 2006, alors que l’année précédente elle avait encore organisé deux manifestations. Même le portail internet de la NAPO, qui n’avait plus été remis à jour depuis longtemps, a fini par disparaître du net. Conformément à son “programme d’action”, le but de la NAPO est de “perturber le pouvoir des médias dans notre système politique et de préparer un changement de pouvoir en Suisse dans le sens d’un Etat populaire”. Cela implique notamment l’expulsion des résidents d’origine non-européenne, car la NAPO considère que “les personnes d’une autre culture et d’une autre race qui vivent dans notre pays et en Europe comme des occupants civils”. Le programme précise que la NAPO “se mobilise pour le rapatriement des persones d’autres races et d’autres cultures”. Parmi ses “visions”, le parti évoque des familles nombreuses de race blanche. Il s’agit donc d’un texte clairement raciste. Toutefois le négationniste et représentant de la NAPO Bernhard Schaub continue à être actif, de même que la page internet de la “Reichsbewegung” continue à s’afficher. La NAPO se considérait à l’époque comme la branche suisse de cette organisation.

Parti nationaliste suisse (PNOS)

Comme d’autres partis politiques, la Parti nationaliste suisse affirmait à la fin de l’année sa confiance en l’avenir. Le comité directeur du parti annonçait début 2006 sur sa page internet que: “le parti a pris de la distance d’avec le poids du passé et décidé de suivre une nouvelle orientation idéologique. En se distançant de l’idéologie nationale-socialiste, il prenait enfin la voie longtemps attendue de la modernité.” La clairvoyance n’était cependant pas l’unique élément déclencheur de ce revirement: le procès pour infraction contre la norme pénale sur la discrimination raciale y a certainement contribué. Plusieurs membres du comité directeur du parti ont été jugés en première instance, et peu avant l’audience publique devant le tribunal de district d’Aarau, les accusés ont retiré leur recours, de sorte que les condamnations sont entrées en vigueur.

Dans son nouveau programme, le PNOS prétend qu’il s’oppose au “socialisme helvétique”. Dans les faits, le parti critique sans cesse les inégalités sociales qui font partie intégrante du capitalisme. Elle veut surmonter cette contradiction par la proclamation d’un “Volksganzen”, exactement comme l’on fait les partis d’extrême droite entre les deux guerres. Le nouveau programme a maintenu une clause discriminatoire: “Les étrangers d’une autre culture ne peuvent obtenir qu’exceptionnellement la citoyenneté suisse”. A savoir, les résidents d’origine asiatique ou africaine ne peuvent pas être naturalisés et doivent quitter la Suisse car: “Celui qui vit en Suisse sans être citoyen a un statut d’hôte et ne peut résider que pour une période limitée sur le territoire.” En outre, le parti réclame un état autoritaire. Certes, le gouvernement (soit un Landammann et son représentant) doit être élu par le peuple, mais avec un mandat illimité et un pouvoir décisionnel étendu. Le Landammann doit ensuite élire les conseillers fédéraux ainsi que les juges fédéraux. Là aussi, le PNOS suit la même logique que les organisations frontistes des années 1930. Comme eux, le PNOS réclame également une interdiction de la Franc-maçonnerie, car “ceux qui appartiennent à des Loges et à des sociétés poursuivent forcément d’autres buts que l’Etat”. Tout cela indique que si l’enveloppe extérieure du PNOS a changé, le noyau de ses convictions est resté le même.

Un coup d’oeil jeté au journal du parti “Zeitgeist” illustre bien la continuité de cette idéologie. En 2006 également sont parus des articles xénophobes, antisémites et anti-islamiques. Le représentant du PNOS, Dominic Bannholzer, a diffusé des propos racistes des plus crus. Il se plaint du “mélange des races”, disant qu’il s’agit d’une “illusion malade”. Plus loin, il s’indigne qu’un joueur de foot noir de peau représente l’équipe nationale suisse. Et prenant pour cible Johan Djourou, il écrit qu’il souhaiterait “rien plus ardemment que ce ‘romand’ à peau noire aille exercer son talent du football ailleurs, de sorte qu’il représente dans le monde entier le pays dont il possède l’héritage.” Plus loin encore, un certain “Kamal Samdhi” prétend que “l’holocauste est le seul tabou vraiment intangible en Occident”, et qu’il est devenu une “pseudo-religion négative”, qui ne s’intéresse pas à transmettre des valeurs mais “à faire des gens durablement des esclaves de leur culpabilité en raison d’une vision de l’histoire réduite à un seul événement, sur lequel des doutes subsistent”. Si l’on prend les textes du “Zeitgeist” comme référence, l’attitude du PNOS vis-à-vis de l’Islam est ambiguë. Le “Zeitgeist” prétend combattre les musulmans européens, et pourtant il soutient les musulmans dans leur résistance à Israël et dans leur critique du capitalisme occidental.

Le PNOS prétend avoir augmenté son nombre d’adhérents de plus de 30%. Ces informations sont invérifiables. Il est toutefois clair que le parti a créé en 2006 trois nouvelles sections – Willisau, Küssnacht-am-Rigi et Berner Oberland. Il a pris deux fois part, sans succès, aux élections. Lors des élections du printemps 2006 au Grand conseil bernois, Dominic Lüthard et Tobias Hirschi se sont présentés dans le district d’Oberaargau. Le parti a obtenu un pourcentage insignifiant de 2% des voix. Aux élections du conseil communal de la localité de Roggwil, le PNOS a obtenu 5% des voix: 46 électeurs ont déposé une liste intégrale du PNOS dans l’urne, tandis que 37 électeurs ont modifié la liste du PNOS. Le seul candidat était en l’occurrence Dominic Lüthard, membre du PNOS et chanteur du groupe “Indiziert”.

Dans un proche avenir, le parti prévoit le développement de sa structure interne. Il s’agira en outre de “soigner un contact actif avec les pays voisins afin de présenter sur un plan plus largement européen un front uni contre le capitalisme, le pillage et le despotisme”. Les trois exemples suivants donnent assez clairement une idée de quoi il s’agit. Lors de l’assemblée générale du parti à Wauwil, Thomas Gerlach est apparu pour adresser ses vœux au PNOS au nom du NPD, du KDS (Kampfbund Deutscher Sozialisten) et des forces libres de Saxe et de Mecklembourg-Poméranie. Mi-décembre 2006, une délégation du PNOS a pris part à la séance de fondation de la section Bodensee des Jungnationaldemokraten, l’organisation des jeunes membres du NPD, à Friedrichshafen. Enfin, Denise Friedrich, seule femme au comité directeur du parti a présenté une conférence sur la “femme nationale”, qui d’une part doit assumer son rôle de mère, d’autre part doit s’émanciper et participer à la vie politique, à l’image d’organisations comme le “Ring-Nationaler-Frauen”, la “Gemeinschaft-Deutscher-Frauen” et la “Mädelring Thüringen”, toutes des organisations dans la mouvance du Nationaldemokratischen Partei NPD allemand et de la Freien Kameradschaften.

Négation de l’Holocauste

Les révisionnistes nient trois faits historiques patents: premièrement qu’un plan destiné à éliminer les Juifs d’Europe ait été élaboré, deuxièmement que des chambres à gaz aient été construites pour éliminer les victimes et, troisièmement, que la persécution des Juifs par les nazis se soit soldée par la mort de plusieurs millions de victimes. A l’automne 2005, une bonne part de l’infrastructure des révisionnistes a été anéantie par l’arrestation de Germar Rudolf. Avec l’interdiction de sa maison d’édition active en deux langues, la plus importante des publications négationnistes paraissant en allemand et en anglais a disparu. De nombreux promoteurs importants du négationnisme comme Germar Rudolf et Ernst Zündel ont été traduits en justice en 2006. Fin 2006, les jugements définitifs n’avaient pas encore été rendus.

Malgré cette grave crise, les négationnistes prétendent être optimistes pour l’avenir. La raison en est la conférence sur l’holocauste qui s’est tenue à Téhéran mi-décembre 2006. Elle a été organisée début 2006 par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, et a réuni principalement des extrémistes de droite et des négationnistes, mais également quelques juifs anti-sionistes. La conférence poursuivait deux buts principaux: d’une part la mise en cause ou la banalisation de l’holocauste, d’autre part la tentative de saper la légitimité de l’état d’Israël. Au terme de cette conférence, certains participants ont créé une commission composée principalement de négationnistes, dont le Suisse Bernhard Schaub, dont l’objectif est de créer une fondation et d’organiser d’autres conférences. On ne sait pas quelle suite aura cette initiative. En fait l’Internationale négationniste est en crise de puis des années, parce que ses thèses mensongères et intellectuellement indéfendables n’ont pas réussi à convaincre en dehors du cercle restreint des extrémistes de droite.

Les premiers extrémistes de droite sont apparus au grand jour dans les années 1990. Pendant la campagne référendaire contre l’introduction de la norme pénale sur la discrimination raciale, les quatre orateurs principaux, Jürgen Graf, Arthur Vogt, Andres J. Studer et Bernhard Schaub ont organisé un forum appelé “Groupe de travail pour la dé-tabouisation de l’histoire contemporaine”, rebaptisé plus tard “Groupe de travail et de recherche en histoire contemporaine”. Dans la deuxième moitié des années 1990, l’AEZ a réduit ses activités, suite à quoi le négationniste alémanique et ses camarades romands ont créé l’association “Vérité et Justice”. Cette association a été dissoute en mars 2002 par le tribunal de district de la Veveyse à Châtel-Saint-Denis et a depuis cessé toute activité.

Les négationnistes suisses – à l’exception de Bernhard Schaub et Philippe Brennenstuhl – ne pouvaient plus développer d’activité en suisse à partir de 2006. Jürgen Graf et Andres J. Studer ont quitté la Suisse pour échapper à des peines de prison fermes. Ils semblent qu’ils aient cessé d’exercer une influence sur les milieux d’extrême droite en Suisse.

Bernhard Schaub

Mi-décembre, Bernhard Schaub a fait une apparition remarquée à Téhéran, comme orateur invité à la “Conférence sur l’holocauste”. Dans son allocution Schaub a félicité comme premier président du “Verein zur Rehabilitierung des wegen Bestreitens des Holocausts verfogten (VRBHV)” le président iranien pour avoir ouvert “la lutte contre le mythe de l’holocauste”. Schaub a parlé d’un “ramassis de propagande” destiné à intimider une Allemagne désarmée depuis soixante ans. Il a conclu son discours avec un appel: “Les négationnistes européens aimeraient clamer à tous ici dans le monde islamique que nous avons le même ennemi”. Il s’agit “du corrupteur de l’humanité qui avec l’aide des unités de combat américaines veut soumettre le monde entier au capital juif, et annihiler tous les peuples, cultures et religions indépendantes”. En clair: Schaub reprend le discours antisémite nazi. Schaub a toutefois trouvé des termes élogieux pour qualifier l’action du conseiller fédéral Christoph Blocher et de son parti, l’Union démocratique du centre. Blocher aurait fait, selon Schaub, un “grand pas” en annonçant qu’il voulait rayer du code pénal l’article sur la négation du génocide et que le parti avait décidé également de lancer une initiative contre la norme pénale sur la discrimination raciale. Le négationniste accueillait ces déclarations comme des “signes encourageants”.

Sinon, Schaub ne s’est pas fait particulièrement remarquer par ses activités en 2006, si ce n’est qu’il a distribué fin octobre dans les boîtes aux lettres de sa région des centaines de tracts en faveur du “Vereins zur Rehabilitierung des wegen Bestreitens des Holocausts Verfolgten” (VRBHV). Une action qui lui a valu une procédure pénale pour infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale.

Par ailleurs, Schaub poursuit son activité indépendante comme formateur d’adultes. Agé de 52 ans, il propose toute une série de manifestations: “Ghibellinum – séminaire de philosophie, de gymnastique et de récitation” s’intitule l’un de ces cours qui a lieu trois fois par semaine. Il y a encore un “Cercle d’études philosophique”, un cercle cinématographique et une série de conférences “Art et poésie”. Le but du cercle cinématographique est de “rendre publiques des recherches et documentations historiques actuelles qui sont censurées par les grands médias”. Naïf qui ne songe pas d’emblée à la négation de l’holocauste. Il est difficile de savoir combien de personnes sont intéressées par cette offre. Schaub exerce en outre sa “gymnastique nordique”. Nordique signifie que cette gymnastique pratique “des mouvements adaptés à la morphologie des gens d’Europe septentrionale”. Elle s’appuie sur une démarche développée par Graf Fritz von Bothmer et Hinrich Melau. Von Bothmer était un anthroposophe et Hinrich Melau le fondateur d’une “gymnastique allemande”, très répandue auprès des jeunes filles sous le troisième Reich.Philippe Brennenstuhl

L’un des rares extrémistes de droite à s’être manifesté bruyamment le 1er août au Grütli était le négationniste romand Philippe Brennenstuhl, qui s’était montré l’année précédente aux côtés d’un skinhead connu du groupe “Blood and Honour”. Lorsqu’il s’est fait arrêter par le cordon de policiers, il a expliqué qu’il souhaitait faire un discours patriotique sur le Grütli.

Une “secte internationale – les Franc-maçons, déclare Brennenstuhl, s’est donnée pour mission d’exploiter et de soumettre les gens par le matérialisme, par l’internationalisation du commerce et le monopole des biens et des services (comme par exemple les mass-médias!), avec pour but ultime la création d’un gouvernement mondial en mains américano-sionistes”. Jusqu’à l’époque actuelle, les Franc-maçons ont canalisé à leur profit la plupart des ressources politiques, financières, intellectuelles et religieuses de ce monde.”

Brennenstuhl, qui a commencé sa carrière dans le milieu de l’extrême droite en Suisse en février 1999 comme membre du comité de l’association “Vérité et Justice” est aujourd’hui un combattant isolé, qui s’emploie à chicaner les autorités avec des requêtes absurdes. Il a publié sous forme de brochure un commentaire sur cet échange de correspondance.

Conclusion

L’extrémisme de droite en Suisse en 2006 reste une réalité politique et sociale. Même si ce milieu reste marginal, il n’a jamais été numériquement aussi fort depuis 1945.

La subculture des skinheads à tendance nazie, proportionnellement le groupe le plus important en 2006, n’a connu qu’une faible croissance en 2006. C’est avant tout dans les petites villes et les villages que sont apparues des cliques ou groupuscules d’extrême droite, qui se posent en ennemis aussi bien des “gauchistes” que des “étrangers”. La subculture skinhead-nazie dispose d’une offre stable de manifestations, généralement sous forme de groupes de musique et de concerts.

Ces organisations ou individus contribuent continuellement à la formation d’une idéologie d’extrême droite par des activités politico-culturelles, sans toutefois participer à la politique institutionnelle.

La mouvance d’extrême droite dispose néanmoins d’un parti politique, le parti nationaliste suisse (PNOS). Depuis 1945, aucun parti/groupe d’extrême droite ne s’était maintenu aussi longtemps.

Les négationnistes suisses ne se sont plus manifestés, à l’exception de deux individus menant un combat isolé. Toutefois la pensée négationniste, à savoir la négation ou la minimisation de l’holocauste, est parvenue à s’imposer auprès d’une partie du public d’extrême droite.

Lucerne, 8 janvier 2007 Hans Stutz

Racisme en Suisse en 2006/1

Zürich, 31 Décembre 2006

Islam: le nouveau péril?

Racisme et discrimination en Suisse en 2006

La discrimination à l’encontre des étrangers et des étrangères dans notre pays prend des formes parfois surprenantes. Par exemple dans la rubrique “Just married” de la NZZ du dimanche, où un couple fraîchement marié – elle du Libéria et lui helvète – nous raconte ses mésaventures. Le mariage avait été rendu difficile parce que l’extrait de naissance de l’épouse n’était pas reconnu par les autorités suisses. Et lorsque la fille du couple – née hors mariage- est venue au monde, le nouveau-né ne pouvait ni être enregistré par le contrôle des habitants, ni la paternité du père. La petite fille n’existait pour ainsi dire pas, bien qu’elle pleura tous les jours et nécessita des soins. Le père de l’enfant a subi une perte de revenus, parce que les allocations familiales n’ont pas été versées. “C’est seulement six mois plus tard, et après avoir dû verser 2’000 francs, que l’épouse a enfin obtenu l’extrait de naissance nécessaire”.

En 2006, comme c’est le cas depuis de nombreuses années, celui ou celle qui ne dispose pas d’un passeport suisse, qui n’a pas la peau blanche ou qui n’a pas de domicile fixe, n’est pas de religion chrétienne, n’est pas hétérosexuel, risque d’être exclu, apostrophé, insulté, menacé ou dans certains cas même agressé physiquement. Le mécanisme de la haine et de l’exclusion demeure, les représentations de l'”ennemi” s’adaptent aux besoins politiques ou sociaux du moment. Depuis le début des années 1990, la tendance est à la discrimination envers les personnes originaires des pays de l’ex-Yougoslavie et de la Turquie. Au fil des années écoulées, de plus en plus de personnes à peau noire (quelle que soit leur pays d’origine), sont victimes d’attaques et de discriminations. Diverses observations confirment que ces personnes sont souvent interdites d’entrée sous divers prétextes dans des salles de jeux, des bars, parfois aussi dans des restaurants.

Dans certains cas, la discrimination suit les méandres de l’économie néo-libérale. Ainsi les étrangers payent de plus grandes primes d’assurance automobile. Cette inégalité de traitement est juridiquement discutable. Dans son avis de droit, Bernhard Waldmann, spécialiste en droit constitutionnel et administratif, parvient à la conclusion que cette pratique est contraire au droit. Tant le conseil fédéral que le parlement ont refusé une motion. Le conseil fédéral a déclaré que: “Lorsqu’un assureur qui assure un groupe de diverses nationalités applique un critère de d’appartenance nationale pour tous, et donc pas de façon sélective à l’encontre de certaines nationalités, l’application de ce critère ne peut pas être qualifié de discriminatoire.”

Sur le plan juridique, cette atmosphère xénophobe est désormais inscrite dans la loi révisée sur les étrangers et sur l’asile. Fin novembre 2006, ces deux lois – qui sont parmi les plus sévères à l’égard des étrangers en Europe – ont été acceptées à une large majorité de votants.

Discrimination à l’égard des musulmans

Dans un passé récent, presque partout en Europe, les musulmans sont entrés dans la ligne de mire des xénophobes et des racistes. “En Europe beaucoup de musulmans subissent – indépendamment de leur origine ethnique et de leur attitude envers la religion – des discriminations dans le domaine du travail, de la formation et du logement”. Ceci est le résultat d’une étude publiée par l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) fin 2006. Cette discrimination à l’encontre des musulmans est liée tantôt à une aversion pour l’islam, tantôt à un ressentiment d’ordre xénophobe ou raciste, car ces aspects se trouvent souvent mélangés. L’inimitié à l’égard des musulmans doit donc être considéré dans le cadre plus général de la xénophobie et du racisme à l’égard des migrants et des minorités.

En Suisse, ce sont d’une part les représentants de l’UDC dans les parlements cantonaux, d’autre part des comités ad hoc qui se sont mis en place contre la constructions de minarets qui ont lancé des campagnes racistes. Ces campagnes prétendent que l’Islam veut dominer le monde et que les minarets sont le symbole d’une conquête du territoire. Le Parti nationaliste suisse PNOS s’en est également pris aux musulmans et a organisé mi-décembre 2006 à Langenthal une manifestation “Arrêtez la construction de bâtiments étrangers à notre culture”.

Le racisme à l’égard des musulmans est devenu au cours de l’année écoulée un thème central du discours des milieux nationalistes et conservateurs comme l’UDC et l’ASIN, qui depuis des années encouragent un climat de méfiance envers les musulmans. On peut citer en premier lieu Ulrich Schlüer et son journal “Schweizerzeit”. Cet éditeur a également un service de diffusion de livres, parmi lesquels figurent depuis plusieurs années des livres anti-musulmans. Ils ont saisi l’occasion d’un débat au sujet de la construction prévue d’un minaret à Wangen près d’Olten et à Langenthal pour créer le “Groupe Egerkingen”, dont le but est de coordiner l’opposition massive à la construction de minarets. Font entre autres partie de ce groupe Roland Kissling et Willi Schönenberger (tous les deux UDC Wangen), le conseiller aux Etats UDC Patrick Freudiger et Stefan Zeller (tous deux de Langenthal), Hans Lieberherr (Madiswil), le conseiller d’Etat UDC et porte-parole de l’UDC suisse Roman Jäggi (Fulenbach) de même que le conseiller national UDC Walter Wobmann (Grentzenbach) et Ulrich Schlüer (Flaach). Etait absent un autre membre du groupe, le conseiller d’Etat UDC Lukas Reimann (Wil SG). Ce groupe envisage le lancement d’une initiative populaire.

Le débat suscité à Wangen près d’Olten, initialement pour des motifs racistes à l’égard des musulmans, a toutefois pris une nouvelle tournure à la fin de l’automne 2006, lorsqu’on a appris que l’association culturelle turque d’Olten, exploitant de la mosquée, arborait le drapeau des Loups Gris, groupement d’extrémistes de droite turcs.

Racisme à l’égard des noirs

En Suisse, les personnes à peau noire sont celles qui sont le plus souvent victimes de chicanes racistes et de discriminations, en particulier de la part de la police. Elles doivent fréquemment montrer leur pièce d’identité et être fouillées. Elles se voient souvent refuser sous divers prétextes l’entrée dans des établissements comme des bars ou des boîtes de nuit. Les personnes noires de peau ne disposent pour l’instant pas encore d’organisations centralisées qui se chargeraient d’intervenir contre les nombreuses chicanes et humiliations dont ils font continuellement l’objet dans la sphère publique.

Antisémitisme

Il y a environ dix ans en arrière, le vaste débat portant sur le rôle de la Suisse durant la seconde guerre mondiale avait provoqué l’activation d’un anti-sémitisme latent dans la société suisse. Mais ce sentiment s’est à nouveau calmé après la finalisation de l’accord sur les avoirs en déshérence. En 2006, il n’y a pas eu réellement de signes d’un “nouvel” antisémitisme, à savoir cette forme d’antisémitisme qui émane principalement des milieux musulmans ainsi que de la gauche, en lien direct avec la critique de la politique israélienne.

Dans le cercle relativement réduit des forums d’extrême droite, des auteurs publient régulièrement des articles antisémites ou minimisant l’holocauste. Ces allégations demeurent généralement sans suite, sauf s’il y a infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale, car personne ne porte plainte. Erwin Kessler, président de l’association contre les usines d’animaux (ACUSA), a également publié des commentaires antisémites, en particulier dans la homepage de l’association. Une fois de plus, il prend la défense du négationniste Jürgen Graf, en prétendant que Graf ne nie pas l’extermination des juifs par le national-socialisme, ni les exécutions de masse et n’excuse en aucune façon les crimes des nazis. Kessler écrit: “Il a été condamné à 15 mois de prison, parce qu’il a critiqué des éléments spécifiques de l’histoire officielle. C’est pourquoi il a du fuir la Suisse comme exilé politique. Il vit aujourd’hui en Russie, où il est protégé par la liberté d’expression et donc ne sera pas livré à la Suisse.

Selon les médias, la Melde- und Beratungstelle für antisemitische Vorfälle de Suisse alémanique, a recensé à la demande de la Fédération Suisse des Communautés israélites, sur une durée de 16 mois – de septembre 2005 à décembre 2006 – 73 incidents dont 42 incidents touchant des institutions juives et 15 propos antisémites sur l’internet. La tendance indiquerait un accroissement de l’antisémitisme en Suisse alémanique. Cette estimation n’est pas confirmée par la présente chronologie.

Les gens du voyage et les Jenish

Malgré les nombreuses protestations de bonnes intentions de la part des politiciens et de l’administration, les gens du voyage, en particulier les Roms sans passeport suisse, ont toujours autant de difficultés à transiter par la Suisse ou à trouver des lieux équipées pour les recevoir, même si ces dernières années des places ont été aménagées à certains endroits. Parfois, ils ont même fait l’objet d’agressions. Le conseil fédéral constate dans son rapport “Sur la situation des gens du voyage”, “qu’il n’existe pas encore un réseau suffisant d’aires de séjour et de transit, qui permettraient aux 2’500 gens du voyages suisses de poursuivre leur mode de vie traditionnel”. Selon une expertise de la Fondation “Un avenir pour les gens du voyage suisses”, il faudrait 29 aires de séjour et 38 zones de transit supplémentaires. En 2006 aussi, dans plusieurs communes les autorités comme les habitants se sont opposés à la création de ce type d’infrastructures. Les conflits avec la population sédentaire se sont cependant plutôt produits avec les gens du voyage étrangers qu’avec les gens du voyage de nationalité suisse.

Conclusion

Une partie de la population suisse a adopté une vision nationaliste – voire raciste – des problématiques de société de toute nature. Outre les micro-partis nationalistes, l’UDC en tant que parti gouvernemental entretient ce climat de discrimination par des campagnes agressives. Les Suisses appartenant au camp nationaliste et conservateur associent souvent une vision nationaliste et isolationiste de la Suisse (opposition à la collaboration ou à la participation aux organisations internationales) à des opinions xénophobes voire racistes envers les migrants non-européens et les résidents étrangers sans passeport suisse. Ils peuvent s’appuyer sur une longue tradition de la Suisse relative au discours sur la “surpopulation étrangère” et sur l'”exception suisse”, dans leur répugnance à l’égard de droits clairement établis envers les minorités. Les représentants du camp nationaliste et conservateur sont aussi les premiers à défendre ou à minimiser les activités d’organisation d’extrême droite. Certes, le camp des nationalistes conservateurs a perdu ces dernières années d’importantes votations populaires (l’ONU, accords bilatéraux, accord de libre circulation de Schengen), mais il parvient continuellement à influencer le débat politique par des campagnes discriminatoires à l’égard des minorités étrangères.

En 2006, les campagnes xénophobes et racistes s’adressaient surtout aux minorités musulmanes. Le point de friction central a été la lutte contre la contre la construction de minarets. Mais les divers ressortissants d’ex-Yougoslavie de même que les personnes noires de peau – avec ou sans passeport suisse – sont confrontés à des attitudes racistes, aussi bien dans la vie sociale que dans le champ politique. Les chicanes et les humiliations policières touchent spécialement les jeunes gens à peau noire – indépendamment de leur pays d’origine. L’antisémitisme est latent, mais se manifeste rarement ouvertement, hormis dans les manifestes de l’extrême droite. Les droits constitutionnels des gens du voyage et des Jenish sont reconnus, mais ils continuent à avoir de la peine à trouver aires de séjour et de transit.

Extrémisme de droite en Suisse en 2007/2

Lucerne, 15 Janvier 2007

« Contre cet état multiculturel et la mafia rouge »

« Les gens naissent libre et égaux en droit et le demeurent » – ce fondement des droits de l’homme qui remonte à la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 a été néanmoins constamment remise en question. D’abord par les patriciens et les aristocrates, plus tard par un conservatisme, en partie modernisé, en partie vulgairement réactionnaire à l’ombre duquel s’est développé une droite anti-démocratique . Au plus tard après la première guerre mondiale se développe dans tous les pays européens des mouvements et des partis à tendance nationaliste, anti-démocratique, anti-sociale, anti-sémite et opposés à la modernité. Ces mouvements se distinguent par leur organisation hiérarchique, où l’autorité est souvent incarnée par un leader. Ils ont pour objectifs de limiter ou même de supprimer les libertés civiques et les grandes utopies sociales nées de la révolution française basée sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Ils souhaitent donc réduire les libertés individuelles et politiques pour instituer une démocratie autoritaire, voire une dictature. Concrètement cela signifie réduire les droits parlementaires et renforcer l’exécutif, qui devrait être incarné par un seul homme. La limitation des droits démocratiques vise en particulier les organisations socialistes ou communistes auxquelles la droite extrémiste reproche leur internationalisme. Les attaques à l’encontre des organisations et des personnes de gauche s’articulent souvent autour d’un discours antisémite. L’extrémisme de droite continue à alimenter le mythe de la conspiration « des Juifs et des Franc-maçons qui dirigent le capitalisme mondial et le bolchevisme ».

La plupart des organisations d’extrême droite excluent de leurs membres les personnes de religion juive ainsi que celles appartenant à des « sociétés secrètes », par exemple les Franc-maçons. Parmi les plus importantes de ces organisations à l’époque moderne figurait le Nationalsozialistische Arbeiterpartei NSDAP allemand sous Hitler et le parti fasciste italien sous Benito Mussolini. Mais même dans les pays ou l’extrême droite n’est pas parvenue au pouvoir, des organisations similaires existaient. Par exemple en Hongrie le parti des Croix fléchées, en Roumanie la Légion noire, en Suisse les groupes frontistes, dont le plus important fut le Front national.

Qu’est-ce que l’extrémisme de droite ?

Comme d’autres notions du champ politique et social, le concept d’extrémisme de droite ne se laisse pas définir de façon strictement scientifique.
On entend sous « extrémisme de droite » – selon la définition très utilisée de Wilhelm Heitmeyer – une tendance politique qui réunit une idéologie de l’inégalité avec celle de la violence . L’idéologie de la violence comprend des degrés divers. Il peut s’agir de la conviction de la nécessité de faire usage de la violence (pour résoudre des problèmes de société), d’une approbation à l’égard de la violence exercée de façon privée ou par l’état, d’une préparation à la violence jusqu’à des actes effectifs de violence. L’idéologie de l’inégalité se rapporte aux personnes et aux groupes qui visent la dévalorisation d’une part et l’exclusion d’autre part dans la vie quotidienne. La dévalorisation se manifeste par la surestimation de soi qu’elle soit nationaliste ou ethnique, dans la hiérarchisation des races, dans la distinction eugénique entre ceux qui méritent ou ne méritent pas de vivre, dans des considération sociobiologiques d’une « hiérarchie naturelle », sur une forme de darwinisme social soulignant le droit du plus fort, sur une conception totalitaire de la « norme » qui dénigre la différence et plaide pour l’homogénéité. L’exclusion vise à traiter différemment « l’autre » ou de l’étranger sur le plan social, économique, culturel, juridique et politique.
Sont perçu comme « autre » ou « étranger » des minorités mal vues de la population, par exemple les punks, les militants anti-racistes, les homosexuels et les lesbiennes, les handicapés, les sans-logis, les juifs et les musulmans, les hommes et femmes noirs de peau, indépendamment de leur nationalité.

Urs Altermatt et Damir Skederovic ont utilisé une définition similaire de l’extrémisme de droite en s’appuyant sur le politologue Hans-Gerd Jaschke. Ils ont résumé l’extrémisme de droite par « l’ensemble des convictions, des comportements et des actes, organisés ou non, qui procèdent d’une vision raciste ou ethnique des inégalités sociales, exigent l’homogénéité ethnique des peuples et refusent la philosophie d’égalité de la déclaration des droits de l’homme. Cette vision place la communauté avant l’individu, soumet le citoyen à la raison d’état, récuse le pluralisme d’une démocratie libérale et souhaite amoindrir la démocratie. »

L’extrémisme de droite comprend un certain nombre d’éléments qui apparaissent sous diverses formes et dans des combinaisons variables selon les courants d’idées, les groupements et les mouvances.

1) Nationalisme agressif et/ou ethnocentrisme qui se manifeste par de la xénophobie et la haine de l’étranger.
2) Racisme basé sur conception biologique de l’être humain et créant des distinctions ethniques et culturelle entre ces derniers.
3) Antisémitisme qui se manifeste soit ouvertement, soit de façon cachée et qui a pour corollaire la minimisation voire le déni total des crimes du national-socialisme.
4) Autoritarisme qui exige un état fort relié à la figure d’un leader charismatique.
5) Anti-égalitarisme social, qui professe un « ordre naturel » hiérarchique et organique.
6) Accentuation de la communauté dans le sens d’une homogénéité culturelle, ethnique ou sociale.
7) Anti-pluralisme politique et social, qui se méfie de l’opinion publique démocratique et du processus de décision qui en découle.
8) Acceptation de la violence qui s’exprime dans les conflits politiques et sociaux.
9) Style démagogique, qui se manifeste par une agressivité de langage et la diffamation de l’adversaire.
10) Conviction de détenir la vérité, ce qui rend la tolérance sociale impossible .

La défaite militaire du Troisième Reich et la révélation des crimes du régime nazi ont rendu l’extrémisme de droite politiquement impossible dans la plupart des pays durant ces dernières décennies. Cependant depuis la fin des années 1940, on a observé quelques tentatives isolées de la part de quelques nationaux-socialistes ou fascistes indéfectibles, par exemple le lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Mais ce n’est que depuis les années 80, que s’est créée graduellement en Suisse une subculture d’extrême droite, dont la partie émergeante a été le « petit printemps des fronts » en 1989 . Le groupe proportionnellement le mieux représenté était celui des skinheads, plus précisément les skinheads se réclamant de l’idéologie nazie. Bien que se laissant difficilement organiser en entité politique, cette mouvance répand son idéologie via diverses manifestations, en particulier des concerts. Ce sont régulièrement des skinheads de tendance nazie qui ont été reconnus coupables des incendies de bâtiments abritant des requérants d’asile, d’attaques contre des personnes de groupes minoritaires et de propagande raciste. Les discours ont donc été suivis par des actes.

A l’ombre du camp nationaliste conservateur s’est développée depuis 1985 une subculture marginale et cependant grandissante d’extrémistes de droite. Celle-ci est constituée principalement de jeunes adultes mâles, plus précisément des skinheads de tendance nazie et des “patriotes”, mais aussi de quelques négationnistes de l’holocauste, d’activistes dans des campagnes politiques et de militants dans des organisations à caractère politique ou culturel, qui veulent promouvoir l’extrême droite par un travail idéologique. Comment se présente cette mouvance en 2007?

Subculture d’extrême droite – skinheads, nazis et “patriotes”

La plus grande partie des jeunes suisses d’extrême droite se regroupe en diverses subcultures, principalement les skins à tendance nazie, quelques NS-Heavy-Metal et quelques Gothic-Darkwave . A côté de ces groupes, existent d’autres cliques ou groupuscules de “patriotes” faiblement structurés. Il s’agit plutôt d’un milieu que d’une “scène”. Les “patriotes” se caractérisent par un nationalisme militant, un refus vis-à-vis de certains groupes d’étrangers (par exemple des hommes des différentes régions d’ex-Yougoslavie, d’Afrique ou d’Asie) ainsi que des Suisses se réclamant de la gauche. Les frontières de ce milieu sont poreuses, d’une part en direction des skins à tendance nazie de l’autre vers les groupements et les partis néo-conservateurs.
La subculture “Skinhead” est née dans les années 60 parmi la jeunesse de Grande-Bretagne. Y était représentés surtout des jeunes hommes des milieux ouvriers. Ils était fans d’alcool et de football, aimaient la musique Ska des jeunes migrants jamaïcains. Ils recherchaient l’attrait de tapages occasionnels et s’opposaient aux jeunes à cheveux longs, en particulier aux Hippies et également à certains immigrants d’origine indienne. Mais ils n’étaient pas explicitement néonazis ou extrémistes de droite . C’est seulement au début des années 80, lorsque les deux partis britanniques fascistes, le National Front et le British National Party ont cherché à recruter des membres dans les stades de football qu’une mouvance skinhead s’inspirant de l’idéologie nazie s’est créée. En Suisse, les premiers Skinheads d’extrême droite sont apparus au début des années 80 à Zürich, dans le milieu des fans de football/hooligans, à l’époque en particulier le “Hardturmfront”.

Depuis plusieurs années, les skinheads suisses de tendance nazie se regroupent en sections locales ou régionales qui ne se réclament d’aucune direction commune ni même d’une appellation particulière. Ces skinheads sont pour l’essentiel âgés de 15 à 25 ans, ont un métier manuel, habitent dans des communes rurales ou de petites villes. Comme le formule le Service d’analyse et de prévention (SAP): « La mouvance extrémiste de droite est constituée de petits groupements non structurés, qui entretiennent entre eux des liens lâches et dont la composition et le nom changent fréquemment. » Quant ils en portent un. « La mouvance extrémiste de droite en Suisse, poursuit ce service, ne partage aucune unité de vues, ni de base commune. On compte à l’heure actuelle environ un millier de sympathisants de ce milieu en Suisse. » Concernant la menace qu’elle représente, le document estime que: « Les activistes de droite perturbent parfois considérablement l’ordre et la sécurité publique, mais de façon ponctuelle et locale. La Suisse demeure un lieu particulièrement attractif pour l’organisation de concerts Skinhead et de manifestations apparentées ». Ce que le SAP désigne par des “menaces ponctuelles de la sécurité publique” désigne en fait des actes qui peuvent avoir pour des membres de groupes minoritaires ou des requérants des conséquences gravissimes. En 2005, six skinheads de tendance nazie ont comparu devant le tribunal de district de Frauenfeld parce qu’en 2003, ils avaient à tel point tabassé un jeune fan de reggae de 15 ans qu’ils l’avaient laissé handicapé à vie. Motif invoqué par les inculpés: ils voulaient « tabasser des gauchistes » .

Sous la conduite politique du conseiller fédéral UDC Christoph Blocher, le Service d’analyse et de prévention (SAP) a repris l’habitude de minimiser le rôle des groupes d’extrême droite. Cela apparaît en particulier dans le « Rapport sur la sécurité intérieure 2006 » publié en été 2007. Cependant le rapport affirme que dans 60 pourcents des 111 cas annoncés il avait été fait « usage de violence en particulier contre des personnes ». Le rapport souligne aussi que l’on a régulièrement retrouvé chez des extrémistes de droite des armes (généralement acquises légalement) et parfois en « quantités surprenantes ». Plus loin, il affirme que « seul environ quinze pourcents des activités de l’extrême droite ont des motivations politiques » . Cette conclusion n’est pas convaincante parce que le SAP ne reconnaît pas comme de nature « politique » des concerts au cours desquels l’on joue des chansons qui font l’apologie du nazisme, qui agressent verbalement les étrangers et les noirs et sont porteuses d’une idéologie raciste .

Une procédure dans le canton de Lucerne éclaire la manière parfois négligente dont la police fédérale et la police en général conduisent les procédures pénales relatives aux extrémistes de droite. Début mai 2006, la police cantonale lucernoise a saisi une collection de CD d’un Hammerskin connu, en tout 185 exemplaires, au motif qu’il pouvait y avoir infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale. La destruction des CDs incriminés a été ordonnée, mais la procédure a été suspendue après quelques mois. Jusqu’ici tout va bien. Puis le Tribunal fédéral a –sur plainte du Hammerskin – renvoyé l’ordre de saisie à l’instance précédente parce que la police fédérale et la police locale avaient négligé de faire un rapport exhaustif sur le contenu des CDs. « Dans le cas particulier il n’y avait pas d’indication concernant quels CDs avaient été vérifiés et sur quelle base il avait été conclu qu’ils contrevenaient à l’art. 261bis du code pénal. »

« Les fêtes patriotiques nous appartiennent »

Les extrémistes de droite se décrivent volontiers comme de « vrais patriotes ». « Les fêtes nationales nous appartiennent » revendique un bulletin interne d’un groupe d’extrémistes de droite début novembre 2007, en faisant appel à une commémoration nationale de la bataille de Morgarten, cette fois dans l’ombre de la fête officielle . Morgarten est le troisième endroit dans lequel les partisans de la sub-culture d’extrême droite sont apparus dans le cadre d’une manifestation officielle. Fin juin, ils ont pris part à la fête de la lutte de Sempach, le 1er août sur le Grütli et mi-novembre à Morgarten. Les organisateurs de la fête officielle réagissent toujours de la même façon : ils ferment l’œil sur la participation des extrémistes jusqu’à ce que les médias les forcent à prendre position. Cela avait débuté le 1er août 1996, lorsqu’une poignée de skinheads de tendance nazie avait versé dans la provocation. Les années suivantes, les sympathisants de cette tendance étaient toujours plus nombreux, sans que les organisateurs ni la police ne réagissent. En 2000 ils ont sifflé et chahuté le discours du conseiller fédéral Karspar Villiger. Cet événement et les débats qui s’en sont suivis ont attiré l’attention de l’opinion publique sur l’existence de ces groupuscules d’extrême droite et ont ouvert le débat sur les modalités de poursuite de la manifestation du Grütli.

Hammerskinheads et Blood and Honour

Bien que la mouvance skinhead pro-nazie soit peu structurée en Suisse, deux organisations existent depuis des années avec des liens internationaux. Il s’agit d’une part des Hammerskinheads, fondés en 1986 à Houston/Texas en tant que fraternité blanche et donc raciste, revendiquant « des territoires blancs pour les hommes blancs » (white areas for white people). L’autre mouvement est le groupement Blood and Honour, fondé en Grande-Bretange en 1987 comme une « voix dissidente du rock contre le communisme ». Il s’agit d’une « organisation politique sans carte d’adhérent » . Elle a pour but de répandre l’idéologie néo-nazie à travers ses propres publications, des supports audio, le commerce d’objets et d’insignes nazis, ainsi que l’organisation de concerts. Dans l’environnement Blood and Honour s’est également constituée une organisation terroriste (Combat 18, le chiffre 18 se référant à Adolf Hitler) responsable d’attentats en Grande-Bretagne et en Suède.

Ces deux organisations ont également essaimé en Suisse. Déjà au début des années 90 les Nazis-skinheads de Suisse centrale ont fondé une section suisse, aujourd’hui la plus ancienne des sections européennes encore existantes de la “nation Hammerskin”. Les Hammerskinheads suisses (SHS) sont connus pour être des organisateurs de concerts expérimentés. Dans les années écoulées, ils ont organisé régulièrement des grands concerts,
celui ayant réuni le plus grand nombre de participants étant le concert d’été du 10 août 2002 à Affoltern-am-Albis (environ 1’200 visiteurs de plusieurs pays européens).

Une section suisse de Blood and Honour est apparue seulement en 1997/98, d’abord en Suisse alémanique, puis en Suisse romande. Sa figure de proue est un ex-hammerskin, Olivier Kunz, qui s’est immédiatement profilé comme organisateur de concerts, éditeur de publications ainsi que durant un certain temps distributeur de musique par correspondance. Après son jugement pour infraction contre la norme pénale sur la discrimination raciale et l’interdiction des concerts nazis-skinheads – en premier lieu dans le canton de Vaud – ces activités ont accusé un net recul, même si Blood and Honour Romandie est apparu comme co-organisateur de manifestations en 2003 et 2004 . En 2004, il a également été question d’une section zurichoise de Blood and Honour, dont on ne connaît cependant rien. Sur l’internet existe depuis longtemps une page “Combat 18” ainsi qu’un “Swiss Forum”qui s’est ouvert mi-août 2004 et dans lequel s’expriment aussi bien des skinheads alémaniques que romands. En automne 2007, un nouveau site « B&H » Suisse est apparu sur internet.

Brotherhood 28 Switzerland

Brotherhood 28 = la confrérie Blood and Honour, Suisse, s’est constituée à partir des structures Blood and Honour qui existaient jusque là.
On a peu entendu parler de ces deux réseaux skinhead-nazis en 2007 en Suisse. D’après certaines indications, l’on peut déduire que aussi bien Blood and Honour que C18 ainsi que les groupes Hammerskin sont actifs en Suisse, mais sont également ennemis entre eux. Dans des forums de discussion, certaines personnes se plaignent de cette « guerre fratricide ». L’apparition la plus visible a été la marche de démonstration des activistes Blood-and-Honour « contre les abus sexuels sur les enfants » à Appenzell. En automne est apparu un site « Brotherhood 28 », qui se pose en apparemment en concurrent des deux autres structures B&H. Il semble que ce soit une initiative d’un tout petit groupe de personnes. Un des membres du nouveau groupe genevois des Nationaux-socialistes suisses NSS apparaît également dans un forum Blood and Honour.

Nationaux-socialistes suisses NSS, section de Genève

En automne 2007 est apparue à Genève une section romande de Nationaux-socialistes suisses NSS. La NSS a honoré le 21 septembre 2007 le fondateur de Blood and Honour, Jan Stuart. Des photos montrent trois hommes et une femme, debout derrière une couronne mortuaire éclairée de bougies et faisant de la main droite le salut hitlérien . Fin novembre la section a publié le premier numéro de la gazette « Wotan’s Krieger », qui annonce également l’ouverture d’un futur site internet. Le cahier contient plusieurs interviews. A un représentant (non nommé) du parti nazi américain, on pose la question « Luttez-vous pour les idées des négationnistes ? ». « Nous pensons que l’internationale juive a fabriqué le plus grand mensonge de l’histoire, pour éliminer le national socialisme et pour affaiblir notre race par un monde sans ordre et sans morale. Qu’en pensez-vous ? » Dans un texte sur le paganisme, l’auteur prétend que c’est une religion naturelle qui a été presque totalement éradiquée d’Europe par le Christianisme. « Le paganisme est la religion originelle, la véritable histoire du peuple et les écrits païens prouvent la supériorité de notre race. » « Notre religion, que nous défendons fièrement comme le faisaient les SS et le troisième Reich, n’est pas morte et vit encore aujourd’hui. »

Projet national de recherche PNR40+

Il y environ six ans, le Conseil fédéral a décidé d’un projet national de recherche sur l’extrémisme de droite. La majorité des résultats sont aujourd’hui disponibles mais ne sont que partiellement convaincants. Le Conseiller fédéral Pascal Couchepin ne voit cependant pas de nécessité de poursuivre cette recherche.

Le 1er août 2000, le conseiller fédéral radical Kaspar Villiger a tenu un discours à l’occasion de la fête nationale sur la prairie du Grütli. Sur la colline, bien visible, se trouvait un attroupement de 100 à 120 skinheads à tendance nazie. Certains portaient des drapeaux suisses, l’un portait un drapeau noir orné du marteau et de l’épée, d’autres avaient des canettes de bière en main, d’autres encore portaient des croix celtes à la ceinture, symbole de supériorité de la race blanche. Certains faisaient le salut Kühnengruss, bras droit tendu avec deux doits écartés.
Les skins ont plusieurs fois interrompu le discours de M. Villiger par leurs imprécations «Dehors, dehors ». Ils ont scandé le slogan connu « voici venue la résistance nationale. Interrogé par la suite sur ces événements, M. Villiger a répondu : « Je ne connais pas ces gens, j’ignore ce qu’ils revendiquent politiquement. Cela m’intéresserait même de le savoir ». Au cours des mois qui ont suivi, le débat sur la question de l’existence longtemps ignorée d’une extrême droite en Suisse c’est enflammé, prenant parfois des proportions exagérées. Le Conseil fédéral a examiné le durcissement de la loi sur le vandalisme et de la norme pénale contre la discrimination raciale, en particulier l’interdiction de porter des insignes du national-socialisme. De son côté le Fond national de la recherche scientifique a ouvert un projet sur l’extrémisme de droite.

Dans l’intervalle, la loi sur le vandalisme s’est tellement durcie qu’elle en est devenue discutable du point de vue de l’état de droit, tandis que le durcissement de la loi anti-raciste est tombé aux oubliettes. A mon avis, les problèmes de société ne peuvent pas être traités prioritairement du point de vue du droit et l’actuelle norme pénale sur la discrimination est suffisante, pour autant que la police et les autorités d’enquête l’appliquent de façon conséquente, ce qui n’est hélas pas le cas s’agissant de concerts de groupes néo-nazis.

Le projet du fond national 40Plus voulait récolter des informations sur les conditions d’émergence, les formes de manifestation, la progression et les conséquences des activités de l’extrême droite en Suisse. Il s’agissait d’analyser le contexte social de l’extrémisme de droite et d’évaluer de certaines mesures de prévention. Ces études devaient apporter de nouvelles informations sur les origines, les manifestations et le contexte social de l’extrémisme de droite sur le plan communal, cantonal et fédéral. Cette mission a-t-elle été remplie ? Six des treize projets se concentraient sur les adolescents et les jeunes adultes. Ils avaient une visée psychologisante ou pédagogique. La plupart des études n’ont développé qu’indirectement le thème – comme les partis de droite et la politique de migration en Suisse, ou les représentations sociales populistes ou encore l’engagement de la droite en Suisse. Dès le départ, il était prévisible que le projet n’atteindrait pas son objectif de départ.

Voici quelques uns des résultats importants qui ont été communiqué fin 2006 ou 2007.

Environ un jeune sur dix est au moins une fois victime de violence d’extrême droite, ou se voit menacer par des jeunes de l’extrême droite . Les jeunes victimes de ces groupes découvrent que leur expérience est banalisée et que les actes de ces groupes sont tolérés, voire ignorés par les instances officielles du contrôle social (police, etc.). L’étude constate également qu’environ un dixième des jeunes sympathise avec la mouvance d’extrême droite.

Le fait de quitter ce milieu dépend généralement des motifs qui ont amené le jeune le rejoindre initialement, que ce soit par besoin compensatoire d’appartenance à une communauté ou pour des motifs idéologiques . Il suffit généralement pour y entrer de souscrire aux idées du groupe. Les structures rigides et l’importance accordée à la vie du groupe ne laissent guère de place à l’expression de sa personnalité, de sorte que le souhait de quitter le groupe peut apparaître. La famille ne semble jouer que peu de rôle dans cette désertion. Beaucoup de jeunes se distancent physiquement et socialement du milieu de l’extrême droite mais conservent des convictions anti-égalitaires, quand ils ne deviennent pas membres d’un parti néo-conservateur. L’étude part malheureusement d’une conception restrictive de la politique, désignant par ce terme la politique institutionnelle. Cela donne lieu à des appréciations peu réalistes qui qualifient les mouvements de « Freie Kameradschaften » (comme par exemple Blood et Honour ou les groupes Hammerskin) comme « apolitiques ». Cela contredit aussi bien les prétentions du groupe que les activités prouvées de ce réseau.

Les médias et la politique d’un côté et les extrémistes de l’autre s’instrumentalisent réciproquement, ce qui a conduit à une attention accrue portée à ce milieu . Les acteurs de cette mouvance se mettent en scène – par exemple par leur marche sur le Grütli – et profitant de la logique médiatique pour attirer l’attention. Dans les médias, on brise le tabou pour faire augmenter les ventes. Cette attention n’est toutefois que temporaire, ce qui rend plus difficile la vérification des mesures prises. L’étude part de l’idée, peu prouvée, que les extrémistes de droite suisses recherchent la publicité médiatique parce qu’elle leur est utile. L’on ne pas non plus prouver que les informations parues dans les journaux sur l’extrême droite aient effectivement fait augmenter leurs ventes .
Le projet du Fond national a provoqué l’ire de ceux qui ont fait du racisme ou de l’exclusion leur fond de commerce politique. Un communiqué de l’UDC déclarait peu après la parution d’une l’étude le concernant, qu’il était discutable que le Fond national ait financé avec les deniers publics une recherche portant sur l’ « extrémisme de droite, ses origines et mesures de prévention ». Cette étude était entre autre parvenue au résultat peu surprenant que l’UDC ne représentaient pas un parti aussi homogène qu’il paraissait . Certes, la méfiance vis-à-vis de l’étranger et un fort sentiment d’appartenance nationale demeurent des thèmes rassembleurs, mais les membres du parti affichaient par ailleurs des opinions divergentes quant à l’idéologie néo-libérale prônée par le parti national.
Dans une motion parlementaire, le conseiller aux Etats UDC Maixmilian Reimann a critiqué sur le mode « la gauche est bien pire » le fait que l’on n’ait pas pris en compte l’intégralité du spectre de l’extrémisme en Suisse. En particulier le fait que l’extrémisme violent a été étudié et documenté, entre autre parce qu’il existe des éléments extrémistes que l’on ne parvient plus à situer dans une vision traditionnelle du clivage gauche-droite. La réponse du Conseiller fédéral Pascal Couchepin laissait clairement entendre que la volonté des partis bourgeois de se confronter à la question de l’extrême droite en Suisse n’était plus dans les priorités du jour. Selon lui, il n’était pas nécessaire de poursuivre ce projet de recherche .

Autres groupuscules et projets

Sur internet, se trouvent toujours plus d’informations sur des groupes d’extrême droite, qui sont généralement locaux. Au printemps 2007 est apparue une « camaraderie d’Uri », dont les membres ont organisé à plusieurs reprises des attaques physiques contre des personnes mal vues . La page est plutôt anodine, elle affirme que la camaraderie défend le « peuple et la patrie ». Les membres de la camaraderie d’Uri » ont participé à la fête de la lutte de Sempach.

Au printemps 2007, un groupe nommé « Heimatschutz Rottal » a été brièvement présent sur internet. On ne lui connaît pas d’autres activités. L’appel lancé était le suivant : « Si tu veux poser des limites aux naturalisations en masse ! Si tu veux stopper la progression du multiculturalisme ! Si tu souhaite un meilleur avenir pour tes enfants ! Alors tu es ici à la bonne place !!! ». Dans un texte sur « la violence des étrangers », un auteur signant avec le pseudo « Wehrwolf » décrit les villes de Suisse comme des « petit New York ». Il continue : « C’est la raison pour laquelle nous devons nous opposer de toutes nos forces et avec tous nos moyens contre ces étrangers violents et ces hip-hoppeurs, pour mettre fin à la peur et à la terreur ». Le site a bientôt disparu d’internet.

Quant au responsable du site « Volksruf », il est aussi domicilié en Suisse centrale, probablement dans la région du Rigi à Schwyz. Ce site invite à « la communauté au lieu de l’individualisme. Au futur au lieu de la globalisation ». Il met en scène d’une part images kitch de héros et agriculteurs, d’autre part des textes comme une interview du chansonnier Frank Rennicke ou un article à la mémoire des poseurs de bombes du sud Tirol, qui militaient pour la sécession du Tirol germanophone de l’Italie.

Freie Kameradschaften

Freie Nationale Kameradschaft Schweiz Germania FNK

L’emblème de la FNK fait référence au mythe du loup, selon lequel les hommes se transforment en loups assoiffés de sang durant la pleine lune.
Archives Internet Stutz septembre 2007

La Frei Nationale Kameradschaft Schweiz Germania FNK se comprend comme une camaraderie sans véritables membres, mais avec un public-cible stable. Elle ne se conçoit pas en terme d’organisation, mais comme participant à un mouvement plus général. Elle organise des « fêtes, des partys, des concerts et des soirées de chanson », parfois aussi des conférences. « Nous n’avons pas de comité, mais un petit noyau de personnes qui planifie et organise des événements divers ». La FNK appartient aux co-organisateurs de la manifestation contre les abus sexuels sur les enfants et à la manifestation commémorative de la bataille de Morgarten .

Pour la peine de mort – contre les abus sexuels sur les enfants

Fin juillet 2007, un homme âgé a assassiné en Appenzel une jeune écolière. Début septembre, une organisation jusqu’ici inconnue, la Frei Nationale Kameradschaft Schweiz-Germania a appelé à Appenzel à une manifestation « contre les abus sexuels sur les enfants ». Les organisateurs ont recommandé de ne pas s’habiller de façon trop « extrême ». Dans les faits, des vestes d’aviateur couvertes d’emblèmes nazis et d’insignes racistes rendaient impossible la légitimité politique recherchée par les organisateurs. La demande d’autorisation a été déposée par une jeune femme habitant à Wiedlisbach dans le canton de Berne. La mobilisation s’est faite via internet. Les autorités appenzelloises compétentes avaient d’abord donné leur autorisation à la manifestation, puis l’avaient refusée après avoir pris connaissance du milieu politique que fréquentait la jeune femme qui avait déposé la demande. Malgré l’interdiction, environ 130 jeunes gens et jeunes filles se sont réunies, en particulier des skinheads de l’entourage de Blood and Honour . Après une brève discussion, la police laissent les manifestants marcher sur un bref tronçon de route aux abords de la localité.

Les manifestations et campagnes contre les violeurs d’enfants sont appréciées des milieux d’extrême droite, car elles leur permet d’obtenir une forme d’acceptation sociale et part de l’idée que la réintroduction la peine de mort rencontre peu de résistance dans ce domaine. En mars 2003, des extrémistes de droite avaient manifesté par surprise à Soleure. Le négationniste Bernhard Schaub avait tenu un discours et distribué des tracts.

Pour exemple, la section de l’Oberland bernois du PNOS, avait critiqué la justice qui ne trouvait pas nécessaire de condamner les abuseurs d’enfants et l’usage de la pornographie enfantine par la condamnation à vie – « voire même la peine de mort ». Sur la page de l’organisation, quelqu’un écrit d’ailleurs sans se gêner : « Un arbre, une corde, un violeur d’enfant est pendu à la nuque ». Cet appel a reçu d’autres soutiens dans le milieu des extrémistes. Un groupe dans la mouvance du PNOS, le Kampfbund Nationaler Aktivisten (KNA), a par exemple protesté contre « le développement regrettable de notre société décadente ». Dans le forum suisse du réseau néo-nazi Blood and Honour diverses personnes ont relaté leur voyage à Appenzell .

Vente de livres et de musique par correspondance

Jusqu’à ces récentes années, les extrémistes de droite suisses devaient aller se fournir à l’étranger, en particulier en Allemagne, pour acheter des livres et des enregistrements. En 2004, Sacha Kunz, l’ancien président du PNOS avait mis sur pied une structure de distribution. Le label “White Revolution” devait être un label actif dans la distribution de disques. Selon les déclarations faites sur le site Internet, “White Revolution” se voulait un label suisse dont l’objectif était “de participer à la scène musicale suisse du courant nationaliste”. Le studio d’enregistrement “Swastika Records”, actif dans la production professionnelle de musique était rattaché à ce label. En automne 2005, Sacha Kunz a rebaptisé sa société du nom plus anodin de Helvetia Versand, puis plus tard Utgard Versand. L’offre n’a pas changé est restée accessible via Internet pendant quelque temps, jusqu’à ce que la police cantonale argovienne perquisitionne au domicile de Kunz dans le cadre d’une procédure pour violation de la norme pénale contre la discrimination raciale. La clientèle de la maison de vente s’était étoffée, comme l’a signalé l’association Antifa Berne à la mi-août 2005, lorsqu’on lui a fait parvenir la base de donnée avec plus de 150 noms de clients .
Durant l’été 2006, Kunz a suspendu son activité après quelques déboires financiers. En hiver 2006, un tribunal allemand l’a condamné à une amende et a également ordonné la confiscation des enregistrements déjà produits . Au quotidien “Blick” Kunz a déclaré en septembre 2006: “Je me retire” . L’avenir dira si cette information correspond à la réalité. Sacha Kunz était l’un des partenaires du duo “Die Eidgenossen” qui ne s’est pas produit en 2007. Conclusion: les extrémistes de droite en Suisse doivent à nouveau importer leur CD’s de musique depuis l’étranger, lorsqu’ils ne les achètent pas au stands lors des concerts.

Librairie virtuelle Neue Zeitwende

La librairie par correspondance Neue Zeitwende diffuse selon ses dires « des livres consacrés à divers thèmes, comme l’histoire, la culture et les mœurs, la politique et d’autres sujets. » En réalité, elle diffuse des livres sur les sociétés secrètes, de la littérature à la gloire des SS ainsi que des publications d’auteurs d’extrême droite comme Jürgen Schwab ou Peter Dehoust. L’offre ne s’est toutefois guère développée au cours de l’année écoulée. L’envoi se fait via case postale à Aefligen (près de Kirchberg BE) et la personne qui s’en occupe est Adrian Segessenmann.

« Blutschutz » – T-shirts, pins et accessoires

Un signe d’émergence et de consolidation d’une subculture est l’offre en matière de produits et d’accessoires exprimant un style de vie, qu’il s’agisse de livres (librairie Neue Zeitwende) ou de vêtements. Durant l’été 2007, un extrémiste de droite jusqu’ici inconnu a ouvert un site qui vend des T-shirts affublés de slogans et propose également l’impression d’affichettes. Il semble que son rayon d’activité se situe dans la région Aarau/Zurich.

Groupes de musique

Dans toutes les subcultures de jeunes, la musique joue un rôle d’identification et de valorisation, d’une part en tant que vecteur d’une certaine joie de vivre et, d’autre part, en tant que moyen de diffusion de messages politiques. Les concerts servent à cimenter le groupe et à diffuser des messages politiques, surtout lorsqu’ils sont organisés par des skinheads néo-nazis, car on y trouve généralement des stands qui proposent aussi bien des enregistrements que des livres/brochures ainsi que d’autres articles typiques du mouvement. Jusqu’à la publication de l’arrêt du Tribunal fédéral concernant la norme pénale antiraciste et la notion d’événement “public” , la police et le juge d’instruction considéraient les concerts skinheads néonazis comme des manifestations privées, même s’ils réunissaient plus de mille personnes et si l’annonce du concert était accessible aux journalistes.
Plusieurs groupes de musique à tendance extrémiste sont apparus au cours des dernières années. Il y a plus de dix ans déjà naissait le groupe bâlois “Sturmtruppen Skinhead”, plus tard le groupe Hammerskin de Suisse orientale “Erbarmungslos”. Emanant également de la mouvance Hammerskin, les musiciens du groupe lucernois “Dissens”.
En 2007, il y avait quatre groupes officiellement actifs, le groupe « Amok », « The Bombers », « Dissens » et « Indiziert », le plus connu d’entre eux.

Amok

Le groupe « Amok » est composé de quatre membres. En septembre 2005, le groupe s’était produit lors d’un concert Blood and Honour à Brique. C’est là qu’il a chanté une chanson antisémite extrêmement violente, « das Blutlied » . Deux ans après le concert, l’enquête n’est toujours pas terminée. Les membres de ce groupe n’ont jusqu’ici pas donné d’interview, pas même dans des publications de ce milieu.

Le groupe Amok, qui participe de la même subculture skinhead tendance nazie que Blood und Honour, a sorti en 2007 un CD intitulé « Verbotene Wahrheit » (vérité interdite) où il en appelle au meurtre des noirs et fait entrevoir à l’auteur même de cette chronologie une mort violente . Dans d’autres chansons, les musiciens nient également l’holocauste et font l’apologie du meurtre des noirs.

Noël blanc sans Père Noël? Annonce pour un concert skinhead avec le groupe tessinois « The Bombers »
Image internet/Archiv Stutz

Pour la première fois, un groupe d’extrême droite tessinois est également actif dans la région de Lugano. Le groupe de quatre personnes s’est produit pour la première fois en automne 2006 lors d’un grand festival skinhead dans les environs de Venise. La même année il avait sorti son propre CD-démo. En 2007 le groupe a sorti un CD intitulé « Nessuna Pietà » (sans aucune pitié). Le groupe devait se produire début septembre 2007 à Jena lors d’une « fête des peuples », mais il n’est pas parvenu à se rendre sur place. Une interview était présente pendant peu de temps sur un site de l’extrême droite Suisse alémanique, puis a disparu. Dans cette dernière, le porte-parole du groupe réaffirmait l’attachement du groupe à l’idéologie d’extrême droite.

« Dissens »

La section suisse des Hammerskinheads fondée en 1990/1991 fait partie des plus anciennes de Suisse. Le chanteur du groupe Dissens Gary Albisser en est l’un des fondateurs.
Source : internet/archives Stutz automen 2007

Début novembre 2007 a eu lieu aux alentours de Milan un concert de Jubilé « 20 années de Hammerskin Europe ». Y participaient une demi-douzaine de groupes de musique, dont le groupe suisse « Dissens ». Pendant un certain temps, le groupe ne s’est ensuite plus fait entendre. Dans un forum internet, il était question de « problèmes de fonctionnement » du groupe, aujourd’hui dépassés. Le groupe « Dissens » de la région de Lucerne appartient à la mouvance Hammerskin. Le chanteur Gary Carlo Albisser, aujourd’hui âgé de 37 ans, faisait partie dans les années 90 des fondateurs de la section suisse des Hammerskinheads et avait participé à l’attaque par surprise d’une manifestation anti-fasciste début novembre 1995 à Hochdorf .

« Dissens » n’a jusqu’ici pas sorti de CD. Dans une interview , ils annonçaient en été 2006 la production d’un nouveau CD, mais pour l’instant l’on en a pas entendu parler.

« Indiziert »

Le nouveau CD du groupe Indiziert contient des chansons qui glorifie leur camp et insulte les opposants.

Peu de jours avant Noël 2006, au milieu de la vieille ville de Burgdorf, le groupe « Indiziert » invite à un concert de fin d’année. Il est parvenu à louer une salle sous un prétexte quelconque et environ 200 personnes sont présentes . Cette apparition est une pure provocation, car 18 mois auparavant, le groupe s’était produit en ville et avait suscité une énergique réaction de la part de la police. « Indiziert » est actuellement la formation musicale la plus connue de ce milieu en Suisse et elle s’est déjà produite à plusieurs reprises à l’étranger. Selon sa page internet, le groupe aurait donné cette année une demi-douzaine de concerts.

« Indiziert » a entre temps sorti un CD en été 2007 qui porte le titre « Le dernier bastion ». Ce CD contient des chansons qui invoquent la force de leur camp et insulte ses adversaires politiques. Voici quelques extraits : « Résistance nationale/contre cet état multiculturel et la mafia rouge/ contre les politiciens corrompus et toute la clique communiste/ qui depuis toujours combat les nationalistes, mais leur plan ne prend pas/ les nationalistes sont les combattants de la liberté et nous nous accommodons même de la mort.

Le groupe rock “Indiziert” se compose des frères Alex et Cedric Rohrbach, de Dominic Lüthard et de Benjamin Lingg. Lüthard s’était porté candidat sur la liste du PNOS ainsi qu’au législatif de la commune de Roggwil mais n’a pas été élu. Depuis fin 2007, il est président de la section du PNOS à Langenthal.

Diffusion de CD’s dans les préaux par le PNOS Oberland bernois

Lors de sa campagne électorale en 2005, le Nationaldemokratische Partei Deutschland (NPD) avait distribué des CDs gratis dans des écoles. Les CD en question contenait des chansons de divers groupes de cette mouvance. Par la suite, des extrémistes de droite suisse ont également répandu ce CD de propagande à divers endroits . Parmi ces derniers figuraient à l’époque les représentants du « Bundes Oberland » , qui a cessé ses activités après la création de la section Oberland bernois du PNOS.

Vision du monde de l’extrémisme de droite : l’Oberland bernois colonisé par le capital américain, les Juifs et McDonald.

Mi-octobre 2007 des inconnus ont distribué un CD produit pour la Suisse dans les préaux de la région de l’Oberland bernois . Fin décembre, la section du PNOS de cette région a revendiqué cette action. Le CD contenait sept chansons du groupe « Indiziert », les autres provenaient de groupes allemands connus dans le milieu. Les membres de la section prétendaient sur leur page internet que les textes « avaient été vérifiés par la police ». Dans les faits, beaucoup de textes se situent dans une zone grise quant ils ne dépassent pas franchement les limites. Cela vaut en particulier pour le titre d’un groupe allemand connu « Stahlgewitter » (tempête d’acier) intitulé « ZOG II ». ZOG est l’abréviation de Zionist Occupation Government (gouvernement d’occupation sioniste). Le morceau commence avec les paroles suivantes : – « ZOG, le pouvoir des anti-humains, le pouvoir secret qui dirige le monde. Combattez l’ennemi éternel, avant que le dernier peuple libre ne crève ».

Organisations politiques

Ces dernières années, les extrémistes de droite ont aussi tenté de constituer des partis politiques dans le but de participer aux élections. La plupart de ces projets on généralement fait long feu, à l’instar du Parti national suisse (NPS) de David Mulas. Le parti nationaliste suisse (PNOS) constitue la seule exception et s’est doté entre temps de structures solides. A Bâle, Eric Weber s’est présenté comme unique candidat de son “Action populaire contre trop d’étrangers et de demandeurs d’asiles dans notre patrie” en participant au deuxième tour des élections pour le conseil exécutif de la ville. Largement battu, Weber a obtenu un résultat de 1,46%, soit plus du double de parti des Démocrates Suisses (0,68%). Weber a une longue carrière dans les milieux d’extrême droite. En 1986, il a été élu au Grand conseil sur la liste de l’Action nationale, d’où il est bientôt ressorti en raison de ses comportements désagréables. Après son retrait du Grand conseil, il a déménagé pour plusieurs années en Allemagne, où il a cherché à travailler comme journaliste. Au début des années 90 il avait été jugé pour irrégularités lors des élections . En 2003, il a participé aux élections nationales, en 2004 aux élections du Grand-conseil de Bâle-ville, toujours sur la liste des Démocrates Suisses (DS).

Le parti nationaliste suisse (PNOS)

Mi-octobre 2007, le district d’Aarau condamne cinq membres du comité du PNOS à une amende, parce que le programme de leur parti contrevient à la norme pénale sur la discrimination raciale. Il s’agit de la seconde condamnation. En été 2006, les représentants du PNOS avaient accepté l’amende et publié un nouveau programme politique, dans lequel les références au parti allemand de la NSDAP avaient été supprimées. Les positions politiques très proche des nazis n’en demeurent pas moins. En 2007, le PNOS a soutenu à diverses reprises des négationnistes condamnés, par exemple Ernst Zündel. Début 2007, les thèses du négationniste Jürgen Graf paraissaient dans le journal du PNOS « Zeitgeist ». A l’automne, le PNOS a fait une tentative infructueuse pour soutenir l’initiative populaire lancée par les Démocrates Suisses pour l’abrogation de la norme pénale sur la discrimination raciale en créant son propre comité . Le PNOS ne voulait pas « aller récolter des signatures dans la rue » pour le compte des Démocrates Suisses a déclaré le porte-parole du parti Mario Friso. Des semaines plus tard, le PNOS a envoyé des lettres à des représentants des Démocrates Suisses les incitant « à quitter le parti faiblard des Démocrates Suisses pour rejoindre le PNOS. Les Démocrates Suisses ont récemment perdu toute légitimation politique depuis la non-réélection de Bernhard Hess. Avec leurs attaques bâclées envers le PNOS les DS ont prouvé leur attitude de petit chien et leur soumission au consensus de l’establishment. Les Démocrates Suisses aiment bien afficher leur patriotisme, mais en réalité, ils ne valent pas mieux que les autres partis du système qui se prosternent devant le capital et espèrent trouver une place autour de l’écuelle » .

Le PNOS combine dans son discours politique la critique du capitalisme et des propositions racistes, dont le but est un « racisme confédéral ». La critique du capitalisme est pour le moins radicale, mais reprend également les arguments du commerce de détail comme dans une affichette du PNOS de Küssnacht am Rigi : « Le commerce de proximité est sacrifié par la politique actuelle à la pression internationale sur les prix. ». La section invite d’une part à « préférer les commerces locaux aux grosses entreprises internationales », d’autre part à « refuser le fantasme de la société multiculturelle et rapatrier la main d’œuvre bon marché ». En d’autre termes : « Dehors les étrangers pauvres » .

Le PNOS a été créé en 2000, parmi ses fondateurs l’on trouve des Skinheads du mouvement Blood and Honour. Le premier président était Sacha Kunz. Il fut remplacé au printemps 2003 par Jonas Gysin. Ce dernier s’est retiré en août 2005. Fin 2007, le parti était dirigé par un comité de quatre membres : Denise Friedrich, André Gauch, Jonathan Leiggener et Roland Renggli. Parmi les membres les plus actifs l’on comptait en 2007 Michael Haldimann de l’Oberland bernois, Mario Friso et Jordi De Kroon, Dominic Lüthard de Langenthal, Timotheus Winzenried, Raphael Würgler et Tobias Hirschi, Michael Vonäsch et Dani Wütrich de Willisau, ainsi que David Schnurrenberger de Küssnacht am Rigi.
A deux reprises, les représentants du PNOS ont été invités au Portugal. A gauche, Mario Friso avec un représentant du Kampfbundes Deustscher Sozialisten (KDS).

A fin 2007, le parti était actif dans la région de Langenthal, dans l’Oberland bernois, dans le canton de Fribourg, à Willisau et à Küssnacht am Rigi SZ. La section cantonale de Soleure a été dissoute en automne 2007, lorsque son président Dominic Bannholzer s’est retiré. Bannholzer continue à faire partie du conseil communal de Günsberg. Des membres du Nationaldemokratischen Partei Deutschland (NPD) étaient présents à diverses reprises lors des manifestations du PNOS, et inversement, des membres du PNOS se sont rendus au Portugal et en Allemagne.

Le porte-parole du PNOS, Andreas Meier, lors de la fête des peuples à Jena, septembre 2007
Source : Internet, archives Stutz

Diverses organisations comme la Helvetische Jugend et le Kampfbund Nationaler Aktivistinnen KNA s’activent à la périphérie du PNOS.

Helvetische Jugend

La Helvetische Jugend a été créée début juillet 2004 dans la région d’Oberaargau (Langenthal et région) dans le canton de Berne. Parmi ses buts figurent sur sa page internet “la fin du multiculturalisme”, grâce entre autre à “l’expulsion d’étrangers dangereux et la limitation du nombre d’étrangers” sur le territoire suisse. Plus loin il est question de “l’internement pour les demandeurs d’asile” et d’une “meilleure éducation plus neutre dans les écoles suisses » (où il faudrait cesser toute propagande en faveur de Lénine et de Staline et séparer les élèves parlant allemand de ceux qui ne le parlent pas. Enfin, il faudrait mettre un terme à la « désinformation gauchiste et à la terreur des médias, car il faut plus de journalistes neutres ».
En 2007, des membres de la Helvetische Jugend ont participé à la marche des extrémistes de droite lors de la fête fédérale de lutte de Sempach et ont tenté d’atteindre la prairie du Grütli qui était barricadée avec des bateaux gonflables. Ils ont également participé à une démonstration contre la violence des étrangers à Worb près de Berne . Les participants portaient des T-shirts avec l’inscription : « La résistance ne se laisse pas interdire ».
Le groupe dispose d’une présence sporadique sur le net. Ces dernières années, outre les informations sur les activités du groupe, figuraient des textes hostiles à l’islam, et des incitations à rejoindre la marche au Grütli.

Kampfbund Nationaler Aktivistinnen

L’organisatrice du Kampfbund Nationaler Aktivistinnen (KNA) se plaint du fait que dans la mouvance nationaliste, les femmes ont toujours occupé un rôle subalterne et étaient traitées « comme des êtres inférieurs par les hommes ». En réalité, les leaders du PNOS ont plutôt vu d’un mauvais œil la création de ce groupement. « Je pense qu’il est fondamentalement encore trop tôt pour intégrer les femmes de cette façon. Elles ne sont certainement pas nombreuses, alors toute une histoire pour une dizaine de poulettes? Nous avons des choses plus importantes à faire, du moins c’est mon avis » . Le discours du KNA n’échappe pas à une certaine contradiction. D’une part, il souhaite des femmes indépendantes qui participent à la « lutte nationale contre l’asservissement des peuples par le capitalisme », mais qui continuent, selon une vision traditionnelle, à occuper leur rôle de femmes et de mères. Une famille intacte est pour le KNA « le plus grand des bonheurs ». Et d’une manière générale, « les femmes sont supérieures aux hommes dans le domaine de l’empathie, de la compréhension, de la communication et de la responsabilité, l’ordre et l’endurance ». Le KNA déclare que le féminisme est « l’ennemi des femmes », et « de loin dépassé ». « Nous devons encourager une nouvelle féminité émancipée et arrêter l’extinction de la race. »
Fin juillet 2007, environ 40 personnes se sont retrouvées pour l’anniversaire du Kampfbund Nationaler Aktivistinnen dans un refuge de forêt . L’unique porte-parole de ce groupe a été pour l’instant Denise Friedrich, membre du comité du PNOS. Début 2008, le KNA a déclaré qu’il voulait « élargir le cercle des activistes, pour atteindre si possible un large public. ». Le KNA prend modèle sur d’autres organisations en Allemagne comme la Gemeinschaft Deutscher Frauen, le Ring Nationaler Frauen ou le Mädchenbund Thüringen.

Heimatbewegung

Les membres de la Heimatbewegung ont également participé à la fête de la lutte de Sempach en 2007, reconnaissables à leur pin. Sinon, la Heimatbewegung – créée en 2004-2005 et joignable via une boîte postale à Dübendorf – ne s’est pas manifestée publiquement en 2007. Le nombre d’adhérents est incertain, et l’on ignore tout de ses activités internes. La Heimatbewegung dispose d’une présence sporadique sur internet, traitant généralement du thème des étrangers en relation avec les actions politiques du camp des nationalistes conservateurs.
La “Heimatbewegung” vise la dissolution de la Suisse quadrilingue, car elle défend en priorité les intérêts et la survie de la “population alémanique”, à savoir “pour un Etat populaire représentant les limites actuelles de la Suisse alémanique”. Sinon, les points principaux du programme sont – comme c’est généralement le cas pour les groupements d’extrême droite – le soutien à la Suisse rurale, le rétablissement de la peine de mort, l’abolition du droit d’asile, le frein total à l’immigration, l’interdiction de toute forme d’intégration des étranger ainsi que l’arrêt complet des procédures de naturalisation.

Les Identitaires

Dans les pays d’Europe francophone une nouvelle mouvance s’est développée au sein du camp d’extrême droite qui se nomme les “Identitaires” et en appelle à une “identité européenne et blanche” tout en se positionnant contre l’immigration en provenance des autres continents. En France, un groupuscule « Les Identitaires » s’est formé et s’est fait remarquer par des actions spectaculaires. En Suisse, il existe deux groupements différents, d’un côté les Identitaires de Romandie, de l’autre les Jeunesses Identitaires de Genève. On ne sait pas combien de membres comptent ces deux organisations, ni quels sont ses leaders. Chacun de ces groupes bénéficie d’une présence sur internet.

En 2007, ce sont avant tout les Jeunesses Identitaires de Genève qui ont été les plus actives. Début octobre 2007, le mouvement a organisé une première manifestation publique dirigée contre « le racisme anti-blanc ». Selon un compte-rendu dans la Tribune de Genève , une cinquantaine de personnes y ont participé, surtout des jeunes gens entre 16 et 25 ans. Sur sa page internet, la section annonce qu’elle collecte des signatures pour l’initiative sur l’interdiction des minarets et vend des livres et des brochures. Arnaud Borella était le premier orateur lors de la manifestation pro-serbe « Solidarité Kosovo ».
Les Jeunesses Identitaires de Genève sont apparues sur la scène publique pour la première fois en 2006. En été 2006, ils ont distribués dans un quartier genevois un petit pamphlet stigmatisant la « haine contre les Suisses » .

Leur but est la défense des Européens de race blanche. Face aux dangers de la globalisation, de l’immigration massive, et à la dissolution de « l’identité suisse et européenne » ils ne voient qu’une issue pour la jeunesse romande: agir ou subir. Et tout cela « pour la Romandie, pour la Suisse et pour l’Europe ». En 2007, est parue le troisième numéro des “Cahiers identitaires romands”, un cahier fabriqué de façon primitive.

Portails d’information

En Suisse, la mouvance d’extrême droite ne dispose que de peu de médias, en particulier des médias écrits. Cependant il existe depuis plusieurs années des portails d’information comme Freie Stimme (respectivement Altermedia Schweiz), Altermedia Suisse et Novopress Suisse. En 2006, ces sites n’étaient alimentés plus que de manière irrégulière. Le responsable du portail Freie Stimme/Altermedia Schweiz a subi une perquisition à son domicile en automne 2005, et depuis fin avril 2007, le site a cessé d’être alimenté. Altermedia Suisse est toutefois encore actif mais n’offre que rarement des informations de ou sur la Suisse. Novopress Suisse informe en revanche de façon continue et diffuse avant tout des informations de l’agenda politique du camp nationaliste conservateur. Actif également est le site Patriot, dont les informations et le forum de discussion se distinguent par un nationalisme militant.

Freie Stimme – fermé pour cause de condamnation

Depuis mi-avril 2007, il ne reste sur la page internet « Altermedia Schweiz : Freie Stimme » qu’une seule indication, à savoir qu’un article sur le monument commémoratif de l’holocauste à Berlin y avait été publié, mais que « ce genre de propos étant passibles de condamnation en Suisse, le texte a dû être retiré ». En réalité, Freie Stimme avait publié le 25 mai 2005 un rapport sur l’inauguration du monument commémoratif de Berlin. L’auteur pose entre autre la question de savoir « ce qu’il adviendra de ces 2711 stèles de béton, lorsqu’un autre vent soufflera de nouveau à Berlin et dans le reste de l’Europe. Et comme la liberté d’opinion existe encore en 2005, la rédaction formule sans engagement la proposition suivante : que ceux qui étaient responsables de ce monument le réduisent en poussière à l’aide de marteaux pour qu’il n’en reste rien. La poussière du passé de la plus grande défaite de l’Allemagne et de l’Europe. » Les enquêtes ont conduit en automne 2005 à deux perquisitions. Début mars 2007, le tribunal de district de Laufenburg a condamné le jeune Markus G, 24 ans, qui depuis à déménagé dans le canton de Soleure, à une amende de 1’000 francs et une peine pécuniaire de 50 jours-amende de 90 francs pour infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale. Il n’est pas clair si la deuxième perquisition a également conduit à une condamnation. Le tribunal de district a également exigé la destruction du matériel de propagande choisi – dont de nombreux CDs, diverses affichette, magazines politiques, invitations à des fêtes de récoltes ainsi que des cahier du Nationale Front et de Savitri Devi, une représentante de l’ésotérisme hitlérien. Devi conteste l’existence des chambres à gaz pour l’extermination des juifs d’Europe et taxe les propos des survivants des camps de concentration de « mensonges juifs » . Le négationniste suisse Bernhard Schaub avait publié en 2005 un cahier spécial de WotansWort .
Dans un courriel à un membre du PNOS, Markus G. présente sa vision du monde clairement national-socialiste : « Si quelqu’un a mérité un monument dans la capitale allemande, c’est bien le plus grand des Allemands de tous les temps avec ses courageux combattants, le courageux peuple allemand et ses soldats européens alliés, qui jusqu’au bout se sont battus contre les provocations de l’ennemi mondial » . Markus G., dont les actions n’ont jusqu’ici pas attiré l’attention, déclare également dans le même courriel qu’il avait accompli sur l’ordinateur saisi « de nombreux travaux de conception (cahiers, livres, tracts, pages internet) pour divers représentants et organisations du mouvement nationaliste .

Dès l’été 2002, « Freie Stimme » publiait régulièrement des commentaires sur l’actualité dans une perspective pronazie et raciste, parfois avec des connotations antisémites, parfois avec des insinuations qui laissent transparaître une certaine sympathie pour les négationnistes de l’holocauste. Alors que « Freie Stimme » commentait généralement les activités du camp national-conservateur sur un ton bienveillant, le conseiller fédéral Christoph Blocher a au contraire été critiqué au sujet de sa politique de migration. Tout comme son parti l’UDC, il a été accusé de jouer un « double jeu », car il aurait « répété à maintes reprises que la Suisse avait besoin des étrangers et que son économie était tributaire de l’immigration ». En d’autres termes, Freie Stimme estime que la politique des étrangers menée par Blocher et l’UDC manque de cohérence.

Division Schweiz

C’est par la musique et de courtes séquences vidéo que «Division Schweiz » veut apporter son message politique. Derrière ce nom se dissimule une seule personne habitant la Suisse orientale, qui travaille probablement avec peu de collaborateurs. Division Schweiz s’est donné pour mission de créer des « films nationaux indépendants » pour les montrer à des sympathisants pour leur faire comprendre que « nous ne sommes pas seuls et que nous luttons au-delà simplement de notre nation. Nous sommes beaucoup plus nombreux que nous ne le pensons et contrairement à ce qu’ils prétendent (nos ennemis) Le projet a commencé par une vidéo sur une adresse donnée à Budapest, où les extrémistes de droite se réunissent annuellement en février en hommage à la Waffen-SS. Depuis, de nombreux comptes-rendus de manifestations d’extrémistes de droite allemands sont parus sur internet, auxquels s’ajoute un documentaire éclairant sur l’adjoint d’Hitler, Rudolf Hess. Depuis l’automne 2007, Division Schweiz se consacre à créer une filmographie sur les cantons suisses. Les premiers portraits offrent le charme désuet des films sur de la défense spirituelle des années 1930.

Activités politico-culturelles

Divers activistes et organisations se réclament d’une idéologie d’extrême droite mais ne participent pas forcément à la politique institutionnelle et ne se présentent pas aux élections. Ils s’occupent de promouvoir leur idéologie par un travail de formation et de réseautage. On peut citer ainsi le cercle Avalon ou Gaston-Armand Amaudruz avec son journal le “Courrier du Continent”, mais aussi le couple Paschoud avec son journal “Le Pamphlet”. Le Cercle Proudhon était également à nouveau actif en 2007. Début novembre, il a organisé une conférence avec la participation de l’avocat et négationniste français Eric Delcroix. Le Cercle Proudhon, dont l’un des principaux représentants est l’avocat genevois Pascal Junod, a été créé en 1984 et a organisé diverses conférences ayant attiré un large public à l’Université de Genève. A partir de 1990, le cercle est demeuré longtemps inactif . En avril 2001, il a organisé une conférence de l’extrémiste de droite français Guillaume Faye . On ne sait pas si le cercle continue à être patronné par Pascal Junod. Après avoir été actif pendant un certain temps à l’UDC, ce dernier est entré en tant que représentant de la branche sécessionniste de l’UDC, le Mouvement Citoyen Genvois (MCG) au sein de la Commission cantonale des étrangers .

Le cercle Avalon

Le cercle Avalon est longtemps resté secret, de sorte que ses activités sont peu connues du grand public. Toutefois en 2007, le cercle Avalon a informé que son président (« primus ») de longue date Roger Wüthrich, se retirait pour des motifs personnels. Son remplaçant est Adrian Segessenmann, habitant de Kirchberg près de Burgdorf. D’après les informations de la page internet du cercle Avalon, on peut déduire qu’il a organisé au moins deux manifestations. Début février, c’est Richard Melisch qui a donné une conférence , et plus tard Hajo Hermann, ancien pilote de la Wehrmacht.
Le nouveau primus de la société Avalon, Adrian Segessenmann, né en 1979, est un activiste de longue date dans les milieux d’extrême droite. En 1995, à l’âge de seize ans, il avait déjà participé avec un groupe de Skinheads, à une agression lors d’un « Festival pour la compréhension entre les peuples » à Hochdorf. Au printemps 1999, il avait organisé avec Roger Wüthrich une conférence sur les Waffen-SS, qui avait amené le Tribunal fédéral à redéfinir le « caractère public de l’acte » relatif à la norme pénale sur la discrimination raciale. Est public tout ce qui ne se déroule pas dans un cadre privé. Segessenmann gère aujourd’hui la librairie virtuelle « Neue Zeitenwende », qui depuis environ deux ans diffuse des livres qui défendent la Waffen-SS, jusqu’aux cahiers « Landser » qui réécrivent l’histoire de la deuxième guerre mondiale du point de vue de la Wehrmacht. Mi-juillet 2006, il a inscrit au registre du commerce la société en nom simple Thor Steinar, dont le but est la vente au sympathisants du mouvement néo-nazi de la marque de vêtement Thor Steinar. Cette activité a dans l’intervalle été suspendue et la société retirée du registre du commerce.

Le Cercle Avalon a été créé en 1990 par Roger Wüthrich, précédemment dirigeant de la “Jeunesse Viking suisse” et par Andreas Gossweiler, actif à l’époque dans divers mouvements d’extrême droite. A ces rencontres participent, à côté de représentants connus, comme l’islamiste Ahmed Huber et Roger Wüthrich d’anciens fascistes ainsi que de jeunes skinheads pro-nazis.

Recht + Freiheit (Droit et Liberté), Ernst Indlekofer

Début 2007, Recht + Freiheit se targue dans son journal de constater une „croissance de ses abonnés“ depuis le mois de décembre 2006. Quoi qu’il en soit, les membres sont sollicités pour « renforcer cette tendance » par leurs recommandations personnelles. Indlekofer utilise parfois même la manière forte, selon un article du Beobarchter. Il a menacé « les anciens donateurs de son association Presseclub Schweiz de poursuites judiciaires s’ils ne payaient pas à nouveau. » .

Officiellement, Recht+Freiheit est publié par un certain Presseclub Schweiz, mais de facto c’est bien le bâlois Ernst Indlekofer, désormais âgé de presque septante ans, qui est principalement responsable de ce cahier d’une dizaine de pages par édition. En 2007, il a publié quatre doubles éditions. Parmi les contributeurs suisses aux éditions 2007 figurent Max Disteli d’Olten (décédé dans l’intervalle) et Gaston Armand Amaudruz. Cette année encore, l’éditeur a rassemblé les membres de son association lors d’une assemblée générale le 29 septembre 2007. Comme les années précédentes, les membres devaient au préalable demander leur « carte d’entrée personnelle » . L’assemblée générale n’était donc pas publique.

En termes de contenu, il n’y a pas beaucoup de changement dans les cahiers d’Indlekofer. Il s’en prend à la norme pénale sur la discrimination raciale, sympathise avec les négationnistes, plusieurs articles documentent la fameuse conférence de Téhéran de décembre 2006 « Review of the Holocaust : Global Vision ». En outre, il a publié l’allocution antisioniste du rabin Moishe Arye Friedman . Indlekofer diffuse en outre un mélange choisi de petits textes racistes, antisémites, néonazis et de théories de la conspiration. Un seul exemple : « La haute finance veut l’Union européenne, son moteur est la BRD vassale des Etats-Unis. Ils veulent mettre en œuvre le mélange des peuples et la gouvernance mondiale, à l’exception d’Israël. Si notre peuple savait la vérité, le lobby de l’immigration serait depuis longtemps supprimé et le stupide discours sur la tolérance balayé. »
En août 1998, les autorités pénales de Bâle-ville ont ouvert une procédure pour enfreinte à la norme pénale sur la discrimination raciale. Neuf années plus tard, l’affaire n’est toujours pas close. Fin mars 2006, le tribunal pénal a suspendu la procédure, parce que les autorités d’enquête auraient enfreint le principe de la célérité.
La procureure du canton a recouru contre cette décision, cependant le tribunal n’a envoyé les considérants du jugement seulement fin novembre 2007.

Gaston Armand Amaudruz et le “Courrier du Continent”

Le vieux fasciste Gaston Armand Amaudrz, a été toute sa vie un activiste en faveur du national-socialisme et du racisme . Aujourd’hui âgé de 86 ans, il continue à publier régulièrement son petit journal de 12 pages hectographiées, le “Courrier du Continent”. Le contenu est identique depuis des années. Dans la partie “bloc-notes”, Amaudruz tire des citations des journaux qu’il assortit de commentaires sardoniques. Mais dans cette rubrique, il donne également des informations (y compris adresses) de nouvelles publications de l’extrême droite et de ce fait contribue à la mise en réseau de ce milieu. Puis viennent des rubriques habituelles sur la “criminalité” ou sur la “Lois-Baillon” (c’est ainsi qu’Amaudruz désigne la norme pénale suisse sur la discrimination raciale). Viennent s’ajouter des textes de ses collaborateurs comme Guiseppe Patanè, Yann Woltering, Martine Boimond. En 2006, le négationniste Robert Faurission consacre plusieurs articles aux soi-disant vingt victoires des négationnistes . La dernière page est généralement consacrée à un article où Amaudruz expose ses thèses racistes, antisémites et négationnistes. Ces propos ont valu à Amaudruz deux séjours de trois mois en détention voici quelques années.

Le “Courrier du Continent” est paru pour la première fois en 1946 et est rédigé et publié depuis une cinquantaine d’années par le fasciste lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Pendant des décennies, ce cahier était l’organe officiel de NOE, une petite organisation raciste dont Amaudruz était l’un des principaux animateurs. Le pamphlet continue à être publié aujourd’hui à quelques centaines d’exemplaires.

Le Pamphlet de la maison Paschoud

En décembre 2007, Mariette Paschoud annonçait dans sa revue Le Pamphlet, qu’elle publie en collaboration avec son époux Claude, qu’étant donné qu’elle était désormais à la retraite, elle ne risquait plus de perdre son emploi. Cela lui donnait donc plus de liberté dans le choix de ses sujets . Elle annonce l’ouverture d’une rubrique « Les nouvelles aventures … », destinée à relayer les informations sur le révisionnisme, qui pourrait intéresser une partie du lectorat. Dans les faits, Mariette Paschoud avait déjà évoqué dans la précédente édition le procès contre le négationniste canadien Ernst Zündel. Selon elle, « tout cela n’est pas honorable et même les adversaires du révisionnisme par ailleurs sensés et mesurés me donneront raison sur ce point ». Elle cite également une lettre de Zündel, dans laquelle il parle d’amis et de connaissances communes. Elle se plaint que l’ASIN ait par le passé exclu des négationnistes. Elle salue la proposition de Blocher de modifier la norme pénale sur la discrimination raciale : « Il a fallu que Monsieur Blocher goûte aux joies du 261bis pour que les choses commencent à changer. Espérons qu’il n’est pas trop tard ».

Le co-éditeur, Claude Paschoud, se risque à un commentaire à connotation antisémite, lorsqu’il prétend que la norme pénale ne protège que la mémoire d’un seul génocide qui « celui en particulier qui fonde encore les revendications de réparation de la part d’Israël ». Comme les nazis et ceux qui font leur apologie, Paschoud affirme que la norme pénale sur la discrimination raciale pose une « interdiction générale et absolue de remettre en question les dogmes du procès de Nurenberg ».

Pour le reste, Le Pamphlet diffuse principalement des textes sur les débats du camp des catholiques et nationalistes conservateurs. Mais l’on retrouve périodiquement des textes antisémites, contre l’islam ou ayant des connotations xénophobes, jusqu’aux textes faisant l’apologie de Jean Marie Le Pen et de son Front National. Et bien entendu l’on trouve également des commentaires polémiques à l’encontre les personnes qui s’engagent contre le racisme ou le durcissement de la loi sur l’asile et la loi sur les étrangers. Outre le couple Paschoud, on compte parmi les rédacteurs Michel de Preux, Gérald Beruex ainsi que des auteurs anonymes comme Max l’Impertinent, Pollux et Iratus.

“Le Pamphlet”, fondé par Claude Paschoud, paraît depuis 1970. Le feuillet a connu par moments une diffusion plus importante (2’000 exemplaires). C’était en 1986, à l’époque ou Mariette Paschoud, enseignante dans le secondaire, était apparue aux côtés du négationniste Henri Roques à une conférence de presse à Paris et avait émis des « doutes sur l’existence des chambres à gaz et des camps de concentration. » En 1991, elle a failli être nommée major dans le service féminin de l’armée suisse, n’était-ce les protestations politiques qui ont entouré cette promotion. Un procès en diffamation entrepris par Mariette Paschoud contre le rédacteur du « Bieler Tagblatt » a fini par se retourner contre la négationniste. Le conseil fédéral a estimé dans un jugement qui fait encore référence aujourd’hui que: « La revendication d’une preuve sur l’existence des chambres à gaz est tellement absurde, au vu de la masse de preuves disponibles, que, même si d’autres motifs sont théoriquement envisageables, la sympathie pour le régime national-socialiste s’impose de façon évidente et suffit comme preuve de vérité. Surtout si l’on tient compte dans la conclusion d’éléments telles que des actions et propos tenus, ainsi que d’intentions et de motivations, qui ne représentent néanmoins pas une preuve scientifique ».

Négation de l’Holocauste

Les révisionnistes nient trois faits historiques patents: premièrement qu’un plan destiné à éliminer les juifs d’Europe ait été élaboré, deuxièmement que des chambres à gaz aient été construites pour éliminer les victimes et, troisièmement, que la persécution des juifs par les nazis se soit soldée par la mort de plusieurs millions de victimes. A l’automne 2005, une bonne part de l’infrastructure des révisionnistes a été anéantie par l’arrestation de Germar Rudolf. Avec l’interdiction de sa maison d’édition active en deux langues, la plus importante des publications négationnistes paraissant en allemand et en anglais ainsi que la page internet ont disparus. De nombreux promoteurs du négationnisme comme Germar Rudolf et Ernst Zündel ont été traduits en justice en 2007. Zündel a écopé de cinq ans de prison et Rudolf de deux ans et demi. Les négationnistes ne sont pas parvenus à faire réagir l’opinion suite à ces jugements.

L’internationale des négationnistes a obtenu en Suisse un soutien explicite et public du PNOS. Le parti demande « la liberté » pour le condamné Ernst Zündel, qu’ils voient – à la manière des néo-nazis – comme une victime de la « justice d’occupation ». Le débat sur l’holocauste aurait toutefois « aucune importance politique ». Le parti prétend toutefois que « l’holocauste représente un matraquage moral aux mains de quelques unités qui l’instrumentalisent pour cimenter leur pouvoir par l’accumulation de capital et le chantage portant sur des montants de plusieurs milliards ».

Les premiers négationnistes sont apparus au grand jour dans les années 1990. Pendant la campagne référendaire contre l’introduction de la norme pénale sur la discrimination raciale (1994), les quatre orateurs principaux, Jürgen Graf, Arthur Vogt, Andres J. Studer et Bernhard Schaub se sont constitués en « Groupe de travail pour la dé-tabouisation de l’histoire contemporaine », rebaptisé plus tard “Groupe de travail et de recherche en histoire contemporaine” (AEZ). Dans la deuxième moitié des années 1990, l’AEZ a réduit ses activités, suite à quoi les négationnistes alémaniques et leurs camarades romands ont créé l’association “Vérité et Justice” . Cette association a été dissoute en mars 2002 par le tribunal de district de la Veveyse à Châtel-Saint-Denis et a depuis cessé toute activité.
L’ancien secrétaire de l’association René-Louis Berclaz, qui poursuit ses activités malgré la dissolution de l’association, a été arrêté en automne 2006 en Roumanie et assigné à domicile. Les autorités d’enquête ont découvert outre de la propagande raciste, la détention illégale d’armes. En été 2007, le quotidien fribourgeois « La Liberté » informait que Vérité et Justice s’était reformé en Roumanie, sans pour autant annoncer de nouvelles activités . En automne 2007, Berclaz est revenu en Suisse. Selon ses dires, il n’y aurait pas eu de procès, ni d’amende, ni même de caution .

Les négationnistes suisses – à l’exception de Bernhard Schaub et Philippe Brennenstuhl – ne pouvaient plus développer d’activité en Suisse en 2007. Jürgen Graf et Andres J. Studer ont quitté le pays pour échapper à des peines de prison fermes. La page « Wilhelm-Tell-Site » a également disparut de la toile, après avoir cessé depuis plusieurs années d’être alimentée.

Jürgen Graf

Portrait de Jürgen Graf disponible sur son site personnel
Source : internet, homepage de JürgenGraf/archiv Stutz

Jürgen Graf, qui s’est soustrait il y quelques années à une peine de prison en fuyant à l’étranger, vit toujours en Russie. En 2007, il n’a pas publié de livre mais plusieurs textes, dont une critique virulente de l’extrémiste de droite Guillaume Faye, après que celui-ci eut écrit à propos des négationnistes « que ce combat était parfaitement inutile, inefficace et contre-productif, une marotte d’adolescents, et qu’en outre il était entaché de lourdes erreurs méthodologiques ainsi que de préjugés idéologiques » . Ce commentaire incendiaire a visiblement fâché Jürgen Graf, et il attaque directement Fay dans sa réplique. Le texte de Graf se termine par des tirades antisémites, comme elles étaient usuelles en Allemagne durant l’entre deux guerres et la seconde guerre mondiale. Graf écrit : « La méfiance vis-à-vis des pays hôtes, la haine de la civilisation européenne en général et du christianisme en particulier est tellement ancrée dans la psyché collective juive – bien entendu il y de nombreux juifs qui ne partagent pas ces sentiments – que la communauté juive tentera de poursuivre son œuvre de destruction dans chaque société européenne, même si cela conduit à une islamisation, qui représente une menace de mort pour les juifs ! » Dans un autre texte, Graf rend hommage à un théoricien des races russe et reconnaît entre autre que ce dernier « a une grande redevance envers les théories raciales du Troisième Reich » .

En janvier 2007, Graf a publié un texte dans le journal du parti du PNOS, le Zeitgeist, dans lequel il affirme que « tous les jugements prononcés au nom de la « loi muselière » et en particulier ceux contre les révisionnistes sont contraires au droit ». L’influence de Graf sur le mouvement extrémiste de droite en Suisse s’est toutefois notablement réduite suite à sa fuite en Russie.

Bernhard Schaub

Le négationniste Bernhard Schaub est actuellement le seul extrémiste de droite résidant en Suisse qui est également actif depuis plusieurs années en Allemagne. En novembre 2003 il a participé à la création du « Verein zur Rehabilitierung des wegen Bestreitens des Holocausts verfogten » (VRBHV). Il en est devenu le président et se rend depuis plusieurs années en Allemagne où il est invité à donner des conférences, aussi bien auprès du Nationaldemokratischen Partei Deutschlands (NPD) qu’auprès des plus radicaux des « Freien Kameradschaften ». En décembre 2006, Bernhard Schaub a fait un discours remarqué comme orateur invité à la Conférence de Téhéran rassemblant les négationnistes de l’holocauste. Suite à quoi il a intégré un comité de cinq personnes qui doit organiser de nouvelles activités. Rien n’a transpiré pour l’instant des activités de cette commission.

En Suisse, ce franc-tireur n’a guère obtenu de succès avec son combat. En automne 2006, il avait distribué dans les boîtes-aux-lettres de sa commune de domicile, Arlesheim, des pamphlets négationnistes qui lui avaient valu d’être condamné mi-novembre par le tribunal de district de Dornach-Thierstein à une peine privative de liberté de 80 jours .

Sinon Schaub s’est consacré ces dernières années à développer une « Gymnastique nordique » qui s’inspire d’une part de la démarche anthroposophique, d’autre part de sources nazies. Durant l’été, il a conduit un séminaire dans les Grisons . En automne 2007, la page d’information sur la gymnastique nordique a disparu de l’internet.

Philippe Brennenstuhl

Brennenstuhl, qui a commencé soutenir la cause des négationnistes en tant que caissier de l’association “Vérité et Justice”, dissoute depuis lors . Dans ce contexte, Brennenstuhl a lui-même été condamné pour négation de l’holocauste à une peine de prison stricte.
Dans l’intervalle les pamphlets de Brennenstuhl ont eu quelque écho auprès des milieux d’extrême droite. Le 5 août 2007, il a tenu un discours contre la franc-maçonnerie lors de la réunion d’été du PNOS sur le Grütli, et en novembre lors de l’assemblée générale du parti, il a été donné lecture d’un texte que Brennenstuhl n’avait pas pu lire en septembre 2007 à Jena lors de la « Fête des Peuples ». Il s’occupe par ailleurs à chicaner les autorités avec ses requêtes, en particulier les membres de la Commission du Grütli, responsables de l’organisation de la fête du 1er août sur la prairie du Grütli .

Tout paranoïaque et extrémiste qu’il soit, il a recueilli néanmoins le soutien d’un représentant de l’UDC. Dans un courrier de lecteur, publié en janvier 2007, le président des Jeunes UDC, Berhard Diethelm regrette d’abord : qu’on ait « consacré la somme démesurée d’un million de francs y compris les mesures policières pour interdire l’accès du Grütli aux extrémistes de droite ». Il continue : « Il est donc normal que le responsable du département de Justice et Police du canton de Schwytz se retrouve empêtré dans une plainte pour déni de la liberté d’expression, abus de fonction et contrainte. Dans ce contexte, je félicite M. Brennenstuhl qui s’est donné la peine de s’opposer aux manquements des membres de la Commission du Grütli et du Conseil d’état. Sa brochure « Der Verrat-1er août 2006 sur le Grütli » mérite d’être reconnue. » Diethelm tentera après coup de s’en sortir. A un article critique dans le journal Bote der Uhrschweiz, il réagira même par une requête – ultérieurement rejetée – au Conseil suisse de la presse .

Ouverture du côté de la droite radicalisée

Les frontières entre extrémisme de droite et nationalisme conservateur sont fluctuantes, également en Suisse. De temps à autre, l’UDC utilise aussi des concepts émanant de la mouvance d’extrême droite. Par exemple, lorsqu’elle tente de discréditer ses adversaires politiques en les désignant comme des partis dépendants du « système », comme l’a fait le président de l’UDC Ueli Maurer lors de la non-réélection du conseiller fédéral Christoph Blocher . Dans l’ensemble, l’UDC ne veut pas se préoccuper des tendances se situant à droite de sa ligne politique. Comme l’avait déclaré aussi bien Christoph Blocher que le conseiller national Christoph Mörgeli : « Il ne doit pas y avoir de parti démocratique à droite de l’UDC ». Plus tard il a ajouté : « Si l’on veut hériter, il faut se comporter de manière aussi agréable que la vieille tante testatrice» . Le fait est que l’UDC a absorbé les autres partis de droite (comme le Parti de la Liberté) ou alors elle les a évincés (comme les Démocrates Suisses) . Parfois un représentant de l’UDC profite de l’occasion qui lui est offerte de se présenter dans les cercles d’extrême droite, par exemple Ulrich Schlüer qui est apparu en décembre 2006 à Munich dans une table ronde organisée par la Bruderschaft Danubia. Commentaire de la rédaction : « Une organisation d’extrême droite notoire » .
Toujours est-il que la collaboration avec les néonazis contribue à mettre rapidement un terme à une jeune carrière politique. C’est ce qui est arrivé à Roland Wagner, vice-président des Démocrates Suisses, après qu’il eut fait dans une maison de tir d’un groupe de néonazis allemands la démonstration du fusil d’assaut helvétique. Peu après la publication du communiqué de presse, il a démissionné du parti . Mais il était trop tard pour retirer sa candidature au conseil national. Les Démocrates Suisses ont obtenu 0,66% dans le canton d’Argovie et Roland Wagner 2’067 voix sur l’ensemble du canton.

 

Conclusion

L’extrémisme de droite en Suisse en 2007 demeure une réalité politique et sociale. Même les représentants du camp nationaliste conservateur ont tendance à nier ou du moins à minimiser son importance. Si ce milieu reste marginal, il n’a pourtant jamais été numériquement aussi fort depuis 1945. La subculture des skinheads à tendance nazie, proportionnellement le groupe le plus important en 2007, n’a connu qu’une faible croissance. C’est avant tout dans les petites villes et les villages que sont apparues des cliques ou groupuscules d’extrême droite, qui se posent en ennemis aussi bien des “gauchistes” que des “étrangers”. La subculture skinhead-nazie dispose d’une offre stable de manifestations, généralement sous forme de groupes de musique et de concerts. Ces organisations ou individus contribuent en permanence à la formation d’une idéologie d’extrême droite par des activités de nature politico-culturelles, sans toutefois participer à la politique institutionnelle.
Les principaux promoteurs sont déjà âgés, de sorte que leurs projets vont disparaître de la scène à brève ou moyenne échéance. L’élément le plus surprenant est la création pour la première fois d’une organisation d’extrême droite exclusivement féminine. La mouvance d’extrême droite dispose néanmoins d’un parti politique, le parti nationaliste suisse (PNOS). Depuis 1945, aucun parti/groupe d’extrême droite ne s’était maintenu aussi longtemps.
Les négationnistes suisses ne se sont plus manifestés, à l’exception de deux individus menant un combat isolé. Toutefois la pensée négationniste, à savoir la négation ou la minimisation de l’holocauste, est parvenue à s’imposer auprès d’une partie du public d’extrême droite.

Hans Stutz

Lucerne, 15 janvier 2008

Racisme en Suisse en 2007/1

Lucerne, 20 Janvier 2007

Switzerland: Europe’s heart of darkness?

James Philippe, a 28-year-old Haitian who has lived in Switzerland for 14 years and works for Streetchurch, a Protestant storefront community organization and as a hip-hop dance instructor, said he is regularly stopped by the police and required to show his papers and submit to body searches. He speaks German, French, Creole and English, but has yet to receive a Swiss passport. “The police treat me like I’m somehow not human”, he said at the Streetchurch headquarters in a working-class neighbourhood of Zurich. “Then I open my mouth and speak good Swiss German, and they’re always shocked. We come here. We want to learn. We clean their streets and do all the work they don’t want to do. If they kick us out, are they going to do all that work themselves? We need them, but they need us too.”

New York Times, October 8, 2007

Beaucoup de Suissesses et de Suisses semblent tomber des nues, après la parution dans « The Independant » quotidien anglophone, d’un article intitulé : « Switzerland : Europe’s Heart of Darkness ? ». Il est déjà rare que la presse internationale s’intéresse au petit pays riche qu’est la Suisse. Mais tout de même : la Suisse, cœur sombre de l’Europe ? Le déclencheur de cet article a été la vaste et coûteuse opération électorale de l’UDC contre les étrangers et les marginaux. Au cours des années précédentes, les organisations internationales avaient déjà reproché à diverses reprises à la Suisse son manque d’engagement contre le racisme et la protection des droits de la personne.

Le rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme Doudou Diène, avait par exemple déposé un rapport en mars 2007. En visitant la Suisse, il avait déjà à l’époque récolté d’amères protestations. Le rapporteur de l’ONU a confirmé les résultats de rapports antérieurs faits par des organisations de surveillance. Il évoque une progression de plus en plus marquée du racisme et de la xénophobie. Il parle en particulier de durcissement du droit d’asile, ainsi que des restrictions apportées à la nouvelle loi sur les étrangers. Plus loin, il évoque les débordements des autorités à l’encontre des noirs, et le réflexe social de plus en plus marqué à l’égard d’autres cultures et d’autres points de vue. Le rapporteur de l’ONU se montre préoccupé par le fait que des formations politiques (lire : des organisations et des partis comme l’UDC, les Démocrates suisses et le PNOS) puissent développer leurs thèses avec le soutien des électeurs. Il encourage le gouvernement à mettre au point avec les cantons une politique cohérente contre le racisme et préconise le renforcement de la Commission fédérale des étrangers ainsi que de la Commission fédérale contre le racisme (CFR).

Plus loin, il recommande la création d’une législation nationale et d’un plan d’action concerté contre le racisme et la discrimination. La commission fédérale contre le racisme (EKR) s’est sentie renforcée dans son travail et a encouragé le Conseil fédéral, suite à la publication du rapport, à inviter les cantons à participer à une « table ronde » pour discuter de la mise en application de divers points. Dans les faits, les rapports n’ont jusqu’ici pas été suivis d’effets.

En automne 2007, Doudou Diène a également critiqué la campagne de l’UDC montrant les moutons blancs et les moutons noirs (voir illustration). Des xénophobes ainsi que des politiciens et politiciennes qui ont fait du racisme ou d’allégations racistes leur fond de commerce, ont senti que leur plume les démangeait. Non sans mentionner la couleur de peau du rapporteur et en tirer leurs propres conclusions. L’UDC Ulrich Schlüer, non-reélu dans l’intervalle, se perd en conjectures : « Parce que les cinq étoiles helvétiques offrent plus d’attrait que le bush africain, M. Doudou Diène s’intéresse de beaucoup plus près aux atteintes aux droits de l’homme se déroulant sur territoire suisse qu’à celles qui ont lieu en Afrique noire.» Le secrétaire cantonal tessinois du parti, Eros N. Mellini, a quant à lui habilement retourné l’argument : « Il me semble que la phobie des plaignants à l’encontre des autorités et de la police provient beaucoup plus souvent des traitement qu’on leur a infligé dans leur pays d’origine (y compris celui de Doudou Diène : le Sénégal). Ne sont-ils pas victimes d’un traumatisme qui les poursuit encore, même lorsqu’ils n’ont pas du tout affaire à la police ? ». Il est toujours remarquable de constater l’intensité avec laquelle des représentants de la droite en Suisse contestent les appels au respect des droits de l’homme. Quant au PNOS, il affichait une position ouvertement raciste : « Nous laissons les noirs à leurs bruyantes exhortations et les européens à leur retenue à l’égard des étrangers. Quant à l’ONU, elle appartient aux poubelles de l’histoire. »

Durant la campagne électorale 2007, les étrangers ont été instrumentalisés et stigmatisés de façon négative. En particulier les musulmans et les jeunes étrangers, selon les observations faites ultérieurement de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) sur « Les étrangers dans la communication électorale ». Trois quarts des commentaires négatifs à l’égard des étrangers et des groupes minoritaires sont le fait de l’UDC. Leur stratégie et la réaction intensive des médias et des autres partis à ces attaques en a fait le principal sujet débattu durant la campagne, avant même la problématique écologique. La réaction à la stigmatisation de la population étrangère a été notablement plus forte en Suisse romande qu’outre Sarine.

Moutons blancs contre moutons noirs : la campagne de l’UDC

L’affiche montre trois moutons blanc sur un champ rouge à croix blanche qui repoussent un mouton noir hors du champ avec le sous-titre : « Pour plus de sécurité». Peu avant les élections, le parti UDC a lancé une initiative populaire « pour le renvoi des criminels étrangers». L’initiative prétend que la revendication du peuple ne concerne que « les étrangers qui ont commis des crimes graves dans notre pays». Toutefois parmi ces crimes graves figurent également l’abus des services d’aide ou des assurances sociales. Cette adoption sous-entendrait une co-responsabilité familiale, car des familles entières – indépendamment de la durée de leur séjour – pourraient se voir expulser du pays. L’UDC a soutenu sa campagne électorale par de nombreuses affiches et annonces. Durant des semaines, des centaines d’affiches étaient placardées dans tout le pays. Le rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, M. Doudou Diène, a protesté officiellement contre cette affiche auprès du gouvernement suisse, arguant qu’elle suscitait « la haine raciale et religieuse ». A ces reproches, le gouvernement a répliqué qu’il s’agissait de protéger la liberté d’expression dans le cadre du débat électoral. Il réaffirme toutefois sa ferme volonté de ne pas tolérer les forums racistes en Suisse. La question de savoir quels sont les propos tenus publiquement qui tombent sous le coup de la norme pénale sur la discrimination raciale reste l’affaire de la justice.
La controverse autour des moutons blancs et des moutons noirs a provoqué des réactions qui reprochent à l’UDC sa proximité avec l’extrême droite et son racisme affiché

La campagne a focalisé d’attention et a fait l’objet de vives controverses. De nombreuses organisations ont déposé plainte pour infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale – tout en sachant que les chances de succès étaient faibles. Georg Kreis a mis le doigt sur le problème de façon pertinente : « La véhémence des réactions au sujet du mouton noir peuvent sembler exagérée. Le problème ne relève pas tant du dessin, mais plutôt de la discrimination au quotidien. » Ce sont toutefois justement de tels dessins qui oeuvrent à la perpétuation d’un climat discriminatoire en général.

Le motif du mouton noir a été repris par de nombreux partis d’extrême-droite. Tout d’abord par le Nationaldemokratischen Partei Deutschland (NPD), plus tard par le parti espagnol Democracia Nacional, puis par la Lega d’Italie du nord.

Cette affiche a donné lieu à des quiproquos sur son interprétation :” (le mouton noir peut également pouvoir dire le NPD), et a été utilisée par la suite dans une version modifiée qui se retournait contre ses auteurs.

L’affiche de la Democracia National espagnole déclare :”tiens toi bien ou fiche le camp” avec le slogan « Initiative contre l’augmentation de la criminalité étrangère».

Affiche de la Ligne du Nord : « Droit de séjour seulement pour les vrais étrangers, ceux qui travaillent » et « sécurisons notre maison ».

Celui qui sème la discorde récolte aussi la moquerie. Dans les heures qui suivent, l’affiche est retravaillée pour signifier l’exclusion de Christoph Blocher du conseil fédéral.

Ce qui était déjà vrai dans les années précédentes le reste en 2007, à savoir que celui qui ne dispose pas d’un passeport suisse, qui n’a pas la peau blanche, de domicile fixe, qui confesse une religion autre que chrétienne ou a des préférences sexuelles différentes de la majorité court le risque d’être exclu, apostrophé, insulté, menacé et dans certains cas même agressé physiquement. Les cas sont relativement rares, mais ils influent sur le sentiment de liberté de sécurité des personnes concernées. La peur consume l’âme. Les mécanismes de la haine et de l’exclusion demeurent, tandis que les représentations de «l’ennemi» s’adaptent aux besoins politiques et sociaux du moment. Depuis le début des années 1990, la tendance est à la discrimination envers les personnes originaires des pays de l’ex-Yougoslavie et de la Turquie. Au fil des ans, de plus en plus de personnes noires de peau (quel que soit leur pays d’origine), sont victimes d’attaques et de discriminations. Diverses observations confirment que ces personnes sont souvent interdites d’entrée sous divers prétextes dans des salles de jeux, des bars, parfois aussi dans des restaurants.

Une partie de la population a adopté une vision nationaliste – voire parfois raciste – des problématiques de société de toute nature. A de nombreux endroits, la part d’enfants étrangers dans les écoles est perçue comme un problème pour le succès scolaire des petits helvètes. L’UDC et son quotidien allié la Weltwoche ont, dans le contexte de la campagne contre les abus parlé d’une « balkanisation de l’AI ». Une expression à caractère raciste reprise par Alard du Bois-Reymond, patron de l’assurance invalidité. Mi-décembre 2007, il a annoncé que les recherches étaient menées selon différents critères pour dépister les abus. Lors de la conférence de presse qui a suivi, il n’a mentionné un seul critère, ce dernier étant le pays de provenance du requérant, à savoir les divers états de l’ex-Yougoslavie et de la Turquie. Cette décision conforte tous ceux qui, de leur propre autorité, veulent rendre la vie dure à tous les groupes minoritaires et marginaux.

Outre les micro-partis nationalistes, l’UDC en tant que parti gouvernemental entretient ce climat de discrimination par des campagnes agressives. En général, le camp des nationalistes conservateurs dispose d’un grand nombre d’organisations- comme l’ASIN (Action pour une Suisse indépendante et neutre) – de moyens de publications (Schweizerzeit de Ulrich Schlüers), de membres influents et d’élus zélés, et de nombreux soutiens parmi les lettres de lecteurs. Le camp ultra conservateur parvient régulièrement à accaparer le débat politique avec ses thèses, bien qu’il ait perdu ces dernières années toutes les votations relatives aux relations de la Suisse avec l’étranger. Il a néanmoins enregistré une victoire, en 2006, avec le durcissement de la loi sur les étrangers et les requérants d’asile.

Le racisme, tel qu’il est encouragé par les représentants du camp néo-conservateur ainsi que par ceux des extrémistes de droite, fait partie d’une représentation de la société où les personnes socialement et financièrement privilégiées ainsi que les dirigeants politiques s’autorisent non seulement à diffamer et à traiter avec mépris les personnes socialement ou économiquement faibles, mais veulent encore leur rendre plus difficile l’accès aux ressources économiques et sociales. Le fait est que les ressortissants des différents états de l’ex-Yougoslavie sont seulement devenus des boucs-émissaires après qu’une politique des 3 cercles les ait mis dans une situation économiquement et socialement précaire. Le fait est également que des campagnes discriminatoires ont compliqué pour tous ceux appartenant à une des minorités incriminées l’accès à diverses offres comme le marché de la location ou les bars de nuit.

Dans certains cas, la discrimination reflète l’idéologie néo-libérale. Ainsi, les étrangers et étrangères paient de plus fortes primes d’assurance automobile. Cette injustice est juridiquement problématique. Dans un avis de droit, le spécialiste en droit constitutionnel et administratif fribourgeois Bernhard Waldmann est parvenu à la conclusion que cette pratique est contraire à la loi. Tant le Conseil fédéral que le parlement avaient refusé une motion y relative en mars 2006. Le Conseil fédéral avait répondu : « Lorsqu’un assureur qui assure un groupe de diverses nationalités applique un critère d’appartenance nationale pour tous, et donc pas de façon sélective à l’encontre de certaines nationalités, l’application de ce critère ne peut pas être qualifié de discriminatoire. »

La discrimination touche plus particulièrement les jeunes gens, que ce soit lors de la recherche d’une place d’apprentissage, de l’accès aux restaurants, aux discothèques et aux bars haut de gamme. Une étude du fonds national est parvenue à la conclusion que les PME offraient moins de chances aux jeunes étrangers de trouver une place d’apprentissage. Leur niveau scolaire jouerait en l’occurrence peu de rôle dans le processus de sélection. L’étude se base toutefois sur un échantillon très restreint (80 interviews), mais d’autres études étaient parvenues précédemment aux mêmes conclusions. Il s’agit également de remarquer que le manque permanent de places d’apprentissage est un frein à l’intégration et continuera à se faire sur le dos de l’une ou de l’autre catégorie de la population.
La pratique est largement admise de refouler des bars et des discothèques les jeunes originaires des républiques de l’ex-Yougoslavie et de la Turquie ainsi que les jeunes noirs de peau. Cependant la norme pénale sur la discrimination raciale sanctionne le fait de refuser «une prestation à usage public » selon un critère ethnique. C’est pourquoi les gardiens invoquent généralement un motif quelconque (entrée seulement avec carte de membre, tenue incorrecte, etc.).

Refus de naturalisation

Dans les dernières années des refus de naturalisation attendraient une majorité dans beaucoup de cas que ce soit lors des votations populaires ou lors des assemblées de commune où des votations ont eu lieu souvent après des postulats anonymes.

Le Tribunal fédéral a édicté une règle de principe en juillet 2003 selon laquelle : « Les électeurs sont, lors de votations portant sur la naturalisations, liés par le respect des droits fondamentaux, soit également par l’interdiction de discriminer. Cette interdiction est particulièrement importante dans le domaine de la naturalisation, car il existe le risque que la légitimité d’une candidature soit contestée sur la base de l’appartenance à un groupe ethnique ou culturel particulier, éprouvé par la majorité comme un groupe « étranger ». C’est entre autre ce décret que l’UDC cherche à faire capoter avec son initiative populaire « pour un processus de naturalisation démocratique ». La question de savoir si cette initiative est juridiquement conforme au droit international est d’ailleurs discutable.

La votation fédérale ayant lieu en 2008, il est à prévoir que la campagne de l’UDC sera particulièrement virulente. La campagne référendaire concernant la nouvelle loi cantonale sur la citoyenneté du canton de Thurgovie nous en a livré un avant-goût. L’affichette des opposants représentait un juge qui tendait une grande corbeille remplie de passeports à un Turc, une femme musulmane et un européen tandis que dans l’arrière-plan figurent trois Suisses baillonnés. Le texte accompagnant l’affiche revendiquait entre autre le droit de « savoir à quelle religion appartiennent les étrangers qui souhaitent se naturaliser ». Cette campagne grossièrement xénophobe a été couronnée de succès. Le nouveau droit de naturalisation du canton de Thurgovie, qui tentait de s’adapter aux lignes directrices édictées par la Confédération, a été rejeté.

Le décret du TF a néanmoins eu pour effet un recul sur les refus de naturalisation basés sur l’origine, de la couleur de peau ou de la religion. La Commission fédérale contre le racisme a critiqué en septembre la discrimination lors du processus de naturalisation. Cette dernière « toucherait plus particulièrement les ressortissants des républiques de l’ex-Yougoslavie ainsi que les personnes de confession musulmane, ce qui semblerait illustrer le système dual de la politique suisse des étrangers. »

Police et racisme

Fin septembre 2007, deux anciens policiers ont témoigné dans une interview ce qui est généralement contesté par la police elle-même mais régulièrement rapporté par les victimes, à savoir que les hommes noirs de peau font l’objet de fouilles, de chicanes et parfois de mauvais traitements de la part de la police. Lorsqu’une patrouille part du commissariat, dit l’ancien policier, « on se disait parfois on va chasser du noir ! ». Le chef de brigade aurait parfois également conseillé de « nettoyer » la ville. De temps à autre on a donc emmené un petit groupe d’Africains et on les a abandonnés dans les forêts aux environs de Lausanne.

Il y a quelques mois, plusieurs chefs de police avaient contesté une étude réalisée par Amnesty. L’organisation internationale des droits de l’homme se montrait préoccupée par le fait que « depuis quelques années elle recevait de façon répétée des informations de témoins, d’avocats ou de services de conseil juridique qui parlaient de mauvais traitements, d’humiliations et d’emploi disproportionné de la force par plusieurs corps de police communale ou de gendarmerie cantonale. Ces témoignages provenaient de requérants d’asile, de noirs, de militants anti-globalisation, de fans de foot ou de mineurs. » Amnesty International requiert, outre la création d’un code de comportement, des autorités indépendantes de plainte, qui seraient compétentes pour traiter des plaintes mettant en cause le comportement de la police.

Très peu d’informations sont parvenues à la presse concernant des jugements de policiers, comme par exemple celui d’un fonctionnaire bâlois qui avait été condamné en été 2006 pour abus de fonction à 30 jours d’arrêt. Il avait battu un demandeur d’asile suite à un vol dans un magasin et lui avait fait des gestes insultants. Le prévenu avait ensuite été relâché par la police.

Norme pénale sur la discrimination raciale

La norme pénale sur la discrimination raciale (Art. 261bis CP) est entrée en vigueur début 1995. Au cours des douze années écoulées, environ 355 cas sont parvenus à la connaissance de la CFR, dont 172 (48,5%) n’ont pas donné lieu à un procès (décision de cessation, non entrée en matière), 183 (soit 51,5%) se sont conclus par un jugement, à savoir 31 par un acquittement et 152 par une condamnation. Ce sont toujours les juifs qui restent les plus fréquentes victimes. La CFR constate que plus de 25% des personnes touchées par la discrimination raciale sont des juifs ou des juives. Elle poursuit : « Le grand nombre des atteintes à l’encontre des personnes de religion juive n’est pas attribuable exclusivement aux activités d’une minorité d’irréductibles révisionnistes mais se reflète également dans de nombreuses atteintes quotidiennes. » Jusque-là, les musulmans sont rarement apparus du côté des victimes dans des jugements. Cela pourrait changer, car les manifestations d’hostilité et les campagnes contre les musulmans sont en augmentation.

Beaucoup d’opposants à la norme pénale sur la discrimination raciale n’ont pas accepté les échecs de la votation référendaire. Ces dernières années, plusieurs motions réclamant la modification, voire l’abrogation de la norme pénale ont été déposées devant le parlement. En 1998 déjà, un petit comité s’était formé autour de la candidate zurichoise aux élections municipales Kunigunde Grätzer, mais l’initiative n’avait pas franchi la barre des 100’000 signatures requises. L’existence même de la commission fédérale contre le racisme a déjà été mise en question par des représentants de la droite nationaliste, dont les conseillers nationaux Christoph Mörgeli et Jean Henri Dunant.

Lors d’un voyage en Turquie avec des représentants des médias en octobre 2006, le conseiller fédéral UDC Christoph Blocher, a affirmé que la norme pénale lui donnait « mal au ventre ». Le politicien-entrepreneur cherchait par là à flatter ses interlocuteurs turcs, pour lesquels les poursuites pénales pour négation de l’holocauste arménien par la Turquie demeurent une véritable épine dans le pied. Fin mai 2007, il a diffusé dans un document de travail auprès de divers groupes d’experts plusieurs propositions de modifications de la norme. Après le non renouvellement de son mandat au gouvernement, Blocher a encore soumis une autre proposition d’amendement qui est restée sans succès.

Des élus de l’UDC ont discrédité la norme pénale sur la discrimination raciale. Les Démocrates Suisses ont voulu en profiter et ont donc lancé début août 2007 une initiative populaires « Pour la liberté d’expression – non aux muselières ». Parmi les membres du comité se trouvent de nombreux élus UDC, mais également le président du parti radical de Bienne, Jürg Scherrer et un ancien président le l’Action nationale, Valentin J. Oehen. L’initiative exige que, « dans le cadre du débat d’idée démocratique », la liberté d’expression ne pas être «entravée par des mesures juridiques ». Elle exige avant tout l’abrogation complète et sans délais de la norme pénale sur la discrimination raciale. Prélude au lancement de l’initiative, le président central des Démocrates Suisses, Bernhard Hess, avait laissé entendre que l’initiative servait également de moyen de pression vis-à-vis du conseiller fédéral et ministre de la justice Christoph Blocher, afin que ce dernier apporte effectivement des modifications à la norme pénale. Début décembre, le Parti nationaliste suisse (PNOS) a de son côté formé un comité et a diffusé par internet un formulaire de signature. Une tentative inutile, dont la forme n’a pas de valeur légale.

Antisémitisme

Ces dernières années, de nombreux sondages ont tenté de saisir la mesure de l’antisémitisme en Suisse, avec des résultats très variables. En 1998, un sondage était parvenu à situer l’antisémitisme autour de 7 %, en 2000, un autre sondage parvenait à 16 %, et en 2006 une étude du fond national indiquait qu’il y avait 22% de misanthropes, dont des anti-sémites. Tous ces sondages se basaient sur une multiplicité de critères – parfois difficiles à vérifier. En 2007, l’institut de recherche gfs a diffusé une étude conçue selon une série de nouveaux critères. Son résultat : « Environ 10% des personnes interrogées affirmaient avoir « systématiquement une attitude anti-juive ». La majorité des personnes interrogées partageaient « la majorité des stéréotypes négatifs concernant les juifs ». Environ 28% déclaraient avoir occasionnellement une attitude anti-juive. Environ 15% sont influencés par la politique israélienne – quoique la critique de la politique israélienne n’implique pas forcément l’antisémitisme – tandis que l’antisémitisme inclut presque toujours la critique de la politique de l’état d’Israël.

En 2007, il n’y a pas eu de réactivation de l’antisémitisme latent. Dans le cercle relativement réduit des forums d’extrême droite, des auteurs publient régulièrement des articles antisémites ou minimisant l’holocauste. Ces allégations demeurent généralement sans suite, même s’il y a infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale, car personne ne porte plainte. Erwin Kessler, président de l’association contre les usines d’animaux (ACUSA), a publié à diverses reprises des commentaires lourdement antisémites également en 2007.

Discrimination à l’égard des musulmans

Dans un passé récent, presque partout en Europe, les musulmans sont entrés dans la ligne de mire des xénophobes et des racistes. « En Europe, beaucoup de musulmans subissent – indépendamment de leur origine ethnique et de leur attitude envers la religion – des discriminations dans le domaine du travail, de la formation et du logement. » Ceci est le résultat d’une étude publiée par l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) fin 2006. Cette discrimination à l’encontre des musulmans est liée tantôt à une aversion pour l’islam, tantôt à un ressentiment d’ordre xénophobe ou raciste, car ces aspects se trouvent souvent mélangés. L’inimitié à l’égard des musulmans doit donc être considérée dans le cadre plus général de la xénophobie et du racisme à l’égard des migrants et des minorités.

En Suisse aussi, la méfiance à l’égard des musulmans s’est trouvé renforcée après les attentats de New York de septembre 2001, car le discours sur l’exclusion se reporte rapidement d’un groupe minoritaire sur un autre, tandis que les acteurs politiques restent généralement les mêmes. Un argument régulièrement invoqué est celui de l’augmentation du nombre de personnes appartenant au groupe incriminé. Le recensement de l’an 2000 démontrait la présence d’environ 310’000 musulmans en Suisse. En 1960, ce chiffre était de 3’000. Cet argument est également utilisé par des politiciens bien intentionnés. Doris Fiala, présidente du parti radical zurichois, déclarait par exemple : « Le débat sur les minarets me semble faussé. C’est instrument de marketing politique, qui tente de se servir du malaise des gens. Je suis d’avis que l’islamisation progressive dans ce pays doit néanmoins être thématisée. La question centrale est : la sharia est elle compatible avec la Constitution suisse ? » Une islamisation rampante en Suisse ? Mme Fiala ne s’est pas donné la peine d’apporter la preuve de cette affirmation. Et la Constitution n’est en aucun cas mise en cause.

Georg Kreis explique aussi que les critères d’appréciation sont « extrêmement variables », car « des attaques contre la minorité musulmane sont encore possibles, alors qu’elle ne sont – heureusement – plus tolérées contre la minorité juive. » Un constat qui avait déjà été établi il y quelques années dans une recherche portant sur la représentation d’Israël par les médias.

Initiative « Interdiction de la construction de minarets »

Il existe en Suisse environ 200 mosquées et salles de prière. Depuis des décennies, il y a également deux minarets, l’un à Zurich, l’autre à Genève. Des groupes locaux se sont cependant opposés à la construction de nouveaux minarets dans des communautés comme Wangen (SO) , Langenthal (BE), Wil (SG). Leurs leaders étaient de toute façon déjà familiers d’une politique discriminatoire. Les questions de droit de construction sont toujours débattues, quoique dans le cas de Wangen (SO), le Tribunal fédéral ait en dernière instance levé les oppositions au permis de construire. La municipalité s’oppose néanmoins à la construction en invoquant le fait que le permis de construire est arrivé à échéance dans l’intervalle.

De nombreux représentants de l’UDC ont demandé aux parlements cantonaux d’interdire la construction de minarets. Dans le canton de Zurich, cette requête a été soutenue, tandis que dans les cantons de Berne et St.-Gall elle n’a pas convaincu la majorité. Les divers comités locaux qui s’étaient formés contre la construction de minarets ont donné naissance au « comité Egerkinger » qui a lancé début mai 2007 une initiative populaire « Contre la construction de minarets ». Parmi les membres du comité d’initiative figurent 14 représentants de l’UDC, de même que deux représentants de l’UDF (Union démocratique fédérale). Cinq des initiants sont des femmes. L’UDC n’a pas encore pris position officiellement, l’initiative étant également débattue à l’interne du parti. De nombreux représentants du parti, comme la conseillère fédérale Eveline Widmer Schlumpf ou le conseiller national bâlois Jean Henri Dunant s’en sont officiellement distancés.

Vis-à-vis du public, les initiants déclarent que la liberté de croyance ne serait nullement affectée, seulement les minarets, en tant que « symbole d’un pouvoir religieux et politique ». Sur le formulaire de l’initiative il est cependant précisé que « si l’on veut renforcer la culture chrétienne occidentale, il faut freiner la croissance de l’Islam ». Le procédé suit donc une figure rhétorique connue de l’argumentation raciste, à savoir que l’on relève un détail ou un symbole pour désigner l’ensemble. Un des initiants, membre de l’UDF, déclarait également : « L’Islam n’est pas une religion, mais une déclaration de guerre au christianisme et tenants d’autres croyances ». Ulrich Schlüer a déjà demandé des mesures discriminatoires à l’encontre des musulmans. Après les attentats du métro de Londres, il a déclaré qu’il était justifié pour des raisons de sécurité de refuser la citoyenneté à toutes les personnes musulmanes. »

Différents spécialistes en droit constitutionnel sont d’avis qu’une interdiction de construction des minarets est contraire à la Constitution. Le parti de Blocher, comme le constate Georg Kreis, n’est pour certains points importants pas sur le terrain de la légalité selon la Constitution de 1999. « Cela vaut tout autant pour la liberté de croyance et de conscience (art. 15) que pour l’article sur l’égalité (art. 8), selon lequel « Tous les êtres humains sont égaux devant la loi » et « nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son origine, de sa race, de son sexe, de son âge, de sa langue, de sa situation sociale, de son mode vie, de ses convictions religieuses, philosophiques ou politiques ni du fait d’une déficience corporelle, mentale ou psychique. » Et évidemment les femmes et les hommes sont égaux en droit.

Racisme anti-noir

En Suisse, les personnes noires sont celles qui – tout bien pris en considération – font le plus souvent l’objet de propos ou d’actes racistes et qui sont les moins protégées. Dans les faits et quelle que soit leur origine, elles sont souvent l’objet de nombreuses discriminations. Que ce soit sur le marché du travail, du fait de l’absence de journalistes noirs dans les médias (surtout à la télévision), elles sont soumises à plus de contrôles dans la rue ou dans les transports publics, plus fréquemment amenées au poste, soumises à des fouilles sur le corps ainsi qu’à des agressions verbales et physiques. Parfois la discrimination se manifeste de façon inattendue. Un noir de nationalité suisse affirmait être fréquemment accosté par des drogués. Dans un livre publié en 2007, l’écrivain Innocent Naki relate également la façon dont la médiatisation de la criminalité crée une atmosphère de suspicion à l’égard des demandeurs d’asile et des noirs.

Les gens du voyage et les Jenish
Malgré les nombreuses protestations de bonnes intentions de la part des politiciens et de l’administration, les gens du voyage, en particulier les Roms sans passeport suisse, ont toujours autant de difficultés à transiter par la Suisse ou à trouver des lieux équipés pour les recevoir, même si ces dernières années, des places ont été aménagées à certains endroits. Parfois, ils ont même fait l’objet d’agressions. Le conseil fédéral constate dans son rapport « Sur la situation des gens du voyage », « qu’il n’existe pas encore un réseau suffisant d’aires de séjour et de transit, qui permettraient aux 2’500 gens du voyage suisses de poursuivre leur mode de vie traditionnel ». Selon une expertise de la Fondation « Un avenir pour les gens du voyage suisses» il faudrait 29 aires de séjour et 38 zones de transit supplémentaires.

Conclusion

Une partie de la population suisse a adopté une vision nationaliste – voire occasionnellement raciste – des problématiques de société de toute nature. Outre les micro-partis nationalistes, l’UDC en tant que parti gouvernemental, entretient ce climat de discrimination par des campagnes agressives. Les Suisses appartenant au camp nationaliste et conservateur associent souvent une vision nationaliste et isolationniste de la Suisse (opposition à la collaboration ou à la participation aux organisations internationales) à des opinions xénophobes voir racistes envers les migrants non-européens et les résidents étrangers sans passeport suisse. Ils peuvent s’appuyer sur une longue tradition de la Suisse relative au discours sur la « surpopulation étrangère », et sur « l’exception suisse », dans leur répugnance à l’égard de droits clairement établis envers les minorités. Les représentants du camp nationaliste et conservateur sont aussi les premiers à défendre ou à minimiser les activités d’organisations d’extrême droite. Certes, le camp des nationalistes conservateurs a perdu ces dernières années d’importantes votations populaires (entrée à l’ONU, accords bilatéraux, accord de libre circulation de Schengen). Mais il parvient continuellement à influencer le débat politique par des campagnes discriminatoires à l’égard des minorités étrangères.

Comme l’année précédente, les campagnes orchestrées par les cercles racistes et xénophobes visaient particulièrement la communauté musulmane, et rapprochaient à dessein de façon systématique et dans un objectif de diffamation les notions d’Islam et d’islamisme, qui désigne pourtant un courant fondamentaliste à l’intérieur de l’Islam.
Le point de friction central a été la lutte contre la construction de minarets. Mais les divers ressortissants d’ex-Yougoslavie de même que les personnes noires de peau – avec ou sans passeport suisse – sont confrontés à des attitudes racistes, aussi bien dans la vie sociale que dans le champ politique. Les chicanes et les humiliations policières touchent spécialement les jeunes gens à peau noire – indépendamment de leur pays d’origine. L’antisémitisme est latent, mais se manifeste rarement ouvertement, hormis dans les manifestes de l’extrême droite. Les droits constitutionnels des gens du voyage et des Jenish sont reconnus, mais ils continuent à avoir de la peine à trouver des aires de séjour et de transit.

Extrémisme de droite en Suisse en 2008/2

Lucerne, 15 Janvier 2008

« NOUS AVONS BESOIN D’UNE ARDENTE REVOLUTION » (1)

« Les gens naissent libre et égaux en droit et le demeurent » – ce fondement des droits de l’homme qui remonte à la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 a été néanmoins constamment remis en question. D’abord par les patriciens et les aristocrates, plus tard par un conservatisme, en partie modernisé, en partie vulgairement réactionnaire à l’ombre duquel s’est développé une droite anti-démocratique. (2) Après la première guerre mondiale émergent dans tous les pays européens des mouvements et des partis à tendance nationaliste, anti-démocratique, anti-sociale, antisémite et opposés à la modernité. Ces mouvements se distinguent par leur organisation hiérarchique, où l’autorité est souvent incarnée par un leader. Ils ont pour but de limiter ou même de supprimer les libertés civiques et les grandes utopies sociales nées de la révolution française basée sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Ils souhaitent donc réduire les libertés individuelles et politiques pour instituer une démocratie autoritaire, voire une dictature. Concrètement cela signifie restreindre les droits parlementaires et renforcer l’exécutif, qui devrait être incarné par un seul homme. La limitation des droits démocratiques vise en particulier les organisations socialistes ou communistes auxquelles la droite extrémiste reproche leur internationalisme. Les attaques à l’encontre des organisations et des personnes de gauche s’articulent souvent autour d’un discours antisémite.

La plupart des organisations d’extrême droite excluent de leurs membres les personnes de religion juive ainsi que celles appartenant à des « sociétés secrètes », par exemple les Franc-maçons. Parmi les plus importantes de ces organisations à l’époque moderne figurait le Nationalsozialistische Arbeiterpartei (NSDAP) allemand sous Hitler et le parti fasciste italien sous Benito Mussolini. Mais même dans les pays ou l’extrême droite n’est pas parvenue au pouvoir, des organisations similaires existaient. Par exemple en Hongrie le parti des Croix fléchées, en Roumanie la Légion noire, en Suisse les groupes frontistes, dont le plus important fut le Front national.

Qu’est-ce que l’extrémisme de droite ?

On entend sous « extrémisme de droite » – selon la définition très utilisée de Wilhelm Heimeiyer – une tendance politique qui réunit une idéologie de l’inégalité avec celle de la violence. (3) L’idéologie de la violence comprend des degrés divers. Il peut s’agir de la conviction de la nécessité de faire usage de la violence (pour résoudre des problèmes de société), d’une approbation à l’égard de la violence exercée de façon privée ou par l’état, d’une préparation à la violence jusqu’à des actes effectifs de violence. L’idéologie de l’inégalité se rapporte à des personnes ou des groupes qui visent la dévalorisation d’une part et l’exclusion d’autre part dans la vie quotidienne. La dévalorisation se manifeste par la surestimation de soi qu’elle soit nationaliste ou ethnique, dans la hiérarchisation des races, dans la distinction eugénique entre ceux qui méritent ou ne méritent pas de vivre, dans des considérations sociobiologiques d’une « hiérarchie naturelle », sur une forme de darwinisme social soulignant le droit du plus fort, sur une conception totalitaire de la « norme » qui dénigre la différence et plaide pour l’homogénéité. L’exclusion vise à traiter différemment « l’autre » ou de l’étranger sur le plan social, économique, culturel, juridique et politique.
Sont perçus comme « autres » ou « étrangères » des minorités mal vues de la population, par exemple les punks, les militants anti-racistes, les homosexuels et les lesbiennes, les handicapés, les sans-logis, les juifs et les musulmans, les hommes et femmes noirs de peau, indépendamment de leur nationalité.

Urs Altermatt et Damir Skederovic ont utilisé une définition similaire de l’extrémisme de droite en s’appuyant sur le politologue Hans-Gerd Jaschke. Ils ont résumé l’extrémisme de droite par « l’ensemble des convictions, des comportements et des actes, organisés ou non, qui procèdent d’une vision raciste ou ethnique des inégalités sociales, exigent l’homogénéité ethnique des peuples et refusent la philosophie d’égalité de la déclaration des droits de l’homme. Cette vision place la communauté avant l’individu, soumet le citoyen à la raison d’état, récuse le pluralisme d’une démocratie libérale et souhaite affaiblir la démocratie.

L’extrémisme de droite comprend un certain nombre d’éléments qui apparaissent sous diverses formes et dans des combinaisons variables selon les courants d’idées, les groupements et les mouvances.

1) Nationalisme agressif et/ou ethnocentrisme qui se manifeste par de la xénophobie et la haine de l’étranger.
2) Racisme basé sur conception biologique de l’être humain et créant des distinctions ethniques et culturelle entre ces derniers.
3) Antisémitisme qui se manifeste soit ouvertement, soit de façon cachée et qui a pour corollaire la minimisation voire le déni total des crimes du national-socialisme.
4) Autoritarisme qui exige un état fort relié à la figure d’un leader charismatique.
5) Anti-égalitarisme social, qui professe un « ordre naturel » hiérarchique et organique.
6) Accentuation de la communauté dans le sens d’une homogénéité culturelle, ethnique ou sociale.
7) Anti-pluralisme politique et social, qui se méfie de l’opinion publique démocratique et du processus de décision qui en découle.
8) Acceptation de la violence qui s’exprime dans les conflits politiques et sociaux.
9) Style démagogique, qui se manifeste par une agressivité de langage et la diffamation de l’adversaire.
10) Conviction de détenir la vérité, ce qui rend la tolérance sociale impossible. (4)

 

La défaite militaire du Troisième Reich et la révélation des crimes du régime nazi ont rendu l’extrémisme de droite politiquement impossible dans la plupart des pays durant ces dernières décennies. Cependant depuis la fin des années 1940, on a observé quelques tentatives isolées de la part de quelques nationaux-socialistes ou fascistes indéfectibles, par exemple le lausannois Gaston-Armand Amaudruz. (5) Mais ce n’est que depuis les années 80, que s’est créée graduellement en Suisse une subculture d’extrême droite, dont la partie émergeante a été le « petit printemps des fronts » en 1989. (6) Le groupe proportionnellement le mieux représenté était celui des skinheads, plus précisément les skinheads se réclamant de l’idéologie nazie. Bien que se laissant difficilement organiser en entité politique, cette mouvance répand son idéologie via diverses manifestations, en particulier des concerts. Ce sont régulièrement des skinheads de tendance nazie qui ont été reconnus coupables des incendies de bâtiments abritant des requérants d’asile, d’attaques contre des personnes de groupes minoritaires et de propagande raciste. Les discours ont donc été suivis par des actes.

La subculture d’extrême droite s’est développée en Suisse à l’ombre du camp nationaliste conservateur, qui se compose d’une vaste palette de partis comme l’UDC (tendance Blocher), d’organismes comme l’ASIN, de mouvances et d’individus. L’extrémisme de droite et les nationalistes puisent aux mêmes sources idéologiques. Les deux camps n’encouragent pas seulement l’isolement vis-à-vis d’autres nations et d’autres cultures, mais partagent le même type de stéréotypes sur la manière dont les ressortissants de telle ou telle nation ou culture sont censés se comporter sur le plan politique et social. Il existe toutefois une différence entre ces deux tendances en matière de radicalité avec laquelle ils dénoncent le système démocratique, le choix des moyens politiques et la virulence des propos concernant les boucs émissaires . (7) Commentant la virulence des déclarations, l’historien Damir Skenderovic écrit que les acteurs du camp national conservateur « souhaiteraient défendre une idéologie de l’exclusion », mais « ils modèrent la radicalité de leurs propos, non seulement en raison des menaces de sanctions des autorités, mais également pour ne pas réduire leurs chances lors des élections » (8). Alors que l’extrême droite adopte clairement une position de rupture « qu’évitent en particulier les représentants actifs au parlement », les mouvements nationalistes et conservateurs « sont parvenus dans la plupart des démocraties occidentales à se faire accepter comme participants officiels aux élections et dans certains pays, ils sont même entrés dans la coalition gouvernementale ». L’on observe également de façon répétée que les extrémistes de droite prennent pour cibles de leurs actions les boucs émissaires désignés par les campagnes ou l’iconographie des nationalistes conservateurs, qui à leur tour marquent leur compréhension à l’égard des actes des extrémistes de droite lorsque ces derniers sont discrédités ou critiqués.

Subculture d’extrême droite – skinheads, nazis et “patriotes”

A l’ombre du camp nationaliste conservateur s’est développée depuis 1985 une subculture marginale et cependant grandissante d’extrémistes de droite. Celle-ci est constituée principalement de jeunes adultes mâles, plus précisément des skinheads de tendance nazie et des “patriotes”, mais aussi de quelques négationnistes de l’holocauste, d’activistes dans des campagnes politiques et de militants dans des organisations à caractère politique ou culturel, qui veulent promouvoir l’extrême droite par un travail idéologique.

La majeure partie des jeunes suisses d’extrême droite se regroupe en plusieurs subcultures, principalement les skins à tendance nazie, quelques NS-Heavy-Metal (9) et quelques Gothic-Darkwave (10). A côté de ces groupes, existent d’autres cliques ou groupuscules de “patriotes” faiblement structurés. Les “patriotes” se caractérisent par un nationalisme militant, un refus vis-à-vis de certains groupes d’étrangers (par exemple des hommes des différentes régions d’ex-Yougoslavie, d’Afrique ou d’Asie) ainsi que des Suisses politiquement à gauche. Les frontières de ce milieu sont poreuses, d’une part en direction des skins à tendance nazie de l’autre vers les groupements et les partis néo-conservateurs.

Gothic- Soleil Noir

Mi-septembre 2008, un groupe d’inconnus, peut-être des Punks de gauche, a attaqué un restaurant dans la ville de Fribourg, où aurait dû avoir lieu une réunion du groupe Soleil Noir, réunion durant laquelle le fameux groupe de musique milanais « Camerata Mediolanense » aurait dû jouer. Un groupe (le « commando d’action antifasciste, pour une subculture sans néonazis ») a justifié l’attaque par les contacts entretenus par Soleil Noir avec les milieux d’extrême droite. (11) Les représentants de Soleil Noir ont nié la proximité idéologique des musiciens avec l’extrême droite et ont prétendu que la réunion était apolitique. Ils ont également retiré leur page d’internet. Sur cette dernière, les liens idéologiques avec l’extrême droite étaient apparents : « nous vomissons la « modernité » sans racines , le matérialisme sans âme et l’ultralibéralisme destructeur, l’exploitation des travailleurs par le grand actionnariat international, la globalisation-standardisation planétaire, la grand soupe fade du multiculturalisme, l’américanisation comme la tiers-mondisation. Accessoirement, nous sommes Suisses et Européens et n’en ressentons ni honte ni culpabilité ». La notion pessimiste et européo-centrée est – comme c’est le cas pour la nouvelle droite d’inspiration raciste – est explicitée par la référence de l’idéologue fasciste Julius Evola. La proximité d’avec la vision d’extrême droite était déjà devenue claire en juillet 2001, lorsque des autres acitivistes gothic avait organisé un concert à La Sarraz, où l’on pouvait se procurer outre les CD des groupes de musique invités (dont la Camerata Mediolanense) de la littérature d’extrême droite . Une bonne partie de la mouvance Dark-Wave/Neoflok se montre peu critique à l’égard des minorités néo-fascistes qu’elle abrite.

La subculture “skinhead” est née dans les années 60 parmi la jeunesse de Grande-Bretagne. Y était représentés surtout des jeunes hommes des milieux ouvriers. Ils était fans d’alcool et de football, aimaient la musique Ska des jeunes migrants jamaïcains. Ils recherchaient l’attrait de tapages occasionnels et s’opposaient aux jeunes à cheveux longs, en particulier aux Hippies et également à certains immigrants d’origine indienne. Mais ils n’étaient pas explicitement néonazis ou extrémistes de droite . (12) C’est seulement au début des années 80, lorsque les deux partis britanniques fascistes, le National Front et le British National Party ont cherché à recruter des membres dans les stades de football qu’une mouvance skinhead s’inspirant de l’idéologie nazie s’est créée. En Suisse, les premiers Skinheads d’extrême droite sont apparus au début des années 80 à Zürich, dans le milieu des fans de football/hooligans, à l’époque en particulier le “Hardturmfront”.
Depuis plusieurs années, les skinheads suisses de tendance nazie se regroupent en sections locales ou régionales qui ne se réclament d’aucune direction commune ni même d’une appellation particulière. Ces skinheads sont pour l’essentiel âgés de 15 à 25 ans, ont un métier manuel, habitent dans des communes rurales ou de petites villes et viennent de familles déjà politiquement à droite. Dans son rapport sur la « Sécurité intérieure » publié en 2007, le Service d’Analyse et de Prévention SAP mentionne « qu’actuellement environ une trentaine de groupe skinheads sont actif, dont certains déjà anciens comme Blood-and-Honour (B&H). les Hammerskinheads et le groupe Morgenstern. Le SAP conclut « que le potentiel de violence reste inchangé », (13) ce qui signifie qu’il faut compter avec des agressions sur des catégories de personnes marginalisées.

Hammerskinheads et Blood-and-Honour

Bien que la mouvance skinhead pro-nazie soit peu structurée en Suisse, deux organisations existent depuis des années avec des liens internationaux. Il s’agit d’une part des Hammerskinheads, fondés en 1986 à Houston/Texas en tant que fraternité blanche et donc raciste, revendiquant « des territoires blancs pour les hommes blancs » (white areas for white people). L’autre mouvement est le groupement Blood-and-Honour, fondé en Grande-Bretagne en 1987 comme une « voix dissidente du rock contre le communisme ». Il s’agit d’une « organisation politique sans carte d’adhérent ». (14) Elle a pour but de répandre l’idéologie néo-nazie à travers ses propres publications, des supports audio, le commerce d’objets et d’insignes nazis, ainsi que l’organisation de concerts. Dans l’environnement Blood-and-Honour s’est également constituée une organisation terroriste (Combat 18, le chiffre 18 se référant à Adolf Hitler) responsable d’attentats en Grande-Bretagne et en Suède.
Déjà au début des années 90 les Nazis-skinheads de Suisse centrale ont fondé une section suisse, aujourd’hui la plus ancienne des sections européennes encore existantes de la “nation Hammerskin”. Les Hammerskinheads suisses (SHS) sont connus pour être des organisateurs de concerts expérimentés. Dans les années écoulées, ils ont organisé régulièrement des grands concerts, celui ayant réuni le plus grand nombre de participants étant le concert d’été du 10 août 2002 à Affoltern-am-Albis (environ 1’200 visiteurs de plusieurs pays européens). La camaraderie Morgenstern appartient également à la mouvance Hammerskin. L’organisation a été créée en avril 1993 et s’est même donnée des statuts. Morgenstern est une « organisation de jeunesse patriotique », (15) est-il inscrit sous les buts de l’organisation. Il s’agit d’un groupe de jeunes « qui sont contre la drogue et le pourcentage important d’étrangers”, comme l’écrit un militant actif. Depuis 2008, Morgenstern occupe un local dans lequel ont déjà eu lieu plusieurs manifestations . (16) La région de Sempach est ainsi devenue l’épicentre des activités de l’extrême droite en Suisse.

Une section suisse de Blood-and-Honour est apparue seulement en 1997/98, d’abord en Suisse alémanique, puis en Suisse romande. Sa figure de proue est un ex-hammerskin, Olivier Kunz, (17) qui s’est immédiatement profilé comme organisateur de concerts, éditeur de publications ainsi que durant un certain temps distributeur de musique par correspondance. Après son jugement pour infraction contre la norme pénale sur la discrimination raciale et l’interdiction des concerts nazis-skinheads – en premier lieu dans le canton de Vaud (18)– ces activités ont accusé un net recul, même si Blood-and-Honour Romandie est apparu comme co-organisateur de manifestations. Le Service d’Analyse et de Prévention SAP considère que la mouvance B&H regroupe sur le territoire Suisse « environ 150 à 200 personnes » (19) en 2007. L’on a peu entendu parler de ces deux réseaux skinheads en 2008 en Suisse. Une chose est sûre, ce sont deux groupements rivaux . (20) A l’interne, certains membres se plaignent parfois de cette guerre « fratricide », comme c’était le cas pour une activiste qui en 2007 avait participé comme co-organisatrice à la démonstration « contre les abus sexuels sur les enfants ». Cette manifestation était en l’occurrence dominée par les membres de Blood-and-Honour . (21)

Division Schweiz/ Brotherhood 28

Début mai 2008, deux pages internet, celle de « Division Schweiz » et celle de « Brotherhood 28 » ont disparu du web. Auparavant elles étaient régulièrement mises à jour, selon toute évidence par la même personne. « Division Schweiz » se présentait comme un prestataire d’informations nationales par vidéo, documentant « l’activisme à partir d’un point de vue qui ne soit pas contrôlé par la presse ou par des personnes bien-pensantes ». La dernière production d’envergure était un vidéo-clip d’environ 20 minutes concernant une manifestation ayant eu lieu à Budapest en l’hommage de la Waffen-SS . (22) « Brotherhood 28 » se considère comme fraction de la mouvance brouillée Blood-and Honour. Il est difficile de dire combien de membres compte cette « fraternité ». Des mois plus tard, l’activiste déclare dans son forum qu’il est actuellement principalement occupé par des affaires privées.

Corps Francs/Frei Korps, Section Fribourg

A la mouvance Blood & Honour appartient également un groupe inconnu jusqu’ici, les Corps Francs/Freie Korps, section Fribourg. Au moins trois de ses membres ont pris part à la fête de la lutte de Sempach, portant des T-shirts noirs avec l’inscription « Droit à notre sang ». Selon les données du Service d’Analyse et de Prévention SAP, le réseau des skinheads Blood-and- Honour aurait cherché en 2004/2005 à créer en Suisse romande une organisation de Corps Francs avec des sections cantonales. Il y a eu une cinquantaine de personnes intéressées, dont « environ une douzaine du canton de Fribourg ». La proximité d’avec Blood-and-Honour est confirmée en octobre 2008 par l’un des participants au forum Blood-and-Honour. Il s’appelle Jonas et déclare être actif depuis cinq ans, dont deux au sein d’un groupe « proche de Blood-and-Honour ». Il fait suivre ses contributions de l’emblème « Corps Francs section Fribourg ».

Nationaux-socialistes suisses NSS, section Genève

En automne 2007 est apparu en Suisse romand un groupe de Nationaux-socialises suisses NSS, représentés par la section de Genève. Ce groupe a ouvert sa vitrine internet longuement annoncée en août 2008, qui confirme son orientation nationale socialiste. Selon ses propres dires, ce mouvement est une association de jeunes Suisses qui sont des admirateurs de la « Grande Europe, tombée sous les doigts fourchus des Goldstein et des Levys. Outre ses déclarations grossièrement antisémites et anti-musulmanes, le texte contient des affirmations racistes en particulier à l’encontre des Africains, traités de « parasites ». Le texte se conclut par un appel aux jeunes blancs à rejoindre les NSS et l’annonce que se prépare une « guerre » contre les « hordes d’arabo-musulmerdes qu’on a laissé entrer » et contre « l’internationale juive » . (23) Après plusieurs articles dans les journaux, les NSS ont retiré leur page du net. En 2008, le groupe a également publié deux numéros de son journal « Wotan’s Krieger ». L’un des deux numéros est consacré au « camarade Björn, injustement emprisonné en raison de ses idées ». Il n’est pas clair pourquoi ce « membre important des NSS » doit purger une peine. Ce qui l’est en revanche, c’est que les NSS ont une affinité pour les armes à feu. Au printemps, un film vidéo a brièvement circulé sur YouTube, montrant des jeunes NSS à l’exercice de tir et posant avec des armes.

Fêtes nationales et extrémisme de droite

En 2008, les extrémistes de droite ont par leur participation une fois de plus cherché à s’emparer les fêtes patriotiques ou commémoratives, comme les fêtes de la lutte ayant lieu à Näfels, Sempach et Morgarten, et évidemment le 1er août au Grütli. C’est à Sempach qu’ils ont eu le plus de succès, car ils ont participé au cortège officiel et ont pu, peu après la fin de la manifestation officielle, déposer une gerbe assortie d’un bref discours. Les fêtes officielles de lutte de Sempach, organisées par le canton de Lucerne, sont toujours marquées par des insignes patriotiques. Dans l’invitation, le conseiller d’Etat Markus Dürr (PDC) s’épanche en évoquant « l’âme populaire des lucernois », tandis que dans le discours inaugural de la fête, l’enseignant et écrivain Pirmin Meier (24) fait croire à la véracité historique de la figure d’Arnold von Winkelried. Le discours de Meier est également publié par le bulletin d’Ulrich Schlüers, « Schweizerzeit » . (25) Dans une interpellation, la section cantonale des Verts a demandé au Conseil d’Etat, s’il ne considérait pas également que «la participation de l’extrême droite à l’occasion d’une fête politique n’était pas souhaitable » . (26) La réponse attend toujours.
Le Grütli a également été au centre du débat sur la question de la présence des extrémistes de droite à la fête patriotique du 1er août. Comme l’année précédente, la prairie était interdite aux groupuscules d’extrême droite. Et comme l’année précédente, environ 300 membres de ces groupes se sont réunis à la fin de semaine suivante à l’appel du Parti nationaliste suisse (PNOS). Ils s’opposaient en cela à la « directive » édictée par la Société suisse d’utilité publique la Commission du Grütli stipulant que la prairie du Grütli est interdite aux manifestations politiques. Comme l’année précédente, la Commission du Grütli n’était pas en mesure de faire respecter les règles qu’elle avait elle-même édictées. L’an dernier, c’était le romand Philippe Brennenstuhl qui avait fait l’adresse. Il décrivait le conseiller fédéral Samuel Schmid comme un « personnage à la botte des Américains et des Sionistes» . (27) Markus Martig, président de la section du PNOS en Emmental, critique quant à lui la « soumission de la politique suisse aux intérêts économiques et internationaux ».
La participation des extrémistes de droite aux marches de Näfels et de Morgarten est passée largement inaperçues du public, car elle s’est déroulée en dehors des fêtes officielles. Début avril, un groupe d’une quarantaine de personnes a traversé le village un dimanche après-midi pour se rendre sur le site de la bataille où ils ont écouté deux discours avant d’aller pique-niquer . (28) Mi-novembre, un groupe d’environ 90 extrémistes de droite ont organisé une marche aux flambeaux pour se rendre sur le site de la bataille de Morgarten, y écouter deux discours et déposer un objet commémoratif. Les deux événements avaient le charme suranné des manifestations patriotiques des années 1930-1940.

Groupes de musique

Dans toutes les subcultures de jeunes, la musique joue un rôle d’identification et de valorisation, d’une part en tant que vecteur d’une certaine joie de vivre et, d’autre part, en tant que moyen de diffusion de messages politiques. (29) Les concerts servent à cimenter le groupe et à diffuser des messages politiques, surtout lorsqu’ils sont organisés par des skinheads néo-nazis, car on y trouve généralement des stands qui proposent aussi bien des enregistrements que des livres/brochures ainsi que d’autres articles typiques du mouvement. Jusqu’à la publication de l’arrêt du Tribunal fédéral concernant la norme pénale antiraciste et la notion d’événement “public” , (30) la police et le juge d’instruction considéraient les concerts skinheads néonazis comme des manifestations privées, même s’ils réunissaient plus de mille personnes et si l’annonce du concert était accessible aux journalistes.
Plusieurs groupes de musique à tendance extrémiste sont apparus au cours des dernières années. Il y a plus de dix ans déjà naissait le groupe bâlois “Sturmtruppen Skinhead”, plus tard le groupe Hammerskin de Suisse orientale “Erbarmungslos”. Emanant également de la mouvance Hammerskin, les musiciens du groupe lucernois “Dissens”.

En 2008, il y avait trois groupes officiellement actifs : le groupe « Amok », « Indiziert » et « Vargr I Veum ». Un CD jusqu’ici inconnu circulait en 2008 : « Stimme der Schweiz/Demo ». Il ne contient aucune information sur les auteurs, ni les diffuseurs, et ce support a probablement été enregistré en 2006. Le contenu est grossier, l’une des chansons porte le titre « Jude ade » et commence par les mots « Mort aux juifs/cela est bien/qu’il en soit ainsi » . (31)

Indiziert

« Indiziert » est actuellement la formation musicale la plus connue de ce milieu en Suisse et elle s’est déjà produite à plusieurs reprises à l’étranger. Selon sa page internet, le groupe aurait donné cinq concerts en 2008. Il a aussi participé à un concert mémorial dédié au co-fondateur de Blood-and-Honour, Jan Stuart. Le groupe a produit jusqu’ici trois CDs, dont le dernier date de 2007. Ce CD porte le titre « Der letzte Bastion » (le dernier bastion). Il contient des chansons qui font l’apologie de l’extrême droite et insulte ses adversaires politiques. Voici quelques extraits : « Résistance nationale/contre cet état multiculturel et la mafia rouge/ contre les politiciens corrompus et toute la clique communiste/ qui depuis toujours combat les nationalistes, mais leur plan ne prend pas/ les nationalistes sont les combattants de la liberté et nous nous accommodons même de la mort ». Fin 2008, le groupe a annoncé qu’il disposait d’un nouveau local de répétition et qu’il travaillait à la production d’un nouveau CD.
Le groupe rock “Indiziert” se compose des frères Alex et Cedric Rohrbach, de Dominic Lüthard et de Benjamin Lingg. Lüthard s’était porté candidat sur la liste du PNOS pour le parlement cantonal ainsi qu’au législatif de la commune de Roggwil mais n’a pas été élu. Fin 2008, il était président de la section du PNOS à Langenthal, tout en oeuvrant également au comité national du PNOS.

Amok

En automne 2007 le groupe « Amok » a attiré l’attention sur lui suite au lancement de son CD intitulé « Verbotene Wahreit » (Vérité interdite), ou fait entrevoir à l’auteur de ces lignes une mort violente. Dans les textes, il en appelle au meurtre des noirs et nie l’holocauste . (32) Fin mai 2008, la police a perquisitionné chez les membres du groupe, deux bouchers du canton de Zurich, un paysagiste du canton d’Argovie et un étudiant du canton de Schwyz. « Amok » appartient à la mouvance Blood-and-Honour. Outre un concert avec « Indiziert » , (33) le groupe s’est produit début septembre lors d’un grand concert B&H en Belgique et en Hollande. Deux membres du groupe ont été jugés pour leur participation à l’attaque d’une manifestation de la Jeunesse Socialistes à Glaris . (34) Un troisième membre a été jugé début octobre à Vaduz par le tribunal du Lichtenstein pour coups et blessures, résistance aux autorités et dégâts matériels. (Ce jugement n’est pas exécutoire et le procureur a fait recours).

Vargr I Veum

En décembre 2008, le groupe « Vargr I Veum » a fêté le lancement de son premier CD «Sig Ende Fridar » par un concert, devant un public clairsemé . (35) Auparavant, le groupe s’était produit à plusieurs reprises en Allemagne, ou du moins avait été programmé. Les quatre musiciens ne sont pas connus nommément, bien que ce groupe existe depuis au moins deux ans . (36) Les textes des chansons font référence à l’héritage pagano-germaniques, comme c’est souvent le cas dans le contexte de l’extrême droite.

Diffusion de livres et de musique
Jusqu’à ces récentes années, les extrémistes de droite suisses devaient aller se fournir à l’étranger, en particulier en Allemagne, pour acheter des livres et des enregistrements. En 2004, Sacha Kunz, l’ancien président du PNOS avait mis sur pied une structure de distribution. Selon les déclarations faites sur le site Internet, “White Revolution” se voulait un label suisse dont l’objectif était “de participer à la scène musicale suisse du courant nationaliste”.
Un signe d’émergence et de consolidation d’une subculture est l’offre en matière de produits et d’accessoires exprimant un style de vie, qu’il s’agisse de livres (librairie Neue Zeitwende) ou de vêtements. Durant l’été 2007, un extrémiste de droite jusqu’ici inconnu a ouvert une boutique on-line sous le nom de « Blutschutz » qui vend des T-shirts affublés de slogans et propose également l’impression d’affichettes. Sur son site apparaissent régulièrement des informations sur diverses manifestations. Il semble que son rayon d’activité se situe dans la région Argovie/Zurich. Aux initiés, il vend également des habits avec des symboles nationaux-socialistes. Au printemps 2008, la page internet a disparu et n’a pas été réouverte. Peu après, la page de la Frei Nationale Kameradscheft Helvetia Germania FNK, à laquelle l’offre de « Blutschutz » était liée, a également disparu.

Librairie virtuelle Neue Zeitwende

La librairie par correspondance Neue Zeitwende diffuse selon ses propres dires « des livres consacrés à divers thèmes, comme l’histoire, la culture et les mœurs, la politique et d’autres sujets. » En réalité, elle diffuse des livres sur les sociétés secrètes, de la littérature à la gloire des SS ainsi que des publications d’auteurs d’extrême droite comme Jürgen Schwab ou Peter Dehoust. Une bonne partie de l’offre provient de divers éditeurs allemands d’extrême droite, comme par exemple le Hohenrain-Verlag. L’envoi se fait via case postale à Aefligen (près de Kirchberg BE). Créée par Adrian Segessenmann, dès fin août 2008 la page internet de Neue Zeitwende désigne les « principaux responsables»: Segessenmann comme « propriétaire » et Michael Vonäsch comme « collaborateur », lequel est également président de la section locale du PNOS de Willisau.

Organisations politiques

Ces dernières années, les extrémistes de droite ont aussi tenté de constituer des partis politiques dans le but de participer aux élections. La plupart de ces projets on généralement fait long feu, à l’instar du Parti national suisse (PNS) de David Mulas. Le parti nationaliste suisse (PNOS) constitue la seule exception et s’est doté entre temps de structures solides. A Bâle, Eric Weber s’est présenté comme unique candidat de son “Action populaire contre trop d’étrangers et de demandeurs d’asiles dans notre patrie”. En 2008, il a fait grâce de sa candidature aux électeurs bâlois, mais a néanmoins fait esclandre par deux fois sur la scène locale. En mars 2008, le tribunal pénal de Bâle l’a jugé pour menaces, corruption et fraude électorale . (37) Lors des élections pour le conseil de la ville de Bâle, il a déposé une plainte mal fondée pour fraude électorale . (38) Weber a une longue carrière dans les milieux d’extrême droite. En 1986, il a été élu sur la liste de l’Action nationale au parlement cantonal, d’où il fut bientôt évincé en raison de ses comportements scandaleux. Après son retrait politique, il a déménagé pour plusieurs années en Allemagne, où il a cherché à travailler comme journaliste. Au début des années 90, il avait déjà été jugé pour irrégularités lors des élections . (39) En 2003, il a participé aux élections nationales, en 2004 aux élections du Grand-conseil de Bâle-ville, toujours sur la liste des Démocrates Suisses (DS).

Le parti nationaliste suisse (PNOS)

Ce dont nous avons besoin, ce ne sont « pas de réformes tiédasses, mais une authentique révolution », déclare le PNOS de l’Oberland bernois au début de l’année 2009. Il s’agit de tuer « les vaches sacrées du capitalisme », à savoir « la privatisation globalisée, le rationalisme et l’internationalisme ». Le porte-parole du PNOS se tait sur les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. Cet appel présente par ailleurs une continuité dans le discours de ce parti de l’extrême droite, à savoir la dénonciation des inégalités sociales.

Le parti se réclame d’un « socialisme confédéral ». Il souligne les inégalités sociales présentes en Suisse, critique le capitalisme, tout en offrant des réponses tantôt nationalistes tantôt racistes à ces questions. Dans le programme du parti l’on trouve des emprunts aux discours des mouvements d’extrême droite des années 1920 et 1930, où aux idées racistes de la nouvelle droite des années 1970 . (40) Ainsi, le parti préconise l’interdiction « des loges et des alliances secrètes », l’installation d’un « Staatsoberhaupt » (chef de l’Etat), dont la position vis-à-vis du Conseil fédéral et du parlement devrait être renforcée. Le gouvernement devrait être élu directement par le peuple pour une durée indéfinie. Le PNOS voit la Suisse comme une « entité culturelle et ethnique » et exige une politique des étrangers « tenant compte de principe ethno-pluralistes ». Cela signifie entre autres que les étrangers, originaires de cultures non-européennes ne peuvent qu’exceptionnellement obtenir la citoyenneté (et donc les droits politiques). Le PNOS exige en outre l’abolition de la norme pénale sur la discrimination raciale, critique les droits de l’homme dans leur prétention « universaliste » comme étant une « notion contraire à la nature humaine, parce qu’elle veut nier l’existence de peuples et des cultures » . (41)

Fin 2008, le comité directeur du parti était composé de cinq personnes dont : Denise Friedrich, André Jauch, Jonathan Leiggener, Dominic Lüthard et Markus Martig. Roland Renggli est sorti du comité fin 2008. Le membres les plus influents du parti, hors comité, étaient en 2008 Michael Haldimann, de l’Oberland bernois, Mario Friso et Jordi de Kroon, Thimotheus Winzenried de Langenthal, Raphael Würgler et Tobias Hirschi, Cédric Rohrbach de Burgdorf, Michael Vonäsch de Willisau et Dani Wüthrich ainsi que David Schnurrenberger de Küssnacht am Rigi. Le parti comprend des sections dans l’Oberland bernois, l’Emmenthal, à Langenthal, Willisau et Küssnacht am Rigi. Début janvier 2009, la page internet du PNOS annonce la création d’une « section bâloise » inconnue jusqu’ici et joignable via une case postale à Tenniken. L’activité des sections d’Argovie et de Fribourg n’était pas perceptible en 2008.

Le PNOS a déployé diverses activités en 2008. Sur sa page internet, le parti a pris position à diverses occasion et a produit chaque mois une édition du bulletin du parti « Zeitgeist ». Début mars, quelques douzaines d’extrémistes de droite ont défilé par surprise dans la ville de Schwyz pour protester contre les « naturalisations en masse », s’opposant en cela à l’interdiction de manifester du PNOS . (42) Le 1er mai, le PNOS a défilé par surprise à Fribourg. Comme les années précédentes, il a participé aux manifestations de la journée du travail . (43) La fête du PNOS avait été annoncée sur le Grütli, mais la Commission du Grütli l’a repoussée comme étant contraire à son règlement interne. En revanche, elle n’a pas réussi à faire respecter cette mesure. Les négationnistes (de l’holocauste) Bernard Schaub (44) et Pierre Krebs ont participé à des manifestations du PNOS. Ce dernier est l’un des fondateurs des séminaires de Thule à Kassel, qui aspire à un nouvel ordre des peuples européens, avec une valorisation particulière de l’héritage biologico-culturel et de la religion païenne . (45) Lors de l’assemblée générale du parti à Sempach, l’antisémite autrichien Richard Melisch a expliqué que le but de l’internationalisme est l’éviction des peuples et la création d’un mélange de races . (46) Fin octobre, le parti a défendu son seul siège au législatif de la ville de Langenthal. Thimotheus Winzenried , (47) 21 ans, a été élu à la place de Tobias Hirschi qui s’est retiré. L’action de Hirschi au législatif était restée vaine, mais le maintien du siège s’explique par la subculture d’extrême droite présente dans la région et la faible participation aux élections. Les partis en présence n’ont fait que peu d’efforts pour lutter contre l’abstentionnisme.
Fin janvier 2009, cinq membres du comité national, Adrian Spring, Michael Haldimann, dominic Bannholzer, Denise Friedrich et André Jauch ont comparu devant le tribunal de district d’Aarau pour infraction contre la norme pénale sur la discrimination raciale en raison de la diffusion de leur programme de parti en vingt points. Le point 4 stipule : «Un Etat sain défend les droits de sa population et non, comme aujourd’hui, les intérêts de groupes marginaux ou d’intrus étrangers. Nous en sommes arrivés là en raison de la fausse croyance que chaque personne devrait bénéficier des mêmes droits dans tous les pays du monde ». Dans le point 7, le PNOS réclame le « renvoi des personnes étrangères à notre culture ». En été 2005, le tribunal de district d’Aarau a condamné les cinq membres du comité, qualifiant ce programme de «diffamation collective des étrangers». Le PNOS avait alors modifié son programme.

Le PNOS a été fondé en septembre 2000. Parmi ses fondateurs, l’on trouve des Skinheads du mouvement Blood and Honour. Le premier président était Sacha Kunz. Il a été remplacé en 2003 par Jonas Gysin qui a démissionné en août 2005.

Helvetische Jugend

En automne 2008, la page internet de la Helvetische Jugend a disparu brusquement du net pour des raisons inconnues. Fin juin, les membres de la Helvetische Jugend – reconnaissables à l’emblème figurant sur leur T-shirt avec le slogan « Wiederstand lässt sich nicht verbieten » (la résistance ne se laisse pas interdire) – participaient pourtant à la fête de lutte de Sempach. Sinon, il ne semble pas y avoir eu d’activité. Jusqu’à la disparition de la page, il n’y a eu que quelques entrées, par exemple sur « la bataille de Ragaz » ou « la guerre du Sonderbund » ou encore un appel au soutien de l’initiative de l’UDC contre la naturalisation des étrangers : « Il ne doit pas arriver qu’un jour les Suisses se trouvent étrangers dans leur propre pays. Pourtant c’est ce qui va se passer si nous continuons ainsi avec les naturalisations en masse, et la Suisse sera bientôt gouvernée par des étrangers. » Il y a encore eu un commentaire sur le « Soleil noir », qui est un symbole divin dans le panthéon des dieux aryens et qui « aujourd’hui représente le lien que nous entretenons avec un système de valeurs qui nous est propre ». C’est également un symbole « contre les forces dominantes et destructrices de Mammon et de la décadence en progression ».
La Helvetische Jugend a été créée début juillet 2004 dans la région d’Oberaargau (Langenthal et région) dans le canton de Berne. Parmi ses buts figurent sur sa page internet “la fin du multiculturalisme”, grâce entre autre à “l’expulsion d’étrangers dangereux et la limitation du nombre d’étrangers” sur le territoire suisse. Plus loin il est question de “l’internement pour les demandeurs d’asile” et d’une “meilleure éducation plus neutre dans les écoles suisses » (où il faudrait cesser toute propagande en faveur de Lénine et de Staline et séparer les élèves parlant allemand de ceux qui ne le parlent pas. Enfin, il faudrait mettre un terme à la « désinformation gauchiste et à la terreur des médias, car il faut plus de journalistes neutres ».

Waldstätterbund

Début mai, une quarantaine de personne pour l’essentiel de jeunes hommes, ont créé le Waldstätterbund WB . (48) Selon le procès-verbal, il y a d’abord eu « un discours de bienvenue des représentants d’Uri, Schwyz et Unterwalden », suivi par « le renouvellement symbolique du pacte initial par l’allumage du feu. Le programme du WB, contient d’une part des éléments convenus du patriotisme confédéral, d’autre part des éléments tirés de l’idéologie raciste de la nouvelle droite. Le WB se plaint de « l’esprit malfaisant des médias » et du trop grand nombre d’étrangers. Il veut – tout comme le PNOS – une « économie sociale locale », à savoir l’isolement de la Suisse. Le Waldstätterbund critique l’utopie multiculturelle et l’immigration de masse, qui conduit à la « destruction irrévocable de la diversité des peuples et des cultures ».
Le WB est constitué de la Kameradschaft d’Uri, active de longue date, ainsi que de la Kameradschaft de Schwyz constituée en octobre 2008. Des membres du Waldstätterbund ont défilé lors de la marche des extrémistes de droite durant la fête de lutte de Sempach et le 1er août, un petit groupe d’une quinzaine de personnes a tenté de participer à la célébration du Grüli. La plupart se sont fait arrêter par la police. Sur sa page d’accueil, le WB décrit la fête officielle du Grütli comme le « théâtre de la propagande multiculturelle ». Et plus loin : « Les nouveaux ‘baillis’ ont amené des étrangers au Grüttli, accompagné des roulements de tambours de la lointaine Afrique». Mi-novembre, le WB a fait partie des co-organisateurs de la fête de commémoration de la bataille de Morgarten. La section du PNOS de Küssnacht a salué la création de la Kameradschaft de Schwyz ainsi que le mémorial de Morgarten.

Nationaler Beobachter Oberland/Nationale Sozialisten Berner Oberland

En 2008, l’Oberland bernois a été l’épicentre des activités de l’extrême-droite au même titre que la région de Oberaargau, d’Emmental et de Sempach LU. C’est de là que proviennent les représentants les plus actifs (comme Mario Friso, Michael Haldiman). C’est dans cette région qu’est active la section du PNOS de l’Oberland bernois, qui avait jusqu’à l’été 2008 une activité de diffusion de CDs. C’est dans cette même région qu’ont eu lieu diverses manifestations, tantôt conférence , (49) tantôt concert . (50) Depuis l’été 2008, le « Nationaler Beobarchter Berner Oberland » est apparu sur internet, réalisé par le groupe des « nationaux socialistes de l’Oberland bernois ». Son but est la « libération des gens de ce système d’exploitation capitaliste ». Ils voient leur activité « politico-culturelle » comme une évidence pour maintenir l’indépendance d’une région chère à leur cœur et qui est habitée, animée et gouvernée par son peuple. « Nous nous reconnaissons comme nationaux socialistes, mais ne craignons aucunement le contact avec le public. Celui qui ne veut pas débattre avec nous, nous l’obligeons justement à débattre. »

Sur la page d’accueil du Nationaler Beobachter Oberland figure également l’offre de vente par correspondance « Holy War Rec ». C’est le nom de Mario Friso qui apparaît ici comme « interlocuteur », joignable via une case postale à Spiez. Le distributeur affirme que « Tous les articles offerts sont « juridiquement admis et vérifiés par la police vis-à-vis de leur compatibilité avec la norme pénale art. 261bis ». On peut cependant se permettre de douter de cette affirmation. Le CD « In Tyrannos – Die Maske fällt » (Le masque tombe), contient une chanson relative au « protocole des sages de Sion », le texte antisémite le plus répandu.

Kampfbund Nationaler Aktivistinnen

L’organisatrice du Kampfbund Nationaler Aktivistinnen (KNA) se plaint du fait que dans la mouvance nationaliste, les femmes ont toujours occupé un rôle subalterne et sont traitées « comme des êtres inférieurs par les hommes ». En réalité, les leaders du PNOS ont plutôt vu d’un mauvais œil la création de ce groupement de femmes : « Je pense qu’il est fondamentalement encore trop tôt pour intégrer les femmes de cette façon. Elles ne sont certainement pas nombreuses, alors toute une histoire pour une dizaine de poulettes? Nous avons des choses plus importantes à faire, du moins c’est mon avis » . (51) Le discours du KNA n’échappe pas à une certaine contradiction. D’une part, il souhaite des femmes indépendantes qui participent à la « lutte nationale contre l’asservissement des peuples par le capitalisme », mais qui continuent, selon une vision traditionnelle, à occuper leur rôle de femmes et de mères. Une famille intacte est pour le KNA « le plus grand des bonheurs ». Et d’une manière générale, « les femmes sont supérieures aux hommes dans le domaine de l’empathie, de la compréhension, de la communication et de la responsabilité, l’ordre et l’endurance ». Le KNA déclare que le féminisme est « l’ennemi des femmes », et « de loin dépassé ». « Nous devons encourager une nouvelle féminité émancipée et arrêter l’extinction de la race. »

Le KNA a été créé en juillet 2007 . (52) L’unique porte-parole de ce groupe a été pour l’instant Denise Friedrich, membre du comité directeur du PNOS. Début 2008, le KNA a déclaré qu’il voulait « élargir le cercle des activistes, pour atteindre si possible un large public. ». Le KNA prend modèle sur d’autres organisations en Allemagne comme la Gemeinschaft Deutscher Frauen, le Ring Nationaler Frauen ou le Mädchenbund Thüringen.

Heimatbewegung

En 2008, il n’y a eu que deux nouvelles contributions sur le site de la Heimatbewegung. D’une part un rapport sur l’attaque d’une personne qui distribuait des tracts à Cologne, d’autre part un appel en faveur de Jürg Haider. Comme d’autres groupuscules de droite, la Heimatbewegung alimente les théories du complot. La mort accidentelle de Jürg Haider ressemblerait de façon troublante à celle du politicien parti libéral allemand FDP Jürgen Möllemann. « Tous deux tenaient compte de la voix populaire et ont ainsi été qualifiés de populistes. Tous deux ont critiqué le Moloch des organisations internationales et se sont positionnés du côté arabe dans le conflit du Moyen-Orient. A qui profite la mort d’un politicien extrêmement apprécié ? Est-ce que les services secrets étrangers seraient là-derrière?» Par ailleurs, la Heimatbewegung, fondée en 2004 ou 2005 – joignable via une boîte postale à Dübendorf – ne s’est pas manifestée publiquement. Le nombre d’adhérents est inconnu, et l’on ignore tout de ses activités internes.
La “Heimatbewegung” vise la dissolution de la Suisse quadrilingue, car elle défend en priorité les intérêts et la survie de la “population alémanique”, à savoir “pour un Etat populaire représentant les limites actuelles de la Suisse alémanique”. Sinon, les points principaux du programme sont – comme c’est généralement le cas pour les groupements d’extrême droite – le soutien à la Suisse rurale, le rétablissement de la peine de mort, l’abolition du droit d’asile, le frein total à l’immigration, l’interdiction de toute forme d’intégration des étrangers ainsi que l’arrêt complet des procédures de naturalisation.

 

Identitaires de Romandie et Jeunesses Identitaires Genève

Dans les pays d’Europe francophone une nouvelle mouvance s’est développée au sein du camp d’extrême droite qui se nomme les “Identitaires” et en appelle à une “identité européenne et blanche” tout en se positionnant contre l’immigration en provenance des autres continents. En France, un groupuscule « Les Identitaires » s’est formé et s’est fait remarquer par des actions spectaculaires. En Suisse, il existe deux groupements différents, d’un côté les Identitaires de Romandie, de l’autre les Jeunesses Identitaires de Genève. On ne sait pas combien de membres comptent ces deux organisations, ni quels sont ses leaders. Chacun de ces groupes bénéficie d’une présence sur internet, bien que celle-ci des Identitaires de Romandie ait été rarement actualisée en 2008.

 

Jeunesses Identitaires Genève

Les Jeunesses Identitaires Genève ont conduit diverses actions en 2008. Ils ont collé des affiches contre les étrangers dans le quartier des Pâquis et dérangé une manifestation silencieuse en faveur des sans-papiers à Lausanne , (53) imitant en cela leurs congénères français. Ils ont produit un pamphlet « Contre les minarets ? Stoppez l’immigration ». Les membres des Jeunesses Identitaires de Genève ont participé à un camp d’été de groupes identitaires en France. Ils y auraient pratiqué la boxe. Une formation de ce type serait « indispensable » car «parfois l’identité ne se défend pas uniquement avec des mots ».

Sur leur page internet, les Jeunesses Identitaires de Genève diffusent également des textes en relation avec la défense spirituelle de la Suisse, comme les textes de Gonzague de Reynold, d’une part promoteur de la défense spirituelle de la Suisse et admirateur des dictatures de droite. Le jeune genevois Jean-David Cattin est le seul activiste à signer nommément ses textes.

 

Activités politico-culturelles

Divers activistes et organisations se réclament d’une idéologie d’extrême droite mais ne participent pas forcément à la politique institutionnelle et ne se présentent pas aux élections. Ils s’occupent de promouvoir leur idéologie par un travail de formation et de réseautage. On peut citer ainsi le cercle Avalon ou Gaston-Armand Amaudruz avec son journal le “Courrier du Continent”, mais aussi le couple vaudois Paschoud avec son journal “Le Pamphlet”.

Le Cercle Avalon

Début novembre, le Cercle Avalon a organisé un « Forum national » sur le thème du « Système politique ». Parmi les intervenants figurait l’antisémite autrichien Richard Melisch. Les membres de la société Avalon se rencontrent régulièrement autour d’un stamm. Adrian Segessenmann déclare : « Le Cercle Avalon a été créé dans le but de débattre de thèmes historiques et d’actualité, mais également pour entretenir les coutumes et la culture. Il s’agit principalement des fêtes traditionnelles comme la fête Ostara (équinoxe de printemps), le solstice d’été, la fête des récoltes et le solstice d’hiver. Entre ces manifestations sont organisés des séminaires, des conférences, des excursions et des visites de Musées» . (54)

Le « primus » de la société Avalon, Adrian Segessenmann, né en 1979, est un activiste de longue date dans les milieux d’extrême droite. En 1995, à l’âge de seize ans, il avait déjà participé avec un groupe de Skinheads, à une agression lors d’un « Festival pour la compréhension entre les peuples » à Hochdorf. Au printemps 1999, il avait organisé avec Roger Wüthrich une conférence sur les Waffen-SS, qui avait amené le Tribunal fédéral à redéfinir le « caractère public de l’acte » relatif à la norme pénale sur la discrimination raciale : est public tout ce qui ne se déroule pas dans un cadre privé. Mi-septembre 2008, il s’est exprimé lors de la « Fête des peuples » à Altenburg/Allemagne. Il est l’un des rares extrémistes de droite en Suisse à être reconnu à l’étranger.

Le Cercle Avalon a été créé en 1990 par Roger Wüthrich, précédemment dirigeant de la “Jeunesse Viking suisse” et par Andreas Gossweiler, actif à l’époque dans divers mouvements d’extrême droite. (55) A ces rencontres participent, à côté de représentants connus, comme l’islamiste Ahmed Huber et Roger Wüthrich, d’anciens fascistes ainsi que de jeunes skinheads pro-nazis. Mi-mai 2008, Ahmed Huber est décédé, et ses « camarades » lui ont rendu un hommage posthume . (56)

Freier Bote

Dans le sillage du PNOS est née une publication « Freier Bote », dont 3 numéros minimum sont parus sur papier (57) et sur internet. Elle est « gratuite (mais pas sans frais) » et sans publicité. Son financement est rendu possible par un « large cercle de personnalités » qui contribuent financièrement et dont on ne sait rien. Selon son collectif d’auteurs, le « Freie Bote » doit « offrir aux auteurs suisses une plate-forme qui, dans cette période de concentration des médias (les principaux quotidiens de Suisse appartiennent à une poignée de moghols), de superficialité et de politiquement correct, n’est plus disponible. Les auteurs se cachent derrière des noms d’emprunt comme « Kaspar Hauser », « Konrad Bircher » ou « Ann Wüthrich ». Comme le PNOS, ils associent la critique du capitalisme et de la globalisation à une idéologie de la nouvelle droite. Dans le premier numéro, consacré à la globalisation, un prénommé « Peter Herrlich » écrit que « le mouvement nationaliste a des arguments contre la globalisation : le grand mal du capitalisme est l’intérêt et les intérêts des intérêts ». « Contrairement à la gauche, elle (la mouvance nationaliste) ne lutte pas seulement contre la globalisation économique, mais également contre la globalisation de la société. Ils sont persuadés que le mélange sans discernement des différents peuples conduit à la catastrophe sociale » . (58) Le second numéro traite de la liberté d’expression et vise la norme pénale sur la discrimination raciale. Parmi les auteurs figure Jürgen Graf, un « dissident suisse » et un « réfugié politique » (59) selon « Freier Bote ». Dans son texte, Graf déclare qu’après l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution fédérale de 1999, tous les jugements basés sur la norme pénale auraient « immédiatement dû être annulés » . (60) Dans le troisième numéro, le « Freier Bote » réagit à la coupe européenne du football de 2008. En évoquant la question de l’identité, il pose la question de savoir « jusqu’où les Suisses se sentent liés à des joueurs comme Djouru, Derdijok et Yakin . (61) Et « Kaspar Hauser » de conclure que lors d’une rencontre France-Angleterre, il y avait « de nouveau plus de nègres que de blancs sur le terrain de jeu » . (62)

« Notizen » de Max Wahl

Il semblait avoir disparu de la scène. Pourtant certains indices laissaient entendre que Max Wahl commentait encore occasionnellement des événements politiques. Mais l’ancien éditeur du « Eidgenoss » continue à être actif régulièrement : tous les deux mois, il envoie ses « notices » à un cercle d’anciens abonnés de l’ « Eidgenoss » et à leurs amis. Les coûts sont couverts « par la vente de livres et des dons » écrit-il dans le numéro 77 paru mi-novembre 2008. La visibilité de ses articles est due à la publication de la quasi intégralité des numéros publiés depuis 2006 sur le site de l’antisémite et amateur de théories de la conspiration Bernhard Paul Becker de Jena. Il n’est pas clair si Becker l’a fait d’entente avec Max Wahl.

Max Wahl , (63) né en 1923, fondateur en 1975 de la Eidgenössich-Demokratischen Union EDU, avait cessé officiellement de publier son cahier « Der Eidgenoss » fin 1994, lors de l’entrée en vigueur de la norme pénale sur la discrimination raciale. Il continue cependant à s’adresser aux antisémites, aux ennemis de la franc-maçonnerie et aux amateurs de conspirations, comme par exemple ces excentriques qui rêvent des disques volants allemands, qui auraient soi-disant été sauvés par des nazis convaincus dans les derniers jours de la deuxième guerre mondiale et qui désormais attendent sous la terre dans un lieu appelé « Neuschwabenland » la renaissance d’un Reich nazi . (64)

Les notices publiées documentent, outre l’antisémitisme et le racisme avéré de Max Wahl, son orientation national-socialiste. Il parle d’ « holocauste et d’industrie de mélange des races », de la « destruction des peuples traditionnels d’Europe », et de la norme pénale comme d’une « muselière juridique pour les Confédérés » . (65) Il prétend qu’une « déclaration de guerre juive , (66) avait précédée la guerre mondiale la plus grande jusque à nos jours et que la République fédérale d’Allemagne est un pays « occupé par les alliés » . (67) Difficile de juger du nombre de récipiendaires de ces nouvelles. Parfois Wahl laisse également d’autres personnes s’exprimer, comme Woldemar Gerber qui envoie régulièrement des lettres de lecteur (avec adresse et téléphone) et qu’il qualifie de « Gesinnungsfreund » . (68)

Wahl propose également un livre d’Edgar Zaugg, pas encore connu au grand public jusqu’ici. Zaugg était en 1984/85 le porte-parole de la section bernoise de l’Action nationale (AN) et y défendait des positions grossièrement antisémites . (69) Le Tribunal fédéral s’est appuyé entre autres sur ses déclarations pour confirmer en 1987 que « les assertions des politiciens de l’Action nationale et les publications dans l’organe du parti présentent des similitudes choquantes avec la vulgate national-socialiste » . (70) Le livre de Zaugg , (71) « l’ancien combattant contre les étrangers en Suisse », selon Wahl, cherchait à « régler leur compte aux églises ». Parmi les « tireurs de ficelles » figuraient également « les juifs, les Israélites et les sionistes » . (72) En réalité, Zaugg qui vit aujourd’hui en Argentine, véhicule dans ses écrits un mélange grossier d’antisémitisme, d’antichristianisme et de critique de l’Islam associés à une idéologie d’extrême droite. L’époque du national-socialisme aurait été « une tentative de retrouver sa culture propre » . (73) Et plus loin : « Le national socialisme en Allemagne était une religion, une croyance en la beauté. La beauté de la nature, la beauté de la race, la beauté et la conscience de vivre dans l’honneur, l’aisance, la communauté, l’amour du travail et l’amour de la patrie ». Les passages antisémites sont toutefois nombreux. Zaugg se réfère également au « Protocole des sages de Sion » . (74) Le livre de Zaugg est la contribution à l’antisémitisme la plus crue et la plus complète émanant de Suisse ces dernières années. Au sujet des musulmans, Zaugg écrit : « Comme il s’agit dans l’islam comme dans le judaïsme d’une religion agressive, assassine et opposée à l’état, les deux devraient être interdites. La meilleure défense est de cesser d’accepter en Europe les travailleurs, les réfugiés et les émigrants de ces pays,… » . (75)

Courrier du Continent – Gaston Armand Amaudruz

En mai 2008, Gaston Armand Amaudruz, aujourd’hui âgé de 87 ans, a publié le 500ème édition de son petit journal polycopié, le “Courrier du Continent”. Le contenu est identique depuis des années. Dans la partie “bloc-notes”, Amaudruz tire des citations des journaux qu’il assortit de commentaires sardoniques. Mais dans cette rubrique, il donne également des informations (y compris adresses) de nouvelles publications de l’extrême droite et de ce fait contribue à la mise en réseau de ce milieu. Puis viennent des rubriques habituelles sur la “criminalité” ou sur la “Lois-baillon” (c’est ainsi qu’Amaudruz désigne la norme pénale suisse sur la discrimination raciale). La dernière page est occupée par l’article principal, dans lequel il propage ses vues racistes, antisémites et ses idées négationnistes. Ce type de commentaires a valu à Gaston Armand Amaudruz deux séjours de trois mois en détention voici quelques années. Le « Courrier du Continent » publie encore des textes d’auteurs comme l’avocat italien Edoardo Long ou Yann Woltering. Philippe Brennenstuhl y a publié son discours du Grütli . (76) Plus loin, Amaudruz publie une prise de position de la Fondation mondiale pour l’examen de l’Holocauste, signée par Mohammed Ali Ramin . (77) Cette fondation, présidée par Bernhard Schaub, a été créée en décembre 2006, suite à la conférence sur la négation de l’holocauste qui s’est tenue à Téhéran.
Sinon, rien de bien nouveau chez Amaudruz. Il se fait le défenseur d’un racisme fondé sur la biologie : « Les blancs doivent reprendre conscience de leur race, de leur destin et vivre dans leur propre espace vital » . (78) Quelques mois plus tard, il a émis le désir que la Constitution prévoie que « ne peuvent être citoyens que des ressortissants de race blanche » . (79) Parfois il soutient également les partis conservateurs : en 1989 c’était le politicien UDC Christoph Blocher (« Enfin un représentant du système qui ouvre les yeux ») , (80) en 2008 c’est le journal la Weltwoche : «La Weltwoche étant un périodique du système, on notera avec intérêt qu’elle désobéit à la pensée unique. Le front de la répression se lézarde… » . (81)

Malgré la norme pénale sur la discrimination raciale, Amaudruz continue à diffuser ses vieux livres via des adresses en France. Les lois suisses interdiraient selon lui la vente de sa critique du procès de Nuremberg . (82) Il propose également ses propres thèses racistes . (83) Sa critique du procès de Nuremberg paraît même dans une seconde édition, avec la justification que le monde est dans la situation d’avant-guerre de 1929 et que l’éditeur aurait trouvé que cette critique des vainqueurs de 1945 avait une résonance particulière . (84)

Le “Courrier du Continent” est paru pour la première fois en 1946 et est rédigé et publié depuis une cinquantaine d’années par le fasciste lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Pendant des décennies, ce cahier était l’organe officiel de NOE, une petite organisation raciste dont Amaudruz était l’un des principaux animateurs. Le Pamphlet continue à être publié aujourd’hui à quelques centaines d’exemplaires.

Recht+Freiheit-Ernst Indelkofer

Peu avant la fin 2008, Ernst Indlekofer a pu fêter l’une de ses rares réussites de sa carrière: il a été cité dans le bulletin d’information sur les votations en relation avec l’extension de la libre circulation des personnes à la Bulgarie et à la Roumanie , (85) contre laquelle il avait récolté environ 1500 signatures référendaires. En revanche fin septembre, la décision de la cour d’appel du canton de Bâle-ville lui aura fait moins plaisir. Cette dernière a décidé que les chefs d’accusation de son procès pour infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale n’étaient pas prescrits. La procédure avait été ouverte en 1998, mais n’avait aboutit qu’en 2006 à un non-lieu en première instance, d’une part en raison de la prescription, d’autre part parce que les autorités avaient enfreint le principe de la célérité. A l’heure actuelle, les quelques points de l’accusation qui ne sont pas encore prescrits, devraient probablement l’être sous peu.

Officiellement, Recht+Freiheit est publié par un certain Presseclub Schweiz, mais de facto c’est bien le bâlois Ernst Indlekofer, (86) désormais âgé de presque septante ans, qui est principalement responsable de ce cahier d’une dizaine de pages par édition. En 2008, il a publié six éditions dont trois doubles numéros et un numéro triple. Dans trois de ses parutions, il prétend avoir tiré à 16’000 exemplaires. Parmi les contributeurs suisses à ces différentes éditions 2008 figurent en premier lieu Max Morf, assidu dans ses lettres de lecteur, ainsi que Richard Melisch et Doris Auerbach. Cette année encore, l’éditeur à convoqué les membres de son association à une « assemblée générale » le 21 juin (87) et comme précédemment les membres devaient au préalable demander leur « carte d’entrée personnelle » . (88) L’assemblée générale n’était donc pas publique.

Le contenu du bulletin de Indlekofer ne s’est pas beaucoup modifié. Il s’en prend à la norme pénale contre la discrimination raciale, sympathise avec les négationnistes et ceux qui se réclament du national-socialisme. Il écrit : « Dans aucun cas quoi que ce soit de positif ne doit être dit sur le national socialisme, car si l’Allemagne n’avait pas perdu la guerre, il n’y aurait pas d’Union Européenne, pas de globalisation et pas de diminution de population des européens de race blanche » . (89) Il s’empare également des thèmes du camp nationaliste et conservateur, comme l’initiative «Souveraineté du peuple sans propagande gouvernementale», la méfiance vis-à-vis du rapprochement avec l’UE, ou le débat sur la naturalisation des étrangers. Recht+Freiheit est présent sur internet, y compris tous les textes pour lesquels Indlekofer a été condamné à une peine de prison avec sursis pour négation de l’holocauste.

Le pamphlet – Mariette et Claude Paschoud

Mariette Paschoud a tenu la promesse faite en 2007. Elle annonçait en effet dans sa revue Le Pamphlet, qu’elle publie en collaboration avec son époux Claude, qu’étant donné qu’elle était désormais à la retraite, elle ne risquait plus de perdre son emploi. Elle allait donc régulièrement relayer les informations sur le thème du « révisionnisme » . (90) Dans sa rubrique « Les nouvelles aventures de … », elle sympathise avec des négationnistes, par exemple en leur souhaitant un « bon ange gardien ». Elle transmet également les adresses en prison de plusieurs négationnistes ayant fait l’objet de condamnations, en ajoutant qu’on peut leur adresser un mot de sympathie ou peut-être quelques euros . (91) Sinon, le couple Paschoud s’en prend à tout ceux qui dans le canton de Vaud ne partagent pas sa manière de voir, en particulier les verts et la gauche ainsi que les antiracistes. Les textes contre l’islam ont plutôt régressé en 2008.
Un détail encore : alors que les membres des Démocrates suisses avaient abandonné leurs efforts contre la norme pénale sur la discrimination raciale, le Pamphlet continuait à encourager la récolte de signatures. « Si l’initiative échoue, les politiciens et les médias se réjouiront haut et fort de la sagesse des citoyens suisses, si attachés à notre 261bis (92) au nom de la tolérance et du respect de l’autre ». Plusieurs mois auparavant, le périodique en avait déjà appelé à la lutte contre le « funeste » article du code pénal : « En fait, il s’agissait de fournir aux milieux crypto-racistes, dont la LICRA et SOS-Racisme sont les plus beaux fleurons, un instrument leur permettant de persécuter les révisionnistes au nom des intérêts supérieurs de certaine communauté et de certain état » . (93)

Parmi les correspondants du Pamphlet l’on trouve Michel de Preux, Max l’Impertinent, Pollux, un ancien membre du législatif de la ville de Genève membre de l’Action nationale. La revue prend également congé de Giuseppe Patanè . (94) Ce genevois, né en 1922 et mort en juin 2008, publiait également dans le « Courrier du Continent » de Gaston Armand Amaudruz.

En revanche la page web du Pamphlet a cessé d’être alimentée depuis juin 2008 pour des motifs inconnus. Fondé par Claude Paschoud, le Pamphlet paraît depuis 1970. Le feuillet a connu par moments une diffusion plus importante (2’000 exemplaires). C’était en 1986, à l’époque où Mariette Paschoud, enseignante dans le secondaire, était apparue aux côtés du négationniste Henri Roques à une conférence de presse à Paris et avait émis des « doutes sur l’existence des chambres à gaz dans les camps de concentration. ». Un procès en diffamation entrepris plus tard par Mariette Paschoud contre le rédacteur du « Bieler Tagblatt » qui l’avait affublée du sobriquet « braune Mariette » (Mariette brune) a fini par se retourner contre la négationniste. Le conseil fédéral a estimé dans un jugement qui fait encore référence aujourd’hui que: « La revendication d’une preuve sur l’existence des chambres à gaz est tellement absurde, au vu de la masse de preuves disponibles, que, même si d’autres motifs sont théoriquement envisageables, la sympathie pour le régime national-socialiste s’impose de façon évidente et suffit comme preuve de vérité. Surtout si l’on tient compte dans la conclusion d’éléments telles que des actions et propos tenus, ainsi que d’intentions et de motivations, qui ne représentent néanmoins pas une preuve scientifique ». (95)

 

Portails d’information

Altermedia Schweiz : Freie Stimme

Peu avant Noël 2008, la « Freie Stimme » a repris son activité, logée sur le site d’information « Altermedia », qui diffuse des « informations internationales pour les personnes de race européenne » (« World Wide News For People of Europaen Descent). Mi-avril 2007, « Freie Stimme » avaient mis un terme à son activité, après que son responsable ait été jugé pour infraction contre la norme pénale sur la discrimination raciale . (96) Freie Stimme avait publié en mai 2005 un rapport sur l’inauguration mémorial de l’holocauste de Berlin. L’auteur y posait entre autre la question de savoir « ce qu’il adviendra de ces 2711 stèles de béton, lorsqu’un autre vent soufflera de nouveau à Berlin et dans le reste de l’Europe. Et comme la liberté d’opinion existe encore en 2005, la rédaction formule sans engagement la proposition suivante : que ceux qui étaient responsables de ce monument le réduisent en poussière à l’aide de marteaux pour qu’il n’en reste rien. La poussière du passé de la plus grande défaite de l’Allemagne et de l’Europe. »

Fin 2008, quatre articles sont parus à nouveau. Difficile à évaluer d’autant plus que l’on ne sait pas qui est responsable de ce nouveau projet. Sur la page francophone du site d’Altermedia Schweiz peu de choses ont été publiées. La dernière entrée date de mi-juin.

Altermedia Suisse/Novopress.info Suisse

Tout comme le portail d’information gauchiste Indymedia et le portail d’inspiration raciste Altermedia, Novopresse veut offrir une information indépendante des grands médias officiels. Il veut combattre la pensée unique et l’information unique, deux notions développées par la nouvelle droite. Des informations plus précises sur les objectifs de Novopress font encore défaut. Le portail suisse a publié en 2008 un grand nombre d’articles, souvent publiés dans les médias de Suisse romande, et souvent aussi des communiqués de l’UDC. Les textes publiés se rapportent souvent aux thèmes de prédilection des milieux nationalistes et conservateurs : les étrangers, la criminalité et le dénigrement des adversaires politiques. Les contributions à titre personnel sont rares et l’on ne sait pas qui est derrière ce portail d’information.

Négation de l’Holocauste

Les négationnistes nient trois faits historiques patents: premièrement qu’un plan destiné à éliminer les juifs d’Europe ait été élaboré, deuxièmement que des chambres à gaz aient été construites pour éliminer les victimes et, troisièmement, que la persécution des juifs par les nazis se soit soldée par la mort de plusieurs millions de victimes. Les négationnistes se trouvent en crise depuis des années, mais néanmoins ils ont répandus leurs vues dans l’ensemble de la mouvance d’extrême droite.

En Suisse, les négationnistes ont été quasiment inactifs en 2008. Jürgen Graf et Andres Studer se sont soustraits aux poursuites judiciaires en se réfugiant à l’étranger, Bernard Schaub est resté plutôt inactif en Suisse. Le « Comité de soutien à Vincent Reynouard » est atteignable via une boîte postale à Montreux. Vincent Reynouard est un négationniste français vivant en Belgique, condamné en 2008 à une peine de prison ferme et qui depuis lors à disparu de la circulation. Le comité tient à jour une page internet qui informe sur la procédure judiciaire. On ignore tout du comité et du responsable de la page.

Jürgen Graf

Jürgen Graf vit toujours en Russie où il a émigré en 2000 pour se soustraire à une peine de prison ferme. On sait peu de choses de ses activités en 2008. Sur sa homepage, il présente le livre d’un antisémite sud-africain, qu’il a traduit en allemand ainsi que la version allemande d’un ouvrage écrit par lui, qui est également paru en russe chez un éditeur russe . (98) Comme pour son ouvrage précédent « Todesursache: Zeitgeschichtsforschung » (Cause de la mort : recherche en histoire contemporaine), Graf donne la parole à une classe d’étudiants pour débattre du sujet. Il insinue que « les gouvernements démocratiques tendent à instrumentaliser et à criminaliser le révisionnisme dans toujours plus de pays » (99) et que de ce fait les médias et les puissantes organisations juives se positionnent en maîtres du monde grâce « au mensonge de l’holocauste ». Graf véhicule donc, outre ses idées négationnistes, des éléments typiques du discours antisémite, comme celui de la mainmise des juifs sur le monde.

Bernhard Schaub

Bernhard Schaub s’est peu manifesté en 2008, en dehors d’un discours au congrès annuel de la société d’extrême droite « Gesellschaft für Freie Publistik GfP ». Le thème traité en 2008 était « 1968 – quarante années de destruction des peuples ». Schaub s’est exprimé sur le sujet « Materialismus oder Geotheialismus » et y parlait de la République fédérale d’Allemagne comme d’une « administration autogérée et provisoire sous domination des alliés». Schaub a en outre quitté la présidence du « Verein zur Rehabilitierung der wegen Bestreitens des Holocaust Verfolgten VRBHV » (100) qu’il occupait depuis la création de l’association début novembre 2003. Le successeur du Suisse de 54 ans est Udo Walendy (80 ans), un activiste de longue date. Schaub compte se consacrer « davantage au travail de formation de la relève politique », dont la « Reichsbewegung ». Peu après le retrait de Schaub, l’association a été interdite par le ministre allemand des affaires intérieures. Plus rien n’a transpiré des autres activités de l’ancien enseignant d’anthroposophie, par exemple ses cours de « gymnastique nordique » . (101)

Philippe Brennenstuhl

En 2008, Philippe Brennenstuhl a participé à la fête du PNOS du 1er août et a donné une adresse en français sur l’abrogation de la norme pénale sur la discrimination raciale, selon le compte rendu de la manifestation publié sur la page du PNOS. Il n’en est cependant pas question dans son discours publié par le « Courrier du Continent ». Il commence en déclarant « que le temps des faux prophètes a commencé. Ces derniers se sont déguisés en politiciens. Il termine sa diatribe en affirmant que „l’ennemi se trouve donc bien à l’intérieur de notre pays, confortablement installé et nourri au sein de notre système politique. Sinon, Brennenstuhl n’est plus apparu publiquement et semble avoir mis un terme à ses activités de quérulent auprès des autorités . (102)

Conclusion

En 2008, la mouvance d’extrême droite s’est consolidée, même si elle n’a pas beaucoup évolué en termes numériques. Pourtant, l’offre « culturelle » de cette mouvance, en particulier chez les skins version nazie, est toujours disponible : CDs, pages internet, supports divers, livres, groupes de musique, concerts. Dans la région de Sempach, il existe à nouveau depuis quelques mois un local de rencontre dans lequel ont eu lieu plusieurs manifestations ces derniers mois . (103) La mouvance d’extrême droite dispose également d’un parti politique, le parti nationaliste suisse (PNOS). Or, depuis 1945, aucun parti/groupe d’extrême droite ne s’était maintenu aussi longtemps. En 2008, le PNOS est parvenu de justesse à défendre son unique siège au législatif communal de Langenthal. Les représentants du PNOS comme Mario Friso, Michael Haldimann, Denise Friedrich apparaissent de temps à autre lors de manifestations se déroulant en Allemagne. Cette collaboration reste cependant limitée à des projets précis, même si le PNOS est membre fondateur du groupe « Die Sache des Volkes », un réseau « nationaliste-révolutionnaire », selon l’appréciation de l’auteur de ces lignes. Ces organisations ou individus contribuent en permanence à la formation d’une idéologie d’extrême droite par des activités de nature politico-culturelles, sans toutefois participer à la politique institutionnelle. Les principaux promoteurs de cette offre sont déjà âgés (Gaston Armand Amaudruz, Max Wahl), de sorte que leurs projets vont disparaître de la scène à brève ou moyenne échéance. Les négationnistes suisses ne se sont plus manifestés, à l’exception de deux individus menant un combat isolé. Toutefois la pensée négationniste est parvenue à s’imposer auprès d’une partie du public de l’extrême droite.

Lucerne, 15 janvier 2009 Hans Stutz
(1) Titre d’un texte de la section du PNOS de l’Oberland bernois.
(2) Concernant l’émergence de ce mouvement, voir Hans Ulrich Jost: Die reaktionäre Avantgarde. Die Geburt der neuen Rechten in der Schweiz um 1900. Zurich 1992
(3) Voir Werner Heitmeyer: Die Bielefelder Rechtsextremismus-Studie. Weinheim 1992, p. 13
(4) Voir Urs Altermatt/Hanspeter Kriesi : Rechtsextremismus in der Schweiz. Organisationen und Radikalisierung in den 1980er und 1990er Jahren, Zurich 1995, p. 16 ss.
(5) Hans Stutz ; « Adolf Hitler tat sein Möglichstes », Die Weltwoche, 30 mars 2000
(6) Une perspective de ce développement est donnée par Jürg Frischknecht, Peter Haffner, Ueli Haldimann, Peter Niggli : Die Unheimlichen Patrioten. Politische Reaktion in der Schweiz. Zürich 1979, p. 443-485, ainsi que la nouvelle édition augmentée de 1983 p. 721-751. Mais aussi Jürg Frischknecht « Schweiz – wir kommen ». Die neuen Fröntler und Rassisten. Zurich 1991. Urs Altermatt/Hanspeter Kriesi : Rechtsextremismus in der Schweiz. Organisationen und radikalisierung in den 1980er und 1990er Jahren. Zurich, 1995.
(7) Voir par exemple Damir Skenderovic/Gianni d’Amato, Mit dem Fremden politisieren, Zurich 2008, p. 22.
(8) Opus cit. p.22, Skenderovic utilise fréquemment le terme – jamais utilisé dans ce texte – de « populisme de droite ». Il signifie par la ce que nous désignons sous le terme de nationaliste conservateur.
(9) Christian Dornbusch/Hans-Peter Killgus : Unheilige Allianzen. Black Metal zwischen Satanismus, Heidentum und Neonazismus. Hamburg/Münster 2005
(10) Andreas Speit (HG): Aesthetische Mobilmachung. Dark Wave, Neofolk und Industrial im Spannungsfeld rechter Ideologien. Hamburg/Münster 2002.
(11) Hans Stutz, La politisation des extrémistes de droite, Die Wochenzeitung WOZ, 27 septembre 2001, voir l’encastré « Subkultureller Rechtsextremismus. Romantische Nazi-Okkultisten ».
(12) Christian Menhorn offre un portrait complet de cette subculture – depuis le début des années 60 – dans son ouvrage « Skinheads : Porträt einer Subkultur », Baden-Baden, 2001. Une autre description valable de cette mouvance se trouve dans Hoger Bredel, « Skinheads – Gefahr von Rechts ? », Berlin, 2002
(13) Rapport sur la sécurité intérieure 2007, p. 34 et 38.
(14) Voir l’étude de Nick Lowles, « Die Internationale des Hasses », dans Christian Dornbusch, Jan Raabe (Ed.), « RechtsRock – Bestandsaufnahme und Gegenstrategie ». Hamburg/Münster, 2002, p.233-262, citations p. 235
(15) Hans Stutz, Für eine saubere Schweiz und immer genug Bier, Die Wochezeitung WOZ, 28 mars 1997.
(16) Par exemple l’assemblée annuelle du PNOS le 3 novembre 2008 et deux concerts en 2008. Voir chronologie de la région Sempach LU, 6 décembre 2008 et région Sempach LU, 31 décembre 2008.
(17) Daniel Schweizer a dressé un portrait d’Olivier Kunz et de ses compagnons dans son film « Skin or die »
(18) Voir chronologie, La Sarraz VD, 19 septembre 1998, et l’article dans la SonntagsZeitung, 23 août 1998, 13 et 20 septembre 1998
(19) Rapport SAP 2007, p. 34
(20) Voir chronologie Wimmis BE, 15 mars 2008
(21) Voir chronologie, Appenzell, 13 octobre 2007. Voir aussi Hans Stutz, Les néonazis réclament la peine de mort pour les abuseurs d’enfants, SonntagsZeitung, 14 octobre 2007.
(22) Hans Stutz, Aufmarsch in Budapest Innenstadt, Tachles, 22 février 2008.
(23) Hans Stutz, Für Hitler und das Heidentum, Tachles, 29 août 2008.
(24) Pirmin Meier appartenait en 1964 aux fondateurs du bulletin catholique de droite « Abendland » et en 1971 aux fondateurs de la Schweizerischen Republikanischen Bewegung de James Schwarzenbach. Voir aussi Frischknecht/Haldimann/Niggli/Hafner, Unheimliche Patrioten, p. 403, 410, 515 et 699. Plus tard, Meier a rejoint le PDC.
(25) Pirmin Meier, Unser republikanisches Erbe, Schweizerzeit, 11 Juli 2008.
(26) Conseil d’Etat Lucerne, question concernant l’instrumentalisation politique croissante de la fête de lutte de Sempach par les extrémistes de droite, publié le 3 novembre 2008.
(27) Le discours intégral est publié dans le Courrier du Continent, no 504, octobre 2008, p.8
(28) Rolf Hösli, Und das Gedankengut einer dunklen Diktatur schreitet mit, Südostschweiz, 7 avril 2008, voir aussi commentaire „Schaut hin, bevor es zu spät ist!“
(29) Tour d’horizon complet et bien documenté de la scène du rock d’extrême droite dans Christian Dornbusch, Jan Raabe (Hg.), RechtsRock – Bestandsaufnahme und Gegenstrategien (Rock de droite – Etat des lieux et contre-stratégies), Hambourg/Münster, 2002
(30) Arrêt du Tribunal fédéral 6S.318/2003, publié sous ATF 130 IV 111ss.
(31) Une copie se trouve en possession de l’auteur.
(32) Stefan Hohler, Tages-Anzeiger, 8 novembre 2007, aussi la Neue Luzerner Zeitung, 10 novembre 2007.
(33) Voir chronologie Bern-Bümpliz, 2 août 2008.
(34) Voir chronologie Glaris, 23 juin 2007.
(35) Voir chronologie Kradolf TG, 13 décembre 2008.
(36) Racisme en Suisse, édition 2006, p. 29
(37) Markus Vogt, Eric Weber als Wahlfälscher rückfällig, Basellandschaftliche Zeitung, 20 mars 2008.
(38) Martin R. Schütz, Beinahe wie ein Krimi, Basellandschaftliche Zeitung, 16 septembre 2008, Thomas Knellwolf, Des Fälschers Orgasmus, Tagesanzeiger, 16 septembre 2008. Mais aussi: Verwirrung um Wahlfälschung, Basler Zeitung, 16 septembre 2008.
(39) Voir Jürg Frischknecht : « Schweiz – wir kommen », Zurich 1991, p. 115 ss
(40) Parmi les représentants la Nouvelle Droite figurent Alain de Benoit et Pierre Krebs. Plusieurs livres de ces auteurs sont disponibles via la page de vente du PNOS.
(41) Toutes les citations de ce paragraphe proviennent du « Programme du PNOS – pour un avenir social et confédéral ».
(42) Voir chronologie Schwyz, 2 mars 2008, voir aussi Hans Stutz, Demo in Schwyz ?, Die Wochenzeitung WOZ, 10 janvier 2008 et Hans Stutz, Vortrag statt Demo, WOZ 6 mars 2008.
(43) Voir chronologie Fribourg, 1er mai 2008.
(44) Hans Stutz, Holocaust-Leugner am Redepult, Sonntagszeitung, 20 janvier 2008
(45) Voir aussi Hans Stutz, Rassistischer Redner, Der Bund, 4 mars 2008.
(46) Voir chronologie Sempach LU, novembre 2008.
(47) Voir presse quotidienne, 27 octobre 2007, ainsi que Hans Stutz, 87 für PNOS, Die Wochenzeitung WOZ, 30 octobre 2008.
(48) Voir chronologie Suisse centrale, 3 mai 2008
(49) Voir chronologie Unterseen BE, 8 mars 2008
(50) Voir chronologie Wimmis BE, 15 mars 2008
(51) Citation tirée d’un courriel interne. L’Antifa a publié en 2007 une partie des courriels échangés par des membres du PNOS, après être parvenu à accéder à son compte.
(52) Voir chronologie Welschenrohr, SO, 23 juillet 2007.
(53) Voir chronologie Lausanne, 6 décembre 2008.
(54) Adrian Segessenmann à la Fête des peuples à Altenburg en Allemagne, le 13 septembre 2008, annoncé entre autres sur la page internet du Cercle Avalon.
(55) Voir Urs Altermatt/Hanspeter Kriesi : Rechtsextremismus in der Schweiz, Zurich 1995, p. 47 ss, et Peter Niggli/Jürg Frischknecht: Rechte Seilschaften, Zurich 1998, p. 58 ss.
(56) Un portrait détaillé a été fait par Marin Berlinger, Allah et Hitler sind gross, Das Magazin, 28 mai 2004.
(57) Les éditions 2 et 3 ont été remises en main propre à l’auteur par l’un des participants à la marche des extrémistes de droite lors de la fête de lutte de Sempach.
(58) Freier Bote, no 1, février 2008, p. 5.
(59) Freier Bote, no 2, avril 2008, p. 1 et 4.
(60) Feier Bote, no 2, avril 2008, p. 4, Jürgen Graf « Zur Strafbarkeit der Leugnung von Völkermord »
(61) Freier Bote no 3, juin 2008, p. 1, cher lecteur
(62) Freier Bote no 3, juin 2008, p. 1, Kaspar Hauser, „Fussball? Völkerball“
(63) Sur Max Wahl, voir Jürg Frischknecht, „Schweiz – wir kommen“. Die neuen Fröntler und Rassisten, Zurich, 1991, p. 121-123, mais aussi Fischknecht/Niggli/Haldimann, Die unheimlichen Patrioten, édition augmentée 1984, p. 746ss.
(64) La plupart des notices à partir de 2006 ont été publiées sur un site allemand de conspirateurs, souvent comme mauvaise copie.
(65) Notices (77) 14.11.2008, p. 3
(66) Notices (76) 29.08.2008, p. 3, « Jüdische Kriegserklärung »
(67) A diverses reprises, comme dans les Notices (77) 14.11.2008. Bücherliste.
(68) Notices (73) 28.02.2008, p. 4, Unvermögen bis Kriminalität
(69) Voir Jürg Frischknecht, Ueli Haldimann, Peter Niggli, Die Unheimlichen Patrioten, édition augmentée, 1979-1984, Zurich 1984, p. 750. Mais aussi „Schweiz – wir kommen“, p. 103-109. L’interview de Res Strehle, E.Z. – Action nationale, Berne, donne ne description détaillée de la vision du monde de Zaugg. La Wochenzeitung WOZ du 24 août 1984 et le magazine allemand « Der Spiegel » ont également parlé de Zaugg. Der Spiegel, 24 août 1984, p. 120 ss.
(70) Jugement du tribunal fédéral du 18 août 1987, cité par Jürg Frischknecht « Schweiz wir kommen », p. 99.
(71) Edgar Zaugg, “Ich glaube an … woran?“ Abrechnung mit den Religionen/ Die Vision, Frankfurt/Main 2007.
(72) A diverses reprises, par exemple Notices (74), 10.04.2008, Bücherliste
(73) Edgar Zaugg, opus cit. p. 103 (am oben erwähnten Ort = à l’endroit cité)
(74) Opus cit. p. 163 ss.
(75) Opus cit. p. 205
(76) Courrier du Continent, no 504, oct. 2008, p. 8. Voir aussi chronologie Grütli, 3 août 2008
(77) Déclaration de la fondation mondiale pour l’examen de l’Holocauste, Courrier du Continent, no 506, décembre 2008, p. 7
(78) Courrier du Continent, no 501, juin 2008, p. 8
(79) Courrier du Continent, no 503, août-septembre 2008, p. 8
(80) Cité par Jürg Frisknecht, « Schweiz – wir kommen ». Die neuen Fröntler und Rassisten, Zurich 1991, p. 257
(81) Courrier du Continent, no 501, juin 2008, p. 11
(82) Ubu justicier au premier procès de Nuremberg, voir Courrier du Continent no 504, octobre 2008, p. 7. D’autres livres sont proposés par Amaudruz dans le Courrier du Continent no 506, décembre 2008, p. 10
(83) Courrier du Continent no 506, décembre 2008, p. 10
(84) Courrier du Continent no 504, p. 7
(85) Votation du 9 février 2009
(86) Sur la personne et l’action d’Ernst Indlekofer, voir Jürg Frischknecht : Politischer Hardcore, Klartext 2/1998
(87) Recht+Freiheit, numéro double 5/6, mai 2008, p. 8
(88) Recht+Freiheit, numéro double 5/6, août 2007, p. 4
(89) Recht +Freiheit, 4 avril 2008, p. 2
(90) Hans Stutz, Mariette will noch brauner werden, Tachles, 1er février 2008
(91) Mariette Paschoud, Les nouvelles aventures…, Le pamphlet no 380, décembre 2008, p. 4
(92) Le pamphlet no 380. décembre 2008, rappel, p. 2
(93) Le pamphlet, éditorial, no 375, mai 2008, p. 1
(94) Le pamphlet no 377, hommage, septembre 2008, p. 3
(95) ATF 121 IV 76
(96) Voir Racisme en Suisse, édition 2007, p. 61-62
(97) Voir chronologie, Eiken, AG, 25 mai 2005
(98) Titre allemand : Jürgen Graf, Die neue Weltordnung und der Holocaust, Moscou 2008
(99) Les négationnistes se décrivent volontiers comme des révisionnistes et leur mouvement comme le révisionnisme.
(100) Annoncé par le bulletin d’extrême droite « Stimme des Gewissens » déjà dans son édition de décembre 2007. La nouvelle n’a été publique qu’à partir du printemps 2008. Voir Hans Stutz, Schaub zurücktreten, Tachles, 20 avril 2008.
(101) Voir par ex. Télévision suisse SF, Die Rundschau du 24 septembre 2007.
(102) Philippe Brennestuhl : Der Verrat/La trahison, Orbe 2006
(103) Le local a été fermé par les autorités début 2009. Le 17 janvier 2009, les extrémistes de droite de Lucerne ont protesté contre cette fermeture à l’occasion d’une « promenade du soir nationale ». La section du PNOS de Willisau a protesté également par l’intermédiaire de sa page internet.

Racisme en Suisse en 2008/1

Lucerne, 15 Janvier 2008

«Une fois qu’ils sont là, ils ne veulent plus partir»

« En Suisse, elle s’est sentie étrangère pour la première fois : pas de carte EC sur son compte en banque, une ligne téléphonique seulement contre un dépôt exorbitant, un bailleur qui réclame la caution maximum pour la location. »

Beobachter, 17 octobre 2008, relatant les expériences d’une assistante médicale allemande employée par l’Hôpital de l’Ile à Berne.

Ce qui était déjà vrai dans les années précédentes le reste en 2007, à savoir que celui qui ne dispose pas d’un passeport suisse, qui n’a pas la peau blanche, de domicile fixe, qui confesse une religion autre que chrétienne ou a des préférences sexuelles différentes de la majorité court le risque d’être exclu, apostrophé, insulté, menacé et dans certains cas même agressé physiquement. Les cas sont relativement rares, mais ils influent sur le sentiment de liberté de sécurité des personnes concernées. Les mécanismes de la haine et de l’exclusion demeurent, tandis que les représentations de «l’ennemi» s’adaptent aux besoins politiques et sociaux du moment. Depuis le début des années 1990, la tendance est à la discrimination envers les personnes originaires des pays de l’ex-Yougoslavie et de la Turquie. Au fil des ans, de plus en plus de personnes noires de peau (quel que soit leur pays d’origine), sont victimes d’agressions et de discriminations. Diverses observations confirment que ces personnes sont souvent interdites d’entrée sous divers prétextes dans des salles de jeux, des bars, parfois aussi dans des restaurants. Les jeunes d’origine étrangère ont également plus de peine à trouver une place d’apprentissage. Un locataire étranger paiera un loyer plus élevé. Cette étude parle « d’exclusion, de préjugé et de discrimination» (1).

 

Le racisme, tel qu’il est encouragé par les représentants du camp néo-conservateur ainsi que par ceux des extrémistes de droite, fait partie d’une conception de la société où les personnes socialement et financièrement privilégiées ainsi que les dirigeants politiques s’autorisent non seulement à diffamer et à traiter avec mépris les personnes socialement ou économiquement faibles, mais veulent encore leur rendre plus difficile l’accès aux ressources économiques et sociales. Dans certains cas, la discrimination reflète une conception de la société néo-libérale. Ainsi, les étrangers et étrangères paient de plus fortes primes d’assurance automobile. Cette injustice est juridiquement problématique, mais le Conseil fédéral a confirmé en 2008 sa position précédente (2) qui considère que « cette décision découle de la libre concurrence »(3).

 

Réactions au rapport de l’ONU sur la Suisse

En été 2008, le comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale (CRED) a publié ses recommandations à la Suisse. Celles-ci n’apportaient rien de nouveau. La Suisse n’a pas fait de réels progrès dans la lutte contre les attitudes racistes et xénophobes à l’égard des noirs, des musulmans, des gens du voyage, des immigrants et des requérants d’asile. Le comité a également critiqué l’usage abusif de la force par la police vis-à-vis des personnes d’origine africaine. Le comité a demandé entre autres une interdiction générale de la discrimination, aussi dans le domaine du droit civil, et la création d’une institution nationale indépendante des droits humains (4). La commission ne faisait que son devoir. Elle a toutefois récolté les habituelles réactions de colère. Avant même la publication des recommandations, l’UDC s’est plainte aux autorités fédérales de ce que: « les internationalistes étaient une épine dans le pied de la gestion de la démocratie directe et des droits populaires ». Les accusations étaient « intolérables » et une « intrusion dans des affaires internes ». Même son de cloche chez le rédacteur de « Schweizerzeit », Reinhard Wegelin. La norme pénale sur la discrimination raciale serait selon lui « un corps étranger absolu dans le système juridique suisse ». L’acceptation de cette loi par le peuple en 1994 aurait été soutirée au peuple sur la base de « fausses promesses ». Sa conclusion : « La Suisse doit d’urgence dénoncer la convention de l’ONU contre le racisme, de façon à pouvoir à nouveau déterminer seule sa politique »(5). Dans un article ultérieur, Wegelin remet ça et s’attaque en particulier aux rédacteurs du rapport (6) qui indiquait qu’il n’y avait que peu de domaines dans lesquels des progrès avaient été réalisés. Wegelin voit dans les différentes critiques du rapport la preuve de « l’efficacité avec laquelle les antiracistes autoproclamés se sont mis en réseau afin de noircir leur pays aux yeux des organisations de l’ONU» (7).

 

« Etre Suisse devrait être un privilège »

 

Le 2 juin 2008, 63% des votants ont rejeté l’initiative de l’UDC sur la naturalisation des étrangers. L’initiative souhaitait rendre aux communes la compétence de désigner un organe qui s’occupe des demandes de naturalisation et soumettre les naturalisations au verdict des urnes. Cette initiative était une réaction à deux décisions du Tribunal fédéral (8) qui déclaraient que la naturalisation par les urnes était contraire à la Constitution. L’initiative UDC aurait rendu possible le fait que des candidats à la naturalisation se voient refuser la citoyenneté et donc les droits politiques pour des raisons racistes, comme cela a été le cas entre 1994 et 2003 dans beaucoup de communes. La campagne d’affichage avant la votation alimentait également les peurs racistes. Dans sa campagne de presse, le parti se plaignait des « étrangers criminels » et des « naturalisations en masse ». Il a repris dans ses affiches une image qu’il avait déjà employée avec succès en automne 2004 dans la lutte contre la naturalisation facilitée.

Environ 850’000 étrangers et étrangères remplissent les conditions objectives de la naturalisation. Mais pour diverses raisons, beaucoup d’entre eux n’en font pas la demande. Ils renoncent de ce fait également aux droits politiques. Les tenants de la discriminations, en particulier l’UDC, veulent rendre aux candidats à la naturalisation la tâche plus difficile encore. Aux chambres fédérales, l’UDC a déposé plusieurs motions, en dépit du refus de son initiative. Ainsi le groupe parlementaire de l’UDC a demandé que « le conjoint et son enfant mineur ne puissent être naturalisés ensembles que si l’ensemble des membres de la famille remplit également les conditions requises »(9). Une autre initiative parlementaire souhaite également « pas de naturalisation sans bonnes connaissances linguistiques orales ou écrites» (10). Plus loi, la conseillère nationale UDC Jasmin Hutter-Hutter requiert le retour à la pratique d’avant 1992, qui excluait une double nationalité (11). Elle avait également demandé tout de suite après l’échec de l’initiative que l’on prenne des mesures pour « éviter de nouvelles naturalisations en masse » (12). Dans les cantons et les communes, des représentants politiques issus des mêmes rangs, ont demandé de durcir certaines conditions, dont celles accordant la prolongation de séjour ou encore celles relatives aux connaissances générales et linguistiques nécessaires. Il est étonnant de constater l’ardeur avec laquelle des politiciennes et politiciens qui se décrivent comme des démocrates s’acharnent à refuser à d’autres personnes l’accès aux droits politiques.

 

Le fait est qu’aujourd’hui encore, le processus de naturalisation continue parfois à conduire à des situations où les deux parties perdent la face. C’est ce que prouve un rapport sur l’assemblée du législatif de la commune lucernoise de Zell. « L’assemblée devait se prononcer sur la naturalisation de cinq personnes. Les choses se gâtèrent d’entrée pour le premier requérant, un jeune homme de 17 ans d’origine yougoslave, dont un voisin déclara que « sa situation n’était pas favorable ». Il déclarait : « Je trouve qu’il ne remplit pas les conditions. Comme commune forte, nous devrions donner un signe et refuser cette demande ». Le candidat a été décrit comme « un gars menteur, qui attribue toujours la faute aux autres » par un autre citoyen qui a également demandé un votre à bulletin secret, accepté à une large majorité. Un autre membre du même conseil était d’avis qu’un jeune qui ne faisait pas bonne impression devait d’abord se former et ensuite réitérer sa demande : « Nous l’avons chez nous qu’il soit citoyen suisse ou non. Mais être suisse doit aussi être un privilège ». Le vote de l’assemblée à refusé la candidature à 90 voix contre 32 (13).

 

Norme pénale sur la discrimination raciale

Seul un miracle aurait pu sauver l’initiative populaire « Pour une libre expression – non à la loi bâillon » ont déclaré les initiants fin 2008 (14). Une nouvelle réjouissante. Mais les adversaires de la norme pénale sur la discrimination raciale n’ont pas accepté jusqu’à ce jour leur défaite lors du vote de 1994 et ont continué à décrier son application. Pourtant, toutes les tentatives de limitation voire de suppression de la norme pénale, que ce soit par l’intermédiaire de motions parlementaires ou d’initiatives populaires, ont échoué, malgré les « maux de ventre » de l’ex-conseiller fédéral Blocher (15).

 

Discrimination à l’égard des musulmans

Fin novembre, des inconnus s’introduisent dans un centre de prière musulman dans la commune de Näfels près de Glaris. Ils s’en prennent aussi bien à la salle d’attente qu’au lieu de prière, déchirent le Coran, abîment les tapis de prière. Ils dérobent un téléviseur et une antenne satellite et gravent également une crois gammée sur une porte d’armoire dans le corridor du centre. Ils demeurent inconnus à ce jour. La violation de ce lieu de culte n’aura que peu attiré l’attention du public et suscité très peu de réactions. Contrairement à la communauté juive, la communauté islamique ne dispose pas d’organisations ou de représentants qui prennent publiquement position contre la haine. Et qui ne se défend pas n’est semble-t-il pas pris au sérieux.

 

Ces dernières années, les musulmans sont entrés presque partout en Europe dans la ligne de mire des xénophobes et des racistes. Une étude menée par l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) parvient à la conclusion fin 2006 que « beaucoup de musulmans européens – indépendamment de leur origine ethnique et de leur attitude à l’égard de la religion – subissent des discriminations dans le domaine professionnel, de la formation et de l’habitat » (16). La discrimination des musulmans vient se greffer sur des attitudes islamophobes, racistes ou xénophobes, quoique ces éléments soient souvent liés. L’antipathie à l’égard des musulmans doit donc être considérée dans le contexte général de la xénophobie et du racisme à l’égard des minorités et des migrants (17).

 

En Suisse aussi, la réaction de rejet à l’égard des musulmans peut se baser sur un potentiel déjà existant, car le discours sur l’exclusion se reporte rapidement d’un groupe minoritaire sur un autre, tandis que les acteurs politiques restent généralement les mêmes. Un argument régulièrement invoqué est celui de l’augmentation du nombre de personnes appartenant au groupe incriminé. Le recensement de l’an 200 démontrait la présence d’environ 310’000 musulmans en Suisse. En 1960, ce chiffre était de 3’000.

 

Dans le milieu de l’extrême droite, le racisme anti-musulman est une composante de l’idéologie, en particulier chez le PNOS. Mais son influence reste marginale. Il s’agit d’une part des représentants du camp nationaliste ou des représentants des chrétiens fondamentalistes, qui instrumentalisent politiquement cette forme de racisme par des motions et des initiatives s’opposant d’une part à la naturalisation de candidats de confession musulmane, d’autre part à la construction de minarets et troisièmement aux cimetières musulmans. C’est dans le journal « Schweizerzeit » que paraissent le plus souvent des textes contre les musulmans et ce dernier propose également une série de livres sur le sujet. Le bulletin d’Ulrich Schlüers attribue même aux musulmans un « besoin de sang »(18) et propose également depuis des années la diffusion d’ouvrages anti-musulmans.

 

Quant à Daniel Zaugg, politicien de l’Union démocratique fédérale (UEF) professionnellement actif dans une organisation de production média chrétienne et porte-parole de l’initiative contre les minarets, il milite par l’intermédiaire de brochures, tracts et campagnes. Dans son argumentation, il ne se distingue pas du discours anti-musulman de l’UDC. Le combat contre les minarets est – malgré les affirmations contraires – un combat contre l’Islam. Il s’agit, comme le dit un tract de « s’opposer au progrès et l’envahissement de l’idéologie islamique dans la culture européenne » (19). Zaugg qualifie également les minarets de « symbole de puissance et d’impérialisme ». Zaugg veut démontrer par là que: « les chrétiens de Suisse tiennent à leur foi et qu’ils doivent invoquer des arguments pour défendre la société chrétienne occidentale et sa tradition». Zaugg prétend par ailleurs, que la liberté, la démocratie, l’importance accordée à l’individu sont des valeurs « occidentales », ce qui n’est pas entièrement historiquement validé. Quant il l’estime nécessaire, Zaugg n’hésite pas à employer un double discours : il existe deux versions du pamphlet « Pourquoi contre les minarets? ». L’une s’adresse au chrétiens et l’autre à ceux qui se déclarent sans confession. Dans la version s’adressant aux chrétiens, il est dit : « Nous autres chrétiens nous voulons nous positionner et témoigner de nos convictions. Les musulmans devraient entrer plus fréquemment en contact avec la foi chrétienne et faire l’expérience de ce que signifie la liberté». Il s’agit donc plutôt de mission que de liberté de religion. Dans une brochure en papier glacé, Zaugg diffuse divers préjugés anti-musulmans. Il écrit entre autres : « L’Islam est une religion de la servitude et non de l’amour » (20). Dans cette même brochure, Heinz Gstrein (21) y va de ses propres tirades contre les musulmans. Il dit entre autres que : « Le musulman pratiquant n’a pas le droit de s’adapter. Les buts de l’Islam, qui est moins une religion qu’une idéologie politique totalitaire et qui représente un danger encore plus grand pour l’humanité que ne l’était le communisme, sont intentionnellement camouflés »(22).

 

Gstrein s’inscrit dans une continuité. Une part des militants de la guerre froide a perdu après la chute du mur de Berlin en 1989 sa conception de l’ennemi et s’en est construite une nouvelle ces dernières années vis-à-vis de l’Islam. Outre la mission chrétienne Ostmission et Christian Solidarity International CSI, le pasteur réformé Hansjürg Stückelberger (23) se consacre également à contrer l’Islam. En collaboration avec une certaine Beatrice Gall, il s’occupe de la publication bimensuelle de la revue « Zukunft CH ». Ils déclarent vouloir empêcher une «introduction rampante de la charia ». Dans un appel ils écrivent : « Chaque franc nous permet de mieux informer sur cette islamisation progressive et de soutenir les familles suisses dans le besoin» (24). Tout comme Daniel Zaugg, Heinz Gstrein utilise l’Islam pour propager ses propres vues religieuses fondamentalistes et promouvoir ses affaires.

 

Cependant, une étude réalisée dans le canton de Zurich est parvenue à la conclusion que les musulmans ne sont pas systématiquement désavantagés par les instances politiques, mais qu’il existe néanmoins des points d’achoppement par rapport à des thématiques précises comme les inhumations, les lieux de prière, la vieillesse et le travail (25).

 

Initiative « Contre la construction de minarets »

Début juillet 2008, les initiants sont parvenus à récolter tout juste 115’000 signatures. L’initiative demande l’interdiction de la construction de minarets dans la constitution. Les signatures ont été récoltées par un comité constitué essentiellement de représentants de l’UDC, mais aussi de l’UDF (Union démocratique fédérale) (26). Lors de la soumission de l’initiative, ils ont également répété que le minaret serait « un symbole de pouvoir politico-religieux et de domination».

 

Pour des raisons de politique extérieure, le Conseil fédéral a réagi avec une rapidité inaccoutumée lors du dépôt de l’initiative par un communiqué de presse, dans lequel il précisait que : « Le président Pascal Couchepin rappelle que plusieurs membres du Conseil fédéral et cantons se sont déjà prononcés contre l’interdiction des minarets » (27) et que « qu’il n’y a pas de doute que le Conseil fédéral invitera le peuple suisse et le parlement à rejeter l’initiative ». Dans son message, le Conseiller fédéral déclare que l’initiative ne « ne viole pas le noyau dur des droits de l’homme» et que donc elle ne peut pas être invalidée. Mais en revanche, «l’initiative contrevient clairement à une série de conventions internationales sur les droits humains », par exemple, la liberté de conscience et de croyance et le principe de non-discrimination de la Commission européenne des droits de l’homme, le principe de non-discrimination, la liberté de conscience et de croyance et éventuellement la protection des minorités de la convention de l’ONU sur les droits humains. Il constate également que : «l’interdiction absolue prônée par le texte de l’initiative ne permet aucune interprétation conforme aux droits populaires, de sorte que si celui-ci devait être approuvé, il entrerait en contradiction avec d’autres principes fondamentaux » (28). En outre, l’initiative « est en contradiction avec les valeurs centrales de notre Constitution », à savoir, l’égalité de traitement, la liberté de conscience et de croyance, la garantie de propriété, le principe de proportionnalité et le respect des droits populaires (29).

 

Antisémitisme

Pour citer Georg Kreis, l’antisémitisme occupe dans le contexte plus large du racisme une place particulière. L’antisémitisme est une des formes de racisme à la fois les plus marquées, les plus cachées ainsi que les plus thématisées. En ce sens c’est «un motif raciste qui s’entretient lui-même, quoi que l’on fasse et quelles que soient les circonstances » (30). Fin 2008, l’entrée des troupes israéliennes dans la bande de Gaza a réactivé un antisémitisme latent, qui s’est exprimé en particulier dans les forums on-line des journaux, mais aussi dans des lettres adressées aux représentants des organisations soutenant Israël.

 

Ces dernières années, de nombreux sondages ont tenté de saisir la mesure de l’antisémitisme en Suisse, avec des résultats très variables. En 1998, un sondage était parvenu à situer l’antisémitisme autour de 7 %, en 2000, un autre sondage parvenait à 16 %, et en 2006 une étude du fond national indiquait qu’il y avait 22% de misanthropes, dont des antisémites. Tous ces sondages se basaient sur une multiplicité de critères – parfois difficiles à vérifier. En 2007, l’institut bernois de recherche gfs a diffusé une étude conçue selon une série de nouveaux critères. (31) Son résultat : « Environ 10% des personnes interrogées affirmaient avoir « systématiquement une attitude anti-juive ». La majorité des personnes interrogées partageaient « la majorité des stéréotypes négatifs concernant les juifs ». Environ 28% déclaraient avoir occasionnellement une attitude anti-juive. Environ 15% sont influencés par la politique israélienne – quoique la critique de la politique israélienne n’implique pas forcément l’antisémitisme – tandis que l’antisémitisme inclut presque toujours la critique de la politique de l’état d’Israël. (32)

 

Dans le cercle relativement réduit des forums d’extrême droite, des auteurs publient régulièrement des articles antisémites ou minimisant l’holocauste. Ces allégations demeurent généralement sans suite, sauf s’il y a infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale, car personne ne porte plainte (33).

 

Les gens du voyage et les Jenish

Comme les musulmans, les gens du voyage ont été stigmatisés dans les campagnes du camp nationaliste et conservateur. Lors des débats parlementaires sur l’extension de la libre circulation des personnes aux nouveaux pays de la Bulgarie et de la Roumanie, l’UDC a commencé sa campagne contre l’extension de la libre circulation (34). Argument central de la campagne : si l’immigration des Roumains est problématique, celle des Roms l’est plus encore (35).

 

Malgré les nombreuses protestations de bonnes intentions de la part des politiciens et de l’administration, les gens du voyage, en particulier les Roms sans passeport suisse, ont toujours autant de difficultés à transiter par la Suisse ou à trouver des lieux équipés pour les recevoir, même si ces dernières années, des places ont été aménagées à certains endroits. Parfois, ils ont même fait l’objet d’agressions. (36) Le conseil fédéral constate dans son rapport « Sur la situation des gens du voyage », « qu’il n’existe pas encore un réseau suffisant d’aires de séjour et de transit, qui permettraient aux 2’500 gens du voyage suisses de poursuivre leur mode de vie traditionnel ». (37) Selon une expertise de la Fondation « Un avenir pour les gens du voyage suisses» il faudrait 29 aires de séjour et 38 zones de transit supplémentaires. (38) Le méfiance à l’égard des gens du voyage et des Jenish repose en Suisse sur une longue tradition qui n’a été mise en cause que récemment (39).

 

Racisme à l’égard des noirs

En Suisse, les personnes noires sont celles qui – tout bien pris en considération – font le plus souvent l’objet de propos ou d’actes racistes et qui sont les moins protégées. Dans les faits et quelle que soit leur origine, elles font souvent l’objet de nombreuses discriminations. Que ce soit sur le marché du travail, du fait de l’absence de journalistes noirs dans les médias (surtout à la télévision), elles sont soumises à plus de contrôles dans la rue ou dans les transports publics, plus fréquemment amenées au poste, soumises à des fouilles sur le corps ainsi qu’à des agressions verbales et physiques. (40)

 

Nationalisme anti-allemand

Début décembre 2008, le « SonntagsBlick » (41) du groupe Ringier a jeté le soupçon sur les Allemands. « La Suisse est le paradis pour les Allemands. Une fois qu’ils sont ici, ils ne veulent plus repartir, même s’ils sont au chômage ». La publication de Ringier se base sur les propos d’un seul cuisinier allemand. Avec cet article contre les étrangers, le journal de boulevard soutenait avant tout la position des opposants à l’extension de la libre circulation à la Bulgarie et à la Roumanie. L’augmentation de l’immigration allemande est une conséquence directe de la libre circulation des personnes.

 

Ce n’est pourtant pas le journal de boulevard qui cherchait le plus à créer un climat anti-allemand. Le « Tages-Anzeiger » a cherché à amorcer plusieurs campagnes, avec toutefois un succès mitigé. A l’origine de ce débat anti-allemand figure un propos de Stefan Fischer, président de l’association des étudiants de l’Université de Zurich. Il avait déclaré fin 2007 : « Nous atteignons la limite du supportable, peut-être faut-il une fois parler haut et fort pour que certaines facultés ne deviennent pas des filiales allemandes » (42). Ses déclarations nationalistes ont eu pour conséquence que deux mois plus tard il quittait sa fonction (43).

 

Lucerne, le 15 janvier, Hans Stutz

 

[1] Andrea Baranzini, Caroline Schaerer, José Ramirez et Philippe Thalmann (2008).“Do Foreigners Pay Higher Rents for the Same Quality of Housing in Geneva and Zurich?” Swiss Journal of Economics and Statistics, 144 (4) : 703-730. Les médias alémaniques n’on diffusé, quant elles l’ont fait, que de brèves nouvelles d’agences. La Temps en a parlé de façon exhaustive dans son édition du 15 janvier 2009. L’étude s’appuie sur des données des villes de Zurich, Genève et sur des chiffres d’un questionnaire datant de 2000.

[2] Bulletin officiel de l’Assemblée fédérale, 20 mars 2008, initiative parlementaire Josef Zisyadis.

[3] Rapport de la Commission d’économie et des redevances du 30 octobre 2007.

[4] Voir presse quotidienne du 16 août 2007, en particulier la NZZ.

[5] Reinhard Wegelin, UNO-Umerziehung, Schweizerzeit, 29 août 2009, p.3

[6] Rapport des ONGs 2008 sur le quatrième, cinquième et sixième rapport périodique de la Suisse au comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale, juin 2008.

[7] Reinhard Wegelin, Das Netzwerk des selbst ernannten Antirassisten, Schweizerzeit, 26 septembre 2008.

[8] Arrêté du Tribunal fédéral, 1P.228/2002 du 9 juillet 2003, voir aussi décision 1P.1/2003, également du 9 juillet 2003.

[9] Motion 08.3632, la naturalisation de familles entières, fraction de l’UDC, 2 octobre 2008.

[10] Initiative parlementaire 08.468, « Pas de naturalisation sans bonnes connaissances linguistiques ».

[11] Motion 08.3457 Interdire la double nationalité, Jasmin Hutter-Hutter. Le Conseil fédéral se prononce en faveur du refus de la motion.

[12] Interpellation 083354, Que fait le Conseil fédéral contre les naturalisations en masse ? 12 juin 2008

[13] David Kunz, Ein Einbürgerungsgesuch abgelehnt, Willisauer Bote, 12 décembre 2008

[14] David Sieber, Antirassismusgesetz wird nicht abgeschafft, Sonntag, 7 décembre 2008. Hans Stutz, Blochers Bauchweh ohne Folgen, Tachles, 12 décembre 2008. Die Sammlungsfrist läuft am 9 Februar 2009 ab.

[15] Voir Georg Kreis, Kein Volk von Schafen – Rassismus und Antirassismus in der Schweiz, Zurich 2007, p. 181-185

[16] Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC): Muslims in the European Union, Discrimination and Islamophobia, Vienne 2006.

[17] La situation des musulmans en Suisse est similaire, voir prise de position de la Commission fédérale contre le racisme CFR : « Les relations avec la minorité musulmane en Suisse », septembre 2006.

[18] Der Islam – ein komplettes System, Schweizerzeit, 24 octobre 2008, p. 2. Voir aussi chronologie Flaach ZH, 24 octobre 2008.

[19] Toutes les citations sont tirées d’une brochure de quatre pages intitulée « Warum gegen Minertte ? », version pour les chrétiens.

[20] Daniel Zaugg, Der Islam in Westeuropa, Islamisierungs-Strategie und christlische Position, brochure, Bollodingen 2008, p. 10

[21] Heiz Gstrein se présente comme expert du Proche-Orient, et comme correspondant externe de la radio DRS et NZZ. C’était le cas seulement jusqu’en 1992. Ensuite, il est devenu collaborateur puis responsable de l’Ostkirchen-Institut G2W (Glauben in der 2. Welt), une émanation de la guerre froide.

[22] Opus cit. p.18

[23]Sur le passé de Hansjürg Stückelberger: Frischknechtt/Haffner/Haldimann/Niggli, Die Unheimlichen Patrioten, Zurich 1984, p. 384ss, et 715ss.

[24] Zukunft CH, numéro d’essai.

[25] Thomas Widmer/Felix Strebel, Studie zur Stellung der muslimischen Bevölkerung im Kanton Zürich, Zurich, novembre 2008. Voir aussi Doris Angst/Sabine Keienbühl/Tarek Naguib, Mehrheit und muslimische Minderheit in der Schweiz. Stellungsnahme der Eidgenössischen Kommission gegen Rassismus zur aktuellen Entwicklung, Berne, 2006.

[26] Comité d’initiative, selon liste des signataires: co-présidence Ulrich Schlüer, Christian Waber et Walter Wombman, conseillers nationaux, Eric Bonjour, législatif cantonal; Sylvia Flückiger, législatif cantonal; Patrick Freudiger, législatif communal; Oskar Freysinger, conseiller national; Thomas Fuchs, législatif cantonal; Andreas Glarner, législatif cantonal; Jasmin Hutter, conseillère nationale; Eros N. Mellini, Viganello TI; Lukas Reimann, législatif cantonal; Natalie Rickli, Cornelia Schaub et Barbara Steinemann, législatif cantonal; Daniel Zingg, Bollodingen BE

[27] Communiqué de presse du Conseil fédéral du 8 juillet 2008, voir aussi presse quotidienne du 9 juillet 2008.

[28] 08.061 Message du l’initiative « Contre la construction de minarets » du 27 août 2008, BBI 2008, p. 7604.

[29] Opus cité p. 7651

[30] Georg Kreis, Kein Volk von Schafen – Rassismus und Antirassismus in der Schweiz, Zurich 2007, p. 94.

[31] Claude Longchamp, Monia Aebersod, Stephat Tschöpe, Silvia Ratelband-Pally : Kritik an Israel nicht deckungsgleich mit antisemitischen Haltungen (La critique contre Israël ne recouvre pas les positions antisémites). Résumé et conclusion du 28 mars 2007.

[32] L’étude s’appuie sur une définition de l’antisémitisme donnée par Helen Fein : « L’antisémitisme est un complexe durable et latent comprenant des convictions hostiles à l’égard des Juifs en tant que groupe. Ces convictions s’expriment chez les individus sous forme de préjugés, dans la culture sous forme de mythes, d’idéologie, de folklore et de représentations iconographiques. Il peut prendre la forme de mauvais traitement individuel ou collectif, de discrimination sociale ou juridique, de mobilisation politique contre les Juifs, de violence collective ou d’Etat qui ont pour but de mettre à l’écart les Juifs en tant que Juifs, de les expulser ou de les anéantir. »

[33] Sauf exception, voir chronologie Eiken AG, mai 2005.

[34] Votations du 8 février 2009.

[35] Lors de la conférence de presse d 30 décembre 2008, se sont exprimés la conseillère nationale Yvette Estermann ainsi que le conseiller national Yvan Perrin, vice-président de l’UDC suisse, opposé aux roms.

[36] Voir Chronologie Küssnacht am Rigi SZ, 15 avril 2005.

[37] Rapport du Conseil fédéral sur la situation des gens du voyage en Suisse, octobre 2006, partie II, « Possibilités d’action de la Confédération pour la création de lieux de transit et de stationnement pour les gens du voyage », p.23.

[38] Information tirée du Rapport du Conseil fédéral sur la situation des gens du voyage en Suisse, partie II « Possibilités d’action de la Confédération pour la création de lieux de transit et de stationnement pour les gens du voyage » p. 23.

[39] En 2008, une analyse détaillée de la situation d’un canton a été réalisée pour la première fois: Guadesch Dazzi/Sara Galle/Andréa Kaufmann/ Thomas Meier, Puur und Kessler, Sesshafte und Fahrende in Graubünden, Baden 2008.

[40] Carmel Fröhlicher-Sines/Kelechi Monika Mennel : Schwarze Menschen in der Schweiz. Ein zwischen Integration und Diskriminierung, Bern 2004. Une illustration complète du racisme à l’égard des noirs est donnée par Georg Kreis, op. cit. p. 122-139.

[41] Silvana Guanziroli, RAV-Gierige Deutsche, SonntagsBlick, 7 décembre 2008, p. 12

[42] Etudiants:“Wir erreichen die Grenze des Erträglichen“, Tages-Anzeiger, 21 décembre 2007, p. 11

[43] Edgar Schuler, Eclat im Studentenrat wegen Aussagen zu deutschen Professoren, Tages-Anzeiger, 28 février 2008, p. 15, mais aussi: Rücktritt wegen Äusserungen über deutsche Professoren, NZZ, 29 février 2008, p. 55.

Extrémisme de droite en Suisse en 2009/2

Zurich, 31 Décembre 2009

«…à l’endroit où nous prendrons un jour le pouvoir »

L’extrémisme de droite en Suisse n’a guère attiré l’attention politique et médiatique en 2009, en dehors de la polémique au sujet de la marche lors de la fête de la lutte de Sempach. La question était la suivante : le canton en tant qu’organisateur de cette manifestation traditionnelle pouvait-t-il tolérer la marche des extrémistes ? Beaucoup de représentants des partis bourgeois ont tendance à ne pas prêter attention aux agissements de cette mouvance, voire à les qualifier d’anodins.

Durant l’année 2009, les activités des extrémistes de droite se sont concentrées dans le canton de Berne, d’une part dans la région de l’Oberargau, l’Emmental, d’autre part dans l’Oberland bernois, plus spécifiquement dans la région de Brienz à Spiez. L’Argovie et l’Emmental sont le rayon d’action de la section du PNOS Emmental, de la Ortsgruppe Langenthal et du groupe de musique « Indiziert ». On y trouve encore un lieu de rencontre, le « RAC-Café » (1) et la maison de diffusion « Neue Zeitwende ». Dans l’Oberland bernois, plus précisément dans la région de la Jungfrau, la section du PNOS est également très active. Y sont également établis la plate-forme de diffusion par internet du PNOS ainsi que la maison de diffusion de disques Holy-War-Records. La Helvetische Jugend y est également nouvellement active. Fin 2009 le site internet « Nationaler Beobachter Berner Oberland » a mis un terme à son activité. Toutes ces activités sont le fait d’un groupe peu nombreux de représentants, bien qu’ilsparviennent à mobiliser quelques centaines lors de manifestations.

Rien de neuf du côté des NSS, Corps Franc et « Freier Bote »

La section genevoise des Nationaux-socialistes Suisse NSS qui étaient apparus pour la première fois en automne 2007 n’a plus fait parler d’elle en 2009. Idem pour les Corps Francs/Frei Korps section de Fribourg. On sait en revanche que le Corps Franc était il y a quelques années un projet relativement important de l’activiste Blood&Honour Jonathan Leiggener, et qu’il avait été évalué comme représentant un risque potentiel par la sécurité intérieure. (2) Sur quels critères cette évaluation reposait-elle, c’est ce que la sécurité intérieure n’a pas révélé. Le bulletin « Freier Bote » a cessé de paraître, tandis que la dernière mise à jour de sa page internet date du 28 mai 2008.
L’action contre le viol d’enfants est restée sans lendemanins. La manifestation d’Aarau, initialement autorisée par les autorités a finalement été interdite. Les extrémistes de droite se sont saisis du thème du viol d’enfants dans le but de réintroduire la peine de mort. (3)

UDC et extrémisme de droite

Les campagnes d’affichage calomnieuses de l’UDC, qu’il s’agisse de l’interdiction de la construction de minarets, de l’exclusion des moutons noirs ou des pies voleuses ont attiré l’attention hors de nos frontières et en particulier celle des partis d’extrême droite qui n’ont pas tardé à reprendre les motifs de l’UDC. (4) Ce mimétisme révèle les frontières fluctuantes entre la polémique sur les thèmes de la discrimination et de l’exclusion par le camp nationaliste-conservateur et les activités de l’extrême droite. Depuis plus de dix ans, les représentants de l’UDC comme Christoph Blocher et Christoph Mörgeli laissent entendre qu’il ne doit pas exister de force politique plus à droite que l’UDC. « Si les partis bourgeois font vraiment de la politique, il ne devrait plus exister d’autre parti sur leur aile droite » et « Lorsqu’on veut hériter, il faut se comporter de manière aussi agréable que la vieille tante testatrice » (Weltwoche 9.9.1999). Beaucoup d’extrémistes de droite interprètent les déclarations de l’UDC comme une forme de sympathie distante, tout en émettant des réserves en particulier en ce qui concerne l’énorme fortune de Blocher.

Cette année encore, certains représentants de l’UDC sont apparus lors de manifestations d’extrême droite à l’étranger. Par exemple le conseiller national valaisan Oskar Freysinger. Il a honoré le Vlams Belang néerlandais de sa présence début 2009. Quant au conseiller national jurassien Dominique Baettig, il s’est rendu mi-octobre (5) à un congrès de la mouvance d’extrême droite « Les Identitaires » dans le sud de la France. Le psychiatre y a été applaudi pour avoir affirmé que les minarets étaient des objets phalliques. Il avait déjà déclaré à ce sujet que l’initiative anti-minarets réclamait « une sorte de circoncision pour avoir la paix ». Suite à sa présence au congrès des Identitaires, le Quotidien jurassien signalait que Baettig avait fait partie du groupe d’extrême droite « Nouvel Ordre Social » durant ses études. A cette époque, Baettig était l’éditeur responsable du bulletin « Avant-Garde » et de ce fait responsable de la publication de toute une série de textes racistes, antisémites et proches de l’idéologie nazie. (6) Confronté à ce passé politique, l’élu UDC prétendait ne se souvenir de quasiment rien.

Andreas Glarner, le président du groupe UDC du grand conseil du canton d’Argovie n’était pas un des orateurs mais un membre de l’association « Pro Köln », mise sous surveillance par le « Verfassungschutz » du gouvernement allemand. « Pro Köln » dit d’Adreas Glarner qu’il est un des critiques de l’islamisme le mieux profilé. Toutefois l’activité de Glarner s’est limitée à quelques rares campagnes d’annonces du genre « Aarau statt Ankara » ou « Maria statt Scharia ».

Occasionnellement, les représentants de l’UDC recyclent des fragments de l’idéologie des extrémistes de droite. Cela a été le cas à diverses reprises pour Anian Liebrand, président des Jeunes UDC de Lucerne. Fin janvier 2009, il écrit dans un mail à ses collègues au sujet du jour consacré à la mémoire de l’holocauste. « Des nouvelles des institutions de rééducation. Au lieu d’altérer le lien de la nouvelle génération avec son pays sur le mode de la culpabilisation, il faudrait enfin que l’enseignement de l’histoire parle une fois des remarquables avantages de la Suisse ». (7) En automne Liebrand a diffusé un document modèle contre les demandes de naturalisation. Dans une lettre d’accompagnement publiée sur le site du comité indépendant PIKOM, (8) Liebrand parle de milliers de « Fremdvölker » (9) qui vont envahir la Suisse. Le terme de « Fremdvölker » intraduisible en français, fait référence à une terminologie utilisée en Allemagne par les nazis. Quant à la « Umerziehung » ou « rééducation », c’est le terme que les anciens et néo-nazis utilisaient pour parler de la « dénazification » après la seconde guerre mondiale. Le parti des jeunes UDC du canton de Lucerne présidé par Liebrand s’était également opposé de façon virulente à ceux qui cherchaient à faire interdire la marche des extrémistes de droite à l’occasion de la fête de la lutte de Sempach. Début 2009, on a su que divers représentants de l’UDC, dont la conseillère nationale Yvette Estermann, avaient posé pour une photo en compagnie d’un néonazi lucernois, après une action sur la place publique contre la libre circulation des personnes. Le jeune lucernois portait sa devise tatouée sur la peau : « Meine Ehre heisst Treue », jadis un slogan des Waffen-SS.

Sécurité d’Etat et extrémisme de droite

Dans son « Rapport sur la sécurité intérieure de la Suisse», l’Office fédéral de la police déclare que la mouvance de l’extrémisme de droite a « peu évolué » (10) au cours des dernières années. Les extrémistes de droite sont devenus plus « sûrs d’eux » et se sentent « moins gênés » d’apparaître sur la scène publique. Ils affichent plus fréquemment leurs convictions et sollicitent les autorités pour des autorisations de manifester en se basant sur les droits civiques. Leur engagement ne se limite pas à la problématique des étrangers mais s’étend à des thèmes tels que « la maltraitance des enfants, la globalisation ou le 1er mai comme fête du mouvement ouvrier ». « La violence est en augmentation dans la mouvance skinhead et en particulier dans celle de Blood&Honour. »

Groupes de musique

Dans toutes les subcultures de jeunes, la musique joue un rôle d’identification et de valorisation, d’une part en tant que vecteur d’une certaine joie de vivre et, d’autre part, en tant que moyen de diffusion de messages politiques. (11) Les concerts servent à cimenter le groupe et à diffuser des messages politiques, surtout lorsqu’ils sont organisés par des skinheads néo-nazis, car on y trouve généralement des stands qui proposent aussi bien des enregistrements que des livres/brochures ainsi que d’autres articles typiques du mouvement. Jusqu’à la publication de l’arrêt du Tribunal fédéral concernant la norme pénale antiraciste et la notion d’événement “public” (12), la police et le juge d’instruction considéraient les concerts skinheads néonazis comme des manifestations privées, même s’ils réunissaient plus de mille personnes et si l’annonce du concert était accessible aux journalistes.

Au fil des années, divers groupes de musique relayant les idées de l’extrême droite sont apparus sur la scène musicale. Il y a dix ans c’était le groupe bâlois « Sturmtruppen Skinhead », plus tard le groupe de Hammerskins « Erbarmungslos ». Les membres du groupe lucernois « Dissens » étaient issus de la même mouvance. En 2009, seul le groupe « indiziert » se produisait encore en public. On a cessé de parler de « Vargr I Veum » et de « Amok ». La plainte pénale contre quatre membres du groupe « Amok » est toujours en suspens. Ils avaient composé en automne 2007 une chanson qui faisaient entrevoir à l’auteur de ces lignes une mort violente. Ils devaient faire l’objet d’une enquête au début de l’été 2008, mais jusqu’à fin 2009, les autorités responsables ne sont pas parvenus à clore l’enquête.

« Le sang doit couler, le sang doit couler… »

Pour la première fois depuis l’introduction de la norme pénale sur la discrimination raciale, les auteurs d’un concert de skins nazis passent devant le tribunal. Retour sur une procédure laborieuse.

Mi-septembre 2005. Les montagnes autour de Brigue sont calmes et silencieuses. Pour les skins néonazis la Suisse est le paradis des concerts, car la police, bien qu’elle contrôle parfois les arrivants, ne s’inquiète pas de savoir ce qui se fait dans la salle de concert. Des gens de la mouvance d’extrême droite vendant des CDs dont le contenu tombe sous le coup de la norme pénale, des groupes chantent des chansons racistes qui contreviennent à la loi. C’est ce qui s’est passé le 17 septembre 2005. Environ 400 extrémistes étaient réunis au Crazy Palace de Brig-Glis, tandis que la police était stationnée dehors. A l’intérieur, six groupes se produisaient. Le premier était le groupe « Amok » tandis que le dernier était le groupe haut valaisan « Hellvetica ».
Mais cette fois-ci, ce qui s’y passait a été divulgué dans les médias et la police cantonale valaisanne s’est retrouvée sous le feu de la critique. L’émission « Rundschau » de la télévision alémanique a documenté la chanson « Blutliedes » du groupe zurichois « Amok », laquelle déclare « Aiguisez les longs couteaux sur le bitume, plantez-les dans le corps des Juifs. Le sang doit couler à flots et nous déféquons sur cette république juive.»

L’enquête révèle rapidement les organisateurs de ce concert. Il s’agit des membres d’un réseau skinhead néonazi Bood&Honour du Haut-Valais mais également du canton de Vaud et de la Suisse alémanique. Ils étaient épaulés par des volontaires locaux qui s’occupaient de la caisse et du bar. Mais les musiciens demeurent inconnus, y compris de l’organe de la sécurité d’état. Deux ans plus tard (alors qu’entre temps le groupe Amok avait produit un enregistrement), les responsables de la sécurité intérieure écrivaient dans un rapport que « les membres du groupe de musique skinhead Amok n’ont pas été identifiés ». En mai 2008, la police cantonale lucernoise a réussi a combler cette lacune.
Mais cette information reste inconnue de l’enquête valaisanne. Jusqu’à la parution devant le tribunal, on n’a pas demandé aux autres groupes qui étaient les musiciens de « Amok » et du groupe allemand « Feldherren », qui selon le procureur étaient responsables de la chanson « Blutlied ». C’était commode puisque le groupe « Feldherren » était très éloigné des autorités d’enquête. Cela l’était également pour l’avocat Valentin Landmann qui dans le cas de Brigue défendait trois des organisateurs du concert. Il défend également les musiciens d’Amok et donc n’avait pas avantage à plus d’éclaircissements.

Le jugement. Le juge de Brigue Philipp Näfli a condamné tous les 18 prévenus pour infraction à la norme pénale contre la discrimination raciale. Il s’agissait des six organisateurs principaux, des membres de la mouvance Blood&Honour du Haut-Valais, mais aussi des volontaires qui se tiennent en marge de cette mouvance ou n’y appartiennent même pas. Tous, atteste Näpfli, avaient accepté l’éventualité que des propos racistes soient tenus durant le concert. Il y avait donc présomption de préméditation. Mais qu’en est-il des principaux organisateurs ? Silvan Gex-Chollet, le coordinateur principal de toute la manifestation a déclaré durant l’enquête que le groupe « Hellvetica » dont il fait également partie avait déjà joué le « Blutlied » lors d’un autre concert, en Italie. Cette chanson serait « presque un hymne et serait régulièrement chantée lors de ce type de concerts ». Cela semble donc de la préméditation et non pas une présomption de préméditation. La présomption ne concernait donc que les cinq ou six volontaires. Contrairement à la supposition du juge Näpfli, ce genre de manifestation n’est pas interdite en Suisse, et jusqu’ici on ne s’en doutait même pas. Le jugement de Brigue – quinze ans après l’introduction de la norme pénale sur la discrimination raciale – est le premier jugement contre les organisateurs d’un concert de skinheads nazis. De la dureté donc pour les volontaires et de l’indulgence pour les organisateurs responsables. Le vaudois Olivier Kunz, par exemple, actif depuis une quinzaine d’années dans le milieu, ne doit pas purger la peine prévue (12 mois de prison). Le juge Näpfli ne peut pas faire de pronostic, toutefois pour « raisons préventives spéciales » il prévoit la convertir en une peine privative de liberté absolue. Ces « raisons préventives spéciales » ne sont pas expliquées.

Ces « dispositions préventives spéciales » le juge Näpfli ne les explique pas.
Plusieurs des condamnés ont fait appel au tribunal cantonal. Le procès a eu lieu mi-novembre mais le jugement n’était pas connu le jour du délai rédactionnel.

Indiziert

Indiziert est actuellement la formation musicale la plus connue de ce milieu en Suisse et elle s’est déjà produite à plusieurs reprises à l’étranger. En 2009, le groupe ne s’est semble-t-il produit que deux fois. Une fois fin juillet lors du lancement de leur disque « Das riecht nach Aerger » et une seconde fois en septembre lors du mémorial ISD (13) à Vérone en Italie. Dans leurs nouvelles chansons les musiciens d’Indiziert parlent de « honte raciale » et de « trahison raciale », critiquent le « flot de sang-mêlé » et font des rimes du genre « Saalschlacht, Saalschlacht, die anderen werden plattgemacht ».

Organisations politiques

Pour la première fois depuis la défaite du parti national-socialiste en Allemagne, la Suisse abrite un parti d’extrême droite qui perdure depuis une décennie. Début septembre 2010, le PNOS fêtera en effet son dixième anniversaire. En Suisse romande, ce sont les Identitaires qui représentent une force politique. Ils sont liés à la mouvance française qui s’est constituée en parti en automne 2009.

Le parti nationaliste suisse (PNOS)

Environ 150 personnes se sont rassemblées par surprise devant le palais fédéral le 8 mars 2009. Le parti nationaliste suisse PNOS avait demandé aux autorités de Burdorf une autorisation de manifester contre la norme pénale sur la discrimination raciale. (14) Mais suite à l’annonce d’une contre-manifestation, le conseil communal n’avait autorisé finalement qu’une déclaration sur la place publique. Les organisateurs ont alors brusquement changé de programme et sont apparus sur la place du palais fédéral après une courte marche à travers la vieille ville. Sans obtenir beaucoup d’attention du public, Dominic Lüthard a le premier délivré son message : « Camarades, nous sommes rassemblés ici à l’endroit où nous prendrons un jour le pouvoir »

Quelques semaines avant cet événement, cinq membres du PNOS (Denise Friedrich, André Gauch, Michael Haldimann, Adrian Spring et Dominic Bannholzer avaient été jugés pour infraction à la norme pénale contre la discrimination raciale, car ils étaient responsables de la publication sur leur site de la ligne politique du parti (modifiée dans l’intervalle), laquelle déclarait que c’était une erreur de penser « que chaque personne devrait avoir les mêmes droits dans chaque pays du monde ».

Le parti nationaliste Suisse PNOS est aujourd’hui une force politique incontestée pour le milieu des extrémistes de droite en Suisse alémanique, même si le parti n’est actif et organisé que dans les cantons de Bâle (en particulier Bâle campagne), Berne, Lucerne, Schwyz, à quoi s’ajoute le portail d’informations « Infoportal Aargau ». Cette formation politique ne dispose que d’un seul siège au conseil législatif de la ville de Langenthal. Fin 2009, le PNOS déclarait sur sa page internet qu’il pouvait « rallier plus de 300 membres à sa cause », une affirmation difficile à vérifier.

Le parti se réclame d’un « socialisme confédéral ». Il souligne les inégalités sociales présentes en Suisse, critique le capitalisme, tout en offrant des réponses tantôt nationalistes tantôt racistes à ces questions. Ainsi, le parti préconise l’interdiction « des loges et des alliances secrètes », l’installation d’un « Staatsoberhaupt » (chef de l’Etat), dont la position vis-à-vis du Conseil fédéral et du parlement devrait être renforcée. Le gouvernement devrait être élu directement par le peuple pour une durée indéfinie. Le PNOS voit la Suisse comme une « entité culturelle et ethnique » et exige une politique des étrangers « tenant compte de principe ethno-pluralistes ». Cela signifie entre autres que les étrangers, originaires de cultures non-européennes ne peuvent qu’exceptionnellement obtenir la citoyenneté (et donc les droits politiques). Le PNOS exige en outre l’abolition de la norme pénale sur la discrimination raciale, critique les droits de l’homme dans leur prétention « universaliste » comme étant une « notion contraire à la nature humaine, parce qu’elle veut nier l’existence de peuples et des cultures » (15).

Le bulletin du parti Zeitgeist a publié en 2009 des textes de membres du parti tels que Michael Vonäsch, Michael Haldimann, Denise Friedrich, mais également des contributions d’auteurs étrangers comme l’extrémiste de droite allemand Jürgen Schwab ou Reinhold Oberlercher. Des sympathies national-socialistes apparaissent occasionnellement. L’adjoint de Hitler, Rudolf Hess, y est loué comme un « martyre de la paix » et ceux qui « gardent l’héritage de Hess vivant » (16) sont remerciés. Parfois apparaissent aussi des interprétations révisionnistes de la seconde guerre mondiale selon laquelle c’était « l’intention des nations de l’ouest – France, Angleterre, Etats-Unis – de détruire l’Allemagne comme superpuissance et de la ramener à la situation antérieure à Bismarck. (17)

Fin 2009, le PNOS disposait de sections dans l’Oberland bernois, dans l’Emmental, à Bâle, Schwyz et Fribourg, quoi qu’on ne lui connaisse pas d’activité dans ce dernier canton. A cela s’ajoute des sections locales à Langenthal et Willisau. La section locale de Küssnacht am Rigi est devenue la section cantonale en automne 2009. Le portail d’information « Section Infoportal Aagau » continue d’exister. On peut y lire que « la fondation d’une nouvelle section du PNOS dans le canton d’Argovie est prévue pour l’été 2009 », mais que « pour éviter le renforcement de la droite nationaliste dans le canton », la police cantonale a « utilisé des méthodes fascistes comme la menace de violence, déportation, interdiction dans certaines zones et tentatives de manipulations ». L’éditeur-rédacteur responsable pour la page internet est Kevin Mareque de Windisch (AG), il œuvre également comme porte-parole du parti PNOS au niveau suisse.

Parmi les représentants du PNOS on trouve trois membres de la direction centrale du parti, Denise Friedrich (membre du Kampfbund Nationaler Aktivisten), André Gauch et Dominique Lüthard (également musicien du groupe « Indiziert »). Marco Gaggioli et Marcel Gafner sont au comité de la section de l’Oberland bernois, Philippe Eglin, Jasmine Eminger et Michael Hermann sont au comité de la section cantonale bâloise. Dans la section de Schwytz il n’y a qu’un membre, le « président » Dani Herger. Denise Friedrich siège également toute seule au comité du groupe d’Emmental depuis que que Markus Martig a quitté la section locale aussi bien que le parti. A Willisau (Michael Vonäsch et Dani Wütrich) et à Langenthal (Dominique Lüthard, Raphael Würgler et Tobias Hirschi), les membres du PNOS sont un peu moins isolés.

Outre Markus Martig, d’autres membres du PNOS ont disparu de la scène dont les deux activistes de la section de Küssnacht am Rigi, Roland Renggli et Dani Schnurrenberger. Timotheus Winzenried qui avait été élu au conseil communal de Langenthal en 2008, a quitté sa fonction et le parti. Son successeur est en fait son prédécesseur, Tobias Hirschi, cantonnier de son état. La candidature du mécanicien au chômage de 46 ans Georg Jaggi, qui était candidat à la présidence du conseil de Langnau am Albis (18) a également un caractère anecdotique. Interrogé par le journal local il avait déclaré : « Je veux représenter la race allemande ». (19) Le PNOS n’a pas de section à Zurich ni à Langnau. Les quinze voix nécessaires pour se porter candidat, Jaggi les a réunies en faisant du porte-à-porte et en présentant ses idées. Après quelques hésitations, le PNOS s’est distancé de Georg Jaggi dont les idées ne rejoignent pas la pensée moderne du PNOS. A savoir, le PNOS ne se réclame plus du racisme biologique mais s’appuie sur la conception culturaliste du racisme de la nouvelle droite.

Identitaires de Romandie et Identitaires genevois

Dans les pays de l’Europe francophone, une nouvelle mouvance s’est développée au sein du camp d’extrême droite qui se nomme les « Identitaires » et en appelle à une « identité européenne et blanche » tout en se positionnant contre l’immigration en provenance des autres continents. En France, un groupuscule de militants « Les Identitaires » s’est formé et s’est fait remarquer par des actions spectaculaires. En 2009, les Identitaires de Romandie ne se sont pas manifestés. La section genevoise est en revanche très active. Après s’être appelée quelque temps « Les Jeunes Identitaires Genevois », ils s’appellent désormais « Jeunesses Identitaires de Genève ». Deux de leurs représentants Jean-David Cattin et Benjamin Perret sont également actifs en France. Jean-David Cattin était co-responsable du « Camp Identitaire 2009 » qui s’est déroulé à la mi-août dans la région parisienne. Depuis février 2009, Cattin était « secrétaire général » des « Identitaires ».

Les Identitaires veulent non seulement enrôler les esprits mais également les corps. Ainsi s’exercent-ils durant ces camps à diverses techniques de combat. Peu avant Noël, un participant genevois s’est exprimé lors d’un meeting interne sur le thème la vie est un combat : « La vaillance, la détermination, l’abnégation, démontrée par les combattants tout au long de cette journée symbolisent parfaitement l’état d’esprit de cette autre jeunesse que les Jeunes Identitaires incarnent. Une jeunesse bien décidée à forge elle-même son avenir. » (20)

Les « Jeunes Identitaires genevois » s’unissent autour d’un discours qui reprend les thèses de la « Nouvelle Droite » d’inspiration raciste, à savoir que les Identitaires n’ont rien contre les autres peuples ou religions (Islam), pour autant que ces derniers demeurent dans leurs régions d’origine. Les «racistes» sont ceux qui cherchent à «gommer les différences». (21) En conséquence, les Jeunes Identitaires proposent « de stopper immédiatement l’immigration légale qui n’est pas européenne, fixer un moratoire dans le domaine de l’asile et procéder à l’expulsion immédiate des clandestins ».

Groupements à la périphérie du PNOS

Dans le sillage du PNOS se trouvent diverses « Kameradschaften » (camaraderies), dont les membres sont aussi actifs au sein du PNOS. Il y a par exemple la Helvetische Jugend avec sa section dans l’Oberaargau et l’Oberland bernois ainsi que le Waldstätterbund, actif dans les cantons d’Uri, Schwyz et Unterwalden.

Helvetische Jugend

La principale apparition de la Helvetische Jugend en 2009 a été sa participation à la marche des extrémistes de droite lors de la fête de la lutte de Sempach. Le service d’ordre des extrémistes de droite portait, comme l’année précédente, des T-shirts de la Helvetische Jungend. Avec des étoffes fixées sur des bâtons, ils ont tenté d’empêcher le travail des photographes et des cameras. Sinon les activités de la HJ étaient peu visibles. La page internet ne contenait pas d’information sur des activités propres. Le « Nationaler Beobachter Berner Oberland » a annoncé la fondation dans l’Oberland bernois d’une section de la Helvetische Jugend. « Ainsi la relève de la HJ dans l’Oberland sera intégrée et dépendra politiquement des sections locales du PNOS. D’autre projets comme l’envoi de CDs et la page NB-Oberland.ch demeurent indépendantes et servent avant tout au financement de nos activités et projets politiques ».

La Helvetische Jugend a parfois des contacts avec l’étranger. Mi-septembre 2009, un car rempli de nationalistes s’est rendu, selon leur site, dans la petite ville de Pössneck à la « fête des peuples », organisée par le NPD. L’argovien Pascal Trost s’est exprimé comme délégué suisse. Ce dernier a d’abord été actif auprès du parti de la liberté, puis des Jeunes UDC, jusqu’à ce qu’on lui demande quitter ce parti.

La Helvetische Jugend a été créée début juillet 2004 dans la région d’Oberaargau (Langenthal et région) dans le canton de Berne. Parmi ses buts figurent sur sa page internet “la fin du multiculturalisme”, grâce entre autre à “l’expulsion d’étrangers dangereux et la limitation du nombre d’étrangers” sur le territoire suisse. Plus loin il est question de “l’internement pour les demandeurs d’asile” et d’une “meilleure éducation plus neutre dans les écoles suisses » (où il faudrait cesser toute propagande en faveur de Lénine et de Staline et séparer les élèves parlant allemand de ceux qui ne le parlent pas). Enfin, il faudrait mettre un terme à la « désinformation gauchiste et à la terreur des médias, car il faut plus de journalistes neutres ».

Waldstätterbund

La révolution française, la liberté, l’égalité, la fraternité sont intolérables pour les extrémistes de droite et pour les activistes du Waldstätterbund (WB). Mi-septembre 2009 le WB a mobilisé environ trente personnes pour une déclaration concernant l’invasion des français dans le canton de Nidwald. Le porte-parole du WB Dani Herger a appelé à « la destruction du libéralisme et de sa fausse tolérance ». (22) Les membres du WB ont participé à une manifestation du PNOS contre la norme pénale sur la discrimination raciale (23) et à la marche des extrémistes de droite à Sempach. (24) La marche des extrémistes de droite de Morgarten (25) a été organisée par le Waldstätterbund.

Le Waldstätterbund a été fondé début mai 2008. En fait partie la Kameradschaft d’Uri, qui existe depuis longtemps, ainsi que la Kameradschaft de Schwyz fondée en octobre 2008 ainsi qu’une section d’Unterwald. Le WB se considère comme un «groupement de tous les jeunes qui ne sont plus prêt à tolérer les injustice sociales dans leur ville et leur région sans faire quelque chose ». Parmi les objectifs du WB figure «une économie sociale locale au lieu de la dictature du capitalisme. A bas l’impérialisme économique américain, à bas l’illusion du monde unifié (one world) ». Il considère aussi que « l’immigration n’est pas une richesse, elle conduit à la destruction irrévocable des peuples et des cultures ». Le seul représentant connu de cette mouvance est Dani Herger, devenu dans l’intervalle le président du PNOS région Schwytz.

National Beobachter Oberland/Nationale Sozialisten Berner Oberland

Fin 2009, la page du „Nationaler Beobachter Oberland“ a décidé de fermer en raison de „manque de temps et aussi de manque d’intéret de la part des membres“. Les informations concernant les activités de la région seront désormais relayées par la section régionale de la Helvetische Jugend.

Depuis l’été 2008, le Nationale Beobachter Oberland est apparu sur internet, réalisé par un groupe de « nationaux socialistes de l’Oberland bernois ». Son but est la « libération des gens de ce système d’exploitation capitaliste». Ils voient leur activité « politico-culturelle » comme une évidence pour maintenir l’indépendance d’une région chère à leur cœur et qui habitée, animée et gouvernée par son peuple. «Nous nous reconnaissons comme nationaux socialistes, mais ne craignons aucunement le contact avec le public. Celui qui ne veut pas débattre avec nous, nous l’obligeons justement à débattre». Sur la page d’accueil du Nationaler Beobachter Oberland apparaissent régulièrement des textes sur des concerts ou des manifestations des extrémistes de droite. Le membre le plus actif est Mario Friso, déjà engagé précédemment dans le Bund Oberland et le PNOS.

Kampfbund Nationaler Aktivistinnen KNA

Les femmes ont de la peine à faire entendre leur voix dans la mouvance d’extrême droite, et elles y jouent le plus souvent un rôle subalterne. L’activité du Kampfbund Nationaler Aktivistinnen KNA n’était pas visible en 2009, si ce n’est par sa page d’accueil régulièrement actualisée, invitant à participer aux marches de Sempach et du Grütli et défendant par ailleurs une vision de la famille traditionnelle. Le discours du KNO n’échappe pas à une certaine contradiction.
D’une part, il souhaite des femmes indépendantes qui participent à la « lutte nationale contre l’asservissement des peuples par le capitalisme », mais qui continuent, selon une vision traditionnelle, à occuper leur rôle de femmes et de mères. Une famille intacte est pour le KNA « le plus grand des bonheurs ». Et d’une manière générale, « les femmes sont supérieures aux hommes dans le domaine de l’empathie, de la compréhension, de la communication et de la responsabilité, l’ordre et l’endurance ». Le KNA déclare que le féminisme est « l’ennemi des femmes », et « de loin dépassé ». « Nous devons encourager une nouvelle féminité émancipée et arrêter l’extinction de la race. »

Le KNA a été créé en juillet 2007 (26). L’unique porte-parole de ce groupe a été pour l’instant Denise Friedrich, membre du comité directeur du PNOS. Début 2008, le KNA a déclaré qu’il voulait « élargir le cercle des activistes, pour atteindre si possible un large public.» Cet objectif ne semble pas avoir été atteint.

Groupements sans liens avec le PNOS

Heimatbewegung

Bien que le groupement existe depuis plusieurs années, il n’a pas fait parler de lui en dehors de sa présence sur internet et de la participation de certains de ses membres à la marche organisée en marge de la fête de la lutte de Sempach. Fin 2009, la Heimatbewegung a annoncé que ses sympathisants et activistes se réunissaient mensuellement pour « planifier des actions concrètes comme des tracts, des manifestations et pour nouer des contacts amicaux entre eux». La première rencontre devait avoir lieu mi-janvier dans la région zurichoise. Selon un livre des visiteurs, il y aurait aussi eu une rencontre avec allocution le 26 novembre 2009 et des préparatifs pour une fête du solstice d’hiver.

Par ailleurs, la Heimatbewegung, fondée en 2004 ou 2005 – joignable via une boîte postale à Dübendorf – ne s’est pas manifestée publiquement. La Heimatbewegung vise la dissolution de la Suisse quadrilingue, car elle défend en priorité les intérêts et la survie de la “population alémanique”, à savoir “pour un Etat populaire représentant les limites actuelles de la Suisse alémanique”. Sinon, les points principaux du programme sont – comme c’est généralement le cas pour les groupements d’extrême droite – le soutien à la Suisse rurale, le rétablissement de la peine de mort, l’abolition du droit d’asile, le frein total à l’immigration, l’interdiction de toute forme d’intégration des étrangers ainsi que l’arrêt complet des procédures de naturalisation.

Activités politico-culturelles

Divers activistes et organisations se réclament d’une idéologie d’extrême droite mais ne participent pas forcément à la politique institutionnelle et ne se présentent pas aux élections. Ils s’occupent de promouvoir leur idéologie par un travail de formation et de réseautage. On peut citer ainsi le cercle Avalon ou Gaston-Armand Amaudruz avec son journal le Courrier du Continent, mais aussi le couple vaudois Paschoud avec son journal Le Pamphlet.

Le Cercle Avalon

Fin mars 2009, le Cercle Avalon a organisé à Soleure une conférence sur l’adjoint d’Hitler Rudolf Hess, d’après une mention faite de cet événement dans le Courrier du Continent (27) de Gaston-Armand Amaudruz. L’assassinat de Hess par les Anglais avait été «préparée de main de maître » écrit Amaudruz. D’habitude, la société Avalon s’arrange pour qu’aucune information ne filtre concernant ses activités, hormis les informations disponibles sur sa page internet. Ces rencontres réunissent de jeunes Skinheads avec des tendances d’extrême droite avérées ainsi que des négationnistes.

Le « primus» de la société Avalon, Adrian Segessenmann, né en 1979, est un activiste de longue date dans les milieux d’extrême droite. En 1995, à l’âge de seize ans, il avait déjà participé avec un groupe de Skinheads, à une agression lors d’un «Festival pour la compréhension entre les peuples» à Hochdorf. Au printemps 1999, il avait organisé avec Roger Wüthrich une conférence sur les Waffen-SS, qui avait amené le Tribunal fédéral à redéfinir le «caractère public de l’acte» relatif à la norme pénale sur la discrimination raciale : est public tout ce qui ne se déroule pas dans un cadre privé. Mi-septembre 2008, il s’est exprimé lors de la « Fête des peuples» à Altenburg/Allemagne. Il est l’un des rares extrémistes de droite en Suisse à être reconnu à l’étranger.

Le Cercle Avalon a été créé en 1990 par Roger Wüthrich, précédemment dirigeant de la “Jeunesse Viking suisse” et par Andreas Gossweiler, actif à l’époque dans divers mouvements d’extrême droite. (28)

Les « Notices » de Max Wahl

En 2009, Max Wahl a publié au moins quatre de ses «notices» pour «un cercle d’amis et d’anciens abonnés au Eidgenoss». Ce serait, comme il le dit dans son éditorial « seulement pour conserver ses relations ». De l’été 2006 à 2009, la quasi intégralité des notices ont été reprises et publiées en format pdf sur le site d’un antisémite allemand, amateur de théories de la conspiration. Difficile à dire si Max Wahl, qui a aujourd’hui 86 ans, a mis un terme à son activité de calomniateur ou a renoncé à la diffuser. Pour le reste, ses thèses sont restées les mêmes. Wahl veut blanchir l’Allemagne nazie de la culpabilité de la guerre (« La guerre de la Pologne contre le Reich allemand »), (29) il déclare que l’Allemagne est un pays occupé actuellement par « les suppôts du régime Merkel, dont les acteurs ne peuvent même pas prouver leur appartenance au peuple allemand par leur passeport. (30) Rien n’a donc changé. Il y a quelques années, l’écrivain Peter Stamm de Winterthur écrivait au sujet de Max Wahl et de son Eidgenoss (à l’époque où ce dernier avait suspendu la publication du Eidgenoss en raison de la norme pénale sur la discrimination raciale) que : « Ces dix dernières années le Eidgenoss est plus un bulletin de santé qu’un journal. Wahl y parle presque exclusivement de la seconde guerre mondiale. Dans sa paranoïa progressive, il parle de la « déclaration de guerre des juifs à l’Allemagne » à partir de 1933, de la « croisade pour l’américanisation et le bolchévisme avec du matériel de guerre et l’aide de traîtres allemands ». La déportation des juifs et selon lui un mensonge. A son avis Hitler avait un talent créatif et « une vision qui allait bien au-delà de son temps ». Les néonazis sont selon lui « déguisés par les médias pour être envoyés dans la rue pour y être filmés et photographiés ». (31)

Max Wahl (32), né en 1923, fondateur en 1975 de la Eidgenössich-Demokratischen Union EDU, avait cessé officiellement de publier son cahier « Der Eidgenoss » fin 1994, lors de l’entrée en vigueur de la norme pénale sur la discrimination raciale. Il continue cependant à s’adresser aux antisémites, aux ennemis de la franc-maçonnerie et aux amateurs de conspirations, comme par exemple ces excentriques qui rêvent des disques volants allemands, qui auraient soi-disant été sauvés par des nazis convaincus dans les derniers jours de la deuxième guerre mondiale et qui désormais attendent sous la terre dans un lieu appelé « Neuschwabenland » la renaissance d’un Reich nazi (33).

Le « Courrier du Continent » – Gaston Armand Amaudruz

Le contenu de ce pamphlet est le même depuis des années. Dans la partie “bloc-notes”, Amaudruz tire des citations des journaux qu’il assortit de commentaires sardoniques. Mais dans cette rubrique, il donne également des informations (y compris adresses) de nouvelles publications de l’extrême droite et de ce fait contribue à la mise en réseau de ce milieu. Puis viennent des rubriques habituelles sur la “criminalité” ou sur la “Lois-baillon” (c’est ainsi qu’Amaudruz désigne la norme pénale suisse sur la discrimination raciale). La dernière page est occupée par l’article principal, dans lequel il propage ses vues racistes, antisémites et ses idées négationnistes. Ce type de commentaires a valu à Gaston Armand Amaudruz deux séjours de trois mois en détention voici quelques années. Le Courrier du Continent publie en outre quelques textes de collaborateurs.

Le Courrier du Continent est paru pour la première fois en 1946 et est rédigé et publié depuis une cinquantaine d’années par le fasciste lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Pendant des décennies, ce cahier était l’organe officiel de NOE, une petite organisation raciste dont Amaudruz était l’un des principaux animateurs. Le Courrier du Continent continue à être publié aujourd’hui à quelques centaines d’exemplaires.

Recht + Freiheit – Ernst Indlekofer

Officiellement, Recht+Freiheit est publié par un certain Presseclub Schweiz, mais de facto c’est bien le bâlois Ernst Indlekofer, (34) désormais âgé de presque septante ans, qui est principalement responsable de ce cahier d’une dizaine de pages par édition. Il y a généralement cinq éditions dont quatre numéros doubles. Outre la signature de Doris Auerbach, on recense principalement des hommes comme Max-P. Morf et le négationniste Bernhard Schaub, Albert Lämmel de nationalité allemande, Winifred Dentler, Rigolf Henning, Gerd Schultze-Rohndorf et Gerhard Spannbauer. Recht + Freiheit a en outre publié deux discours du président de la République islamique d’Iran.

Cette année encore, l’éditeur a convoqué les membres de son association à une « assemblée générale » le 29 août 2009 et comme précédemment les membres devaient au préalable demander leur « carte d’entrée personnelle ». (35) Comme les années précédentes, rien n’a filtré dans les médias de cette assemblée générale.

Le pamphlet – Mariette et Claude Paschoud

Rien de nouveau au sujet du bulletin « Le pamphlet » qui paraît dix fois par année et présente sur quatre pages des articles d’opinion sur des thèmes communs à la droite bourgeoise. Mariette continue à diffuser des messages de sympathie aux négationnistes, quoique de façon moins fervente que par le passé. Avant Noël, elle a appelé les lecteurs à écrire aux négationnistes qui doivent passer les fêtes de Noël « derrière les barreaux ». (36) Outre le couple Paschoud, Michel Preux contribue également au Pamphlet sous des pseudonymes comme Pollux, Max l’Impertinent, le pinailleur ou Louise Cougnard.

Fondé par Claude Paschoud, le Pamphlet paraît depuis 1970. Le feuillet a connu par moment une diffusion plus importante, atteignant 2’000 exemplaires. C’était en 1986, à l’époque où Mariette Paschoud, enseignante dans le secondaire, était apparue aux côtés du négationniste Henri Roques lors d’une conférence de presse à Paris où il avait, selon Mariette Paschoud, « apporté une contribution sérieuse, objective et importante à la recherche de la vérité » concernant l’holocauste. Roques niait simplement l’existence des chambres à gaz en étayant ses affirmations sur l’existence de sources sûres.

Portails d’information

En Suisse, les portails d’informations diffusent avant tout des communiqués d’organisations qui se considèrent comme faisant partie de cette mouvance. Les articles originaux ou les prises de positions sont rares. Le portail « AlterMedia Schweiz : Freie Stimme » n’a presque plus d’activité. Il n’y a eu qu’une seule contribution au cours de l’année 2009 : le discours du président du PNOS de Bâle, Philippe Eglin : « Le mur est tombé : la surveillance s’est maintenue ». L’allocution se terminait de façon pathétique : « Nous lutterons jusqu’à la dernière goutte de sang, pour une Europe et un pays libre. Les nationalistes libres ne se laissent pas mettre sous le joug. Nous allons nous lever et détruire ce système. »

Altermedia Suisse/Novopress.info Suisse

Le site Novopress.info fonctionne de la même manière que le portail gauchiste « Indymedia » et le site d’inspiration raciste AlterMedia. Il est géré par des personnes inconnues, comporte des liens avec l’étranger et s’oriente contre les médias traditionnels en adoptant un point de vue de droite contrairement à Indymedia. Il veut combattre la pensée unique et l’information dominante, deux notions développées par la nouvelle droite. Le site est enregistré sous le nom de Fabrice Robert, un représentant des Identitaires français. On ignore qui gère la partie helvétique du site. Novopress Suisse diffuse avant tout des rapports de tiers, comme par exemple les communiqués de presse de l’UDC et des Identitaires genevois, ainsi que des commentaires provenant de blogs de journalistes de droite comme Philippe Barraud (« commentaires.com »). Les textes publiés se rapportent souvent aux thèmes de prédilection des milieux nationalistes et conservateurs (Nouvelle Droite), à savoir l’immigration, l’islam et la criminalité.

Négation de l’Holocauste

Les négationnistes nient trois faits historiques avérés: premièrement qu’un plan destiné à éliminer les juifs d’Europe ait été élaboré, deuxièmement que des chambres à gaz aient été construites pour éliminer les victimes et, troisièmement, que la persécution des juifs par les nazis se soit soldée par la mort de plusieurs millions de victimes.

En Suisse, comme dans beaucoup d’autre pays, les négationnistes ne se sont plus guère manifestés en 2009. De fait, les négationnistes sont en crise depuis plusieurs années, parce que leur déclarations se sont mise à tourner en rond et que beaucoup de leurs représentants comme Germar Rudolf, Ernst Zündel ou Horst Mahler ont été condamné à des séjours d’une durée plus ou moins longue en prison, lorsqu’ils ne se soient pas soustraits à leur peine en fuyant à l’étranger comme le bâlois Jurgen Graf. Malgré cette crise et le manque de relève, les négationnistes ont répandus leurs vues niant ou du moins minimisant l’holocauste dans l’ensemble de la mouvance d’extrême droite.

Jürgen Graf

Le plus connu des négationnistes suisses, Jürgen Graf, vit toujours à Moscou. Il a publié deux textes en 2009. L’un est un règlement de comptes avec l’historien très controversé David Irving, admirateur d’Hitler, l’autre est une conférence que Graf a tenue mi-avril 2009 devant 21 auditeurs dans le cadre d’une « Université privée» fondée à Moscou par le politicien de droite aux allures troubles Wladimir Schirinowski. Graf y reprend ses thèses habituelles à savoir que « l’ouest a adopté une nouvelle religion d’état, la religion de l’holocauste ». Il mentionne qu’il a d’abord été athéiste, puis qu’il est devenu chrétien (les rumeurs concernant son appartenance à une obscure secte chrétienne ne sont pas confirmées). Graf s’est également manifesté en Russie en publiant en langue russe un ouvrage portant sur la banqueroute du nouvel ordre mondial (Krach mirowofo porjadka). Son influence dans les milieux d’extrême droite en Suisse est donc très réduite.

Il existe toujours un comité de soutien au négationniste français Vincent Reynouard joignable via une case postale à Montreux. On ne connaît pas d’autre activité à ce comité en Suisse, hormis de rares nouvelles sur les procès des (présumés) négationnistes suisses.

Bernard Schaub

Fin octobre 2009, Bernard Shaub a opéré une réapparition lors du congrès de la coalition anti-censure (AZK) organisé par le sectaire Christe Yvo Sasek, Schaub s’est exprimé sur le thème « Qui profite de la loi anti-raciste ? » devant plusieurs centaines de personnes.
Son allocution lui a valu quelques bravos, des sifflements et quelques huées. Schaub s’est exprimé contre la notion d’égalité comme faisant partie intégrante des droits humains, la démocratie, le mélange des races et a justifié l’antisémitisme. La norme pénale sur la discrimination raciale mène à ce qu’une certaine posture, qui se considère comme meilleure, empêche toute discussion critique. Il a décrit Sigi Feigel, ancien président d’honneur de la Communauté israélite de Genève comme un « type arrogant », un petit « leader sectaire ». Il a également commenté la rencontre entre Sigi Feigel et Christoph Blocher précédant les votation sur la norme pénale sur la discrimination raciale (37) avec la remarque suivante : « Qui est-ce qui tient qui? Est-ce le chien qui remue la queue ou la queue qui remue le chien ? Sigi Feigel remue Christoph Blocher, l’Etat d’Israël remue les Etats-Unis d’Amérique ». Schaub a été applaudi à plusieurs reprises pour ses diatribes antisémites. Yvo Sasek l’a félicité lors de son départ pour son « discours courageux ». Lors de l’accueil, il avait déclaré que Schaub était doublement victime de la « calomnie sans précédent des médias ». Quelques semaines plus tard, Sasek a diffusé une vidéo des discours tenus.

Schaub diffuse sur sa page interne – et aussi via un partenaire allemand – une demie-douzaine de brochures. La collection s’appelle Ghibellinum-Bücherei, avec des titres comme « Europa », « La nationalité allemande », mais également sur les danses folkloriques, la « santé nordique », la « physique allemande ». Pour Schaub les « loi raciales de Nürenberg » sont toujours valables (38) et donc les juifs n’appartiennent pas au peuple allemand. Dans l’ensemble, les diverses brochures reflètent la représentation du monde de Schaub inspirée du national-socialisme.

Hans Stutz
Lucerne


(1) RAC est l’abréviation de Rock contre le communisme, utilisée fréquemment par les milieux musicaux rock diffusant l’idéologie de l’extrême droite
(2) Hans Stutz : Rechtsextremer, Waffenfreund, Strippenzieher. Rote Anneliese no 207, avril 2009, p. 14ss.
(3) Voir chronologie Appenzell, 13 octobre 2007
(4) L’affiche des moutons noirs et blancs a été reprise par le parti national-démocrate allemand (NPD), la Demorcracia National espagnole et la Lega du Nord italienne. Voir les illustrations dans « Racisme en Suisse » édition 2007, p. 17.
(5) « Les minarets sont des objets phalliques, on demande une sorte de circoncision pour avoir la paix », voir chronologie Orange/France, 17 octobre 2009.
(6) Hanz Stutz, « Es ist mir eine Ehre », la Wochenzeitung WOZ, décembre 2009, p. 1 et 3.
(7) Voir chronologie Beromünster LU, 27 janvier 2009.
(8) Le comité indépendant PIKOM a été fondé il y a quelques années par Philippe Müller, initiant de l’initiative des 18 % d’étrangers et aujourd’hui conseiller national radical-libéral. Il a néanmoins quitté le comité et a été remplacé par le parlementaire cantonal bernois Thomas Fuchs. Suite à la publication par Liebrand de ce document modèle, le vice-président du PKOM, l’avocat argovien Peter Homberger, a annoncé son retrait immédiat du comité.
(9) Voir chronologie Aarau, début décembre 2009.
(10) Rapport sur la sécurité intérieure de la Suisse, mai 2009, p. 42.
(11) Tour d’horizon complet et bien documenté de la scène du rock d’extrême droite dans Christian Dornbusch, Jan Raabe (Hg.), RechtsRock – Bestandsaufnahme und Gegenstrategien (Rock de droite – Etat des lieux et contre-stratégies), Hambourg/Münster, 2002
(12) Arrêt du Tribunal fédéral 6S.318/2003, publié sous ATF 130 IV 111ss.
(13) ISD sont les initiales de Ian Stuart Donaldson principal fondateur du mouvement Blood&Honour.
(14) Hans Stutz : PNOS darf demonstrieren, Der Bund, 26 février 2009. Voir aussi chronologie Burgdorf/BE, 8 mars 2009. L’allocution de Michael Vonäsch est publiée dans le Zeitgeist sous le titre „Die geistigen Fesseln sprengen!, mars 2009, p. 3ss (Le mois de mars porte par mégarde l’inscription février).
(15) Toutes les citations de ce paragraphe proviennent du « Programme du PNOS – pour un avenir social et confédéral ».
(16) Der Zeigeist, septembre 2009, p. 23.
(17 Willi Märki (éventuellement un psoeudonyme): Die Weltkriege, Der Zeitgeis, mars 2009, p. 9 (cette édition indique par mégarde le mois de février).
(18) Lukas Nussbaumer, membre du PNOS déclare „Elisez-moi, je suis au chômage », Tagesanzeiger, 23 décembre 2009, p. 15.
(19) Olivier Lutz: „Ich stehe zu meiner rasistischen Gesinnung“, dans Zürichsee-Zeitung district de Horgen, 23 décembre 2009.
(20) Communiqué du 21 décembre 2009.
(21) « En revanche, nous considérons comme racistes tous ceux qui cherchent à gommer les différences – et donc la diversité ethnique et culturelle qui fait la richesse de notre planète. » Publié sur le site internet le 13 janvier 2010.
(22) Voir chronologie Stans NW, 11 septembre 2009.
(23) Voir chronologie Burgdorf BE/Berne, 8 mars 2009.
(24) Voir chronologie Sempach LU, 27 juin 2009.
(25) Voir chronologie Morgarten ZG, 14 novembre 2009.
(26) Voir chronologie Welschenrohr SO, 21 juillet 2007.
(27) Courrier du Continent, no 510, mai 2009, p. 9.
(28) Voir Urs Altermatt/Hanspeter Kriesi : Rechtsextremismus in der Schweiz, Zurich 1995, p. 47 ss, et Peter Niggli/Jürg Frischknecht: Rechte Seilschaften, Zurich 1998, p. 58 ss.
(29) Notices (82) 31.08.2009, p.1.
(30) Notices (82) 31.08.2009, p.1.
(31) Peter Stamm: Heiliger Bimbam. Des „Eidgenoss“ ist tot, Nebelspalter 16 janvier 1995, mais encore www.peterstamm.ch/index. php?n=37&p=112 (entrée du 27 décembre 2009)
(32) Sur Max Wahl, voir Jürg Frischknecht, „Schweiz – wir kommen“. Die neuen Fröntler und Rassisten, Zurich, 1991, p. 121-123, mais aussi Fischknecht/Niggli/Haldimann, Die unheimlichen Patrioten, édition augmentée 1984, p. 746ss.
(33) La plupart des notices à partir de 2006 ont été publiées sur un site allemand de conspirateurs, souvent comme mauvaise copie.
(34) Sur la personne et l’action d’Ernst Indlekofer, voir Jürg Frischknecht : Politischer Hardcore, Klartext 2/1998
(35) Recht+Freiheit, numéro double 5/6, août 2007, p. 4
(36) Mariette Paschoud, Les nouvelles aventures …, Le pamphlet, no 390, p. 3.
(37) Voir résumé de Sigi Feigel dans la NZZ du 14 décembre 2003.
(38) Bernard Schaub : Der Staat der Deutschen, Ghibellinum-Bücherei 2. Dans le chapitre „Le Reich allemand peut renaître“ Schaub écrit que la nationalité allemande est facile à déterminer. Elle comprend tous ceux qui en mai 1945 possédaient la nationalité ou la bourgeoisie selon les lois sur la nationalité datant du 15 septembre 1935, ainsi que tous leurs descendants. Exactement comme tous les accords et traités conclus par la Bundesrepublik sont nuls et non avenus, de même il n’existe pas de citoyenneté de la Bundesrepublik, et encore moins de citoyens naturalisés ». (Page internet de Bernhard Schaub le 30 décembre 2009).

Racisme en Suisse en 2009/1

Zürich, 31 Décembre 2009

«Nous ne prenons pas de musulmans»

« Je connais une famille kosovare qui vit ici depuis des années et qui est naturalisée. Ce sont des musulmans et ils cherchent un appartement dans la région de Baden. Sans succès. Un bailleur leur a déclaré sèchement au téléphone : « Nous ne prenons pas de musulmans ».
Patrik Müller, rédacteur en chef du Sonntag, 30 mars 2009

Publié pour la première fois en 2009, le rapport « Incidents racistes traités dans le cadre de consultations en 2008 » donne des informations concernant la pratique de la discrimination dans la société suisse. Le rapport résume ainsi les différentes expériences :

1. La discrimination raciale touche tous les domaines et tous les cantons.

2. Le racisme, la xénophobie et l’intolérance sont un problème de société. Parmi les auteurs présumés d’actes racistes, on trouve des administrations publiques, des membres de la police, des particuliers, des entreprises, des groupements d’extrême droite ainsi que des internautes anonymes.

3. La discrimination raciale se fait souvent sur le mode verbal, elle peut être violente, et prend aussi la forme d’inégalités de traitement ou de refus de fournir des prestations.

4. Les personnes d’une autre couleur de peau sont le plus fréquemment victimes de violence raciste. Quant aux ressortissants du sud-est de l’Europe, ils sont souvent l’objet d’inégalités de traitement dans le secteur des loisirs ainsi que des restaurants, bars et discothèques. Les citoyens de pays d’Europe centrale – Allemands, Danois, Italiens entre autres – se sont également sentis discriminés en Suisse en raison de leur nationalité, et cela surtout dans les domaines du travail ou de l’éducation.

5. La plupart des personnes qui ont pris contact avec des services de consultation étaient des citoyens et citoyennes suisses ou des étrangers et étrangères bénéficiant d’un permis d’établissement.

6. Les hommes sont nettement plus représentés que les femmes parmi les victimes de discrimination raciale venues s’adresser à un des centres de consultation.

7. Les zones urbaines ont connu plus d’incidents racistes que les zones rurales, ou tout au moins ces épisodes ont-ils été plus souvent annoncés dans les centres de consultations situés en ville. (1)

Critiques des organisations internationales

En 2009, tout comme les années précédentes, la Suisse s’est retrouvée dans le viseur des organisations internationales pour sa politique à l’égard des étrangers et des minorités, et comme chaque année, l’UDC s’est récriée contre ces «ce genre d’ingérences dans des affaires intérieures» (2), par exemple dans le cas du rapport de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) (3). Cette dernière mentionne dans son rapport que «de nombreuses sources et nombreuses études mettent en lumière des problèmes de discrimination raciale directe pour ce qui est de l’accès à l’emploi, au logement, aux biens et services, et notamment à l’assurance-automobile ainsi que dans d’autres domaines tels que la naturalisation par voie de démocratie directe». (4) Le rapport s’en prend également à l’UDC «dont le discours politique a pris un tour vraiment raciste et xénophobe ces dernières années». Il mentionne en particulier les attaques répétées des membres de l’UDC contre les droits fondamentaux des étrangers et l’interdiction du racisme et de la xénophobie. Le rapport reconnaissait cependant que la Suisse avait fait des efforts dans ce domaine ces dernières années, par exemple dans la nouvelle loi sur les étrangers, afin de créer des conditions cadres qui encouragent «l’égalité des chances et la participation des étrangers à la vie publique». Le rapport constate néanmoins «qu’une variété de sources indiquent que les noirs on été la cible d’abus racistes et de profilage racial de la part de la police. Ce problème toucherait également d’autres personnes dont l’origine étrangère est visible.» (5)

Amnesty International dans son rapport 2009 sur les différents pays constate également que : «Des accusations de mauvais traitement pas la police ont été fréquentes. Le CERD s’est montré préoccupé par l’usage excessif de la force de la part de la police à l’égard des noirs.» Les organisations de défense des droits de l’homme ont également relevé le fait que la loi « n’offre pas de protection efficace contre la discrimination » et que « des lois restrictives inhibent l’application des droits économiques, sociaux et culturels des demandeurs d’asile et des migrants sans droit d’établissement, qui sont nombreux à vivre dans l’extrême pauvreté. (…) Les demandeurs d’asile déboutés sont également exclus du système d’aide sociale, ce qui a pour conséquence la une plus grande marginalisation et la grande pauvreté.» (6)

Racisme à l’encontre des noirs

Georg Kreis, président de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) constate depuis quelques années, avec raison, que «Les noirs se sentent en Suisse comme figurant tout en bas de l’échelle des groupes minoritaires méritant le maximum de protection, si tant est que l’on puisse établir une pesée des intérêts entre ces différents groupes.» (7) Mais le racisme à l’égard des noirs a rarement fait l’objet d’un débat public durant ces dernières années.

Les faits demeurent: les personnes d’une autre couleur de peau font l’objet de nombreuses formes de discrimination, quelle que soit leur origine. Qu’il s’agisse du marché du travail, de leur manque de représentation dans les médias (avant tout à la télévision), du fait qu’elles sont soumises à plus de contrôles dans la rue ou dans les transports publics, plus fréquemment menées au poste, soumises à des fouilles sur le corps ainsi qu’à des agressions verbales et physiques. (8) Mais il est rare que la communauté noire puisse faire état des discriminations subies dans les médias. (9)

Discrimination à l’égard des musulmans

«Elle a suscité des réactions très hostiles par exemple à la Banhofstrasse, pendant qu’elle regardait dans les vitrines en tenant son voile afin qu’il ne flotte pas dans le vent. « Dites-donc, qu’est-ce qui ne va pas?» demande un homme en manteau bleu foncé. Un petit groupe à la sortie du bureau fait des commentaires du genre «Vous l’avez vue celle-là ?» ou «C’est carnaval ou quoi ?». D’autres rigolent. Deux banquiers élégants qui fument devant un café. Le pire : deux types aux cheveux gominés dont l’un dit « hello » en passant tandis que l’autre fait claquer très légèrement le voile. Porter la burka – en Suisse cela signifie à la fois se dissimuler et devenir très visible. (…) Porter la burka me rend triste. Et carrément agressive après avoir acheté des tomates : sur les escaliers roulants certains s’arrêtent et crient : « C’est la dernière chose qu’on veut voir ici, il faut l’enfermer ». Ce n’est ni une marginale, ni une folle.

La journaliste Carola Koch relate son expérience après avoir porté une burka. NZZ am Sonntag, 10 janvier 2010.

Ces dernières années, les musulmans sont entrés presque partout en Europe dans la ligne de mire des xénophobes et des racistes. «Beaucoup de musulmans européens – indépendamment de leur origine ethnique et de leur attitude à l’égard de la religion – subissent des discriminations dans le domaine professionnel, de la formation et de l’habitat», tels sont les résultats d’une importante étude de l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) publiée fin 2006. La discrimination des musulmans fait appel aussi bien à l’islamophobie qu’à des réactions racistes et xénophobes, car les différentes attitudes vont souvent de pair. L’antipathie à l’égard des musulmans doit donc être considérée dans le contexte général de la xénophobie et du racisme à l’égard des minorités et des migrants.

En Suisse, ce sont en particulier les représentants du mouvement nationaliste et conservateur ainsi que des chrétiens fondamentalistes qui manifestent régulièrement leur islamophobie. Dans le milieu d’extrême droite, quoique son influence reste marginale, le racisme anti-musulman est une composante de l’idéologie.

« Avec cette initiative, il ne s’agit de rien d’autre que de dénigrement »

Marlies Bänziger, vous étiez l’une des rares politiciennes de gauche qui a combattu énergiquement l’initiative sur l’interdiction des minarets sur le podium face à Ulrich Schlüer, le principal supporter de l’initiative anti-minarets. Est-ce qu’il est parvenu à vous convaincre ne serait-ce qu’un peu ? Marlies Bänziger : «Non. A un moment donné j’ai dit stop, c’est une affaire qui n’est pas anodine. Je l’ai engagé à me dire ouvertement de quoi il s’agissait. Il a alors répondu «Scharia». J’ai répondu que ce n’était pas le sujet de la discussion. Il a dit « Islam », j’ai répondu que ça n’était pas non plus le centre du débat. Dans la question des minarets il s’agit de la définition qu’on donne à une tour jouxtant un bâtiment à vocation religieuse. Schlüer a haussé les épaules. Pour moi c’était clair : avec cette initiative il ne s’agissait de rien d’autre que de dénigrement. » (10)

1’534’054 votants ont écrit «oui» sur leur bulletin de vote fin novembre 2009. Ils représentaient 57% des votants en tenant compte d’une participation de 53,4 %. Ils ont entériné une nouvelle formulation de la constitution qui déclare que : «La construction de minarets est interdite». L’analyse VOX qui a suivi a constaté que les votants proches de la gauche et des verts avaient pour la plupart rejeté l’initiative, tandis que les représentants du centre bourgeois et des partis de la droite bourgeoise l’avaient massivement soutenue. Les partis du centre avaient donné la consigne de voter «non» à l’initiative. En revanche, exception faite du parti radical, ils avaient largement renoncé à une campagne de votation. On constatait en revanche très peu de différences dans le comportement des votants en ce qui concerne l’âge, le sexe, la religion (réformée ou catholique). En revanche le niveau d’éducation a joué un rôle: plus leur niveau était élevé, moins les votants ont soutenu l’initiative. Les gens sans affiliation religieuse ont également rejeté l’initiative. Enfin, les votants des régions rurales ou des petites villes ont été plus nombreux à se déclarer en faveur de l’initiative que les votants des zones urbaines. Les votants favorables à une restriction des droits des étrangers ont été quasi unanimes à soutenir l’initiative, tandis que les personnes qui se déclarent en faveur d’une égalité des droits entre Suisses et étrangers ont été environ 40% à déposer un «oui» dans l’urne.

L’acceptation de l’initiative sur l’interdiction des minarets a reçu un large écho hors de nos frontières, entre autres auprès des organisations islamophobes de divers pays. Beaucoup de groupes d’extrémistes de droite ont repris la grossière affiche des initiants. Pour le Front national français, elle ne se dressait pas seulement contre les minarets, mais contre «l’islamisme». (11) Beaucoup d’activistes suisses ont créé des contacts avec les organisations islamophobes à l’étranger, dont le conseiller national UDC valaisan Oskar Freysinger et le député au parlement cantonal argovien Andreas Glarner.

Antisémitisme

Pour citer Georg Kreis, l’antisémitisme occupe dans le contexte plus large du racisme une place particulière. «L’antisémitisme est une des formes de racisme à la fois les plus marquées, les plus cachées et les plus thématisées. En ce sens c’est un motif raciste qui s’entretient lui-même, quoique l’on fasse et quelles que soient les circonstances». (12) En 2008, l’entrée des troupes israéliennes dans la bande de Gaza a réactivé un antisémitisme latent, qui s’est tassé à nouveau après la fin des actions militaires.

Ces dernières années, de nombreux sondages ont tenté de saisir la mesure de l’antisémitisme en Suisse, avec des résultats très variables. En 1998, un sondage était parvenu à situer l’antisémitisme autour de 7 %, en 2000, un autre sondage parvenait à 16 %, et en 2006 une étude du fond national indiquait qu’il y avait 22% de misanthropes, dont des antisémites. Tous ces sondages se basaient sur une multiplicité de critères – parfois difficiles à vérifier. En 2007, l’institut bernois de recherche gfs a diffusé une étude conçue selon une série de nouveaux critères. (13) Son résultat : «Environ 10% des personnes interrogées affirmaient avoir «systématiquement une attitude anti-juive». La majorité des personnes interrogées partageaient «la majorité des stéréotypes négatifs concernant les Juifs». Environ 28% déclaraient avoir occasionnellement une attitude anti-juive. Environ 15% sont influencés par la politique israélienne – quoique la critique de la politique israélienne n’implique pas forcément l’antisémitisme – tandis que l’antisémitisme inclut presque toujours la critique de la politique de l’état d’Israël. (14)

Dans le cercle relativement réduit des forums d’extrême droite, des auteurs publient régulièrement des articles antisémites ou minimisant l’holocauste. Ces allégations demeurent généralement sans suite, sauf s’il y a infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale, car il faut qu’il y ait plainte pour qu’une procédure se mette en route. On a toutefois relevé en 2009 (15) trois types d’activités antisémites prouvées/manifestes et s’adressant à un public plus large. Fin octobre le chrétien sectaire Yvo Sasek a laissé s’exprimer le permis au négationniste Bernard Schaub de s’exprimer devant plusieurs centaines de personnes lors du «Congrès de la coalition anti-censure» qui s’est tenu dans la Olma-Halle de Saint-Gall. Schaub a partagé avec son public ses allusions antisémites et négationnistes. Il a récolté passablement d’applaudissements et seulement quelques huées lorsqu’il a quitté l’estrade. (16) Un autre négationniste, René-Louis Berclaz, diffuse via « les éditions Cassandra » des écrits et des réimpressions de livres antisémites connus comme « Le Juif International » de Henry Ford. (17) La maison d’édition est joignable via une case postale à Sierre dans le canton du Valais. Sur son site internet (www.interet-general.info), le journaliste genevois Frank Brunner tient à jour une rubrique « Le lobby Juif », même après que les autorités genevoises aient ouvert une procédure suite à une plainte déposée contre lui pour atteinte à la norme pénale sur la discrimination raciale. L’élément déclencheur a été un article traitant des incursions destructrices de l’armée israélienne dans la bande de Gaza où Brunner déclarait: «Je suis arrivé à considérer l’extermination des Juifs comme une chose souhaitable, un bienfait pour l’humanité ».

Les gens du voyage et les Roms

Tout comme les musulmans, les gens du voyage ont été stigmatisés dans les campagnes du camp nationaliste et conservateur en 2009. Ce dernier a par exemple a combattu l’extension de la libre circulation des personnes aux nouveaux pays de la Bulgarie et de la Roumanie en pointant du doigt les Roms. Le ténor de la campagne a déclaré que l’immigration des Roumains était problématique mais que celle des Roms l’était encore plus, parce qu’elle menait à la criminalité et à l’abus de l’aide sociale. (18)

La loi sur la mendicité passée par le Grand conseil genevois en novembre 2007 était également inspirée par une hostilité à l’égard des Roms. En raison d’un vice de forme, un tribunal a levé en décembre 2009 toutes les amendes prononcées jusqu’alors. (19) La police a dû restituer les sommes saisies. Les autorités genevoises continuent cependant à s’efforcer d’éloigner les Roms pauvres de la ville.

En dépit de nombreuses protestations, les gens du voyage, en particulier les Roms sans passeport suisse ont toujours de la peine à transiter par la Suisse et à trouver des aires de séjour. Parfois, ils font même l’objet d’agressions. (20) Le Conseil fédéral constatait dans on rapport «Sur la situation des gens du voyage en Suisse», « qu’il n’existe pas encore un réseau suffisant d’aires de séjour et de transit qui permettrait aux 2500 gens du voyages suisses de poursuivre leur mode de vie traditionnel.» (21) Selon une expertise de la Fondation «Un avenir pour les gens du voyage suisses», il faudrait 29 aires de séjour et 38 zones de transit supplémentaires. La méfiance à l’égard des gens du voyage et des Roms repose en Suisse sur une longue tradition qui n’a été mise en cause que récemment.» (22)

Nationalisme anti-allemand

Au cours des dernières années, le quotidien Tages-Anzeiger et le journal de boulevard Blick ont à diverses reprises contribués à susciter un climat anti-allemand par ses articles de presse. Ce n’est toutefois qu’en hiver 2009/2010 que l’UDC zurichoise a relayé cette thématique sur la scène politique. Dans la campagne précédant les élections des autorités de la ville de Zurich, l’UDC a visé «la gauche et les naïfs» qui laissent entrer toujours plus d’étrangers dans la ville. Le parti s’est plaint d’une «criminalité importée de l’étranger», «d’étrangers arrogants» et qui «jouent du coude à coude» en mentionnant une seule nationalité de façon explicite : «Le réseau de copinage allemand s’étend, car les Allemands engagent avant tout des Allemands – à l’université et dans les hôpitaux». (23) Ces dénonciations avaient pour but d’encourager la «préférence nationale» s’agissant par exemple de places de formation ou d’accès à la sécurité sociale, bien que celle-ci contrevienne au principe d’égalité de traitement. La campagne de l’UDC a trouvé un assez grand écho dans la presse durant la campagne, en revanche il n’est fait état que de rares chicanes, agressions et discriminations à l’égard des Allemands dans les médias. (24)

Conclusion

Avec l’approbation de l’initiative sur l’interdiction des minarets, la Suisse a ancré dans sa constitution une clause d’exception, qui est dirigée directement contre une communauté religieuse. Celle-ci n’empêche évidemment pas l’observation des rites de cette religion, mais limite sa présence dans l’espace public. A noter que les droits humains continuent à avoir en Suisse un statut problématique. Cette décision marque une rupture. Elle va continuer à faire l’objet de débats politiques animés dans les années à venir.

Hans Stutz
Lucerne

 


 

(1) Incidents racistes traités dans le cadre de consultations en 2008.
(2) Communiqué UDC du 15 septembre 2009.
(3) Rapport ECRI sur la Suisse (quatre période d’évaluation) achevé le 2 avril 2009 et diffusé le 15 septembre 2009.
(4) Op. cit p. 8
(5) Op. cit p. 9.
(6) Le rapport annuel 2009 d’Amnesty International a été présenté le 27 mai 2009 et résumé sans commentaires dans la presse suisse.
(7) Georg Kreis, Kein Volk von Schafen – Rassismus und Antirassismus in der Schweiz, Zurich 2007, p. 122.
(8) Carmel Frölicher-Sines/Kelechi Monika Mennel: Schwarze Menschen in der Schweiz. Ein Leben zwischen Integration und Discriminierung, Bern 2004. Une illustration complète du racisme à l’égard des noirs est donnée par Georg Kreis opus cit. p. 122-139.
(9) Une exception : Dinu Gautier, « Der Polizist und seine Nigger », dans la Wochenzeitug WOZ du 17 décembre 2009. Voir également notice de la chronologie Berne, 3 octobre 2009. Le bulletin «Augenauf» informe aussi régulièrement sur les comportements racistes ou discriminatoires de la police.
(10) La Wochenzeitung WOZ du 24 décembre 2009. « Wir sind keine Kaninchen » (Nous ne sommes pas des conchons d’Indes ») interview de la conseillère nationale Marliez Bänziger (parti des Verts).
(11) Voir par exemple Oliver Meiler, Dîner mit dem Teufel, Tages-Anzeiger, 8 mars 2010, p. 10.
(12) Georg Kreis, Kein Volk von Schafen – Rassismus und Antirassismus in der Schweiz, Zurich 2007, p. 94.
(13) Claude Longchamp, Monia Aebersod, Stephan Tschöpe, Silvia Ratelband-Pally : Kritik an Israel nicht deckungsgleich mit antisemitischen Haltungen (La critique contre Israël ne recouvre pas les positions antisémites). Résumé et conclusion du 28 mars 2007.
(14) L’étude s’appuie sur une définition de l’antisémitisme donnée par Helen Fein : «L’antisémitisme est un complexe durable et latent comprenant des convictions hostiles à l’égard des Juifs en tant que groupe. Ces convictions s’expriment chez les individus sous forme de préjugés, dans la culture sous forme de mythes, d’idéologie, de folklore et de représentations iconographiques. Il peut prendre la forme de mauvais traitement individuel ou collectif, de discrimination sociale ou juridique, de mobilisation politique contre les Juifs, de violence collective ou d’Etat qui ont pour but de mettre à l’écart les Juifs en tant que Juifs, de les expulser ou de les anéantir.»
(15) Pour la Suisse romande, la CICAD a établi une liste de 153 cas d’antisémitisme, dont en tout cas un quart sont des propos tenus dans le cadre des forums on-line de différents journaux, en particulier la Tribune de Genève, en relation avec le conflit du Moyen-Orient. La CICAD a tendance à considérer la critique de la politique israélienne comme de l’antisémitisme, et met en avant des cas dans lesquels la motivation antisémitique est difficile à prouver.
(16) Voir notice de la chronologie, Saint-Gall, 30 octobre 2009. Voir également le chapitre consacré aux négationnistes de l’holocauste.
(17) Dans son cahier le « Courrier du continent », Gaston Armand Amaudruz mentionne qu’une introduction démontre l’actualité du texte. On ignore qui a rédigé cette introduction. Courrier du continent no 511, juin 2009, p. 10.
(18) Dominique Baettig, Es gibt nur gute Gründe für die Ablehnung der Personenfreizügigkeit und ihrer Ausdehnung auf Rumànien und Bulgarien…, Service de presse UDC du 26 janvier 2009, voir notice Berne 26 janvier 2009.
(19) Le Matin, 18 décembre 2009, page 8, ainsi que Tribune de Genève, 18 décembre 2006, p. 9.
(20) Voir chronologie Küssnacht am Rigi SZ, 15 avril 2005.
(21) Rapport du Conseil fédéral sur la situation des gens du voyage en Suisse, octobre 2006, partie II, « Possibilités d’action de la Confédération pour la création de lieux de transit et de stationnement pour les gens du voyage », p. 23.
(22) Mentionné dans le Rapport du Conseil fédéral sur la situation des gens du voyage en Suisse, octobre 2006, partie II : « Possibilités d’action de la Confédération pour la création de lieux de transit et de stationnement pour les gens du voyage », p. 23.
(23) En 2008, est paru la première enquête détaillée d’un canton : Guadesch Dazzi/Sara Galle/Andrea Kaufmann/Thomas Meier, Puur und Kessler, Sesshafter une Fahrende in Graubünden, Baden 2008.
(24) A l’exception par exemple du cas de Meilen ZH, 20 janvier 2009, ou de celui d’Erlenbach ZH, 14 février 2009.

Extrémisme de droite en Suisse an 2010/2

Zurich, 30 Décembre 2010

L’extrême droite en stagnation

Selon les résultats des recherches conduites par le Fonds National Suisse sur l’extrémisme de droite, environ quatre pour cent de la population auraient des tendances anti-démocratiques, autoritaires et favorables à l’usage de la force. Une part non négligeable de la population suisse a des dispositions racistes et xénophobes, mais l’extrême droite organisée ne sait peine à en tirer profit. Elle stagne, bien que ce soit au niveau le plus élevé depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En 2010, cette mouvance a peu attiré l’attention du public, si ce n’est lors de certaines occasions comme la fête nationale sur la prairie du Grütli, ou les fêtes de la lutte de Sempach et de Morgarten. Lors des fêtes „officielles”, les cortèges organisés d’extrémistes de droite ont été interdits suite à de nombreuses polémiques. Néanmoins, il existe une tolérance à l’égard des manifestations (à peine rapportées par les médias) de l’extrême droite, généralement organisées par le PSN ou un groupe affilié, réunissant jusqu’à 200 personnes et quelques orateurs.

L’exclusion de l’extrême droite lors des fêtes nationales s’est faite contre l’avis des politiciens nationaux conservateurs. Le gouvernement du canton de Lucerne par exemple a annoncé début janvier 2011 de modifier le règlement de la fête de la lutte de Sempach et de renoncer désormais à la marche vers le terrain de lutte, enlevant du même coup aux extrémistes de droite la possibilité d’organiser un cortège. Les Jeunes UDC cantonaux ont réagi tout de suite en taxant cette réorganisation de „nouvelle étape dans le bradage systématique de la patrie”. Les nationalistes conservateurs regrettent le vent de modernisation qui touche aussi bien la célébration du Grütli que celle de Sempach. Le paradoxe est que seul le renforcement de la présence des extrémistes de droite et la remise en question des fêtes nationales qu’il a occasionnée ont rendu possible ces modifications minimales.

1. Les vieilles „chemises brunes“ ont pris de l’âge mais continuent à s’appliquer à produire leurs publications en solitaire. Pas de relève en vue.
Gaston-Armand Amaudruz (*1920) publie sans relâche son „Courrier du Continent“, Max Wahl (*1923) publie ses „Notizen“, Ernst Indlekofer (*1929) son bulletin „Recht + Freiheit“. A peine plus jeunes, le couple Paschoud („Le pamphlet“) a fêté en novembre 2010 le quarantième anniversaire de sa publication. La diffusion de ces quatre organes se fait toutefois dans un cercle très fermé. Aussi bien le „Courrier du Continent“ que les „Notizen“ ne vont pas au-delà d’un cercle limité de sympathisants. On ne sait pas ce qu’il en est de „Recht+Freiheit”. A certains moments, il trouvait des lecteurs jusque dans les rangs de l’UDC. „Le pamphlet“ est lu par certains vaudois très conservateurs, malgré la sympathie marquée par cet organe à l’égard des négationnistes. Sinon la publication s’efforce de conserver un ton soigné et modéré et traite aussi régulièrement de thématiques de politique actuelle.

Au niveau de leur contenu, Max Wahl et Amaudruz reprennent certains fragments obsolètes de l’idéologie nazie. Par exemple : Amaudruz termine son éditorial de décembre 2010 par les mots suivants: „Le vrai socialisme sera celui des races et de leurs nations” Max Wahl diffuse en outre des morceaux choisis du grand Adolf et des rééditions de publications nationales-socialistes. Indlekofer continue à diffuser ses théories antisémites de la conspiration et à manifester sa sympathie envers les nazis.
Pour tout dire, ce sont toutes des personnes qui ont déjà leur avenir derrière elles.

2. Les négationnistes n’ont pas réalisé grand-chose en Suisse en 2010, excepté l’Action européenne initiée par Bernhard Schaub en septembre 2010.
Les négationnistes, si l’on excepte les publications citées ci-dessus, n’ont pas livré grand-chose en 2010, pour autant qu’ils vivent encore en Suisse. Seul Bernhard Schaub a tenté en septembre 2010 la fondation d’une „Confédération européenne libre“ (Bund Freies Europa) devenu „Europäische Aktion“ (Action européenne). Il s’agit semble-t-il de la renaissance du „Verein zur Rehabilitierung der wegen Bestreitens des Holocaust Verfolgten VRBHV“ (association de réhabilitation des négationnistes persécutés) interdit en Allemagne. Depuis, l’Action européenne a été fondée, mais il n’y a aucune trace de ses activités jusqu’à fin 2010. Cette marche à reculons n’étonne guère. Depuis des années, l’internationale du négationnisme se trouve en crise et ses thèses tournent en rond. D’autre part divers représentants du négationnisme ont dû ou doivent encore purger des peines de prison, quand ils ne s’y soustraient pas en prenant la fuite comme l’a fait Jürgen Graf. Malgré la crise et le manque de nouvelles approches, les négationnistes continuent à répandre leurs thèses niant ou minimisant l’holocauste dans toute la mouvance d’extrême droite y compris en Suisse, nourries de l’antisémitisme le plus grossier.

Pour être parfaitement complet, en France, dans l’environnement jadis maoïste de l’édition ”La Vieille Taupe“, agissent des négationnistes qui se réclament de la gauche radicale. Pour la première fois un représentant suisse alémanique de cette tendance est apparu à Lucerne en octobre 2010. Il s’agit de Andres Loepfe de Weggis/LU, qui pourrait tout aussi bien passer pour un ancien hippie ou un paysan bio dans un téléfilm, mais qui gère une petite édition et qui est surtout connu pour ses recherches sur les chemins pédestres historiques en Suisse centrale. Il tend l’arc de la lutte des classes avec celui de la lutte des races. Ses activités montrent clairement: celui qui nie l’holocauste renforce le milieu d’extrême droite. Loepfe a reçu un accueil favorable car dans le „Courrier du Continent“, Gaston-Armand Amaudruz déclare qu’environ 85 pourcents des participants à la conférence de Andres Loepfe étaient des „révisionnistes“. Ce fut une „bonne soirée“ avec d’excellentes discussions.

3. La subculture d’extrême droite, concrètement les skinheads tendance nazie, n’est presque plus présente en Suisse, et également la minorité nazie dans la mouvance Black-Metal et Gothique a disparu.
Les deux réseaux affiliés sur le plan international des Hammerskinheads et des Blood and Honour, qui s’étaient livrés les années écoulées à des luttes „fratricides”, sont restés inactifs semble-t-il en 2010. Cela est une chose. Mais d’autre part, l’offre disponible en Suisse en matière de littérature et de musique (qui provenait jusqu’à récemment essentiellement de l’étranger et en particulier d’Allemagne) est plus riche que jamais. L’offre de supports de son est vaste et bien prisée, si l’on en croit les indications „en rupture de stock“ qui s’affichent. La conclusion est donc double. A savoir que la mouvance des nazi-skins n’est plus visible, mais il existe une forte demande pour ses supports de son.

Comment expliquer cette contradiction? Depuis plusieurs années déjà, alors que la mouvance était encore plus présente, on constatait une baisse tendancielle des agressions violentes contre des personnes ou des établissement abritant des demandeurs d’asile ou des centres culturels autonomes. D’autre part, le nombre des manifestations d’extrême droite comme les concerts, les manifestations et aussi les conférences a augmenté. En gros, tout ce qui relève de la tentative de la formation idéologique. La mouvance d’extrême droite et sa subculture sont en chemin pour se structurer politiquement, et les organisations politiques – qu’il s’agisse de partis ou de groupements – cherchent à discipliner leurs membres et leurs sympathisants (comme il s’est avéré pour d’autres mouvements politiques).

4. Pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale, un parti d’extrême droite s’est maintenu pendant plus de dix ans. Les activités du Parti des Suisses Nationalistes (PSN) sont portées par un nombre réduit d’activistes, mais ils peuvent mobiliser plusieurs fois par année quelques centaines de membres et sympathisants. En Suisse romande, c’est une section de la mouvance française des „Identitaires“ qui est active depuis plusieurs années. Elle ne mobilise pas beaucoup de monde mais elle est intégrée à la structure du parti français.
La principale force d’extrême droite active en Suisse est actuellement le Parti des Suisses Nationalistes (PSN). En automne 2010, le parti a fêté ses dix ans d’existence. C’est la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale qu’un parti d’extrême droite se maintient aussi longtemps. Lors de ce jubilé étaient présents des orateurs d’Allemagne et d’Autriche, appartenant d’une part des membres du NDP (Nationaldemokratische Partei Deutschland) allemand et du NVP (Nationale Volkspartei) autrichien.

Le PSN participe à la politique institutionnelle et a même annoncé qu’il participerait éventuellement aux élections de 2011. Cela le mettra sous pression pour devenir plus conforme. Le PSN se différencie de l’UDC en particulier sur deux points :
a) Le PSN s’inscrit en faux contre le principe d’égalité hérité des Lumières et de la Révolution française.
b) Le PSN insiste sur les inégalités dans la société suisse et critique le capitalisme y apportant des réponses en partie nationalistes et en partie racistes. Il proclame comme but un „socialisme fédéral“.

Plusieurs membres du PSN ont des contacts sur le plan international, mais il n’y a pas (encore?) véritablement d’organisation transfrontalière. Concrètement, des représentants du NPD allemand – comme le chanteur Frank Rennicke – se produisent au PSN et des représentants du PSN comme le bâlois Philippe Eglin donnent des conférences en Allemagne.

Le „Comité fédéral de direction“ était composé en 2010 de Dominique Lüthard et Denise Friedrich. Le petit parti est présent en particulier dans le canton de Berne, avec des sections dans l’Emmental, la Haute-Argovie et l’Oberland bernois. D’autres sections se trouvent à Schwytz, Willisau et Fribourg, quoique les activités du canton de Fribourg ne soient pas connues du public. Le PSN a également ouvert des portails d’information, l’un pour le canton d’Argovie, géré par Kevin Mareque de Windisch, l’autre pour le canton de Zurich, dont le responsable est Jürg Vollenweider.

Les Identitaires
Les „Identitaires“ genevois se meuvent dans le sillage de la Nouvelle Droite et leurs notions culturaliste-raciste et des extrémistes de droite français. Ils adoptent un ton militant tout en déclarant qu’ils n’ont rien contre les autres peuples et religions (islam), tant que ces derniers restent chez eux. Au moins deux de leurs représentants, Jean-David Cattin et Benjamin Perret sont aussi actifs en France. Les „Identitaires“ sont directement liés au parti français. Ils ne veulent pas seulement éduquer leurs membres sur le plan politique mais également sur le plan sportif. Ils proposent des camps d’arts martiaux. Les Identitaires se sont récemment déclarés officiellement comme un „parti“ et non plus une simple mouvance.

Les nationalistes conservateurs et l’extrême droite

Toutes les tendances de l’extrême droite partagent un thème avec les nationalistes conservateurs ou les bourgeois de droite: l’islamophobie. A la pointe de cette tendance se tenaient dans presque tous les pays dès le début des représentants des partis bourgeois de droite. Mais aujourd’hui il existe une nouvelle ligne de démarcation liée au fait que certains représentants se sont rendus en Israël invités par des colons conservateurs. La question cruciale est aujourd’hui la suivante: quelle est ta position à l’égard de l’état d’Israël? La conclusion provisoire est la suivante: la fraction d’extrême droite ainsi que le PSN rejettent l’état Israël inspiré par une motivation antisémite.

Habituellement les représentants de l’UDC gardent leurs distances avec les membres d’organisations d’extrême droite, du moins en Suisse. Lorsqu’ils voyagent à l’étranger, ils laissent tomber leur prudence politique occasionnellement. A l’étranger, les extrémistes de droite sont ravis de l’interdiction des minarets et l’acceptation de l’expulsion des „criminels étrangers“. Le conseiller national UDC Oskar Freysinger a fait une apparition particulièrement remarquée mi-décembre 2010 à Paris lors d’un congrès d’islamophobes organisé entre autres par le mouvement d’extrême droite „Les Identitaires“.


 

Dossier
„Groupements d’extrême droite“- état à fin décembre 2010

Subculture des jeunes d’extrême droite

En Suisse, il existe depuis 1985 une subculture marginale et pourtant grandissante d’extrémistes de droite. Celle-ci est constituée principalement de jeunes adultes mâles, plus précisément des skinheads nazis et des “patriotes”, mais aussi de quelques négationnistes de l’holocauste, d’activistes dans des campagnes politiques et de militants dans des organisations à caractère politique ou culturel, qui veulent promouvoir l’extrême droite par un travail idéologique.

La part la plus grande en nombre des extrémistes de droite suisses se réunit dans des structures subculturelles, surtout en tant que naziskins, rarement en tant que NS-Heavy-Metal ou lors de Gothic-Darkwave.

A côté de ces groupes existent d’autres cliques ou groupuscules de “patriotes” faiblement structurés. Les “patriotes” se caractérisent par un nationalisme militant, un refus vis-à-vis de certains groupes d’étrangers (par exemple des hommes des différentes régions d’ex-Yougoslavie, d’Afrique ou d’Asie) ainsi que des Suisses politiquement à gauche. Les frontières de ce milieu sont poreuses, d’une part en direction des naziskins, de l’autre vers les groupements et les partis nationaux conservateurs.

Hammerskinheads et Blood and Honour
Deux organisations ayant des liens internationaux tel que les Hammerskinheads et les Blood and Honour ont longtemps dominé la subculture des naziskins en Suisse. De 1991 à 1998, seuls les Hammerskinheads étaient actifs en Suisse, puis à partir de 1998 également Blood and Honour. Ces dernières années, les membres de ces deux groupes étaient sérieusement brouillés, certains membres se plaignant même d’une „guerre fratricide”. En 2010, seulement (très) peu d’activités de ces deux réseaux peuvent être trouvées ; ils disposent toutefois chacun encore d’un site internet ou d’un forum.

Hammerskinheads. Déjà au début des années 90 des nazi-skinheads de Suisse centrale ont fondé une section suisse, aujourd’hui la plus ancienne des sections européennes encore existantes de la “nation Hammerskin”. Les Hammerskinheads suisses (SHS) sont connus pour être des organisateurs de concerts expérimentés. Dans les années écoulées, ils ont organisé régulièrement de grands concerts, celui ayant réuni le plus grand nombre de participants étant le concert d’été du 10 août 2002 à Affoltern-am-Albis (environ 1’200 visiteurs de plusieurs pays européens). La camaraderie Morgenstern de la région de Sempach est proche de la mouvance Hammerskin.

Blood and Honour. Une section suisse de Blood and Honour est apparue seulement en 1998, d’abord en Suisse alémanique, puis en Suisse romande. Ces dernières années, on a guère entendu parler de leur activité en Suisse. Il existe toujours sur internet un site B+H „Forum suisse“ mais dont l’activité a été minimale en 2010.

Groupes de musique, diffusion de livres et de musique

La musique joue dans toutes les subcultures de jeunes un rôle d’indentification et de formation idéologique d’une part en tant que vecteur d’une certaine joie de vivre et, d’autre part, en tant que moyen de diffusion de messages politiques. Les concerts servent à cimenter le groupe et à diffuser les messages politiques, surtout lorsqu’ils sont organisés par des skinheads néonazis, car on y trouve généralement des stands qui proposent aussi bien des enregistrements que des livres/brochures ainsi que d’autres articles typiques du mouvement. Jusqu’à la publication de l’arrêt du Tribunal fédéral concernant la norme pénale antiraciste et la notion d’événement “public”, la police et le juge d’instruction considéraient les concerts skinheads néonazis comme des manifestations privées, même s’ils réunissaient plus de mille personnes et si l’annonce du concert était accessible aux journalistes.

En 2010, deux groupes étaient avant tout actifs, à savoir „Indiziert” et „Amok”.

Indiziert
Le groupe rock “Indiziert” se compose des frères Alex et Cédric Rohrbach, de Dominic Lüthard et de Benjamin Lingg. Lüthard faisait également partie du comité national du PSN ainsi que du comité de la section de Langenthal. Lingg est membre du comité du PSN section de Willisau.

Amok
Début juin 2010, le Tribunal du district de Lucerne-ville a condamné les quatre musiciens du groupe „Amok“ pour menaces, incitation au crime et à la violence et discrimination raciale à une peine fixe de 120 à 125 jours amendes, une fois à 10 francs, une fois à 30, une fois à 80 et une fois à 90 francs. Deux des néo-nazis ont en outre transgressé la Loi sur les armes. Les quatre musiciens de la mouvance Blood and Honour avaient sorti leur premier album en automne 2007, dans lequel ils s’en prenaient à l’auteur de ces lignes le menaçant de mort précoce violente. De surcroît, ils niaient l’holocauste et appelaient au meurtre des hommes noirs de peau.

Dans la seconde moitié de l’année, les musiciens d’Amok ont sorti leur second album portant le titre „Kraft aus dem Herzen“ (La force du cœur). Les musiciens s’efforcent cette fois-ci de ne pas enfreindre la norme pénale sur la discrimination raciale. Les membres d’Amok sont en tout cas proches du réseau Blood and Honour.

Holy War Records
Début 2010, le Nationaler Beobachter Berner Oberland/Nationale Sozialisten Berner Oberland a annoncé que le mouvement allait cesser ses activités et se concentrer sur la maison de diffusion Holy War Records. Holy War Records diffuse outre ses supports de son „un assortiment choisi de vêtements, accessoires, livres, bulletins, drapeaux et DVDs“. L’entreprise est gérée par une „Association pour la liberté de pensée et d’expression dans l’art et les médias“. La personne de contact est Marcel Gafner, également représentant suppléant au comité du PSN section Oberland bernois.
L’offre musicale comprend une vaste sélection d’albums de rock de droite en langue allemande et anglaise, ainsi que des titres du genre NS-Hardcore et NS-Black Metal (NS pour national-socialiste). Holy War Records diffuse également sa propre production. La dernière en date est une compilation de chansons du groupe allemand „Kraftschlag“ et d’autres groupes dont une chanson d’Indiziert intitulée „Weisse Musik“ (musique blanche) dont le refrain sonne ainsi: „Nous sommes un groupe de rock blanc et nous jouons de la musique blanche”. Une autre chanson du groupe „Kraftschlag“ parle de „l’Europe islamisée“ et le refrain dit „ce combat sera dur”. Holy War Records prétend aussi avoir reçu „plusieurs avis de droit pour la Suisse“.

Streetnoise
La société de diffusion Streetnoise, joignable par boîte postale à Erlinsbach (AG) propose outre des CDs également des habits, accessoires et d’autres objets d’usage dans cette subculture. Les CDs proviennent de groupes connus de la scène néo-nazie, et dans l’offre il y a également le DVD du film de Leni Riefenstahl „Triumph des Willens“ sur le rallye du parti de la NSDAP en 1934. Streetnoise produit également ses propres CDs.
La page internet est gérée par un certain „Martin Probst”, peut-être un pseudonyme. Ce dernier déclare, bien sûr, que „tous les articles sont vérifiés par un avocat ou par la police et respectent la loi suisse, en particulier le CP alinéa 261bis“. (sic!)

Vente de livres „Neue Zeitwende”
La librairie par correspondance „Neue Zeitwende“ diffuse selon son propriétaire „des livres qui sont accessibles sur le marché et ne sont pas mis à l’index mais qui passent pour politiquement incorrects dans la plupart des librairies et donc ne peuvent pas être commandés à loisir par les clients.“ En réalité, elle diffuse des livres s’enivrants des fantasmes de conspiration sur les sociétés secrètes, de la littérature à la gloire des SS et des livres apologétiques sur le nazisme, ainsi que des publications d’auteurs d’extrême droite comme Jürgen Schwab. Une bonne partie de l’offre provient de divers éditeurs allemands d’extrême droite, comme par exemple le Hohenrain-Verlag et le Grabert-Verlag. L’offre varie peu d’année en année et comprend également des DVDs, des livres audio et des supports de son.

La diffusion se fait via une case postale à Aefligen (près de Kirchberg BE). Son propriétaire est Adrian Segessenmann, et le collaborateur Michael Vonäsch. Segessenmann est également actif auprès du Cercle Avalon et Vonäsch membre du comité du PSN à Willisau.

Boutique du PSN
Le PSN dispose également d’une boutique joignable via case postale à Interlaken et qui, de façon similaire à la librairie virtuelle „Neue Zeitwende”, propose des livres et CDs diffusés par des maisons d’édition allemandes s’adressant à l’extrême droite. Le magasin propose également une „T-chemise PSN“ ou des T-Shirts imprimés „Kein Geld für USrael“ (Pas d’argent pour USraël), ainsi qu’une chemise „Edelweiss“, bleu clair sans col à longues manches.

Genève non conforme GNC
Genève non conforme, dont l’emblème est accompagné du slogan „Libre – national – social“ se décrit comme une association culturelle de jeunes adultes. Ils s’en prennent à la société marchande et à la globalisation. Ils déclarent que seuls les employeurs profitent de la migration. Le groupe associe nationalisme et rejet de l’ordre capitaliste: „Pour protéger les travailleurs de tous les pays, la préférence nationale doit être rétablie.” Le groupe s’oriente vers la mouvance italienne autour de la maison occupée „CasaPound“, un centre culturel néo-fasciste à Rome. Ses membres aspirent à une „Révolution des jeunes de droite“ et à la création d’une subculture.

Dans l’année 2010, des membres de Genève non conforme GNC sont apparus à plusieurs reprises en public. Mi-avril, ils ont organisé une action pour le peuple des Karens de Birmanie. Début août, quelques hommes ont manifesté devant le bâtiment de l’ONU contre les bombes d’Hiroshima et Nagasaki. Ils portaient une banderole: „Hiroshima – justice?” Le GNC critique en particulier le fait que le tribunal international et l’ONU soient la création des vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale et que „d’Hiroshima à la guerre du Golfe en passant par la ville de Dresde, les dictatures sud-américaines et la guerre du Vietnam, les gouvernements américains successifs ont commis de nombreux crimes contre l’humanité sans jamais être jugés pour leurs actes.“ Le groupe GNC a tenu une action à Lausanne et a distribué à Genève des tracts lors de la démonstration des Jeunes socialistes contre le chômage. Le groupe gère une page internet et l’un de leurs activistes entretient depuis septembre 2009 un blog très actif (Cercle Futur). On ignore combien de sympathisants le GNC est capable de mobiliser.

Union Nationaliste & Identitaire Suisse (UNIS)
Mi-décembre 2010 quelques personnes ont créé dans la région de Neuchâtel l’Union Nationaliste & Identitaire Suisse (UNIS). Cette phalange fait partie de la petite organisation française Union Nationaliste & Identitaire Française. Une photo datant de janvier 2011 montre de jeunes skinheads. L’UNIS se considère comme un réservoir d’activistes, en particulier de nationalistes et d’Identitaires. L’UNIS se plaint de la disparition progressive des autochtones en raison de l’immigration massive, en particulier d’Afrique: „Tout le monde à droit à la fierté sauf celle d’être un blanc attaché à sa culture.“ Le mouvement regrette également la perte d’indépendance des nations en raison de la globalisation. Elle se lamente sur la déliquescence des mœurs, la destruction de la famille et l’attitude de nonchalance à l’égard de l’homosexualité. Il critique la domination de la Suisse par une poignée de personnes soutenues et encouragées par de puissants lobbys financiers étrangers œuvrant dans un cadre antinational pour un Nouvel Ordre Mondial.

Comme première activité, l’UNIS a proposé une fête du solstice d’hiver. Elle propose également des randonnées, des entraînements au combat et la participation à des manifestations politiques. Le groupe de Neuchâtel gère une page internet.

Groupements à la périphérie du PSN

Dans le sillage du PSN se trouvent diverses „Kameradschaften“ (camaraderies), dont les membres souvent sont aussi actifs au sein du PSN. Il y a par exemple la Helvetische Jugend avec sa section dans la Haute-Argovie et l’Oberland bernois ainsi que le Waldstätterbund, actif dans les cantons d’Uri, Schwyz et Unterwald.

Helvetische Jugend (Jeunesse Helvétique)
Au début de l’été, une personne privée a déposé une plainte contre le responsable de la page internet de la Helvetische Jugend. Dans la rubrique visiteurs, un auteur inconnu avait publié une note violemment antisémite et raciste. La rubrique a immédiatement disparu de l’internet. On ne sait pas grand-chose des activités de la Helvetische Jugend en 2010, sinon que début septembre „une douzaine d’activistes de la Helvetische Jugend ont honoré la mémoire des soldats de l’Oberland bernois tombés pendant la Première Guerre mondiale.“ Les années précédentes, des membres de la Helvetische Jugend avaient participé régulièrement aux manifestations de l’extrême droite en tant que gardiens.

La Helvetische Jugend a été créée début juillet 2004 dans la région la Haute-Argovie (Langenthal et région) dans le canton de Berne. Parmi ses buts figurent sur sa page internet „la fin du multiculturalisme“, grâce entre autre à „l’expulsion d’étrangers violents et la réduction du nombre d’étrangers“ sur le territoire suisse. Plus loin il est question de „l’internement pour les demandeurs d’asile“ et d’une „meilleure éducation plus neutre dans les écoles suisses (où il faudrait cesser toute propagande en faveur de Lénine et de Staline et séparer les élèves parlant allemand de ceux qui ne le parlent pas). “ Enfin, il faudrait mettre un terme à la „à la terreur gauchiste, désinformée des médias, car il nous faut des informants neutres.”

Le Waldstätterbund
Le Waldstätterbund, lui aussi, prétend évidemment qu’il est une camaraderie de patriotes et de confédérés. C’est possible, mais cette „camaraderie“ glorifie également le passé national-socialiste. Ainsi un article sur le site internet regrette le bombardement de Dresde en articulant un nombre de victime plus élevé que les chiffres officiels, pour conclure que: ”Du point de vue des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale et de leurs vassaux au sein du gouvernement allemand il n’est pas permi que le peuple remette en question la théorie de ‘allemand-national est immoral’ et du culte de la culpabilité.“

Le Waldstätterbund a organisé en collaboration avec le PSN la fête des extrémistes de droite sur la prairie du Grütli le 3 août 2011. „Est-ce que ce sera une nouvelle occasion de célébrer le multiculturalisme en inversant avec perversité le sens du Grütli? Est-ce qu’une fois encore on tressera des couronnes à cette idéologie qui détruit les peuples? Et est-ce que les organisateurs de cette fête indigne pourront alors faire semblant qu’il n’y ait pas de résistance dans le peuple contre cette mort du peuple préconisée par eux?” Le groupe a également commémoré en 2010 le „raid des français“ (1798).

Le Waldstätterbund a été fondé début mai 2008. En fait partie la Kameradschaft d’Uri, qui existe depuis plus longtemps, ainsi que la Kameradschaft de Schwytz fondée en octobre 2008 et une section d’Unterwald. Le WB se considère comme un „groupement de tous les jeunes qui ne sont plus prêts à tolérer les problèmes sociaux dans leur ville, leur région et notre pays sans faire quelque chose.” Parmi les objectifs du WB figure „une économie nationale orientée géographiquement au lieu de la dictature globale du capitalisme. A bas l’impérialisme économique américain, à bas l’illusion du monde unifié (one world).” Il considère aussi que „l’immigration de masses n’est pas une richesse, elle conduit à la destruction irrévocable de la diversité de peuples et de cultures.” Le seul représentant connu de cette mouvance est Dani Herger, devenu dans l’intervalle également le président du PSN région Schwytz.

Autres groupements

Heimatbewegung
Bien que le groupement existe depuis plusieurs années, il n’a pas fait parler de lui en dehors de sa présence sur internet et de la participation de quelques personnes portant son emblème au rassemblement en marge de la fête de la lutte de Sempach. Fin 2009, la Heimatbewegung a annoncé que ses „sympathisants et activistes” se réunissaient mensuellement pour „planifier des actions concrètes comme des distributions de tracts ou manifestations et pour nouer des contacts amicaux entre eux.“ La première rencontre devait avoir lieu mi-janvier dans „l’agglomération zurichoise”. Selon un livre des visiteurs, il y aurait aussi eu une rencontre avec allocution le 26 novembre 2009 et des préparatifs pour une fête du solstice d’hiver.

Par ailleurs, la Heimatbewegung, fondée en 2004 ou 2005 et joignable via une boîte postale à Dübendorf, ne s’est pas manifestée publiquement. Son effectif n’est pas connu. La Heimatbewegung vise la dissolution de la Suisse quadrilingue, elle défend „les intérêts de la survie de la population alémanique“, à savoir „pour un Etat fédéral populaire représentant les limites actuelles de la Suisse alémanique“. Sinon, les points principaux du programme sont – comme c’est généralement le cas pour les groupements d’extrême droite – le soutien à la Suisse rurale, le rétablissement de la peine de mort, l’abolition du droit actuel d’asile, le frein total à l’immigration, l’interdiction de toute forme d’intégration des étrangers ainsi que l’arrêt complet des procédures de naturalisation.

Activités politico-culturelles

Divers activistes et organisations se réclament d’une idéologie d’extrême droite mais ne participent pas forcément à la politique institutionnelle et ne se présentent pas aux élections. Ils s’occupent de promouvoir leur idéologie politico-culturelle par un travail de formation et de réseautage. On peut citer ainsi le cercle Avalon ou Gaston-Armand Amaudruz avec son journal le Courrier du Continent, mais aussi le couple vaudois Paschoud avec son journal Le pamphlet. L’avocat genevois Pascal Junod s’engage dans deux associations, le Cercle Proudhon et l’Association des amis de Robert Brasillach.

Le cercle Avalon
Au début de l’hiver, le cercle Avalon a fêté ses 20 ans. Dans son compte-rendu, Adrian Segessenmann, principal activiste de l’association écrit que „quelque part en Suisse“ une quarantaine de participants on pris part à une fête qui se déroulait semble-t-il „dans un château“. Comme d’habitude, le groupe demeure très discret, ce sont donc seulement des connaissances et de bons amis qui étaient invités. Dans le même rapport, Segessenmann indique également que le cercle a organisé „207 événements“ au cours des vingt dernières années, d’après le résultat des recherches effectuées dans les archives. Les orateurs mentionnés attestent de la continuité de cette société néo-nazie. Certains sont d’anciens membres de la Waffen-SS décédés depuis, d’autres des représentants du Nationaldemokratischen Partei Deutschland NPD. Il est en particulier fait mention du discours du conseiller national bernois libéral François Loeb, venu parler en 1997 „devant un petit groupe de membres de la société Avalon du conflit entre les USA et la Suisse au sujet des fonds juifs en déshérence .“

Max Wahl et ses „Notizen”
Max Wahl qui a déjà fêté ses 87 ans, a publié en 2010 six numéros de ses „Notizen“ dont les coûts sont couverts par „la vente des livres ainsi que des dons”. Max Wahl poursuit ses positions nazies apologétiques, par exemple sur la „monumentale calomnie“ dont le but est „encore et toujours de détourner l’attention de la haine et de la vengeance des Polonais à l’encontre de millions ainsi que la punition et la détention collective de ceux qui aux yeux des Polonais avaient pour seule tare d’être des Allemands vivant dans leur ancienne patrie allemande, laquelle les Polonais contestent à eux.” Comme les années précédentes, Max Wahl s’en est aussi pris à la norme pénale sur la discrimination raciale. Sa maison de diffusion propose de la littérature et supports de son d’extrême droite et négationniste, comme par exemple une „rareté révisionniste”, à savoir l’enregistrement sur DVD d’une discussion entre Ernst Zündel et Max Wahl, „à l’époque seul révisionniste suisse“, réalisé en juin 1985 à Toronto.

En 1975, Max Wahl était l’un des co-fondateurs de la Union Démocratique Fédérale (UDF). Fin 1994, il avait officiellement mis un terme à l’édition de son bulletin „Der Eidgenoss“ lors de l’entrée en vigueur de la norme pénale sur la discrimination raciale. Il continue cependant à s’adresser via ses „Notizen“ aux antisémites, aux ennemis de la franc-maçonnerie et aux amateurs de conspirations, comme par exemple ces excentriques qui rêvent des lettres volantes allemands, qui auraient soi-disant été sauvées par des nazis convaincus dans les derniers jours de la Deuxième Guerre mondiale et qui désormais attendent sous la terre dans un lieu appelé „Neuschwabenland“ la renaissance d’un Reich nazi.

Le „Courrier du Continent“- Gaston Armand Amaudruz
Le contenu de ce pamphlet est le même depuis des années. Dans la partie „bloc-notes“, Amaudruz tire des citations des journaux qu’il assortit de commentaires sardoniques. Mais dans cette rubrique, il donne également des informations (y compris adresses) de nouvelles publications de l’extrême droite et de ce fait contribue à la mise en réseau de ce milieu. Puis viennent des rubriques habituelles sur la “criminalité” ou sur les “Lois-baillon” (c’est ainsi qu’Amaudruz désigne la norme pénale suisse sur la discrimination raciale et la négation de l’Holocauste). La dernière page est occupée par l’article principal, dans lequel il propage ses vues racistes, antisémites et ses idées négationnistes. Ce type de commentaires a valu à Gaston Armand Amaudruz deux séjours de trois mois en détention voici quelques années. Le Courrier du Continent publie en outre quelques textes de collaborateurs.

Le Courrier du Continent est paru pour la première fois en 1946. Au début des années 1950, la publication fut reprise par le lausannois Gaston-Armand Amaudruz. Pendant des décennies, ce cahier polycopié était l’organe officiel de NOE, une petite organisation raciste dont Amaudruz était l’un des principaux animateurs. Le Courrier du Continent aujourd’hui est publié à quelques centaines d’exemplaires.

„Recht+Freiheit“- Ernst Indlekofer
Rien de bien nouveau chez Ernst Indlekofer. Il s’en prend aux juifs, aux musulmans, tempête contre „l’infiltration étrangère“ et parfois „la haute finance”. Parfois le feuillet reprend certaines théories de la conspiration: „Les politiciens occidentaux ont conclu un pacte secret avec le Lobby, et le Lobby réclame l’abolition des populations blanches, car sa haine de l’Arien ne connaît aucune limite. Les Loges ont depuis longtemps scellé le destin des populations blanches. C’est seulement si ces peuples blancs se soulèvent et votent à plus de 50 pourcent pour les partis nationalistes qu’ils peuvent se sauver.” (1) On compte parmi les auteurs de „Recht+Freiheit“ l’extrémiste de droite et théoricien de la conspiration Gerhoch Reisegger, ainsi que Kevin Käther et Ursula Haverbeck, tous deux actifs dans le mouvement négationniste. Parmi les autres noms, on peut encore citer Hans Berger, Alois Mitterer, Ariana Malviden, Rigolf Henning, Bernhard Radtke, Gerd Schultze-Rohnhof, Pietro Archiati.

Officiellement, Recht+Freiheit est publié par un certain „Presseclub Schweiz”, mais de facto c’est bien le bâlois Ernst Indlekofer qui est principalement responsable de ce cahier d’une dizaine de pages par édition.

(1) Recht+Freiheit, 1/2010, page 1. La source indiquée est le journal Phoenix (numéro 6/2009), publié par l’extrémiste de droite autrichien Walter Ochensberger.

Le pamphlet – Mariette et Claude Paschoud
Mi-novembre 2010, „ Le pamphlet“ a célébré son quarantième anniversaire en compagnie de 61 participants. Le feuillet continue à présenter sur quatre pages des articles d’opinion sur des thèmes communs à la droite nationaliste conservatrice, qu’il s’agisse des conséquences absentes en politique extérieure de l’interdiction de la construction de minarets ou de l’initiative UDC sur le renvoi des étrangers criminels. Dans sa rubrique „Les nouvelles aventures….“ Mariette Paschoud sympathise régulièrement avec les négationnistes. Parmi les auteurs ayant collaboré à la revue en 2010 on compte outre Claude et Mariette Paschoud, Michel de Preux, Daniel Bassin, Pollux, Max l’Impertinent et aussi Sophie Paschoud, fille de Claude et Mariette.

Fondé par Claude Paschoud, Le pamphlet paraît depuis 1970. Le feuillet a connu par moment une diffusion plus importante, atteignant 2’000 exemplaires. Il a rencontré une certaine perception publique en 1986 quand Mariette Paschoud, à l’époque enseignante dans le secondaire, était apparue aux côtés du négationniste Henri Roques lors d’une conférence de presse à Paris où il avait, selon Mariette Paschoud, „apporté une contribution sérieuse, objective et importante à la recherche de la vérité“ concernant l’Holocauste. Roques niait simplement l’existence des chambres à gaz, et afin d’arriver à la conclusion désirée il escamotait l’existence d’un grand nombre de sources sûres.

Négation de l’Holocauste

Les négationnistes nient trois faits historiques avérés: premièrement qu’un plan destiné à éliminer les juifs d’Europe ait été élaboré, deuxièmement que des chambres à gaz aient été construites pour éliminer les victimes et, troisièmement, que la persécution des juifs par les nazis se soit soldée par la mort de plusieurs millions de victimes.

Jürgen Graf
Jürgen Graf vit toujours en Russie où il a émigré en 2000 pour se soustraire en Suisse à une peine de prison ferme. Son influence sur le milieu de l’extrême droite en Suisse est pour ainsi dire inexistante. Il vend ses livres par sa propre page d’accueil. En 2010 il a publié – en collaboration avec Thomas Kues et Carlo Mattogno – un livre sur le camp de concentration de Sobibor dédié à l’extrémiste de droite allemand Jürgen Rieger, décédé en 2009. Graf a publié également une version anglaise de son texte „Hungarian Holocaust Debate: Otto Perge vs Dr. Laszolo Karsai”. Et c’est tout.

Bernhard Schaub et l’Action européenne
Début 2010 déjà, Ursula Haverbeck avait annoncé la fondation nouvelle d’une organisation qui prendrait la suite du „Verein zur Rehabilitierung der wegen Bestreitens des Holocaust Verfolgten VRBHV“ interdit par le ministre allemand de l’intérieur en 2008. En automne 2010 la fondation est devenue effective et la nouvelle association s’appelle non pas „Bund Freies Europa“ comme annoncé précédemment mais „Europäische Aktion“ (Action européenne). Le contenu brun est identique. L’action européenne exige entre autres „le rapatriement des immigrants extra-européens“, et „l’autodétermination pour les Allemands des Républiques fédérales d’Allemagne et d’Autriche“. Elle prétend également que le lobby israélien contrôle les Etats-Unis et que „l’opinion publique de tous les pays occidentaux est manipulée par les médias, les politiciens et l’instruction publique“. L’exemple à suivre pour l’Action européenne est celui de la „libération de l’Espagne de la règne des maures. Le mot d’ordre vaut pour toute l’Europe actuelle: Reconquista – à savoir reconquête”. Plus loin, l’Action européenne souhaite la suppression de la norme pénale sur la discrimination raciale en Suisse ainsi que le paragraphe concernant la „Volksverhetzung“ (calomnie raciale) en République fédérale d’Allemagne et le „Verbotsgesetz“ (loi d’interdiction) en Autriche.

L’Action européenne a – selon sa page internet – deux points de contact en Europe. Le „Secrétariat central”, joignable via case postale à Regensdorf ZH, est dirigé par Pierre Schlenk, une personne qui jusqu’ici ne s’est pas manifestée sur le plan politique. Le deuxième contact est l’éditeur Ghibellinum qui diffuse les écrits de Bernhard Schaub, joignable par case postale à Eschenz (TG). Ghibellinum propose aussi des DVDs, en particulier celui du discours de Schaub lors de la „coalition anti-censure“ d’Yvo Sasek.

René-Louis Berclaz – Editions de Cassandre
Non troublé par la justice du canton de Valais, René-Louis Berclaz continue d’offrir ses livres antisémitiques, parmi lesquels figurent „Le juif international” par Henry Ford et cinq autres titres, ainsi que des documentations recueillies par des négationnistes suisses. Les Editions de Cassandre de Berclaz peuvent être contactées via un case postale à Sierre. Selon les indications sur la site d’internet, des livraisons sont effectuées exclusivement à l’étranger.

Comité de soutien à Vincent Reynouard
Vincent Reynouard est un négationniste français, en l’encontre duquel diverses procédures ont été lancées ces dernières années et qui purge depuis juillet 2010 une peine quelque part dans une prison française. Il existe depuis plusieurs années un Comité de soutien en sa faveur, joignable via une case postale à Montreux. Le comité publie sur son site quelques missives du prisonnier et des nouvelles de ses sympathisants en France.

Hans Stutz

Racisme en Suisse en 2010/1

Lucerne, 30 Avril 2010

Les minorités religieuses nécessitent une protection particulière envers les initiatives populaires

La tendance à la discrimination dans la société suisse est stable. Au cours des dernières années il a été avant tout question de la communauté musulmane, exposée à des attaques et des diffamations. En outre, les représentants des organisations nationalistes conservatrices s’efforcent de faire entrer la marginalisation dans la loi par leurs propositions discriminatoires.

Fin novembre 2010, environ 53% des votants ont approuvé l’initiative de l’UDC concernant l’expulsion des criminels étrangers instituant ainsi une double sanction contre les auteurs de délits n’ayant pas de passeport suisse. Les délits concernés ne sont pas seulement des cas d’atteintes à la vie et à l’intégrité corporelle, mais aussi «la perception abusive des prestations de l’aide sociale et des assurances sociales» (1). De ce fait, en l’espace d’une année depuis le vote sur l’interdiction des minarets, les Suisses ont accepté pour la seconde fois une proposition émanant de l’UDC prévoyant un traitement discriminatoire pour des minorités.

Mais l’initiative sur l’expulsion des criminels étrangers entend également d’autres effets. On a peu évoqué le fait jusqu’ici que pour donner suite aux propositions des initiants fournies plus tard, il faudra mettre en œuvre des dispositions pénales discriminatoires pour les étrangers et les étrangères qui de façon générale et indépendamment du pays d’origine autorisera des sanctions plus sévères à l’égard de personnes socialement faibles.(2) Le racisme – tel qu’il est diffusé et encouragé par le courant nationaliste conservateur ainsi que par les extrémistes de droite – est pour beaucoup entré dans leur représentation sociale selon laquelle les exécutifs politiques ainsi que la frange sociale la plus privilégiée soient autorisés non seulement à diffamer et à traiter sans égards les plus faibles mais aussi à leur rendre plus difficile l’accès aux ressources sociales.

Les succès en votation populaire des initiatives sur l’interdiction des minarets et sur le renvoi des étrangers criminels ont suscité un grand engouement auprès des extrémistes de droite dans toute l’Europe, par exemple le NPD allemand et le Front National français, ainsi que divers groupes anti-islamiques. Nombreux sont ceux qui voient (soudainement ???) dans la démocratie directe un moyen de faire passer leurs thèses discriminatoires pour de la «volonté populaire». La démocratie directe offre-t-elle peu ou pas assez de protection aux minorités religieuses, mène-t-elle plutôt au renforcement de la discrimination et à la marginalisation des minorités? En tous cas au sujet des minorités confessionnelles le politologue Adrian Vatter constate: «Les décisions populaires concernant les minorités religieuses au cours des 160 dernières années se résument par une série de retards, de refus et de durcissements».(3) Et les votations concernant la minorité islamique jusqu’ici pour lui ont clairement exprimé que «ces objets, pour ce qui est de la mobilisation et du comportement de décision, dénotent de grandes similitudes avec les votations concernant les objets de politique extérieure et sur les étrangers de ces dernières années.» Adrian Vatter parvient à la conclusion que: «Les minorités qui n’ont pas de droits politiques, qui appartiennent à une culture différente de la majorité ou sont établies depuis peu de temps sur le territoire suisse nécessitent donc une protection juridique particulière envers les décisions populaires». (4) Et pour ceci il faudrait évidemment passer par une décision populaire. La question reste ouverte de savoir quelles sont les motivations sociales, politiques, culturelles et économiques derrières ce souhait de suprématie. On peut rappeler à cette occasion la célèbre phrase de Max Frisch: «Un peuple de seigneurs se sent menacé. Ils voulaient des bras et ce sont des hommes qui sont venus». Le débat politique bruyant autour de l’«intégration» a pour conséquence que l’accès aux droits politiques est rendu plus difficile aux habitants sans passeport suisse – du moins ceux originaires de pays extérieurs à l’UE – et que leur statut reste incertain durant une période plus longue.

Le fait demeure que dans les forums internet des médias alémaniques paraissent encore et toujours des commentaires diffamatoires suite à des articles sur les étrangers, les musulmans ou les inégalités sociales, et cela en dépit de la surveillance rédactionnelle. Ce sont souvent les propos des nationalistes conservateurs, de l’extrême droite et des racistes qui dominent les débats des forums internets, comme si ces derniers exercaient la souveraineté sur ces tables rondes virtuelles.


Hostilité envers les musulmans

Depuis plusieurs années, la communauté musulmane est la cible préférée des diffamations et de la discrimination.(5) Leur discrédit est également devenu un thème ordinaire pour certains politiciens et politiciennes qui exploitent le filon des campagnes de dénigrement. Les représentants principaux agissent principalement au sein des formations nationalistes conservatrices, en particulier l’UDC. Parmi les personnalités en vue aussi sur le plan international figurent les deux parlementaires fédéraux UDC, Ulrich Schlüer et Oskar Freysinger. Lors d’un congrès d’islamophobes convoqué par des organisations d’extrême droite et de laïcistes français à Paris en décembre 2010, Oskar Freysinger a satisfait les aversions de son public. Présenté comme le vainqueur aux votations, il a même eu droit à une ovation. Il a su divertir les personnes présentes avec des slogans grossiers et diffamatoires. Sa prestation et ses propos se situaient à mi-chemin entre le cabaret et des discussions de bar. Outre Freysinger, d’autres orateurs de divers pays européens se sont exprimés. En présence de Freysinger, les participants au congrès parisien ont adopté un manifeste contre «la progression de l’Islam sur territoire européen».

Les éléments déclencheurs de l’agitation anti-musulmane tournent avant tout autour de la campagne sur l’interdiction de la burka et des cimetières réservés aux musulmans. L’interdiction de la burka est particulièrement contradictoire, venant des forces conservatrices qui durant des décennies se sont opposées à l’égalité entre les sexes et qui aujourd’hui deviennent soudain les champion des droits des femmes.(6)

C’est en particulier la revue «Schweizerzeit», éditée par Ulrich Schlüer, qui publie régulièrement des articles acerbes contre les musulmans, où islam et islamisme sont confondus ou décrits comme une idéologie politique opposée aux valeurs «occidentales et chrétiennes» de l’Europe. Mais le feuillet d’extrême droite d’Ulrich Schlüer n’est pas le seul à publier des textes hostiles à l’islam, d’autres le font comme la «Weltwoche» (7) de Roger Köppel et Frank A. Meyer dans le Sonntags-Blick. (8)

Début décembre 2010, les représentants de plusieurs partis de droite européens ont visité Israël à l’invitation de politiciens de droite et de colons israéliens. A l’issue de ce voyage, ils ont adopté la «Déclaration de Jérusalem». (9) Cette dernière argue que «l’humanité est actuellement exposée à une nouvelle menace totalitaire à l’échelle du monde, à savoir l’islam fondamentaliste». Elle refuse tout «relativisme culturel qui, sous le prétexte de respect envers d’autres cultures et d’autres traditions, tolère que des gens, en particulier les minorités non-islamiques voient leur droits à la liberté et à l’égalité et à la participation restreints dans diverses parties du monde musulman». Cette position anti-islamique va de pair avec un soutien inconditionnel à l’état d’Israel: «Nous revendiquons sans restrictions aucunes le droit à l’existence de l’Etat d’Israël avec des frontières sûres et reconnues par le droit international. Egalement, le droit à l’autodéfense d’Israël contre toute agression et en particulier à l’égard du terrorisme islamique est à accepter». A fin 2010, aucun représentant suisse n’avait signé la «Déclaration de Jérusalem», mais certains d’entre eux provenaient de la mouvance des chrétiens évangéliques, particulièrement liés à Israël et qui perçoivent les musulmans comme des ennemis.

L’islamophobie atteint également des hauteurs inégalées, alimentant les fantasmes les plus fous. Sous le pseudonyme «Heidi Hué», une auteure inconnue a publié une petite brochure intitulée «La Suisse talibanisée en 2022». (10) L’auteure, qui remercie explicitement les gestionnaires du portail internet anti-islamique allemand «Politically Incorrect», part de l’idée que Bâle et Genève seront des villes islamisées en 2022, entourées d’un pays appauvri et désolé. Son texte dit: «Il y a vingt ans on vivait sans soucis en Suisse et peu à peu l’on sent ici aussi revenir la sensation merveilleuse de la liberté. Mais dans la ville de Bâle, soumise à la loi de la charia, on vit aujourd’hui comme en Afghanistan il y a vingt ans. La situation est encore pire à Genève. Les hommes sont obligés de porter la barbe, les femmes n’osent se montrer en public qu’en voile intégral et n’ont pas le droit d’exercer une profession. Les filles ne peuvent pas aller à l’école. La musique est interdite, les enfants n’osent pas chanter, il y est même interdit de rire bruyamment. Depuis cinq ans Bâle et Genève sont totalement isolées de la Suisse par un mur de laser. Les quelques musulmans qui demeurent encore en Suisse sont très surveillés. Le plus faible soupçon d’attitude hostile à la Suisse et ils sont automatiquement traduits devant un tribunal militaire. Il y a de cela huit ans en arrière, il ne se passait pas une semaine sans que les musulmans ne jettent des cocktails molotov dans les bars et restaurants servant de l’alcool, que des églises partent en fumée, que des politiciens, écrivains ou réalisateurs se fassent abattre en pleine rue ou soient exécutés à la hache.» (11) Il est difficile de savoir combien de lecteurs ont mis la main sur cet opuscule.

Contrairement à la communauté israélienne, la communauté musulmane est toujours mal organisée en Suisse, de sorte que les allusions anti-musulmanes, les diffamations et les attaques rencontrent peu de résistance.

Antisémitisme

L’antisémitisme latent est ancré dans la société suisse depuis des décennies et se réactive au gré des circonstances de l’actualité. (12) Mais ces dernières années, cette préoccupation est passée plutôt à l’arrière-plan par comparaison avec l’islamophobie ; les éléments déclencheurs de l’antisémitisme étaient la plus part du temps lié au conflit entre Israël et la Palestine.

Dans le cercle réduit des forums et expéditions d’extrême droite, des auteurs publient régulièrement des articles antisémites ou minimisant l’holocauste. Ces allégations demeurent généralement sans suite, même s’il y a infraction à la norme pénale sur la discrimination raciale, car il faut qu’il y ait plainte pour qu’une procédure soit engagée. En 2010, diverses personnes proposaient des produits de nature antisémite.

  • Via «Les Editions de Cassandra», le négationniste René-Louis Berclaz, qui a des antécédents judiciaires respectifs et est joignable par une case postale à Sierre, canton du Valais, fait réimprimer des ouvrages antisémites comme par exemple «Le Juif International» de Henry Ford. En outre, il propose d’autres écrits de négationnistes suisses.
  • Sur sa page internet, le journaliste genevois Frank Brunner a une rubrique «Le lobby juif» où il publie des textes antisémites écrits par lui-même ou par des tiers. Son antisémitisme est nourri par sa critique virulente de l’état d’Israël. Diverses plaintes ont été déposées à son encontre.
  • Sur sa page internet, l’architecte Alex Brunner de Wetzikon propose des téléchargements de produits anti-franc-maçons et anti-jésuites mais également des livres antisémites, dont par exemple la théorie de la conspiration de Des Griffin ou Les protocoles des sages de Sion, édité par le nazi allemand Ulrich Fleischhauer.
  • Par vente de correspondence, Max Wahl continue à proposer des livres dans un contexte traditionnel avec la NSDAP, parmi eux aussi des titres antisémites (13), ou des CDs de manifestations auxquelles le négationniste a participé. (14)

Racisme à l’encontre des noirs

L’ombudsman de la ville de Zurich, Mme Claudia Kaufmann a constaté dans son rapport 2009, rendu public en 2010, que «Parmi les plaignants, on comptait durant l’année écoulée de nouveau un nombre supérieur à la moyenne d’hommes noirs et à la peau foncée plutôt jeunes. Ces requêtes tournaient la plupart du temps autour de la question de la justification des contrôles et des comportements des forces de l’ordre. Dans ce contexte, la problématique du «racial profiling» est bien à mentionner. Pour les cas individuels concrets, il doit exister un soupçon précis et individualisé, comme c’est le cas pour les contrôles d’identité principalement, qui justifie l’intervention de la police. Aussi, les différentes étapes du contrôle doivent obéir à la règle de la proportionnalité.» (15) Ce constat dépasse les limites de la ville de Zurich. En Suisse, ce sont avant tout des jeunes gens noirs, quelle que soit leur origine, qui subissent une discrimination dans l’espace public en général que ce soit de la part de la police ou de forces de sécurité privées. Ils se voient fréquemment interdits d’entrée, en particulier dans les discothèques et les bars.

Sporadiquement, il y a également eu des attaques politiques à l’encontre des noirs. La section zurichoise des Démocrates suisses par exemple a publié une annonce intitulée «Stoppez l’africanisation». Cette annonce déclare que «de façon louche, il y a toujours plus d’immigrés arrivant de pays exotiques, en particulier d’Afrique. Zurich perd son caractère de ville suisse et blanche». (16)

Hostilité à l’égard des gens du voyage et les Roms

Les gens du voyage et les Roms sont continuellement marginalisés par les institutions. La police cantonale du Valais a publié deux mises en garde au cours de l’année écoulée concernant «l’arrivée des gens du voyage». (17) Malgré de nombreuses protestations, les gens du voyage, en particulier les Roms sans passeport suisse ont toujours de la peine à transiter par la Suisse et à trouver des aires de séjour, même si quelques nouvelles places ont été aménagées au cours des années écoulées.

Les marques d’hostilité qui s’expriment à l’égard des gens du voyage vont de coups de feu tirés contre eux (18)aux insinuations diffamatoires d’un syndic écologiste. (19)

On n’a plus guère entendu parler publiquement de l’hostilité à l’égard des Allemands qui avait alimenté plusieures fois des campagnes politiques et médiatiques ces dernières années.

Incidents racistes dans la pratique de consultation

La chronologie «Racisme en Suisse» documente tous les cas de racismes perpétrés dans l’espace public ou rendus publics soit par l’auteur soit par la victime. Elle inventorie également les manifestations d’extrême droite. Un abord différent se poursuit du côté de la Commission fédérale contre le racisme et de l’organisation des droits de l’homme Humanrights.ch avec la publication périodique du Rapport des incidents racistes dans la pratique de consultation. Dans son édition du mois d’août 2010, les organisateurs recensent 162 cas traités par les centres de consultation contre 87 dans la première édition du rapport (2009). Les chiffres ne donnent qu’un aperçu des incidents survenus.
En effet le rapport est loin d’inclure tous les centres de consultations auxquels les victimes de discrimination raciale (ainsi que les témoins et les membres de la famille) peuvent s’adresser. D’autre part, pour de diverses raisons, les victimes ne s’adressent pas systématiquement à des centres de consultation. Il y a également des régions dans lesquelles il n’existe pas ce centre de consultation. On peut donc en conclure que la majorité des cas ne sont pas annoncés. (20)

Conclusions du rapport :

  • Une bonne partie des cas annoncés se rapportent à des événements politiques comme la votation contre les minarets ou les tensions entre la Suisse et l’Allemagne.
  • Les discriminations raciales ont lieu dans toutes sortes de contextes, en particulier dans le monde du travail et dans l’espace public.
  • Les cas de loin les plus fréquents concernent des propos verbaux blessants ou dérogatoires.
  • Dans les cas documentés, ce sont souvent des personnes originaires de l’Europe centrale qui sont touchés par la discrimination. Bon nombre de cas concernent également des citoyens suisses.
  • Aussi bien les victimes que les coupables étaient majoritairement des hommes.
  • Tant du côté des centres de consultations que du côté des victimes, il s’agissait très souvent d’un acte sur la base de la couleur de la peau ou de l’origine (présumée) étrangère de la victime. (21)

Lucerne, avril 2011
Hans Stutz


Annotations:

(1) En résumé le texte de l’initiative réclame qu’ «ils» (les étrangers) sont privés de leur titre de séjour indépendamment de leur statut et de tous leurs droits à séjourner en Suisse :
a) S’ils ont été condamnés par un jugement entré en force pour meurtre, viol ou tout autre délit sexuel grave, pour un acte de violence d’une autre nature telle que le brigandage, la traite d’êtres humains, le trafic de drogue ou l’effraction, ou:
b) S’ils ont perçu abusivement des prestations de l’assurance sociale ou de l’aide sociale.

(2) La proposition de l’UDC du 26 janvier 2011, nouvel article pénal «Art 151 bis CP» sur l’abus l’aide sociale. «Celui qui aura astucieusement induit en erreur l’aide sociale ou les assurances sociales par des affirmations fallacieuses ou incomplètes, ou par la dissimulation de faits ou de changement de situation et aura sans droit obtenu un subside de l’aide sociale ou des assurances sociales, sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire. Dans les cas sans gravité, une peine pécuniaire peut être décidée.»

(3) Adrian Vatter, Synthèse: les minorités religieuses dans le système de démocratie directe suisse, dans Adrian Vatter (éditeur), Vom Schächt- zum Minarettverbot. Religiöse Minderheiten in der direkten Demokratie, Zurich 2011, p. 284.

(4) Opus cit. p. 290

(5) Concernant l’islamophobie en Suisse, voir Georg Kreis, Zur Islamophobie in der schweizerischen Variante, Farid Hafez éditeur. Jahrbuch für Islamophobieforschung 2010 – Deutschland, Österreich, Schweiz, Innsbruck 2010.

(6) Cécile Bühlmann, Die Burka-Debatte als Lehrstück für die Instrumentalisierung von Frauenrechten. Olympe – Feministische Arbeitshefte zur Politik, cahier 32, septembre 2010.

(7) Voir par ex. Peter Keller «Tötet sie, wo immer ihr sie antrefft», Die Weltwoche, 19 mai 2010. L’article se conclut sur la phrase suivante (traduite en français): «Si l’on prend l’islam et ses théologiens au sérieux, il n’y qu’une conclusion possible : l’islam n’est pas compatible avec l’état de droit et la démocratie. En conséquence, il devrait être interdit».

(8) Voir par ex. Frank A. Meyer, Im Namen der Freiheit, Sonntags-Blick, 29 août 2010.

(9) La déclaration a été signée par les représentants du Freiheitlichen Partei Oesterreich (FPO), le Bürgerrechtspartei Für mehr Freiheit und Demokratie (DIE FREIHEIT), le parti d’extrême droite belge Vlaams Belan et les démocrates suédois.

(10) Heidi Hué, Die Talibanisierte Schweiz im Jahre 2022. Norderstedt 2010. L’opuscule est imprimé à la demande, il est donc une édition à compte d’auteur

(11) Opus cité p. 28

(12) Zsolt Keller. Abwehr und Aufklärung, Antisemitismus in der Nachkriegszeit und der Schweizerische Israelitische Gemeindebund. Zurich 2010.

(13) Comme par exemple George Thompson, Der Zar, Rasputin und die Juden, paru la première fois en 1922 à Hambourg.

(14) Selon la liste de publication du 11.11.2010, et les notices (90) du 11.11.2010: «Rareté révisionniste, Ernst Zündel et Max Wahl sur DVD. Ernst Zündel en discussion avec Dr. Max Wahl, à l’époque le seul révisionniste suisse, le 11 juin 1985 à Toronto».

(15) Ville de Zurich, Ombudsman pour les questions de plaintes. Rapport 2009, p. 26.

(16) Voir chronologie Zurich, début février sur le site internet www.gra.ch

(17) Voir chronologie Sitten (VS), 30 avril 2010 et Sitten (VS) 9 septembre 2010

(18) Voir chronologie Galbisio (TI), 19 juin 2010

(19) Voir chronologie Lausanne, 27 juin 2010

(20) Commission fédérale contre le racisme/humanrights.ch : Rapport périodique sur les incidents racistes dans la pratique de consultation, août 2010, p. 9.

(21) Opus cité, p. 5.

Racisme en Suisse 2011/2

Zürich, 31 Décembre 2011

Ils reparlent d’un socialisme national

 

En Suisse aussi, deux événements ont déterminé la perception de l’extrémisme de droite et du racisme que l’on a eue en 2011: la tuerie perpétrée par le Norvégien Anders Behring Breivik et l’éclaircissement d’une série d’assassinats dont ont été victimes, en Allemagne, neuf hommes (dont huit d’origine turque) et une policière. Le crime d’Anders Breivik a attiré l’attention des médias sur les multiples activités d’ennemis de l’islam organisés en réseau international. Les assassinats commis par le NSU 1 ont mis en évidence l’existence, en Allemagne, d’un terrorisme de droite structuré ainsi qu’une ignorance à peine concevable des autorités policières allemandes, notamment de l’Office féderal allemand de protection de la constitution.

Des assassinats de Breivik comme de ceux commis par les néonazis allemands, les néonazis suisses – et pour cause – n’ont dit mot, certains s’exonérant toutefois en criant au complot. Le négationniste de l’holocauste Bernhard Schaub, lui, a prétendu aussitôt que Breivik était, à l’évidence, un «coup monté des services secrets» dirigé contre le «mouvement européen naissant d’opposition à la mondialisation et au nivellement». Bernhard Schaub entend par là des activités d’organisations d’extrême droite, parmi lesquelles la «Europäische Aktion» (Action européenne), qu’il dirige depuis sa création en automne 2010. Le Parti des Suisses Nationalistes (PSN) affirme sur sa page d’accueil que ce type d’attentat est le fait «soit d’insignifiants pseudo-extrémistes, soit d’exécutants recrutés par les services secrets»; le dernier cas étant, dit-il, le plus fréquent.

En automne 2011, le nombre de requérants d’asile a augmenté en Suisse, une conséquence, entre autres, des soulèvements conduits avec succès dans certains pays d’Afrique du Nord. Les discussions ayant pour objet la création de nouveaux centres d’hébergement ont suscité en plusieurs endroits de violentes réactions, les plus violentes à Bettwil, canton d’Argovie, où s’en sont également mêlés des groupements d’extrême droite tels que l’Action européenne.
1. Une subculture qui disparaît! Une autre peut-être en train de naître?

Pendant de nombreuses années a également existé en Suisse, commençant dans les années 1980 et se développant longtemps selon un mouvement ondulatoire, une subculture d’extrême droite constituée, en majeure partie, de jeunes adultes de sexe masculin, les skinheads, plus précisément les skinheads nazis. Hammerskins et Blood and Honour, deux réseaux internationaux, avaient également des antennes en Suisse, mais des antennes depuis plusieurs années déjà déclinantes. En 2011, les Hammerskinheads et Blood and Honour n’ont plus guère fait parler d’eux. Sur la toile existent encore deux forums, dont le nombre de nouveaux sujets est cependant très faible. Pendant l’été, un groupe nommé Combat18 a publié deux numéros du magazine «Omerta». Nombreux sont les indices montrant que la subculture skinhead ne séduit plus actuellement que de rares jeunes de sexe masculin.

On perçoit aujourd’hui les premiers signes d’une subculture d’un genre différent, dont on ne sait encore si elle trouvera une large audience. A Zurich se sont manifestés pour la première fois des nationalistes autonomes; à Genève existe depuis déjà quelque temps le groupe «Genève non conforme». Les nationalistes autonomes adoptent volontiers le vêtement et les postures «de type culture jeune de l’adversaire politique, à savoir de la gauche et, plus particulièrement, de la mouvance d’extrême gauche ‹Antifa›». 2 Ils se sont manifestés pour la première fois, début mai 2008, en Allemagne; en Italie existe une mouvance à l’échelle du pays dont le centre, la «CasaPound», se trouve à Rome. La «CasaPound» est un pâté de maisons proche de la gare principale, occupé par de jeunes fascistes, qui en ont fait un centre culturel où seules des familles de nationalité italienne sont admises. «CasaPound» est une mouvance dont s’inspire à Genève le groupe «Genève non conforme».
2. Le Parti des Suisses nationalistes PSN s’étiole

Une partie de la subculture d’extrême droite s’efforce depuis des années de construire de véritables structures politiques. Le Parti des Suisses nationalistes PSN est parvenu à se doter, pendant tout un temps, de structures stables et à mobiliser des sympathisants pour des assemblées et des manifestations. Plusieurs indices indiquent toutefois qu’il peine à maintenir ses capacités opérationnelles. L’an dernier encore, plusieurs représentants ont cessé de travailler pour le parti et plusieurs groupes locaux et portails d’information ont eu une activité très restreinte. Le parti a en outre fait savoir qu’il ne présenterait pas de candidat au parlement communal de Langenthal l’an prochain et renonçait à défendre son siège.

Le PSN a présenté des candidats aux élections fédérales dans deux cantons. Dans celui de Vaud, le candidat du PSN, Philippe Brennenstuhl, a récolté tout juste 2389 voix, soit presque rien. Gros échec également dans celui de Berne, où seul Dominic Lüthard, président du PSN, a recueilli 6600. Et échec encore pour deux candidats d’Identitaire, battus au Grand-Saconnex, commune de la périphérie de Genève, où leur liste n’a obtenu qu’environ 3 pour cent des voix aux municipales. 3
3. L’Action européenne (EA) de Bernhard Schaub

L’EA est une tentative de constituer un mouvement d’extrême droite de stature européenne, visant à une Europe dont les Etats, tout en ayant une politique militaire et extérieure commune, resteraient indépendants. On ne sait pas si Bernhard Schaub, le chef d’EA, a réussi à mettre sur pied des structures en dehors de la Suisse, l’EA affirmant de son côté avoir des responsables nationaux («Landesleiter») dans plusieurs Etats et des bureaux d’information en Allemagne du Nord et du Sud, ainsi qu’en Autriche. Le bureau autrichien est dirigé par Hans Berger, Rheinfelden, qui – selon ses propres dires – vit en Suisse depuis des décennies. 4

La EA s’est donné sept grands objectifs, le premier étant la suppression de la norme pénale contre la discrimination raciale en Suisse, celle de l’interdiction de la reprise des activités national-socialistes en Autriche et l’abolition du chef d’inculpation d’incitation à la haine raciale en Allemagne. L’EA demande en outre le «retrait de toutes les troupes étrangères et le rapatriement de tous les immigrés extra-européens». Son chef, Bernhard Schaub, a donné une synthèse de ses vues dans une plaquette qui est, au total, l’esquisse d’un Etat national-socialiste. 5
4. Extrémistes de droite romands: contacts avec la France et l’Italie

Les contacts extrême-droitiers ont pour cadre les espaces linguistiques. Les Alémaniques échangent avec leurs amis politiques allemands et autrichiens, les Romands généralement avec leurs amis français, plus rarement italiens. En 2011, les extrémistes de droite ont été particulièrement actifs dans la région de Genève, d’une part le groupe «Les Jeunes Identitaires Genevois», de l’autre «Genève non-conforme». Ces deux groupes incarnent des tendances différentes de l’échiquier extrême-droitier. Les Jeunes Identitaires se rattachent au parti français «Les Identitaires», «Genève non conforme» s’inspire de la mouvance italienne, qui gravite autour de la «CasaPound» et de son chef, Gianluca Iannone.
5. Démocrates suisses et extrémisme de droite

Depuis plusieurs décennies, les Démocrates Suisses, parti conservateur des xénophobes nationalistes, ont, encore qu’à intervalles irréguliers, des taches brunes au revers du veston – 2011 n’a pas failli à la règle. Au printemps 2011, s’est présenté à des élections dans le canton de Zurich Manuel Walker, 30 ans, comparu devant les juges en 2009 pour violence à motivation d’extrême droite. 6 A l’élection au Conseil national était candidat dans le canton de Berne, sur la liste du SD, le naziskin de longue date Jonas Schneeberger. Une photo, prise il y a quelques années à l’occasion d’une visite du mémorial de Buchenwald, le montre faisant le salut hitlérien devant la photo de victimes du camp de concentration. 7 Fidèle à sa tactique habituelle, le parti a immédiatement exclu le thuriféraire de Hitler de ses rangs. Mais il était trop tard pour le rayer de la liste des candidats. Bien que le parti ait pris ses distances, Schneeberger finit à l’une des premières places de la liste, 8preuve que beaucoup d’électeurs et d’électrices du SD ne voient pas dans une mentalité nazie une raison de ne pas élire un candidat.

 

Dossier

« Suisse 2011: Groupes et groupements des extrêmes droites »

Extrémisme de droite subculturel: les naziskins

Rares ont été, une fois de plus, les activités des réseaux internationaux de naziskins Hammerskins et Blood and Honour enregistrés en Suisse. Les deux tendances ont encore sur Internet des forums, sur lesquels les sujets sont toutefois devenus rares. Dans le courant de l’été et de l’automne ont été publiés par «Combat 18 Suisse» deux numéros du fascicule de langue française «Omerta». 9 Ce groupe, dont on ne connaît pas les membres et ne sait pas où ils vivent, a également eu, pendant peu de temps, un blogue.
Genève non conforme GNC

Depuis 2010, sans doute, existe le groupe «Genève non conforme» GNC, dont un porte-parole avait déjà depuis 2008 sur la toile un blogue très actif. Le groupe, vraisemblablement peu nombreux, conjugue des thèmes de gauche (critique de l’économie de marché et des inégalités sociales) avec une posture eurocentriste / raciste, volontiers présentée comme lutte contre la mondialisation. Il a, selon ses propres dires, squatté deux fois, en 2011, une maison de Genève et de ses environs et organisé une manifestation de soutien au dictateur syrien Assad. Fin mars, Gianluca Iannone, leader de CasaPound et chanteur du groupe Zetazeroalfa, a donné une conférence dans un petit local dépourvu de fenêtres.
Nationalistes autonomes Zurich

En été 2011 a fait une brève apparition sur Internet une page des Nationalistes autonomes Zurich. Dans une interview publiée sur une page de l’extrême droite allemande, un nommé «Felix» (21 ans, ancien élève d’un gymnase) dit avoir fondé, «il y a environ un an» (c’est-à-dire en 2010), «avec deux amis», les Nationalistes autonomes Zurich. Ils sont, précise-t-il, «le premier groupement nationaliste autonome de Suisse». Il se dit nationalsocialiste et enchaîne: «Nous sommes nombreux à avoir des ascendants allemands. Je viens d’une famille allemande, mes ancêtres vivaient dans le Reich, pour lequel mon grand-père s’est battu, comme tout Allemand attaché à son peuple.» Les Nationalistes autonomes Zurich ont apporté en automne 2010 leur «soutien» à deux manifestations d’extrême droite en Allemagne.
Groupes de musique, diffusion de livres et de musique

La musique est pour les subcultures de jeunes un moyen très prisé de diffuser du mode de vie et des messages (le cas échéant politiques). Les naziskins et les extrémistes de droite suisses ont été obligés, de nombreuses années durant, de s’approvisionner en supports de son et en livres à l’étranger. Tel n’est plus le cas depuis quelques années. Le diffuseur Holy War Records, en particulier, a été très actif en 2011. Autrefois joignable par boîte postale à Erlinsbach (AG), la société de diffusion Streetnoise, en revanche, a disparu de la circulation. La boutique Web du PSN, quant à elle, a été absorbée en automne 2011 par la libraire par correspondance «Neue Zeitwende».
Holy War Records

Holy War Records, qui diffuse un grand nombre de supports de son d’extrême droite de provenance suisse, mais surtout étrangère, produit également – quoique rarement – ses propres CD. Fin 2011, ce diffuseur a apporté son soutien financier à un projet de Helvetische Jugend Berner Oberland, qui veut produire – après celui de 2007 – un deuxième «Schulhof CD» (CD de cours d’école). «Déliquescence culturelle, chômage de masse, démocratie de façade et mort des peuples ne sont plus, tant s’en faut, que des slogans de mise en garde d’une minorité politique qui dérange – ils sont malheureusement devenus la triste vérité», affirme Helvetische Jugend. Qui choisit, «tout comme nos adversaires fidèles au système!, la musique pour nous faire entendre auprès des jeunes». Holy War Records est géré par une association pour la liberté de pensée et d’expression dans l’art et les médias. La personne de contact est Marcel Gafner, le président suppléant de la section Oberland bernois du PSN, joignable via une boîte postale à Brienz.
Indiziert

Le groupe rock Indiziert existe toujours mais ne s’est pas produit, autant que l’on sache, en 2011. Il interprète une chanson sur un support de son du groupe Kraftschlag, sur lequel figurent en outre six autres formations. Refrain de la chanson d’Indiziert: «Nous sommes un groupe de rock blanc et nous jouons de la musique blanche. Nos armes sont les instruments et les mélodies pour la victoire.» En automne 2011, le groupe, qui fêtera alors son dixième anniversaire, a annoncé un grand concert pour la mi-janvier 2012. Ses musiciens sont Dominic Lüthard et Benjamin Lingg, deux chefs de file du PSN, ainsi que les frères Alex et Cédric Rohrbach.
La librairie par correspondance «Neue Zeitwende»

La vente de livres par correspondance du Parti des Suisses nationalistes PSN a été reprise en novembre 2011 par la librairie par correspondance Neue Zeitwende. L’offre n’a pas changé. La librairie diffuse des livres s’enivrant de fantasmes de complot ourdis par des sociétés secrètes, de la littérature à la gloire des SS, des apologies du nazisme, ainsi que des publications d’auteurs d’extrême droite comme Jürgen Schwab. Une bonne partie de l’offre provient d’éditeurs allemands d’extrême droite connus, tels que le Hohenrain-Verlag et le Grabert-Verlag. L’offre, qui varie peu d’année en année, comprend également des DVD, des livres audio et des supports de son.

La diffusion se fait via une case postale d’Aefligen (près de Kirchberg BE). Le « propriétaire » en est toujours Adrian Segessenmann, le «collaborateur» Michael Vonäsch, tous deux membres influents du PSN. Segessenmann est également «président suppléant» de la section Emmental et Vonäsch présidait jusqu’à fin juillet 2011 la section Willisau.
Le cercle Avalon

Pour «la fin de l’année 2011», son président, Adrian Segessenmann, a indiqué que le cercle avait organisé «plusieurs manifestations internes», sans ne rien préciser de concret. Comme les années précédentes, le groupe est demeuré très discret. Avec une exception: la tenue, en novembre, de son «4e forum national». Segessenmann confirmait ainsi une révélation d’Antifa Berne, qui avait fait savoir, début novembre, que les deux extrémistes de droite allemands Hans Schmidt et Bernd Rabehl prendraient la parole à l’occasion d’une conférence qui devait avoir lieu à la mi-novembre 2011 dans la région de Lucerne. Fondé en 1990, le cercle Avalon est un organisme où se rencontrent des courants de l’extrême droite allant d’anciens nazis aux membres de subcultures extrêmes-droitières en passant par des négationnistes de l’holocauste.

 

Organisations politiques

Le Parti des Suisses nationalistes PSN

Les activités du PSN ne sont plus portées depuis quelques années que par quelques rares caciques. Pour des raisons professionnelles, privées ou politiques se sont multipliés les départs de visages connus. 2011 n’a pas fait exception: plusieurs activistes se sont retirés officiellement du parti. Parmi eux, Michael Vonäsch, le président de la section Willisau du PSN, qui a fait valoir des raisons personnelles et professionnelles, mais également un manque de soutien. Il a eu beau dire et répéter que, selon lui, «nous serions capables de créer dans le canton de Lucerne un parti national solide», le seul espoir qui, en réalité, lui reste serait de pouvoir compter, si cela se faisait, sur des «Démocrates suisses et quelques personnalités des Jeunes UDC».

Depuis le retrait de Vonäsch, on ne discerne plus aucune activité de la section Willisau du PSN. La section Schwyz (président: Dani Herger) et l’Infoportal Argovie (responsable: Kevin Mareque) ne sont guère plus actifs. La section bâloise (président: Michael Herrmann) fait, elle aussi, état de difficultés: Son travail semble avoir été «profondément perturbé par les fréquents changements intervenus au sein de son comité», au point qu’elle en aurait oublié «le véritable enjeu, à savoir la politique nationale». Entreprise fin septembre 2011, une tentative de nouveau départ n’avait pas encore produit à la fin de l’année de résultats publiquement tangibles. A la mi-novembre, la section Oberaargau annonçait de son côté qu’elle ne présenterait pas de remplaçant au siège du parlement municipal de Langenthal. Cherchant bien entendu à se remotiver, le parti faisait savoir que ce retrait «ne signifie aucunement que le PSN va disparaître de la scène politique». Bien au contraire: «Nous sommes déterminés», affirmait-il, «à reprendre l’offensive l’an prochain et à mettre des accents dans la région.» On verra bien!

Le PNS a été créé début septembre 2000, par des hommes de la mouvance Blood and Honour. C’est la première fois depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale qu’un parti d’extrême droite parvient à se maintenir en activité pendant plus de dix ans. Actuellement se multiplient toutefois les signes donnant à penser qu’il peine à faire son travail de parti politique.
Groupements à la périphérie du PSN

A la périphérie du PSN évoluent des «Kameradschaften» (camaraderies) locales d’extrémistes de droite n’appartenant ni à un parti ni à d’autres grandes formations et n’ayant souvent pas de système d’affiliation formalisé.
Le Waldstätterbund

En l’espace de quelques semaines, le Waldstätterbund a organisé au printemps 2011 plusieurs événements, dont un «Cours d’autodéfense et d’entraide», ainsi qu’un week-end «culture et vécu» avec visite du monument de Guillaume Tell et du Lion de Lucerne. Le Waldstätterbund se plaint sur sa page d’accueil de la procédure intentée contre sept personnes qui ont tenté de pénétrer le 1er août 2009 sur la prairie du Grütli sans avoir de billet d’entrée. Gessler incarnait jadis l’Etat de non-droit, s’écrie avec pathos le Waldstätterbund, qui poursuit: «Aujourd’hui, le droit au non-droit consiste à interdire à des Confédérés de se rendre le jour de leur fête nationale au Grütli, lieu sacré entre tous et symbole des valeurs confédérées.»
Helvetische Jugend (Jeunesse helvétique)

La section Oberland bernois de Jeunesse helvétique a annoncé en automne son intention de produire un nouveau «Schulhof-CD» (CD de cour d’école). Car, dit-elle: «Déliquescence culturelle, chômage de masse, démocratie de façade et mort des peuples ne sont plus, tant s’en faut, que des slogans de mise en garde d’une minorité politique qui dérange – ils ont malheureusement devenus la triste vérité.» Le CD sera remis gratuitement aux élèves. Ses producteurs affirment avoir distribué 4000 exemplaires du premier Schulhof-CD, chiffre qu’il est impossible de vérifier.
Autres groupements

D’autres «organisations» ont sur la toile une présence que, cependant, elles ne cultivent pas. A l’instar des «Freie Nationalisten St.Gallen und Ostschweiz», qui se définissent sur leur page d’accueil comme «un rassemblement indépendant de jeunes gens ayant pour but de faire connaître à la population l’idée du nationalisme social et de faire table rase des préjugés». Cette page n’a été gérée activement qu’en février 2011. On ne connaît aucune autre activité de ces nationalistes libres. Il en va de même pour le «Aktionsbündnis Nordschweiz», qui se conçoit comme «une forme libre de la résistance nationale suisse alémanique».
Kameradschaft Innerschweiz KI

Deux tracts ont été diffusés en novembre et décembre 2011 par cette camaraderie de la Suisse centrale. Le premier avait trait à des votations cantonales sur l’instauration d’un droit de vote communal facultatif pour les étrangers. Le deuxième était un appel à la résistance. La camaraderie réagissait ainsi à l’arrestation de plusieurs jeunes hommes de divers pays accusés d’un délit sexuel.

Un premier indice de l’existence d’une «Kameradschaft Innerschweiz» était apparu en 2008, à l’occasion de la commémoration de la bataille de Sempach, où quelques participants au défilé de l’extrême droite portaient des t-shirts noirs sur lesquels était écrit «Kameradschaft Innerschweiz». La KI est présente depuis l’automne 2011 sur la page d’accueil d’un média social. Parmi les quelques rares thématiques, cet autoportrait: «Tu connais la situation qui règne dans notre patrie: Des bandes d’étrangers prennent le dessus, et personne pour se défendre. Nous autres Suisses sommes minoritaires, et on nous le fait sentir chaque jour. En ville, à l’école, au travail, partout nous sommes confrontés à eux.» Sur cette page, la KI affirme par ailleurs être «la plus grande organisation de jeunesse nationale de la Suisse centrale».
Volksbund Wasserschloss

Du Volksbund Wasserschloss, rien ou presque n’a filtré jusqu’ici dans l’opinion. Il dispose d’un site Internet au nom de «Tobias Ernst, Koblenz AG». On apprend sur sa page d’accueil «qu’il fait partie depuis septembre 2011 de l’Action européenne». Début août 2011, un représentant de l’EA a pris la parole devant les membres du Volksbund. Ce dernier est uniquement constitué – comme il le dit lui-même – «de sans parti, car nous avons vis-à-vis du parlementarisme libéral une attitude très critique». On ignore le nombre de gens qui sont susceptibles d’être séduits par cette organisation.

Le Volksbund Wasserschloss affirme avoir été créé en 2008 par des «nationalistes sensibles aux questions culturelles, mettant des valeurs à la place de la consommation dans le but de parvenir ainsi au bonheur et à la liberté». Le Volksbund, lit-on encore, se reconnaît dans «les principes du socialisme national». En 2011, il a organisé, dans le cadre de ses «activités Ostara», une visite du musée du fort d’artillerie de Reuenthal AG et du musée militaire suisse de Full AG, ainsi que deux présentations de films, parmi lesquels des films sur la fin de la Deuxième Guerre mondiale. A ce propos, on peut lire sur la page d’accueil: «Les crimes perpétrés contre des soldats et des civils allemands ont été jugés gratuits et attristants. Lors de la discussion qui a suivi, l’assistance a été unanime à dire que les Allemands n’avaient pas à faire renaître de culte victimaire, mais qu’ils ont raison de thématiser les conséquences d’une écriture partisane de l’histoire.»
Heimatbewegung

Comme les années précédentes, la Heimatbewegung a peu fait parler d’elle en 2011. Située à la périphérie d’une scène suisse elle-même marginale de l’extrême droite, elle prône une Suisse divisée en ses quatre régions linguistiques. Ou, comme elle le dit elle-même: «Afin de préserver durablement la survie de l’ethnie de souche alamane, nous nous battons pour un Etat fédéral populaire épousant les limites actuelles de la Suisse alémanique.» Soit encore: «La HB lutte pour la dissolution de la Suisse quadrilingue et multiethnique, que nous refusons de considérer, en l’état, comme notre patrie, et la création d’un Etat populaire de souche alamane, épousant les frontières actuelles de la Suisse alémanique.» La Heimatbewegung a changé en cours d’année de case postale. La nouvelle se trouve à Zoug.
Les Jeunes Identitaires Genevois

Il semblerait que les activités des Identitaires genevois se soient endormies dans le courant de l’automne 2011. Ceci pour des raisons inconnues.

Les Identitaires luttent surtout contre l’«islamisation», notamment avec leur tract électoral du Grand-Saconnex. L’islamophobie est d’ailleurs le sujet de «Lépante 1571» 10, livre édité par les Identitaires français. Parmi ses auteurs figure également le Genevois Jean-David Cattin. Premier-lieutenant dans l’armée suisse, Jean-David Cattin est également un leader important des Identitaires français. Il a notamment pris la parole en mai 2011 dans le cadre d’une manifestation organisée à Lyon. Elu en mars 2011 au «bureau exécutif du Bloc Identitaire», il avait déjà été responsable auparavant, pendant deux ans, de leur «camp d’été», 11 au programme duquel figurent le sport (sports de combat compris) et la formation politique.

 

Activités politico-culturelles

L’ancienne garde – Gaston-Armand Amaudruz, de même que les époux Paschoud et Ernst Indlekofer – persiste à diffuser des contenus relevant de l’idéologie d’extrême droite. Seul Max Wahl (1923) semble marquer le pas: de ses «Notizen» n’est apparemment paru qu’un seul numéro. 12 Numéro dans lequel il fait l’apologie du régime national-socialiste et diffame les alliés et les juifs.
Gaston-Armand Amaudruz: « Courrier du Continent »

Gaston-Armand Amaudruz (91 ans) produit régulièrement, depuis des décennies, son «Courrier du Continent», toujours sous-titré «Bulletin du Nouvel Ordre Européen». Cela fait de nombreuses années que l’on ne sait plus rien des activités de ce groupuscule d’extrême droite, mais Amaudruz ne désarme pas. Dans la première partie des douze pages de son «Courrier», il commente, dans son «Bloc-Notes», des articles tirés des mass médias et donne des informations sur de nouvelles publications d’extrême droite et la façon de se les procurer.
Mariette et Claude Paschoud: «Le pamphlet»

Cela fait déjà plus de 40 ans que les époux Mariette et Claude Paschoud honorent le canton de Vaud des dix feuillets de quatre pages de leur «Pamphlet», auquel collabore régulièrement Michel de Preux. Ils abordent parfois des thèmes qui agitent la droite conservatrice, tels que la politique éducationnelle du canton. Dans sa rubrique «Les nouvelles aventures …» Mariette Paschoud sympathise avec des négationnistes, tient les pouces à l’Autrichien Wolfgang Fröhlich pour qu’il bénéficie d’une remise de peine 13 ou recommande, le qualifiant de «plaisir fort instructif», un film faisant l’apologie du célèbre négationniste français Robert Faurrison. 14
Presseclub Schweiz/Ernst Indlekofer: « Recht + Freiheit »

Selon son rédacteur, Ernst Indlekofer, «Recht+Freiheit» serait « l’un des journaux alémaniques les plus proches du peuple » 15 – ce dont personne ne semble encore s’être avisé. Ce n’est d’ailleurs pas le seul compromis avec les faits avérés que se permette son rédacteur solo, qui se répand en fantasmes de conspiration à l’encontre des francs-maçons, tient l’attentat du World Trade Center pour une «opération des services secrets», 16 Breivik pour un «tueur à gage» 17 et tempête – à la manière d’un néonazi chevronné – contre la «volonté de destruction marxistico-sioniste». 18

Porteur d’une conception biologique du racisme, Indlekofer écrit: «Les peuples de culture européenne sont voués à leur perte par une immigration massive de races étrangères irresponsablement encouragée et/ou tacitement tolérée ainsi que par une dénatalité de leur propres populations, connue des responsables politiques mais jamais maîtrisée par une politique familiale appropriée.» 19 Il exige l’«arrêt immédiat de toute immigration» ainsi que «le rapatriement, dans un premier temps, des sans-papiers et des réfugiés politiques».

«Recht + Freiheit» est officiellement publié par un certain «Presseclub Schweiz»; son assemblée générale s’est tenue le 12 septembre 2011 20 en un lieu inconnu. Ernst Indlekofer à la fois éditeur et rédacteur responsable du magazine. On ne sait rien du tirage de celui-ci ni du nombre d’adhérents du «Presseclub + Schweiz».
Association des Amis de Robert Brasillach

L’avocat genevois Pascal Junod est depuis 2007 président de l’Association des Amis de Robert Brasillach, qui cultive depuis une soixantaine d’années la mémoire de cet écrivain français collaborateur des nazis. Comme l’année précédente, était présent à l’assemblée générale le négationniste français Eric Delcroix. Pascal Junod, aujourd’hui actif pour le Mouvement Citoyen Genevois MCG, a derrière lui une longue carrière d’extrême droite. Il a été cofondateur, dans les années 1980, de groupements de la nouvelle droite tels que le Cercle Thule ou le Cercle Proudhon. Il a été par la suite un membre influent de la section genevoise de l’UDC, dont il a été obligé de se retirer.

 

Présence sur Internet

SchweizerKrieger/Mr. Odessa – Bruderschaft 1291

Depuis l’été 2008 existe sur Internet, géré par un inconnu signant du pseudonyme de «Mr. Odessa» et habitant selon ses dires à Lucerne, un blogue intitulé «SchweizerKrieger» (guerrier suisse), dont l’ordinaire est constitué des thèmes chers aux extrémistes de droite et à l’UDC: étrangers, musulmans, gauchistes (violents). Le rédacteur de ce blogue donne l’impression d’appartenir à une «Bruderschaft 1291» (confrérie). Il affirme, le ton martial: «Nous autres nationalistes n’avons jamais prétendu être les tenants d’un point de vue démocratique; nous avons souvent expliqué ouvertement, au contraire, que nous ne nous servions des moyens de la démocratie que pour nous emparer du pouvoir et que, une fois le pouvoir conquis, nous refuserions impitoyablement à nos adversaires les moyens que l’on nous accorde en période d’opposition.» Cette «Bruderschaft 1291» ne déploie aucune activité connue. Le rédacteur du blogue a publié pendant assez longtemps dans une indifférence publique pratiquement totale.
Négationnistes de l’holocauste

Les négationnistes de l’holocauste contestent trois faits historiques avérés: premièrement, qu’existait un plan d’extermination des juifs d’Europe, deuxièmement qu’aient été construites des chambres à gaz pour les faire périr et, troisièmement, que la persécution des juifs par les nazis se soit soldée par la mort de plusieurs millions d’entre eux.
Bernhard Schaub et l’Action européenne EA

A la mi-septembre, l’Action européenne a convié ses partisans à son premier grand rassemblement international. 21 Commencé à Einsiedeln, il s’est achevé – après un contrôle de police – sur le champ de bataille de Morgarten; une centaine de personnes ont répondu à l’appel selon les organisateurs. Le patron de l’EA est le négationniste suisse Bernhard Schaub; sont à citer parmi les autres membres suisses de l’EA, un certain Patrick Wagner, «Landesleiter» (cadre national) jusqu’ici inconnu, et Bettina Schaub dans la fonction de «Organisationsleiterin». Ont pris la parole: Rigolf Hennig (D), Hans Berger (A), Laurent de Lihus (F), Lady Michèle Renouf et Richard Edmonds (GB), Bojan Rassate (BG), Enric Sánchez Contreras (E).

On ignore jusqu’à quel point l’EA a réussi à attirer à elle d’autres groupements de l’extrême droite. Il est certain, en revanche, que Schaub s’est manifesté en plusieurs endroits, faisant par exemple une visite, fin octobre 2011, au «karlsruher//netzwerk», où, selon les organisateurs, il a désigné clairement les responsables de l’incurie ambiante. Il est possible de «faire bouger les choses», mais c’est «une voie difficile, dans laquelle nous devons nous engager ensemble, en tant qu’Européens, et c’est justement dans ce but qu’a été créée l’Action européenne», aurait-il ajouté. Bernhard Schaub est soutenu par Ernst Indlekofer, qui voit dans l’écrit programmatique du premier un « document visionnaire ». 22

Au cours des derniers mois de 2011, l’EA est intervenue à deux reprises dans l’actualité politique. Dans le sillage de l’éphémère mouvement «Occupy», elle a distribué à Zurich un tract demandant la suppression du pouvoir des banques et sur lequel on lisait cette allusion antisémite: «Le capitalisme à la Rothschild va tous nous ruiner.» Début décembre, l’EA a distribué à Bettwil (AG) et ses environs un autre tract, traitant les demandeurs d’asile d’occupants. Les opposants locaux au projet de centre d’hébergement pour demandeurs d’asile prévu à Bettwil ont aussitôt pris leurs distances par rapport à des groupements qualifiés de «douteux, voire racistes», alors même qu’un leader de l’opposition à ce centre avait proféré des accusations à l’encontre des demandeurs d’asile et contesté leur droit à la liberté. 23
René-Louis Berclaz – Editions de Cassandre

René-Louis Berclaz continue de diffuser ses livres antisémites, au nombre desquels «Le Juif international», de Henry Ford. Les Editions de Cassandre de René-Louis Berclaz sont joignables via une case postale à Sierre. L’an dernier, Berclaz a régulièrement publié des textes antisémites sur Internet; ainsi a-t-il écrit en mars 2011 que la France avait vécu pendant quatre cents ans « sans » , sous-entendu Juifs, et que ce fut son âge d’or. 24
Comité de soutien à Vincent Reynouard et Collection Etudes aryennes

Début avril 2011, les autorités françaises ont accordé une remise de peine au négationniste Vincent Reynouard. Mariette Paschoud s’est rendue à Paris pour le saluer en liberté. 25 Vincent Reynouard sorti de prison, son comité de soutien a mis fin à ses activités, encore que sa page d’accueil ait été maintenue sur Internet.

Pendant qu’il était encore en activité, ce comité de soutien était joignable via une case postale de Montreux, la même que «Collection Etudes aryennes» utilise pour la vente de ses livres, parmi lesquels une réédition de celui de Jean Haupt, «Le procès de la démocratie», dont l’idée directrice est que «pour sortir de l’impasse, il faut sortir de la démocratie». 26 Egalement disponible, un livre du nazi Claude Nandy (alias Doyto Soas, alias N.C. Doyto). 27
Jürgen Graf

Comme l’année précédente, Jürgen Graf n’a publié que peu de textes en 2011. Parmi ceux-ci un écrit dans lequel il conteste une nouvelle fois l’«extermination par les gaz» du camp de concentration de Majdanek. Cette année est en outre parue sa traduction allemande du livre antisémite de l’Anglais Douglas Reed «The Controversy of Zion». 28 Dans son «introduction à la traduction allemande», Graf révèle les raisons de son antisémitisme. Il conclut sur cette phrase: «Les peuples occidentaux ne peuvent vivre sous le système globalisant, contrôlé par les forces sionistes; il assassine leur âme et leur culture et veut leur extinction biologique.» Pour Graf le président américain Barack Obama est un président élu par des puissances occultes. Graf vit toujours en Russie, où il a émigré il y a quelques années pour se soustraire à une peine d’emprisonnement prononcée contre lui en Suisse. Son influence sur le milieu de l’extrême droite en Suisse est aujourd’hui très restreinte.

 


Annotations

1 L’enquête diligentée à la suite de la mort des deux extrémistes de droite et de l’incendie provoqué par leur complice a permis à la police de mettre la main, lors de perquisitions à domicile, sur des documents appartenant à une organisation terroriste de droite du nom de «Nationalsozialistischer Untergrund (NSU)».

2 A la question «pourquoi les nationalistes sont-ils souvent vêtus de noir», le «Volksbund Wasserschloss» répond sur sa page d’accueil: «Nous brandissons de plus en plus souvent le drapeau noir, signifiant ainsi que nous n’admettons pas la situation actuelle. Le noir est le signal de la protestation.»

3 Aux élections municipales du Grand-Saconnex, le Mouvement Identitaire Genevois a présenté sans succès l’activiste de longue date Benjamin Perret et Megan Kelly, une inconnue.

4 Dans Recht+Freiheit, 1/2010, page 1, Berger adresse une «lettre ouverte à tous les Suisses et à qui de droit» dans laquelle il se présente comme «étranger (Autrichien)» et, quelques lignes plus loin, comme «citoyen ordinaire du canton».

5 Bernhard Schaub, Die Europäische Aktion, Éditions Ghibellinum, Eschenz/Suisse

6 Hans Stutz, SD-Kandidat als Neonazi, Die Wochenzeitung WOZ, 24 mars 2011

7 Hans Stutz und Reza Rafi, Nationalrats-Kandidat macht Hitlergruss in KZ-Gedenkstätte, SonntagsZeitung, 2 octobre 2011, pages 1 et 5

8 Le SD obtient encore dans le canton de Berne 51’549 suffrages, soit 0,6 pour cent des voix.

9 Combat 18 est le nom que se donnent habituellement les tendances militantes de Blood and Honour.

10 Le livre faisait partie des commémorations organisées par les Identitaires français. Lépante: bataille navale lors de laquelle la flotte espagnole remporta au large du golfe de Patras, dans la mer ionienne, une victoire sur l’empire ottoman. Les Identitaires voient dans cette bataille une victoire du monde chrétien et catholique sur l’islam.

11 Communiqué Bloc Identitaire Nice, du 9 mars 2011

12 Notizen (92) 02.02.2011

13 Le pamphlet, no 407, septembre 2011, p. 3

14 Le pamphlet, no. 409, novembre 2011, p. 3

15 Recht+Freiheit, 2/2011, juin 2011, page 4

16 Recht+Freiheit, 2/2011, juin 2011, page 1

17 Recht+Freiheit, 3/2011, août 2011, page 11

18 Recht+Freiheit, 3/2011, août 2011, page 11

19 Recht+Freiheit, 2/2011, juin 2011, page 11

20 Voir l’invitation dans l’impressum de Recht+Freiheit, 3/2011, août 2011, page 12

21 Hans Stutz, «Kommt in volkstreuen Kleidern», Die Wochenzeitung WOZ, 25 août 2011

22 Recht+Freiheit, 3/2011, page 6

23 Hans Stutz, Rechtsextremer Applaus für Bettwil, Die Wochenzeitung WOZ, décembre 2011, page 2

24 René-Louis Berclaz: «La France a vécu pendant quatre cents ans ‹ sans ›: autrement dit, de 1394 à 1789, la France, qui n’était plus juive, va vivre son âge d’or. Tout ce qui mérite d’être vu, lu ou entendu dans ce pays, à quelques exceptions près, remonte à cette époque.»

25 Le pamphlet, no. 404, avril 2011, p. 4, voir également: Hans Stutz, Die «braune Mariette», Tachles, 29 avril 2011, p. 7

26 Voir recension succincte dans Courrier du Continent, no. 531, juin 2011, p. 8

27 Voir recension dans Courrier du Continent, no. 532, juillet 2011, p. 9

28 Douglas Reed, journaliste britannique, antisémite notoire, qui vivait depuis les années 1960 en Afrique du Sud, alors sous régime d’apartheid, réaffirme dans son livre «The Controversy of Zion» la domination juive. Faisant l’apologie de ce livre, Graf dit qu’il est «une mine d’informations sur les méthodes grâce auxquelles le sionisme parvint au 20e siècle à un degré d’influence politique tel qu’il fut, à partir d’un certain moment, en mesure de contrôler presque à sa guise les principaux hommes politiques du « monde libre».

Le racisme en Suisse en 2011/1

Lucerne, 10 Janvier 2011

«Des mosquées aux frais de l’Etat? Non!» 1

La volonté de discrimination de la société suisse reste constante. En 2011, la communauté musulmane a de nouveau été la cible préférée des attaques et des diffamations, encore que la tuerie perpétrée par le Norvégien Anders Breivik ait incité beaucoup d’islamophobes à modérer leurs propos. Trois nouvelles initiatives populaires, pas moins, sont venues alimenter le discours de la surpopulation étrangère. Toutes trois tendent à la même fin: limiter l’immigration en Suisse ou la rendre quasiment impossible.

Pourquoi avez-vous été soulagée d’être débarrassée de votre ancien nom?
Parce que mon nom en -ic m’a fait rater un appartement. Un classique.

Vous croyez que c’était ça la raison?
Je ne crois pas, je sais. On m’a répondu d’un ton sec au téléphone qu’il était déjà loué. J’ai trouvé cela bizarre et j’ai fait appeler par mon amie.Elle a obtenu aussitôt, sur un ton aimable, un rendez-vous pour le visiter.Mais j’y suis allée moi-même. Amusant, je vous dis: Je n’ai pas vraiment le type croate et je parle l’allemand comme une Zurichoise bon teint. Le bailleur s’est aussitôt déchaîné contre les «Yougos». Alors qu’il est lui-même Polonais. Lamentable, quoi. Mais j’ai pas pu m’empêcher de rire.
Christa Petrachi, née Baranovic, comédienne
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Depuis plusieurs années existent dans certaines parties de la société suisse des grilles de lecture nationalistes – et occasionnellement racistes – des problèmes sociétaux et sociaux qui se posent dans le pays. Ce phénomène, qui s’observe surtout, mais pas uniquement, dans les milieux nationalistes conservateurs est accompagné politiquement par des partis, des organisations et des publications de même tendance. On entend souvent dire, par exemple, que la présence dans l’enseignement obligatoire d’enfants d’origine étrangère (‹enfants issus de l’immigration›) compromet la réussite scolaire. Cette vue des choses est régulièrement contestée ou réfutée par des études scientifiques. Tamara Carigiet, spécialiste des sciences de l’éducation, parvient dans sa thèse de doctorat à la conclusion que «la composition culturelle d’une classe n’a pas d’incidence sur les performances scolaires, ni au niveau général de la classe, ni au niveau individuel des élèves.» Elle ajoute que les enfants suisses sont plutôt surestimés, les enfants étrangers, en revanche, nettement sous-estimés. 3

Complaisance populiste vis-à-vis de certains préjugés ou exacerbation médiatique s’exerçant contre une minorité? «Les filles musulmanes sont les plus mal classées au test sportif», titrait le «Tages-Anzeiger» évoquant des faits (pour le moins) incertains. L’auteur de l’article écrit en effet que «toutefois, les différences ne s’expliquent pas tant par la religion que par le statut social des familles». 4 Autrement dit: plus les parents sont riches et éduqués, plus leurs enfants se distinguent au test sportif. Les médias en général et ceux de la Suisse alémanique en particulier ne brillent pas par la sensibilité avec laquelle ils parlent des minorités. Selon les Annales 2011 «Qualité des médias», la plupart des partis, des votants et des médias en sont venus à accréditer «l’hypothèse de fond d’un rapport problématique à l’étranger». 5
Le fait d’imputer les actes criminels de quelques-uns à toute une ethnie ou une nationalité reste un phénomène répandu. Exemple: Un Kosovar ayant attaqué au couteau un membre de l’UDC, celle-ci en fit aussitôt profiter l’initiative constitutionnelle «Stopper l’immigration massive» qu’elle avait alors en cours en propageant des annonces diffamatoires portant le titre «Des Suisses tailladés au couteau par des Kosovars!».

Le thème de la surpopulation étrangère a fait en 2011 son comeback sur la scène politique. 6 Avec trois initiatives populaires, pas moins, visant à freiner ou stopper l’immigration. Deux d’entre elles émanaient de partis nationalistes, la troisième était signée «Ecopop, association Ecologie et Population». Prenant pour prétexte l’impact environnemental de l’accroissement de la population mondiale, cette dernière vise surtout, en réalité, à empêcher que la population augmente en Suisse. En clair: stabiliser le nombre d’habitants à un niveau auquel «les ressources naturelles seraient durablement préservées». 7 Un objectif que nous qualifierions poliment de très vague, mais que les initiants assortissent tout de même d’une exigence quantitative selon laquelle la population permanente ne pourrait croître que de 0,2 pour cent en moyenne sur une période de trois ans (environ 16’000 personnes). L’initiative demande en outre que dix pour cent des fonds d’aide au développement de la Confédération soient affectés à des mesures encourageant la planification familiale volontaire. Se mouvant sur l’étroite ligne de crête qui sépare la lutte contre la croissance démographique de l’isolationnisme nationaliste, Ecopop, association issue de la Schweizerische Arbeitsgemeinschaft für Bevölkerungsfragen SAfB, jouit depuis des décennies d’une excellente presse auprès des racistes et des xénophobes. Elle comptait, tout au moins les premiers temps, de nombreux xénophobes, parmi lesquels des cadres de l’Action nationale AN, dont Valentin Oehen, qui la présida pendant de longues années et qui était en même vice-président de la SAfB. 8

L’initiative de l’UDC «contre l’immigration massive» entend limiter par des quotas et des contingents annuels le nombre de permis de séjour que la Suisse délivre à des étrangers, ce qui est contraire au principe de la libre circulation des personnes de même qu’aux bilatérales. Bien que mettant surtout en avant la disparition de terres agricoles, les trains bondés, les routes engorgées et la pénurie de logements, l’initiative des Démocrates suisses, en revanche, s’inscrit clairement dans la tradition des initiatives contre la surpopulation étrangère. Le journal du parti ne cache pas sa xénophobie: «Est-ce que la présence de tous ces étrangers t’énerve? – Si c’est le cas, agis! Initiative populaire SD pour une stabilisation de la population – moins d’étrangers. Collecte des signatures!» 9 L’initiative SD exige que l’immigration ne soit pas supérieure à l’émigration. Ne seraient pas soumis à cette règle, les Suisses de l’étranger rentrant au pays.

Racisme et requérants d’asile

Les révoltes qui ont éclaté dans certains pays d’Afrique du Nord ont été suivies de mouvements de migration à destination de l’Europe. Ce sont surtout de jeunes hommes tunisiens qui ont profité des libertés conquises pour améliorer leurs perspectives de vie. Les arrivées de requérants d’asile ont été nettement moins nombreuses qu’en 1999 (env. 47’000 personnes), ce qui n’a pas empêché les conservateurs nationalistes de crier à l’état d’urgence. Si tant est qu’il y ait eu urgence, ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes: si les installations nécessaires ont fait défaut, c’est, en effet, en raison des mesures de réduction et d’économies voulues par le conseiller fédéral UDC Christoph Blocher. A quoi il convient d’ajouter que l’annonce du projet d’ouvrir plusieurs grands centres d’hébergement a suscité à Erstfeld UR, Fischbach LU et Bettwil AG des protestations attisées par des sections et des personnalités de l’UDC. A Bettwil s’en sont mêlés des éléments d’extrême droite. L’Action européenne a distribué dans la région des tracts à connotation antisémite. Le comité Pro Bettwil et l’exécutif du village ont aussitôt pris leurs distances, ceci alors que le porte-parole du comité, Roger Burri, avait tenu auparavant des propos similaires. «L’humanité de la Suisse a des limites. Le pays ne doit pas être submergé d’étrangers», avait-il déclaré lors d’une interview, ajoutant que le fait d’aller et venir librement n’est pas un droit humain. 10 Il justifiait ainsi une revendication également portée par l’extrême droite: l’internement des requérants d’asile.

Les craintes d’une arrivée massive de requérants en provenance d’Afrique du Nord et surtout de Tunisie ont rapidement donné naissance à un nouvel épouvantail, le «Nord-africain» ou le «Tunisien».

Citoyenneté: pas de droits politiques pour les étrangers pauvres?

Le racisme, tel que les leaders du camp des conservateurs nationalistes l’encouragent, défendent et propagent, fait partie, pour beaucoup d’entre eux, d’une vision de la société autorisant les exécutifs politiques ainsi que les milieux socialement et économiquement privilégiés à user vis-à-vis des plus faibles de toutes sortes de diffamations et de brutalités et de leur compliquer de surcroît l’accès aux ressources économiques et sociales. Ou, ainsi que l’exprime Karin Priester, spécialiste de la recherche sur le racisme: le racisme ne se manifeste jamais seul, «il a toujours partie liée avec des idées et des doctrines anti-égalitaires, antidémocratiques et antilibérales». 11

Depuis le milieu des années 1990, les personnes souhaitant être naturalisées avaient à craindre, lorsque la naturalisation était en votation, que leurs demandes soient refusées en raison de leur origine, surtout si elles venaient des pays de l’ex-Yougoslavie, de Turquie ou d’Afrique. Exigeant que les refus soient motivés, deux décisions du Tribunal fédéral de juillet 2003 en ont fortement restreint la possibilité. Depuis quelques années, on discerne en matière de naturalisation deux tendances différentes. Les rejets arbitraires en assemblée communale sont devenus très rares. S’appuyant sur une interprétation plus restrictive du droit existant ou durcissant les lois cantonales sur la nationalité, les tenants de la discrimination, en revanche, ont réussi en de nombreux endroits à renforcer les exigences auxquelles sont soumis les candidats. Le discours «intégrationniste» apporte, lui aussi, de l’eau à ce moulin puisque les plus démunis, ayant un accès restreint à l’éducation, ont souvent bien du mal à remplir les critères que l’on exige par exemple d’eux en matière de connaissance des institutions et de la langue.

Les partisans de la discrimination essaient de serrer davantage encore la vis. Ils veulent une société dans laquelle une minorité très nombreuse (la part de la population étrangère est actuellement de plus de vingt pour cent) ne jouirait d’aucun droit politique et pourrait être sanctionnée plus expéditivement et, le cas échéant, plus sévèrement (p.ex. par un renvoi forcé). Un exemple: Les Jeunes UDC du canton de Berne veulent empêcher à l’aide d’une initiative populaire que des habitants qui «bénéficient de prestations d’aide sociale ou n’ont pas intégralement remboursé les prestations reçues» ne puissent être naturalisés. «Celui qui touche une rente AI ne peut être naturalisé. Les communes peuvent faire des exceptions», exige en outre une résolution des Jeunes UDC Suisses. 12 En clair: l’acquisition des droits politiques doit être rendue plus difficile, voire impossible, pour tout individu socialement vulnérable n’ayant pas de passeport suisse. En cohérence avec eux-mêmes, certains membres de l’UDC vont jusqu’à remettre en question les droits démocratiques pour les personnes à faible revenu. Christian Huber, ancien conseiller d’Etat UDC zurichois: «Seul qui possède du bien devrait avoir le droit d’élire et de voter.» Son argument: «Le souverain populaire peut aussi être le souverain de la populace, l’expropriation de la minorité des entreprenants et des possédants par une majorité de gueux et de vauriens.» 13

Les propositions visant à exclure de la citoyenneté les individus des classes défavorisées peuvent parfois réunir une majorité de voix. Exemple: la majorité bourgeoise du Conseil cantonal zurichois a décidé que les bénéficiaires de prestations de l’assurance chômage ne pouvaient pas être naturalisés. Et seuls les étrangers titulaires d’un permis de séjour pourront désormais déposer une demande. 14 Ces durcissements, qui ne sont pas les seuls, n’ont pas empêché l’UDC zurichoise de lancer un référendum constructif contre la loi sur la nationalité. En décembre 2011, le Conseil d’Etat zurichois s’est prononcé contre les deux projets, disant que «pour certaines parties de la population étrangère les obstacles à la naturalisation sont tels qu’il n’est plus possible de parler de conditions justes à l’acquisition de la nationalité». 15

Islamophobie

Depuis des années, les musulmans constituent en Suisse – comme en d’autres pays – la minorité en proie aux attaques les plus violentes. Elles vont d’un projet cantonal visant à interdire le coran à l’école 16 à des provocations et des grossièretés. Par des campagnes hostiles aux musulmans les conservateurs nationalistes entendent profiter de la large acceptation dont jouissent les idées islamophobes. Ainsi a-t-on vu l’UDC du canton de Schwyz combattre la nouvelle Constitution cantonale à l’aide d’une affiche proclamant «Des mosquées aux frais de l’Etat? Non!» 17 – pour une fois sans succès.

La tuerie du Norvégien Anders Behring Breivik a freiné, dans un premier temps, les activités des islamophobes suisses. Les campagnes contre les musulmans ne sont plus jugées politiquement opportunes – mais ce pourrait n’être que passager. Sur les forums islamophobes, en revanche, diffamations et incitations à la haine se sont poursuivies de plus belle, y compris sur «Politically Incorrect», blogue où se manifestent également des Suisses et à la rédaction duquel a assez longtemps collaboré la pasteure évangélique Christine Dietrich. Chaque fois qu’elle essuie des critiques publiques, elle annonce son départ du blogue islamophobe, ce qu’elle a fait à plusieurs reprises au cours des dernières années. 18

«Politically Incorrect» se proclame «proaméricain, pro-israélien, contre l’islamisation de l’Europe, pour la loi fondamentale et les Droits humains». Telle est également, dans son pamphlet, la profession de foi de Anders Behring Breivik, qui la conjugue avec des conceptions extrême-droitières de l’Etat et appelle en outre à aider l’«Europe judéo-chrétienne» et à soutenir Israël dans son combat contre le djihad. 19 Breivik est le premier à avoir développé une idéologie d’extrême droite dénuée d’antisémitisme.

A l’interdiction des minarets s’ajoutent pour les musulmans de Suisse les difficultés qu’ils rencontrent pour la construction de mosquées et de centres communautaires. Sitôt que l’on a vent de tels projets, s’organise la résistance dans les environs, comme à Wil ou à Granges, généralement portée par des personnalités de l’UDC.

Plusieurs islamophobes suisses – le conseiller national UDC Oscar Freysinger en tête – ont des activités qui dépassent les frontières du pays. Ce dernier a par exemple pris la parole en 2011 lors du congrès fondateur de la formation politique islamophobe le «Parti de la liberté» 20 ainsi qu’aux Pays-Bas, en compagnie de Geert Wilders, politicien islamophobe bien connu.

Antisémitisme

Un antisémitisme latent, se réactivant au gré des circonstances, est une constante déjà ancienne de la société suisse. L’un des facteurs déclencheurs classiques des propos et des actes antisémites est le conflit entre Israël et la Palestine, lequel n’a toutefois pas connu en 2011 de phase d’exacerbation. Sur des blogues en proie au complexe du complot, tels «Alles Schall und Rauch» 21 et «We are Change», sont apparus des propos malveillants contre les juifs. En automne 2011, des obsédés du complot ont tenté, mais en vain, de récupérer l’éphémère mouvement Occupy.

Dans le public restreint des forums et des officines de vente par correspondance de l’extrême droite circulent régulièrement des textes antisémites, de même que des propos banalisant ou niant l’holocauste. Même lorsqu’elles enfreignent la norme pénale sur le racisme, ces allégations restent généralement sans suite, car ni la police ni la justice n’interviennent. Bernhard Schaub et René-Louis Berclaz, qui nient tous deux l’holocauste, se sont montrés particulièrement actifs en 2011. Schaub est le chef d’Action européenne EA, mouvement qui veut une Europe uniquement peuplée d’Européens blancs et qui considère que la société européenne actuelle est dominée par des puissances étrangères. Schaub est un habitué des propos antisémites. Ainsi écrit-il dans son «Leitbrief 1», intitulé «Pour le solstice d’hiver 2011», qu’en leur reconnaissant l’égalité, la Révolution française a permis aux juifs de se hisser en l’espace de quelques décennies «à la tête» de la finance internationale, des médias ainsi que de la politique. «Première puissance politique» du monde, le sionisme a investi les «positions clés des Etats-Unis» et dirige à sa guise «la machine financière, économique et militaire de cette grande puissance ainsi que de ses colonies européennes, mais également les médias et le système éducationnel de l’hémisphère occidental tout entier».

Outre les sujets qu’il met régulièrement sur son blogue, le négationniste René- Louis Berclaz a publié aux Editions de Cassandre, qu’il dirige, deux brochures de son cru, dont une sur le procès de Richard Williamson, évêque de la fraternité sacerdotale intégriste Saint Pie X et négationniste de l’holocauste. Berclaz parle sur le rabat de la brochure de «culte nécromancien de l’Holocauste». Cette année encore, son activité a échappé à toute poursuite. Bien que faisant l’objet d’une plainte, l’architecte Alex Brunner continue de diffuser des livres antisémites via sa page internet. Le procès intenté au journaliste genevois Frank Brunner est encore en instance et il persiste, lui aussi, dans sa critique à connotation antisémite de l’Etat hébreu.

Racisme à l’encontre des noirs

Les jeunes noirs, de quelque nationalité qu’ils soient, sont souvent exposés dans l’espace public au soupçon de vente illicite de drogue. L’ombudsman de la ville de Zurich, Mme Claudia Kaufmann, relève une fois de plus dans son rapport 2010 qu’elle a été alertée de nombreuses fois par des hommes noirs (le plus souvent) jeunes, ceci au motif que, non seulement ils sont interpellés par la police municipale pour des contrôles d’identité, mais que, bien qu’ayant des titres de séjour en règle et qu’aucun soupçon individuel concret ne pèse sur eux, ils se voient arrêter, ligoter et emmener dans des fourgons de la gendarmerie au poste de police pour y être fouillés à corps. Ces personnes sont relâchées peu de temps après, une fois établi que rien ne peut être retenu à leur encontre. Il s’agit dans la plupart des cas d’hommes jeunes, de couleur noire, circulant dans l’arrondissement 3 et, plus particulièrement, 4, où vivent et travaillent
la plupart d’entre eux. 22

S’exprimant dans le jargon cher aux racistes, Patrick Blöchlinger (SD) critique cette appréciation. Les dealers, dit-il, sont «des hommes jeunes, à la peau fortement pigmentée, venant presque toujours des mêmes régions du monde». Alors que les mendiants organisés «viennent beaucoup plus souvent de Roumanie». Les autorités «feraient mieux de veiller à ce que les minorités ethniques posant problème ne deviennent pas encore plus nombreuses». 23

Hostilité à l’encontre des gens du voyage et des Roms

Les gens du voyage et les Roms continuent d’être marginalisés par les autorités. Un exemple: début mars 2011, le conseil communal de Berthoud fait savoir qu’il a été obligé de «tolérer le séjour de gens du voyage sur l’emplacement de la foire aux bestiaux». Il ajoute que «six groupes de gens du voyage y ont déjà séjourné» au cours des deux premiers mois de 2011 et que, cet endroit «ayant acquis un certain degré de notoriété», il faut s’attendre à un nombre croissant de visiteurs. «La seule mesure efficace que l’on puisse prendre contre ses visites indésirables est de dresser des barrières de chantier sur le aires entrant en ligne de compte.» 24 Les barrières sont dressées et la municipalité, bien que connaissant les droits des gens du voyage, dirige contre eux ses mesures, tout en s’en prenant à l’inaction des autorités cantonales. Le Parti des Suisses nationalistes PSN, formation d’extrême droite, félicite les autorités communales de Berthoud pour leur décision et lance cette admonestation: «Les gens du voyage ne sont-ils d’ailleurs pas censés voyager au lieu de séjourner?» 25 En clair: ils sont partout indésirables.

Malgré de nombreuses protestations, les gens du voyage, en particulier les Roms n’ayant pas de passeport suisse, ont toujours de la peine à transiter par la Suisse et à y trouver des aires de séjour, même si quelques nouvelles places ont été aménagées au cours des dernières années.

Les marques d’hostilité qui se sont exprimées à l’égard des gens du voyage et des Roms en 2011 vont de commentaires diffamatoires ayant pour cible une photo montrant des Roms faisant un barbecue 26 à la publication par un journal d’articles hostiles à leur encontre. 27 A Genève existe une interdiction de la mendicité visant essentiellement les Roms étrangers. Plusieurs partis et associations ont lancé à Genève début décembre 2011 une pétition demandant l’abolition de la répression de la mendicité. Les pétitionnaires estiment la disposition pénale cantonale entrée en vigueur en 2008 inhumaine, discriminatoire, stigmatisante, inefficace et coûteuse.

Lucerne, le 10 janvier 2012
Hans Stutz

 


Annotations

1 Titre d’un tract de l’UDC du canton de Schwyz, voir Chronologie, canton de Schwyz, 21 mars 2011

2 «Je me sentais Suissesse – jusqu’au jour où on m’a traitée de ‹Yougo de merde ›.» Interview de Christa Petrachi dans: Zürichsee-Zeitung, Bezirk Meilen, 25 juillet 2011, p. 2

3 La thèse de doctorat de Tamara Carigiet ne paraîtra qu’en 2012. Une synthèse des résultats est toutefois disponible dans le magazine UniPress, numéro 151/2011, p. 30ss.

4 René Donzé, Muslim-Mädchen schneiden im Sporttest am schlechtesten ab, Tages-Anzeiger, 29 novembre 2011, page 13

5 Linards Udris, Kurt Imhof, Patrik Ettinger, Problematisierung des Fremden in der direkten Demokratie, dans fög/Universität Zürich, Jahrbuch 2011, Qualität der Medien, p. 377ss. Voir également la critique de l’utilisation du terme excluant d’« étranger »: Hans Stutz, Alltägliche Ausgrenzung von « Fremden », Tachles, 7 octobre 2011

6 «Zu den Traditionen des Überfremdungsdiskurses»: Patrick Kury, Über Fremde reden. Überfremdungsdiskurs und Ausgrenzung in der Schweiz 1900–1945, Zurich, 2003. Egalement: Damir Skenderovic/Gianni d’Amato, Mit dem Fremden politisieren. Rechtspopulismus und Migrationpolitik in der Schweiz seit den 1960er Jahren, Zurich, 2008.

7 «Halte à la surpopulation – oui à la préservation durable des ressources naturelles». Art. 73 CF (nouveau)
1 La Confédération s’attache à faire en sorte que la population résidant en Suisse ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles. Elle encourage également d’autres pays à poursuivre cet objectif, notamment dans le cadre de la coopération internationale au développement.
2 La part de l’accroissement de la population résidant de manière permanente en Suisse qui est attribuable au solde migratoire ne peut excéder 0,2 % par an sur une moyenne de trois ans.
3 Sur l’ensemble des moyens que la Confédération consacre à la coopération internationale au développement, elle en affecte 10 % au moins au financement de mesures visant à encourager la planification familiale volontaire.
4 La Confédération ne peut conclure de traité international qui contreviendrait au présent article ou empêcherait ou entraverait la mise en oeuvre de mesures propres à atteindre les objectifs visés par le présent article.

8 Hans Stutz, Die rechten Wurzeln, Die Wochenzeitung WOZ, 14 avril 2011

9 Schweizer Demokrat, double numéro 10 et 11/2011, page 5

10 Simone Rau, «Die machen doch unsere Frauen blöd an», Tages-Anzeiger, 11 décembre 2011. Voir également: Hans Stutz, Rechtsextreme Unterstützung für Bettwil, Die Wochenzeitung WOZ, 16 décembre 2011, page 2

11 Karin Priester, Rassismus. Eine Sozialgeschichte, Leipzig, 2003, p. 15

12 Résolution contre les naturalisations massives. Prise lors de l’assemblée des délégués des jeunes UDC Suisse à Kloten ZH, le 20 août 2011. Reproduite dans Die Idee, 5/2011, p. 4

13 Christian Huber, Nur wer Eigentum hat, soll wählen und stimmen dürfen, Die Weltwoche, 21 juillet 2011

14 Conseil cantonal du canton de Zurich, décision du 22 novembre 2010

15 La votation populaire aura lieu le 11 mars 2012, alors que cette Chronologie sera déjà bouclée. Voir également le communiqué de presse du Conseil d’Etat du 6 janvier 2012.

16 L’initiative populaire « Contre les livres scolaires sexistes, racistes et scandaleux » veut empêcher que le Coran, les hadiths ou des extraits de ces textes soient enseignés à l’école, parce que contraires à la Constitution suisse. Le chef de file du comité d’initiative est Willy Schmidhauser, président des Démocrates suisses, section Thurgovie.

17 La nouvelle Constitution cantonale a été adoptée par le peuple le 15 mai 2011.

18 Markus Feldenkirchen, Holger Stark, Uns brennt der Hintern, Spiegel 39/2011

19 Voir le pamphlet de Anders Behring Breivik, 2083 – A European Declaration of Independence, par exemple la p. 1242ss. Breivik suit en la matière le blogueur islamophobe Fjordmann alias Peder Are Nøstvold Jensen.

20 Voir un portrait détaillé de Oscar Freysinger par Sacha Batthyany, Einer muss es tun, Das Magazin 27/2011, p. 12–17

21 Début novembre 2011, le blogueur alias Freeman écrit sous le titre « Sarkozy traite Netanyahu de menteur » que le gouvernement américain n’est qu’une marionnette du « lobby sioniste » et de l’Etat d’Israël. Et d’ajouter, tous les sionistes étant pour lui des menteurs: « Cette hystérie guerrière est insupportable et fait voir les criminels contre l’humanité qu’ils sont. Il faut plus de diplomatie, pas moins – même si cela implique de dire à ceux de ce puissant lobby, qui veut à tout prix la guerre, de fermer enfin leurs satanées gueules de menteurs. » Voir: http:// alles-schallundrauch.blogspot.com/2011/11/sarkozy-nennt-netanyahu-einen-lugner.html#ixzz1drbTGwb5, vu le 16 janvier 2012.

22 Beauftragte in Beschwerdesachen – Ombudsfrau, Bericht 2010, Zurich, 2011, p. 5

23 Prise de position du conseiller communal Patrick Blöchlinger (SD), NEIN zum Bericht der Beauftragten in Beschwerdesachen (Ombudsfrau). Reproduit dans Schweizer Demokrat 12/décembre 2011, p. 10

24 Voir Chronologie, Burgdorf BE, 8 mars 2011

25 «Fahrende» müssen weiterfahren, communiqué de presse du PSN section Emmental, 17 mars 2011

26 Chronologie, Genève, 23 août 2011

27 Chronologie, Malters LU, 18 septembre 2011

L´extrémisme de droite en Suisse en 2012/2

Lucerne, 22 Janvier 2012

“Que vive Genève, heil dir, Helvetia!”

 

A Bâle, un groupuscule d´extrême droite enlève deux sièges au Grand Conseil. Pour le reste, la scène extrême-droitière suisse alémanique tourne au ralenti. Tout autre est la situation en Suisse romande. Dans la région de Genève s´activent plusieurs nouveaux groupes qui s´inspirent des mouvements existant en France et en Italie. Bernhard Schaub, le chef de l´Action européenne AE, agit, lui, au plan international et veut organiser un mouvement d´extrême droite paneuropéen.
Fin 2012, Rudolf Keller, le président des Démocrates suisses DS, en réjouit plus d´un en annonçant que son parti est “mort” 1 . Mais son intention est de repartir de zéro, ajoute-t-il, avec un nouveau nom de parti et un programme modernisé. Fondé dans les années 1960 sous le nom d´Action nationale, les Démocrates suisses ont donc été évincés par l´UDC, qui avait déjà réussi à attirer, il y a des années, des membres du parti de la liberté (anciennement parti des automobilistes).

Keller a beau affirmer que la Suisse a toujours autant besoin d´un parti “national, conservateur, démocratique, écologique et social”, le parti des xénophobes nationalistes, qui a toujours attiré des gens d´extrême droite 2, n´est pas parvenu à réunir suffisamment de signatures pour son initiative “pour une stabilisation de la population totale”. De même qu´avait déjà échoué l´initiative populaire “Pour la liberté d´expression – non aux muselières!” lancée en 2007.

Dans l´ombre des nationaux-conservateurs d´orientation nationaliste agissent les extrémistes de droite de la Suisse, savoir les fascistes des années 1940, du type Gaston-Armand Amaudruz, les négationnistes de l´holocauste, comme Bernhard Schaub, les néonazis des subcultures skinhead et Black Metal, cette dernière minoritaire en Suisse, et quelques autres.
La surprise se produit fin octobre 2012, lors des élections au Grand Conseil de Bâle-Ville: l´action populaire contre le trop grand nombre d´étrangers et de requérants d´asile (Volks-Aktion gegen zu viele Ausländer und Asylanten VA) enlève deux sièges d´un coup, l´un pour Martin Gschwind, un inconnu, l´autre pour un habitué des scrutins, Eric Weber, 49 ans, connu pour son passé d´extrême droite comme député de l´AN (vers 1990) et ses anciennes violations de la loi électorale.

Premier dimanche d´août. Comme à son habitude, l´extrême droite suisse (alémanique) célèbre, sur la prairie du Grütli, sa propre fête du 1er août, à laquelle le Parti des Suisses nationalistes PSN et une douzaine d´autres organisations ont convié leurs membres. Le jour J sont rassemblées près de 170 personnes, pour la plupart des hommes. Cette assistance clairsemée s´explique par le fait que se trouvent parmi les invités beaucoup d´organisations n´ayant – à l´instar du Waldstätterbund et de Kameradschaft Innerschweiz – plus guère d´activité.

Quatre personnes prennent la parole: Dominic Lüthard pour le PSN, le Romand Philippe Brennenstuhl, “Wikinger”, un représentant anonyme de la Heimatbewegung, qui se cache sous un pseudonyme, et Roger Wüthrich, ancien leader du cercle Avalon, entre-temps rentré dans le rang. Lüthard s´en prend tout d´abord aux scribouillards de la presse, puis s´écrie: “La Suisse déborde d´une racaille d´étrangers et notre gouvernement est là à ne rien faire.” Roger Wüthrich prétend que “les puissants” sont en train de procéder à une “réethnisation” visant à faire d´ici 30 ans du plateau suisse “une méga-agglomération multiculturelle, une prolifération criminelle de 10 à 15 millions d´immigrés de toutes origines et toutes qualités”. Cette tirade ouvertement raciste est vivement applaudie par l´assistance.

Le Parti des Suisses nationalistes PSN

A l´automne 2012, le président du PSN, Dominic Lüthard, se reprend soudain à espérer. “La mauvaise passe des dernières années” a été stoppée et le parti “enregistre depuis le début de l´année une reprise des adhésions”, proclame-t-il 3 . Une reprise dont, jusqu´ici, le public n´a guère eu l´occasion de s´apercevoir.

En réalité, plusieurs sections du PSN ont purement et simplement disparu de la circulation au cours des deux dernières années. Tel est le cas des sections Schwyz, Willisau et Berner Oberland. D´autres, sans faire naufrage, ont été peu actives, à l´instar de la section Bâle, dont le président, “Roland Nägeli”, est un illustre inconnu (pseudonyme?). Quant aux trois portails en ligne Aargau, Zürich et Innerschweiz, rares sont les messages qu´ils diffusent.

Selon les indications figurant sur la page d´accueil du site, le comité est constitué de Dominic Lüthard (président) et Adrian Segessenmann (vice-président) ainsi que, comme responsable des membres, de Denise Friedrich, condamnée fin mars 2012 par un Tribunal bâlois pour infraction à la norme pénale contre le racisme 4. Devant le Tribunal, elle avait prétendu qu´elle allait se retirer du comité “pour raisons personnelles”.

Subcultures d´extrême droite

La subculture naziskin a perdu au cours des dernières années l´attirance qu´elle exerçait sur les jeunes hommes. Hormis leur apparition sur la prairie du Grütli, les Hammerskinheads suisses (SHS) et les sections de Blood and Honour ne se sont plus guère manifestés. Pour le début de novembre 2012 avait certes été annoncée en Suisse une grande “Hammerfest”, mais le concert a finalement eu lieu dans la petite ville française de Toul (3 novembre 2012). Pour autant que l´on sache, n´ont été organisés en Suisse que quelques rares concerts; outre le groupe “Indiziert” ne s´est plus produit que “Varg I Veum”, devant un public, il est vrai, peu nombreux 5 .

Deux groupes suisses – les Hauts-Valaisans “Knallhard” et les Suisses alémaniques “Amok” – ont en outre enregistré sur un CD collectif des chansons perfusées de fantasmes de complot en rapport avec l´attentat contre le World Trade Center de New York (septembre 2001) 6 .

La subculture Black Metal compte en Suisse un mouvement NS peu nombreux mais actif. Plusieurs groupes suisses ont publié au cours des dernières années des supports sonores, dont certains sont proposés par le diffuseur Holy War Records (voir ci-dessous). Pour la première fois est apparue, en 2012, une production de ce genre signée d´un groupe rhéto-romanche 7 .

Indiziert

Indiziert, qui fêtait en janvier 2012 son 10e anniversaire, a organisé à cette occasion un concert à Utzensdorf BE. Les musiciens du groupe sont les représentants du PSN Dominic Lüthard et Benjamin Lingg ainsi que les frères Alex et Cédric Rohrbach.

Holy War Records

Si la subculture naziskin fait peu parler d´elle, la musique rock d´extrême droite, en revanche, trouve toujours preneur. La maison Holy War Records diffuse un grand nombre de supports sonores d´extrême droite de provenance suisse, mais surtout étrangère, et produit également – quoique rarement – ses propres CD.

Holy War Records est géré par une association pour la liberté de pensée et d´expression dans l´art et les médias. La personne de contact est Marcel Gafner, ancien membre du PSN, joignable via une boîte postale à Brienz.

La librairie par correspondance Neue Zeitwende

La librairie par correspondance Neue Zeitwende continue de diffuser des livres s´enivrant de fantasmes de complots ourdis par des sociétés secrètes et 9/11, de la littérature à la gloire des SS ainsi que des apologies du national-socialisme. Une bonne partie de l´offre provient d´éditeurs allemands spécialisés dans la littérature d´extrême droite, tels que Hohenrain-Verlag et le Grabert-Verlag. Neue Zeitwende continue de diffuser également des DVD, des livres audio et des supports sonores.
La diffusion se fait via une case postale d´Aefligen (près de Kilchberg BE). Le propriétaire en est toujours Adrian Segessenmann, vice-président du PSN, le collaborateur Michael Vonäsch, anciennement président de la section Willisau.

Kameradschaften

Les Kameradschaften sont des formations, locales et peu structurées, d´extrémistes de droite n´appartenant ni à un parti ni à aucune autre grande organisation et n´ayant souvent pas de système d´affiliation formalisé.
Dans la région d´Ausserschwyz et celle, limitrophe, du canton de Zurich a vu le jour au printemps une “Kameradschaft Heimattreu”, jusque-là présente sur Facebook, mais sans aucune autre activité notable.

Waldstätterbund et Kameradschaft Innerschweiz

Même si elles ont appelé à la fête du Grütli, le deux Kameradschaften de Suisse centrale ne brillent pas par leur activité. Le Waldstätterbund, ancienne Kameradschaft de la mouvance du PSN, a annoncé, fin 2012, qu´il faisait maintenant partie de l´Action européenne AE. Quant à la Kameradschaft Innerschweiz, elle a déploré la mort (dans des circonstances pas entièrement élucidées) d´un activiste 8 .

Helvetische Jugend (Jeunesse helvétique)

Formation de la mouvance PSN, Helvetische Jugend, elle aussi, a appelé en été au rendez-vous du Grütli. Comme lors des manifestations précédentes de l´extrême droite, les hommes de son service d´ordre portaient la chemise de Helvetische Jugend. C´est là la seule activité dont on ait entendu parler durant l´année.

Volksbund Wasserschloss

Son invitation à la fête du Grütli est la seule activité de la Kameradschaft argovienne dont le public ait eu connaissance. Le Volksbund Wasserschloss avait proclamé en automne 2011 son adhésion à l´Action européenne de Bernhard Schaub. Quelques mois plus tard, il faisait machine arrière et déclarait que “le Volksbund ne faisait plus partie du mouvement de l´Action européenne”, ceci sans aucune explication.

Selon ses propres dires, le Volksbund Wasserschloss a été créé en 2008 par “des nationalistes sensibles aux questions culturelles, mettant des valeurs à la place de la consommation pour parvenir ainsi au bonheur et à la liberté”. Le Volksbund, lit-on encore, se reconnaît dans “les principes du socialisme national”. On ignore quelle peut être l´audience du Volksbund.

Heimatbewegung

Interviewé durant l´été 2011 par une radio en ligne d´extrême droite, un adhérent au mouvement a fourni quelques éclaircissements sur la naissance de celui-ci. La Heimatbewegung, a-t-il dit, a vu le jour en 1995, sous le nom de Nationale Initiative Schweiz NIS, autrement dit Initiative nationale Suisse 9 . Il a précisé que le noyau dur du mouvement était constitué “d´une bonne douzaine d´activistes” des régions de Zurich et de Bâle, qui “concentrent le plus grand nombre d´activistes”.

Des activités déployées en 2012, on sait peu de chose. A Bâle sont apparus au début de l´été des tracts anonymes certes signés “Comité pour une Bâle sociale et suisse (Koss)”, mais dont tout porte à croire qu´ils émanaient de la Heimatbewegung 10 . A la commémoration de la bataille de Sempach 11 par l´extrême droite, tout comme lors du rendez-vous du Grütli, lui aussi organisé par l´extrême droite, a pris la parole un représentant de la Heimatbewegung. Celui du Grütli était un homme d´une cinquantaine d´années, parlant le dialecte bâlois et se faisant appeler le “Viking”. Peu de temps après, la page d´accueil de la Heimatbewegung disparaissait d´Internet sans que l´on n´ait jamais su pourquoi.

Projets politico-culturels

Max Wahl (né en 1923) semble avoir cessé toute activité. Le dernier numéro de ses “Notizen” dont on soit sûr date de février 2011.

Le cercle Avalon

Comme en 2011, le cercle Avalon, joignable à la case postale de son leader Adrian Segessenmann, semble avoir préféré le huis clos à l´espace public. Il a publié sur sa page d´accueil neuf contributions, parmi lesquelles des entretiens avec le négationniste suisse Jürgen Graf (voir ci-dessous) et l´historien allemand d´extrême droite Hans Meiser ainsi que des extraits de textes de l´écrivain et politicien nazi Kurt Eggers, spécialiste des politiques culturelles. Le cercle a organisé au moins deux conférences, les deux fois dans le canton de Lucerne. Hans Meiser 12 a pris la parole au printemps, Richard Melisch 13 en novembre.

Les manifestations organisées par le cercle Avalon font se rencontrer des gens appartenant aux mouvements d´extrême droite les plus disparates et allant des négationnistes de l´holocauste aux jeunes adhérents de diverses subcultures. Fondé en 1990, le cercle a longtemps eu à sa tête Roger Wüthrich; l´un de ses représentants les plus connus était l´islamiste Ahmed Huber.

Recht+Freiheit/Ernst Indlekofer

Sauf “exception”, «presque plus personne ne veut encore écrire un article» pour le magazine “Recht+Freiheit” explique son rédacteur, Ernst Indlekofer. Après avoir adressé une lettre au Conseil fédéral ainsi qu´aux membres de l´Assemblée fédérale, ce dernier s´acharne ensuite, avec minutie, sur la norme pénale contre le racisme. Cette norme, affirme-t-il, doit son existence “à une imposture et une tromperie des électeurs 14 que ses partisans ont orchestrées dans les médias”. Et d´enchaîner en prétendant, dans un autre texte, qu´”un groupe de personnes influentes” avait tenté, il y a 25 ans, de porter “un coup mortel à la souveraineté de la Suisse et de ses citoyens confédérés” 15 . Indlekofer tente en l´occurrence de faire croire à une influence juive, la “Jüdische Rundschau” ayant été le premier organe de presse, en 1987, à évoquer un projet de “loi antiraciste” 16 .

Officiellement, “Recht+Freiheit” est publié par le Presseclub Schweiz; son assemblée générale s´est tenue le 25 août 2012 dans un lieu inconnu. Ernst Indlekofer est à la fois éditeur et rédacteur responsable du magazine. On ne sait rien du tirage de celui-ci, ni du nombre d´adhérents du Presseclub Schweiz.

Littérature d´extrême droite

L´an dernier sont parus en librairie deux livres d´extrême droite écrits par des Suisses.

Vincenz Oertle

Autrefois buraliste postal, maintenant pensionné, Vincenz Oertle admire toujours autant les Waffen-SS. Dans son livre “Un Appenzellois dans la Waffen-SS” 17 il raconte l´histoire du frontiste bernois Heinrich Hersche, officier de l´armée suisse qui, pensionné d´office, rejoignit la Waffen-SS et resta toute sa vie fidèle à l´idéologie nazie 18 . Oertle écrit ce que l´extrême droite aime lire. Il n´y a sans doute pas d´exemple dans l´histoire, dit-il, “d´un vaincu sur lequel se soit abattu un tel orage de falsifications de l´histoire érigées en dogme, de mensonges et de calomnies que sur l´Allemagne, les Allemands, le soldat allemand et, avec lui, les volontaires étrangers”. Il omet toutefois de dire quelles sont, selon lui, ces “falsifications de l´histoire” (la responsabilité de la guerre? l´holocauste?). Son propos, cependant, ne fait aucun doute: il s´agit de discréditer le fait que l´Allemagne ait été libérée du régime nazi.

Oertle s´est déjà signalé dans les années 1990 par son appartenance à la Militärhistorische Arbeitsgemeinschaft MIHAG Suisse (communauté d´étude d´histoire militaire), laquelle propageait ses communiqués via “Der Freiwillige”, le magazine des anciens de la Waffen-SS. Comme dans les précédents, Oertle se vante dans ce livre-ci des amitiés qui le liaient à des anciens de troupes hitlériennes qui semaient la terreur.

Jan Mahnert

Jan Mahnert est un auteur jusqu´ici inconnu, bien que collaborant depuis des années à des publications d´extrême droite ou de la droite de la droite. Des publications telles que le magazine du PSN 19 , les “Démocrates suisses” 20 et les écrits de Genius – société autrichienne pour la liberté de pensée. Mahnert a été, en 1999, l´un des fondateurs du magazine de langue française Esprit européen 21.

Il a publié fin 2011 un livre intitulé “Démocratie et homocratisme”, dans lequel – se référant notamment à Alain de Benoist, l´une des figures de proue de la Nouvelle droite française – il s´élève contre l´exigence de la Déclaration des droits de l´homme que chacun puisse se prévaloir pleinement des droits et libertés proclamés dans celle-ci, et ce “sans distinction de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion” et de préférences sexuelles 22 . Il prône, au contraire, une distinction entre nationaux et étrangers, ainsi que des restrictions découlant de la triple nécessité d´empêcher un afflux de population, d´inverser les flux migratoires et de consentir aux étrangers que l´on tolère une influence sociétale, économique et politique aussi restreinte que possible 23 . Comme les partisans d´un racisme biologique, il parle d´une “composition bioculturelle des peuples”, qu´il prétend menacée par l´immigration et le métissage 24 . Et de conclure: Cela fait des décennies que les élites politico-médiatiques favorables à l´immigration livrent à leurs peuples une guerre civile spirituelle. 25

Soit dit en passant: Né en 1973 de parents de langue allemande et ayant grandi en Suisse romande, Jan Mahnert invoque son grand-père, Klaus Mahnert, “homme politique ayant joui en Autriche de la haute considération du camp de la liberté” 26 . Cet héritage spirituel et l´éducation bilingue reçue en Suisse romande ont, dit-il, “stimulé son intérêt pour la politique”. Héritage spirituel? National-socialiste jusqu´en 1945, membre des SS et Gauinspektor du Tyrol et du Vorarlberg, son grand-père fut plus tard l´un des fondateurs du Parti autrichien de la liberté (FPÖ en allemand).

Négationnistes de l´holocauste

Les négationnistes de l´holocauste contestent trois faits historiques avérés: premièrement, qu´existait un plan d´extermination des juifs d´Europe, deuxièmement qu´aient été construites des chambres à gaz pour les faire périr et, troisièmement, que la persécution des juifs par les nazis se soit soldée par la mort de plusieurs millions d´entre eux.

L´Internationale des négationnistes de l´holocauste traverse depuis plusieurs années une crise profonde; moins connus que leurs aînés, les activistes actuels publient moins qu´eux. En Suisse, la coalition anti-censure AZK d´Ivo Sasek, qui avait déjà offert en octobre 2009 une tribune au négationniste suisse Bernhard Schaub, a obtenu que la négationniste allemande Sylvia Stolz puisse donner une conférence à Coire. Sa venue à la Stadthalle a donné lieu début 2013 à des articles de presse, puis à une plainte pour infraction à la norme pénale contre le racisme 27 .

Jürgen Graf, qui a fui à l´étranger il y a plus de dix ans pour se soustraire à une peine d´emprisonnement prononcée contre lui en Suisse, n´a pas été très productif. Vivant depuis de nombreuses années en Russie, il aimerait rentrer en Suisse. Dans une interview publiée sur le site du cercle Avalon, il dit que, selon son ancien avocat, sa peine devrait arriver à prescription en 2014, mais qu´il aimerait bien rentrer plus tôt 28 sans être aussitôt arrêté par la police. Autre négationniste suisse à avoir pris le large, Andres J.W. Studer aurait, a-t-on appris par l´intermédiaire d´Ernst Indlekofer, déposé fin mai 2012 auprès du Département fédéral de justice et police une demande de réouverture de la procédure pénale dont il fait l´objet pour infraction à la norme pénale contre le racisme 29 . Studer 30 , ainsi que quelques autres négationnistes de l´holocauste, faisait partie, début des années 1990, des fondateurs de la “Arbeitsgemeinschaft zur Enttabuisierung der Zeitgeschichte AEZ” (groupe de travail pour la détabouisation de l´histoire contemporaine). Une poursuite pénale ayant été engagée à son encontre, il avait trouvé refuge au Portugal.

L´Action européenne, dirigée par Bernhard Schaub

Le projet ne manque pas d´ambition: l´Action européenne, dirigée par Bernhard Schaub, veut créer un mouvement paneuropéen, réunissant des extrémistes de droite de tous les pays d´Europe. Elle propage l´idée d´une Europe national-socialiste ayant une politique militaire et étrangère commune, mais dont les pays resteraient souverains.

L´AE a annoncé vers la fin du mois de janvier 2013 qu´elle travaillait maintenant en liaison avec l´organisation française “Terre et Peuple”, de même qu´avec TIERRA Y PUEBLO et TERRA E POVO, organisations sœurs espagnole et portugaise de “Terre et Peuple”. Cette collaboration a été annoncée à Genève, à l´occasion d´une réunion ouverte par le porte-parole du groupe genevois de l´AE, dont ignorait jusqu´alors l´existence. L´AE aura pour responsable national en France Pierre Vial, 70 ans, néopaïen et partisan militant du suprémacisme blanc.

L´assemblée annuelle de l´AE organisée au Mont Sainte-Odile, près de Strasbourg, n´a pas attiré grand monde. Outre Schaub, s´est exprimé un responsable national de l´AE pour le Liechtenstein, dont le discours semble avoir “particulièrement retenu l´attention”. Il a annoncé aux camarades qu´il participait aussi “activement à la direction suisse de l´AE”, ceci bien qu´elle n´ait pas encore en Suisse de véritable base, et qu´ils étaient en train, pour l´instant, “d´encourager les Kameradschaften dispersées aux quatre coins du pays à travailler ensemble”. Son nom ayant été rendu public 31 , Oliver Hasler a annoncé son intention de se retirer de son poste.

Selon ses propres indications, Bernhard Schaub a fondé l´AE le 30 janvier 2010, “avec cinquante amis”. Toujours selon lui, l´AE entend “se libérer de toutes les illusions de la démocratie parlementaire” 32 . Le secrétariat central du mouvement est assuré par Jürg Vollenweider, d´Affoltern am Albis. Fin 2012, l´AE avait deux antennes en Angleterre (Richard Edmonds et Lady Michèle Renouf), une en Allemagne du Nord (Rigolf Hennig), une en Allemagne du Sud (sans responsable), une en région Rhin-Main (Claus Herzberg), une en Autriche (Hans Berger, domicilié à Birsfelden/Suisse) et une en Bavière, que gère R. Köbinger. Il existerait en outre un “bureau d´information Liechtenstein”, ayant seulement une adresse électronique.

En Suisse, les activités de l´AE se concentrent sur Dornach. Durant l´été 2012, le mouvement a organisé plusieurs rassemblements en un lieu resté secret. Bernhard Schaub a pris trois fois la parole lors de ceux-ci; en décembre s´est exprimé Pierre Krebs, qui dirige le Thule-Seminar, un cercle d´inspiration néopaïenne.

Présence sur Internet

En plus de quelques comptes ouverts sur les médias sociaux existent deux blogues sur lesquels deux extrémistes de droite non identifiés diffusent régulièrement des communiqués et des commentaires.

SchweizerKrieger/Mr. Odessa – Bruderschaft 1291

Depuis l´été 2008 existe sur Internet, géré par un inconnu signant du pseudonyme de “Mr. Odessa” et habitant selon ses dires à Lucerne, un blogue intitulé “SchweizerKrieger” (guerrier suisse), dont l´ordinaire est constitué des thèmes chers aux extrémistes de droite et à l´UDC: étrangers, musulmans, gauchistes (violents). Le rédacteur de ce blogue donne l´impression d´appartenir à une “Bruderschaft 1291” (confrérie). Il affirme, le ton martial: “Nous autres nationalistes n´avons jamais prétendu être les tenants d´un point de vue démocratique; nous avons souvent expliqué ouvertement, au contraire, que nous ne nous servions des moyens de la démocratie que pour nous emparer du pouvoir et que, une fois le pouvoir conquis, nous refuserions impitoyablement à nos adversaires les moyens que l´on nous accorde en période d´opposition.” Cette “Bruderschaft 1291” ne déploie aucune activité connue.

Le blogue du mouvement

Un inconnu, habitant sans doute la grande banlieue de Berne, exploite depuis mai 2012 un blogue dit “du mouvement” (Blog der Bewegung). Il demande la peine de mort pour les pédophiles et prend souvent pour thème la criminalité des étrangers. Il a dit, à l´occasion du nouvel an 2012/2013, sa sympathie pour ceux qui nient l´holocauste ainsi que pour l´Action européenne (AE).

L´extrémisme de droite en Suisse romande

Les gens de l´extrême droite ne sortent pas de leur région linguistique ou culturelle. Il n´existe entre extrémistes de droite alémaniques et romands ni échanges ni collaborations institutionnalisés. Seul Philippe Brennenstuhl et le Parti Nationaliste Suisse PNS, section du Parti des Suisses nationalistes PSN, entretiennent une collaboration régulière par-delà les frontières linguistiques.

Cercles d´amis de l´extrême droite

A la différence de la Suisse alémanique, existent en Suisse romande plusieurs associations célébrant la mémoire d´extrémistes de droite qui se sont illustrés dans les années 1930/1940. Parmi celles-ci, l´Association des amis de Robert Brasillach, qui exerce son activité depuis de nombreuses années, plus récemment l´Association des amis de Paul Gentizon et, fondée en 2012, l´Association des Amis de Georges Oltramare, joignable via une case postale genevoise 33 . Antisémite et frontiste genevois notoire, Oltramare a commencé sa carrière comme journaliste, rédacteur et éditeur (Le pilori); fondateur de l´Ordre politique national, il a été par la suite le chef de l´Union Nationale, dépendance suisse romande du Front national. Il admirait Mussolini. En 1940, il s´est installé en France, où il a travaillé pour les troupes d´occupation allemandes. La guerre terminée, il a été condamné en Suisse à une peine d´emprisonnement.

Association des Amis de Robert Brasillach


Cette association cultive depuis une soixantaine d´années la mémoire de cet écrivain français collaborateur des nazis et publie chaque année plusieurs numéros d´un “Bulletin”. Dans l´un de ceux-ci a été particulièrement relevée, en 2012, la récitation d´un poème de Brasillach par Jean-Marie Le Pen devant le congrès national du Front National à Lille. Le Bulletin affirme par ailleurs que l´exécution de la peine de mort prononcée à l´encontre de Robert Brasillach continue de faire “l´objet d´un débat animé”. L´association a également organisé, à Paris, plusieurs conférences, dont celles des 29 février et 28 mars. Les deux fois figurait parmi les intervenants annoncés son président, Philippe Junod; le caissier de l´association est Daniel Todeschini. Les autres membres du comité ne vivent pas en Suisse.

Association des Amis de Paul Gentizon

Décédé en 1955, le journaliste Paul Gentizon, était un admirateur d´Atatürk et, plus tard, de Benito Mussolini. Après la Deuxième Guerre mondiale, il a collaboré régulièrement au magazine néonazi Der Turmwart 34 , édité à Zurich. L´association a mis à son actif au cours des dernières années plus de vingt publications, pour la plupart des compilations de textes de Gentizon. Le comité est constitué de la présidente d´honneur Ada Wild, du président Massimo Patanè, du vice-président Alexandre Rawyler et de la caissière Brigitte Vetsch.

Courrier du Continent – Gaston-Armand Amaudruz

Gaston-Armand Amaudruz est infatigable. Aujourd´hui âgé de 92 ans, il continue de publier dix numéros par an de son cahier de 12 pages le “Courrier du Continent”, toujours sous-titré Bulletin du Nouvel Ordre Européen. Fin 2012 en est paru le numéro 546; la structure, pas plus que la présentation et le contenu, n´ont changé au cours des dernières décennies. Amaudruz donne sur plusieurs pages de son “Bloc-Notes” des citations tirées de publications (généralement d´extrême droite) ainsi que des informations sur la façon de se les procurer. Viennent ensuite des textes, certains d´auteurs invités, et des nouvelles brèves sur des manifestations ou des fondations d´associations d´extrême droite. Une rubrique est régulièrement consacrée aux “lois-bâillons”. En dernière page, Amaudruz commente l´actualité mondiale, ce dont il profite souvent pour conjurer la fin du monde européen (blanc).

Le pamphlet – Mariette & Claude Paschoud

Cela fait plus de 40 ans que Mariette et Claude Paschoud publient les dix feuillets de quatre pages de leur “Pamphlet”, mais les voilà qu´ils songent à s´arrêter, constatant, entre autres choses, que leur public s´érode et que rares sont les nouveaux lecteurs et lectrices. La réputation de “chouchou de l´extrême droite” dont jouit leur périodique n´est sans doute pas de nature à faire vibrer, disent-ils, une génération élevée dans un complet conformisme. La parution de la version imprimée, annoncent-ils néanmoins, est assurée pour les trois prochaines années. Dans sa rubrique “Les nouvelles aventures…”, Mariette Paschoud publie régulièrement des textes sympathisant avec les négationnistes. Outre les époux Paschoud, font partie des collaborateurs Michel Paschoud, Michel de Preu, Xavier Savigny, Max l´Impertinent, Pollux et F. Villard.

Les Editions de Cassandre/René-Louis Berclaz

Sans être inquiété par la justice, René-Louis Berclaz gère depuis 2008 une maison d´édition ainsi qu´un département de vente de livres par correspondance et tient régulièrement, sur le site de sa maison d´édition, des propos antisémites. Déjà condamné pour infraction à la norme pénale contre le racisme, il diffuse des livres antisémites et niant l´holocauste, tel Le Juif international de Henry Ford, et se vante d´avoir été parmi les premiers à publier de ce torchon une édition en français.

Case postale 1528, Montreux

Le titulaire en est un certain “Urbain Cairat”, sans doute un pseudonyme. Cette case postale servait autrefois d´adresse à la Collection Etudes aryennes ou au comité de soutien du Français Vincent Reynouard, condamné pour fait de négationnisme. Cette case postale proposait en 2012 des écrits négationnistes, dont le magazine français Sans Concession. 35

A Genève, il se passe des choses

A Genève s´activaient fin 2012 cinq groupes d´extrême droite, à savoir, Genève Non Conforme, Les Identitaires, Egalité & Réconciliation E&R, Artam Brotherhood et Jeunesses Nationalistes Genevoises 36 . En automne 2012, ces groupes ont organisé des événements internes (dont plusieurs à l´appel d´Artam Brotherhood, qui dispose en France, sous le nom de Tanière de Fenrir, d´un lieu de rassemblement inconnu) ainsi que des manifestations et des forums de discussion.

Genève Non Conforme

Genève Non Conforme existe depuis environ deux ans, mais l´un de ses porte-parole avait déjà en 2008 sur la toile un blogue (Cercle Futur) très actif. S´inspirant de la mouvance italienne du squat romain de la CasaPound, le groupe fait, sur fond d´idéologie euro-centriste et raciste, la critique des injustices sociales. Ses attaques antimondialistes teintées d´antisémitisme visent les Etats-Unis ainsi qu´Israël. Au printemps 2011, Genève Non Conforme a distribué à l´Université de cette ville des tracts dénonçant l´influence occidentale exercée sur la Libye et l´Afrique. L´”USIsraël” n´a à se mêler “ni de l´Afrique, ni de quelque autre endroit du monde. Afrique-Europe: même combat. USIsraël go home”, proclamait le tract. L´automne dernier, quelques membres de Genève Non Conforme ont organisé une manifestation de soutien au dictateur syrien Bachar al-Assad.

Les Identitaires

En mars 2011, les Identitaires genevois avaient présenté, sans succès, des candidats aux élections du Grand-Saconnex, commune de la banlieue de Genève. Depuis, leurs activités se sont apparemment endormies. Début novembre 2012, Jean-David Cattin, l´un de leurs représentants les plus en vue, a pris la parole lors de la Convention Identitaires organisée à Orange, dans le Midi de la France, où il a été annoncé comme le responsable genevois de la campagne menée dans la cadre de l´initiative anti-minarets. L´invitation précisait qu´il était en outre l´organisateur des camps d´été des Identitaires français. Au programme de ces camps, figurent le sport (y compris les sports de combat) et l´éducation politique.

Egalité & Réconciliation E&R

Présidé par Behnam Najjari, jeune Genevois d´origine iranienne, le groupe Egalité & Réconciliation (E&R) est, lui aussi, antisioniste et antisémite. Sa section genevoise fait partie du mouvement fondé en France par Alain Soral, ancien communiste passé au Front national. La maxime d´Egalité & Réconciliation est “Gauche du travail, Droite des valeurs”.

Le groupe a créé un certain émoi en annonçant en octobre 2012 une conférence de Kémi Seba, chef de la section française du New Black Panther Party, intitulée Le panafricanisme et les méfaits de l´impérialisme. Craignant que Seba n´incite à la haine raciale et lance des appels à la violence, la Police fédérale lui a interdit d´entrer sur le territoire. Kémi Seba prône une séparation stricte des hommes et des femmes de couleur de peau différente et tient le “judaïsme” pour responsable de la colonisation, de l´esclavage et de la misère dans laquelle vivent aujourd´hui les Noirs. Plusieurs fois condamné en France pour incitation à la haine raciale, Kémi Seba a été intercepté à sa descente d´avion et remis aux autorités françaises.

Artam Brotherhood

En décembre 2012, Artam Brotherhood a invité ses partisans à célébrer la fête du solstice d´hiver (Julfest) dans son bar. Tout de suite après, sa page d´accueil a disparu de la toile, sans que l´on sache exactement pourquoi. Se manifestant principalement en France voisine, Artam Brotherhood réunissait surtout des naziskins combattant, ont-ils déclaré lors d´une interview, pour “le sang et le sol” et considérant l´histoire comme une lutte pour la suprématie que se livrent “les races et les peuples de la terre”.

Jeunesses Nationalistes

La première apparition publique du groupe date de novembre 2012. Une dizaine de JN commémorent la mort des hommes de gauche tombés sous les balles de soldats ayant reçu l´ordre de réprimer une manifestation antifasciste (9 novembre 1932). Inversant les faits historiques, les hommes de JN posent les victimes de la fusillade en “victimes des antifascistes”. Les “terroristes de l´extrême gauche”, expliquent-ils, ont “le sang de ces pauvres âmes” sur leurs “mains déjà sales”. Les Jeunes nationalistes se voient comme des “nationalistes convaincus”, formant un “mouvement” ayant pour but d´unir les “autonomes” en dehors des “structures et des partis officiels”. Le groupe a sur Internet une page d´accueil où quatre communiqués se sont succédé en novembre à intervalles rapprochés. Puis plus rien (provisoirement?).

Lucerne, le 22 janvier 2013 Hans Stutz

 


 

Notes:

  1. 1 Rudolf Keller, “Sie ist tot – wir fangen neu an!”, Schweizer Demokrat, numéro 11/12, 2012, p. 1s. Plusieurs journaux ont repris l´information, ainsi le Tages-Anzeiger, Die Schweizer Demokraten danken ab, 21 décembre 2012, p. 5 et la NZZ, Hilferufe vom Totenbett, 22décembre 2012, p. 11.
  2. Dernier exemple: Hans Stutz und Reza Rafi, Sonntagszeitung, Bis zu drei Jahren Gefängnis, 2 octobre 2011
  3. Harus! organe de presse du PNS, édition du 3/2012, p. 2.
  4. Patrick Rudin, PNOS-Vizepräsidentin verurteilt, Basellandschaftliche Zeitung, 31 mars 2012.
  5. Chronologie, entrée Riedt bei Erlen TG, 8 décembre 2012
  6. Hans Stutz, Amok gegen Tatsachen, Rote Anneliese, juin 2012, p. 5.
  7. Cunfin, Rabgia rumantscha, Freivolk.
  8. Silvan Hartmann, Rüffel für Aargauer Gericht, Aargauer Zeitung az, 8 septembre 2012.
  9. Sur la Nationale Initiative Schweiz NIS voir Hans Stutz, NIS – Nationale Initiative Schweiz, Facts, 22 mai 1997.
  10. Hans Stutz, Eine neue Gruppe Rechtsextremer macht sich in Basel breit, Basellandschaftliche Zeitung, 20 juillet 2012.
  11. Chronologie, Eintrag Sempach LU, 9. Juli 2012
  12. Chronologie, entrée Dagmersellen LU, 11 mars 2012
  13. Chronologie, entrée Willisau LU, novembre 2012
  14. Ernst Indlekofer, An Simonetta Sommaruga, Vorsteherin des Justizdepartements, Recht+Freiheit, 4/2012, p. 1
  15. Ernst Indlekofer, Ein gefährliches Referendum, Recht+Freiheit, 4/2012, p. 4
  16. Ernst Bollag, Schweiz erhält Anti-Rassismus-Gesetz, Jüdische Rundschau, 13 février 1987.
  17. Vincenz Oertle, Ein Appenzeller in der Waffen-SS, Herisau 2011.
  18. Hans Stutz, Immer wieder schäbig: Die Mär von der guten Waffen-SS, Tachles, 13 juillet 2012.
  19. Jan Mahnert, Die missbrauchten Sportgötter. Sport als Instrument zur Forcierung der Multikulti-Gesellschaft, Harus!, 3/2012, page 10s.
  20. Jan Mahnert, Abschied von Multikulti. Vertrauen, Altruismus und Fürsorge in multikulturellen Gesellschaften. Schweizer Demokrat, 7/8/2007, page 6s. Mahnert y est présenté comme un “auteur indépendant de tout parti”.
  21. Voir sous http://www.esprit-europeen.fr/qui_sommes_nous.html,consulté le 20 janvier 2013.
  22. Jan Mahnert, Demokratie und Homokratismus. Wie die Gleichheitsideologie der Menschenrechte die Demokratie und die Völker bedroht, Vienne 2011, p. 36.
  23. ibid., p. 67.
  24. ibid., p. 67.
  25. ibid., p. 165.
  26. ibid., p. 173
  27. Hans Stutz, Strafanzeigen gegen Stolz und Sasek, Tachles, 11 janvier 2013, également Hans Stutz, Holocaust-Leugnerin erhielt in Chur eine grosse Bühne, Südostschweiz, 14 janvier 2013, p. 5, ainsi que Hugo Stamm, Der grosse Auftritt der Holocaust-Leugnerin, Tages-Anzeiger, 16 janvier 2013, p. 5.
  28. Entretien Avalon-Jürgen Graf, voir http://www.avalon-gemeinschaft.ch/archiv_17_geschpraech_juergen_graf.html, consulté le 21.12.2012
  29. Ernst Indlekofer, lettre à Simonetta Sommaruga, cheffe du département de justice et police, Recht+Freiheit 4/2012, p. 1.
  30. Voir Jürg Frischknecht/Peter Niggli, Rechte Seilschaften, Zurich 1998, p. 669ss
  31. Hans Stutz, Auftritt eines Öffentlichkeitsscheuen, Liechtensteiner Volksblatt, 18 septembre 2012. Pour le retrait, voir Oliver Hasler, Rücktritt und Stellungnahme, Liechtensteiner Volksblatt, 26 septembre 2012.
  32. Bernhard Schaub à Madrid, 18 novembre 2012. Clip vidéo sur www.europaeische-aktion.org/consulté le 21 décembre 2012.
  33. Courrier du Continent, numéro 544, octobre 2013, p. 6
  34. Voir à ce sujet Jürg Frischknecht, “Schweiz wir kommen”. Die neuen Fröntler und Rassisten, Zurich 1991, p. 44ss.
  35. Voir Courrier du Continent, numéro 543, août-septembre 2012, p. 7, également le numéro 546, décembre 2012, p. 10.
  36. Pour un aperçu général, voir: Hans Stutz, “Que vive Genève, heil dir, Helvetia!”, Die Wochenzeitung WOZ, 10 janvier 2013.

Le racisme en Suisse en 2012/1

Lucerne, 08 Janvier 2012

“Les incidents racistes restent pour la plupart dans l’ombre”

En 2012, la communauté la plus exposée aux diffamations et aux manifestations d´hostilité a de nouveau été la communauté musulmane. Les auteurs en sont généralement des représentants du national-conservatisme, qui se font remarquer par des propos ou des propositions jetant sur elle le discrédit.
Un homme à la peau noire pique-nique au bord du lac avec sa famille. Lorsque sa femme, une Suissesse, quitte brièvement l´emplacement pour aller chercher davantage de nourriture dans la voiture, la police le somme de quitter l´endroit sous prétexte qu´il menacerait l´ordre public.
“Incidents racistes traités dans le cadre de consultations”, janvier – décembre 2011,
Berne 2012, p. 18

Un homme veut se rendre dans une discothèque avec des amis italiens, mais le videur ne laisse pas entrer ces derniers. Il dit obéir aux ordres de son chef, qui ne veut accepter dans son établissement que des détenteurs de passeport suisse ou, à la rigueur, de permis C.
“Incidents racistes traités dans le cadre de consultations”, janvier – décembre 2011,
Berne 2012, p. 21

 

Plus de vingt pour cent des habitantes et habitants de la Suisse sont exclus des droits politiques. Bien que remplissant toutes les conditions d´une loi sur la nationalité pourtant restrictive (en comparaison internationale), plus de la moitié d´entre eux, soit env. 800´000 autochtones sans passeport suisse, renoncent à ces droits. Ceci pour des raisons aussi nombreuses que diverses. Les agglomérations ayant les taux de naturalisation les plus élevés sont celles de Berne, Zurich et Genève. Une partie des différences observées dans les taux de naturalisation des cantons et des communes peut être attribuée à “la lecture de la loi sur la naturalisation et à son application variable” 1 . Cependant, “aucune statistique et aucun registre ne recensent des informations sur le nombre de dossiers déposés, le nombre de refus ou de suspensions et les motifs de ces derniers ou la durée des procédures” 2 . On ne sait pas, en clair, si, et le cas échéant dans quelle mesure, des candidats à la naturalisation sont dissuadés d´aller jusqu´au terme de leur demande.

La controverse sur l´accès aux droits civiques a pris ces dernières années un ton plus vif. Plusieurs cantons ont précisé dans leurs dispositions d´exécution les critères de naturalisation, qu´ils ont rendus plus contraignants et, partant, difficiles à remplir pour des indigènes ayant un accès limité à l´éducation et ne possédant pas de passeport suisse 3 . La révision totale de la loi sur la nationalité proposée par le Conseil fédéral prévoit, elle aussi, une limitation aux détenteurs d´un permis C (autorisation d´établissement).

Les tenants du national-conservatisme voudraient rendre ces conditions encore plus sévères. Les Jeunes UDC du canton de Berne ont déposé une initiative populaire visant à interdire la naturalisation de personnes bénéficiant de prestations d´aide sociale, de personnes sans autorisation d´établissement et de personnes ayant des antécédents judiciaires. Il arrive que le Tribunal fédéral lui-même soutienne le non-accès aux droits politiques d´individus socialement vulnérables. Ainsi a-t-il protégé – en janvier 2011 – le refus de naturaliser deux jeunes adultes, au motif que leurs parents touchaient des prestations d´aide sociale 4 .

Initiatives contre la surpopulation étrangère

“Il ne fait pas bon faire partie des gens du voyage actuellement”, écrit Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme (CFR). Les gens du voyage ne sont pas les seuls. “Il ne fait pas bon vivre différemment de la majorité de la population. En Suisse et ailleurs, ajoute-t-elle, l´atmosphère est au rejet et à la peur de l´autre” 5 . Et ils sont nombreux les autres, ceux qui ne possèdent pas la nationalité suisse depuis des générations, ceux qui ne sont pas chrétiens, pas hétérosexuels ou qui préfèrent une vie nomade. Le national-conservatisme et ses rangs serrés d´électeurs tout comme l´extrême droite et ses rares adhérents nourrissent de leurs attaques offensantes et de leurs propositions discriminatoires ce champ politique.

Le discours de la surpopulation étrangère fait depuis les années 1890 partie intégrante de la politique suisse 6 . La peur de l´emprise étrangère a déterminé, début des années 1930, la teneur de la loi fédérale sur le séjour et l´établissement des étrangers (LSEE) et donne, depuis des décennies, le ton des relations entre l´Etat et les étrangers. La critique de la croissance économique par les milieux nationalistes a connu dans les années 1960 son point culminant avec la création de l´Action nationale (AN) et le dépôt de l´initiative populaire pour la limitation de l´immigration et l´expulsion d´étrangers 7 .

L´année d´avant, en 2011, avaient déjà été déposées trois initiatives contre la surpopulation étrangère et les Démocrates suisses DS ont abandonné entre-temps leur initiative “pour la stabilisation de la population totale”. Ils ont appelé en août 2012 au soutien de l´initiative d´Ecopop. Déposée début novembre 2012, celle-ci prévoit de plafonner l´augmentation de la population permanente à 0,2 pour cent en moyenne (environ 16 000 personnes) sur une période de trois ans. Elle demande en outre que la Confédération affecte à la planification familiale volontaire dix pour cent au moins des moyens qu´elle consacre à la coopération internationale au développement. Ecopop avance des arguments écologiques, mais donne aux problématiques écologiques (augmentation de la population et impact environnemental) des réponses nationalistes. L´association a été fondée dans les années 1970 comme Schweizerische Arbeitsgemeinschaft für Bevölkerungsfragen SAfB (communauté de travail suisse pour les questions de population).

L´UDC a déjà déposé son initiative “Stopper l´immigration massive”, qui entend retourner à la pratique d´autrefois et limiter par des quotas le nombre d´autorisations de séjour délivrées à des étrangers 8 . L´initiative demande explicitement que soient “renégociés et adaptés” les accords internationaux interdisant cette pratique et s´oppose, ce faisant, à l´accord de libre circulation des personnes signé avec l´Union européenne.
Racisme, arbitraire et police

En Suisse (aussi) restent généralement sans suite les vexations et les brutalités policières ayant essentiellement pour cible des sans abri, des toxicomanes et des étrangers, notamment des requérants d´asile, de même que des hommes jeunes, de couloir noire, de quelque nationalité qu´ils soient 9 .

En 2012, deux jugements prononcés à l´encontre de policières ont plus spécialement retenu l´attention des médias. Le premier cas montre combien il est difficile de porter plainte contre la police, le deuxième a fourni prétexte à la “Basler Zeitung”, quotidien de droite, de voler au secours de l´agent condamné et de s´en prendre à la norme pénale contre le racisme 10 .

En ville de Lausanne, deux agents de police ont abandonné, début 2006, un noir de 16 ans dans un bois. Le jeune homme ayant déposé une plainte pénale, le Tribunal du Nord vaudois de même que le Tribunal cantonal ont acquitté les policiers, mais le Tribunal fédéral a renvoyé le cas devant le Tribunal de police, lequel a finalement condamné, au bout de six ans et demi, en première instance, les deux agents de police incriminés. Des déclarations d´un autre policier, il ressort qu´il s´agissait en l´occurrence d´une pratique courante de la police lausannoise. Selon ses dires, des Africains et des ressortissants de pays de l´ex-Yougoslavie ont été plus sérieusement malmenés et ont eu droit, eux, à un “bonus” sans doute fait de sprays de poivre au visage, de coups de pied et de gifles 11 .
Racisme anti-noir

D´où qu´ils viennent, les jeunes Noirs, en particulier, sont souvent soupçonnés de faire le commerce de drogues illicites. Ils sont interpellés et contrôlés par la police et même arrêtés et emmenés au poste de police en l´absence de tout soupçon fondé. Et ils se voient régulièrement interdire l´entrée de bars et de discothèques, des pratiques dont les médias n´ont guère parlé en 2012.
Islamophobie

Depuis des années, les musulmans constituent en Suisse – comme dans d´autres pays européens – la minorité en proie aux attaques les plus violentes et systématiques. Si les idées islamophobes jouissent toujours d´une large acceptation dans l´extrême droite et les milieux du national-conservatisme, la tuerie perpétrée par l´extrémiste de droite norvégien Anders Breivik 12 fait que les campagnes islamophobes ne leur paraissent guère opportunes à l´heure qu´il est. Quelques chrétiens évangéliques pratiquent pour leur part une israélophilie ostentatoire (mission juive) assaisonnée d´agitation islamophobe.

Mais les islamophobes ne se tiennent pas tous tranquilles. Le comité d´Egerkingen, qui avait lancé, il y a quelques années, l´initiative contre la construction de minarets, envisage maintenant une initiative interdisant le port de la cagoule. Sont visés, les manifestants de gauche comme les musulmanes (“interdiction de la burqa”). En automne 2012, une initiative du canton d´Argovie a été repoussée de justesse par le Conseil national. Ce zèle est surprenant pour un pays où, exception faite de lieux touristiques de la Suisse romande tels que Genève, Montreux ou Crans-Montana VS, on ne rencontre guère de femmes voilées dans l´espace public. Les Jeunes UDC du canton de Bâle-Ville ont eux aussi l´intention de compliquer la vie en société des musulmans et des musulmanes en lançant une initiative cantonale étendant l´interdiction du voile à l´ensemble de l´espace public. L´an dernier, les Jeunes UDC ont fait campagne aux élections sous le slogan “Oui à l´interdiction du port du voile” et ont déposé fin 2012 leur initiative populaire.

Les initiatives islamophobes ne vont pas toutes jusqu´aux urnes. Quelques jours avant Noël 2012, le Grand Conseil de Thurgovie a invalidé l´initiative “Contre les manuels scolaires misogynes, racistes et meurtriers”, laquelle visait à empêcher que “soient enseignés aux enfants le coran, le hadith ou des parties de ces textes”. L´initiative émanait d´un comité dont le représentant le plus connu est Willy Schmidhauser, anciennement président de la section thurgovienne des Démocrates suisses, déjà condamné pour infraction à la norme pénale contre la discrimination raciale.

La Romande Mireille Vallette 13 a publié en 2012 un deuxième livre islamophobe. Sa thèse: Pressions, mensonges et agressions d´un côté, concessions de l´autre: les musulmans radicaux, explique-t-elle, islamisent l´Occident avec délectation et sans grand obstacle. Les élites politiques et intellectuelles non seulement l´acceptent, mais devancent certaines des infinies revendications de ce courant ultraconservateur qui chaque jour conquiert de nouveaux bastions 14 .

Il existe aussi, cependant, des signes de normalisation. Fin 2012, le Parlement de la ville de Winterthur a voté à l´unanimité un champ funéraire pour les musulmans 15 . Il y a quelques années encore, un projet de ce genre aurait suscité une vague de protestations.
Antisémitisme

Un antisémitisme latent, se réactivant au gré des circonstances, est une constante déjà ancienne de la société suisse. L´un des facteurs déclencheurs classiques des propos et des actes antisémites est le conflit entre l´Etat israélien et les Palestiniens, lequel a connu en 2012 une brève phase d´exacerbation (à l´occasion de l´escalade armée de novembre) qui, toutefois, n´a pas provoqué en Suisse de réactions antisémites ou antimusulmanes notables.

Un arrêt du Tribunal de grande instance de Cologne faisant de la circoncision rituelle des garçons un acte répréhensible a fait couler beaucoup d´encre. Les communautés juive et musulmane s´en sont émues, craignant qu´il en résulte pour leur tradition religieuse des restrictions d´inspiration raciste. Les organisations des deux religions ont qualifié le moratoire prononcé à cet égard par l´hôpital pédiatrique de Zurich de précipité et irréfléchi 16 .

Depuis des années, le journaliste genevois Frank Brunner est coutumier d´articles et de propos antisémites sur son site Internet, et il apporte un soutien régulier à des négateurs de l´holocauste comme Robert Faurrisson. Autre négateur de l´holocauste, René-Louis Berclaz a publié sur son blogue des textes antisémites; et il continue, sans être inquiété par les autorités pénales, de diffuser des écrits antisémites interdits tels que “Le Juif international” de Henry Ford.
Gens du voyage, Jenisch et Roms

La perception change selon le côté de la frontière duquel on se trouve. La presse ne fait pas exception. Quand les médias suisses parlent des Roms de l´étranger, c´est surtout pour relever des cas de discrimination ou signaler des tentatives de la combattre, mais lorsque ce sont les Roms de Suisse dont il s´agit, les sujets qui dominent sont la criminalité, la mendicité et la prostitution, ainsi que les problèmes liés à leur nomadisme. Tel est le cas pour environ deux tiers de l´information, alors que la discrimination dont ils sont l´objet en Suisse ne représente qu´un article sur neuf. Ces chiffres sont le résultat d´une enquête de Patrik Ettinger, collaborateur du département Public et société (Öffentlichkeit und Gesellschaft) de l´Université de Zurich 17 .

La palme du journalisme anti-Roms revient cette année à “Die Weltwoche”. Cet hebdomadaire a publié en couverture de son magazine la photo d´un jeune garçon rom – vivant, comme on l´apprit plus tard grâce à la “Wochenzeitung WOZ”, dans un camp – qui pointait un pistolet en plastique sur le lecteur 18 . Et, en dessous de la photo, cette légende, en gros caractères: “Les Roms arrivent: la suisse victime de razzias”. A l´intérieur du magazine, les journalistes Philippe Gut et Kari Kälin publient le résumé d´entretiens qu´ils ont eus avec des chargés d´information de la police. Le Conseil suisse de la presse a reproché à la “Weltwoche” d´avoir déformé l´information en omettant de préciser que la photo du jeune Rom avait un caractère symbolique. Il a également qualifié la couverture de discriminatoire parce qu´elle suggérait “une invasion massive (future) par une ethnie minoritaire”, favorisant ainsi “la peur de l´étranger et les préjugés et stéréotypes usuels à l´encontre des Roms”.

Les médias ont également fait grand cas d´un mariage rom (réunissant plusieurs centaines d´invités), qui a eu pour théâtre la commune de Collombey-Muraz VS. Le conseiller national UDC valaisan Oscar Freysinger s´y est distingué en chauffant les esprits à l´occasion d´une manifestation 19 . Quelques jours plus tard, un inconnu tirait des coups de feu sur des caravanes de gens du voyage dans le canton du Jura. Rares sont les médias romands qui en parlent, ceux de la Suisse alémanique se taisent 20 .

Les gens du voyage suisses souffrent toujours de la pénurie d´aires de transit, que les cantons ont pourtant l´obligation de mettre à disposition en nombre suffisant. Les projets les concernant se heurtent toutefois à des résistances locales dont les fers de lance sont des représentants des partis nationaux-conservateurs. A Merenschwand AG, où habite la Conseillère fédérale Doris Leuthard, se sont (surtout) des membres de l´UDC qui, les plans cantonaux publiés, ont organisé la résistance 21 .
Le racisme dans le cadre de consultations


La Chronologie “Racisme en Suisse” documente principalement le racisme tel qu´il se manifeste dans l´espace public. Mais il arrive souvent que des personnes appartenant à des minorités en soient affectées dans leur sphère privée ou professionnelle. Dix centres de consultation ont à nouveau publié en 2012 un rapport commun 22 sur leurs activités de l´année précédente. Ils ont recensés 156 cas qu´ils qualifient de racistes. Ils constatent que les cas qui leur sont signalés proviennent surtout de villes ou de localités se trouvant à proximité immédiate d´un centre de consultation, ce dont ils concluent que le nombre des incidents non recensés doit être beaucoup plus élevé que celui des incidents qui parviennent à leur connaissance. “Force est donc de conclure, disent-ils, qu´en Suisse, ces incidents restent pour la plupart dans l´ombre”.

Les principaux résultats pour l´année 2011:

  • La discrimination raciale se manifeste dans les domaines les plus divers, mais particulièrement dans le monde du travail, sur le marché du logement et dans l´espace public.
  • Les incidents de loin les plus nombreux sont des propos racistes.
  • Les cas d´abus de pouvoir restent nombreux. Il est fréquent, dans ces incidents, que l´auteur de la discrimination et sa victime se connaissent.
  • Dans les cas recensés cette année par les centres de consultation, ce sont les personnes d´origine africaine et les personnes originaires d´Europe centrale qui ont subi le plus souvent une discrimination raciale.
  • Les hommes ont été davantage victimes de discrimination raciale que les femmes 23 .

 

Lucerne, le 8 janvier 2013 Hans Stutz


Notes:

  1. Commission fédérale pour les questions de migration CFM, La naturalisation en Suisse, évolution 1992-2010. p. 54.
  2. Commission fédérale pour les questions de migration CFM, La naturalisation en Suisse, évolution 1992-2010. p. 55.
  3. Voir les propositions des cantons d´Argovie et d´Obwald.
  4. ATF 136 I 309, résumé dans la newsletter de l´observatoire suisse du droit d´asile et des étrangers, septembre 2012. Autres arrêts du Tribunal fédéral: 1D_8/2009 et 1D_9/2009 du 19 janvier 2011.
  5. Editorial de Tangram 30, Bulletin de la CFR, p. 8
  6. Voir entre autres: Patrick Kury, Über Fremde reden, Überfremdungsdiskurs und Ausgrenzung in der Schweiz 1900-1945, Zurich 2003. Ainsi que: Damir Skenderovic, Gianni D´Amato: Mit dem Fremden politisieren. Rechtspopulismus und Migrationspolitik in der Schweiz. Chronos-Verlag, Zurich 2008.
  7. Voir entre autres: Thomas Buomberger, Kampf gegen unerwünschte Fremde. Von James Schwarzenbach bis Christoph Blocher, Zurich 2004. Ainsi que: Isabel Drews, “Schweizer erwache!”. Der Rechtspopulist James Schwarzenbach (1967-1978), Frauenfeld 2005.
  8. Voir la presse du 15 février 2012, par exemple “SVP-Initiative gegen Freizügigkeit eingereicht” dans la Neue Zürcher Zeitung du 15 février 2012, page 10.
  9. Pour la problématique du profilage discriminatoire (Racial Profiling) voir Künzli/Eugster/Kind/Spring/Sturm, Die Umsetzung menschenrechtlicher Vorgaben in den Bereichen Freiheitsentzug, Polizei und Justiz. Eine Analyse der Empfehlungen menschenrechtlicher Überwachungsorgane, Berne 2012, pages 34 à 40.
  10. Voir plusieurs articles de la Basler Zeitung, octobre 2012
  11. Philippe Reichen, Polizisten setzten Aggressoren im Wald ab. Tages-Anzeiger, 25 juillet 2012.
  12. Fin août 2012, le Tribunal d´Oslo a condamné Anders Breivik à 21 ans de détention pour le meurtre de 77 personnes. Le verdict est assorti d´une peine de sûreté.
  13. Mireille Vallette, Boulevard de l´islamisme, Editions Xenia, 2012. Voir également: Mireille Vallette, Islamophobie ou Légitime défiance? Genève 2009.
  14. “Pressions, mensonges et agressions d´un côté, concessions de l´autre: les musulmans radicaux islamisent l´Occident avec délectation et sans grand obstacle. Les élites politiques et intellectuelles non seulement l´acceptent, mais devancent certaines des infinies revendications de ce courant ultra-conservateur qui chaque jour conquiert de nouveaux bastions”. p. 7.
  15. Dorothee Vögeli, Muslimisches Grabfeld auch in Winterthur, NZZ, 17 décembre 2012, p. 21
  16. Le moratoire a eu de nombreux échos dans la presse écrite. Par exemple: Kinderspital stoppt Beschneidungen, Juden und Muslime sind entsetzt, Tages-Anzeiger, 20 juillet 2012. Ou: Aufhebung des Moratoriums: Das Kinderspital krebst zurück. Limmattaler Zeitung, 11 août 2012.
  17. Patrik Ettinger, Les Roms dans la presse suisse, dans: Tangram 30, Bulletin de la Commission fédérale contre le racisme, p. 30ss.
  18. La Wochenzeitung WOZ a rendu visite dans son camp au garçon que l´on voit sur la photo. Voir Carlos Hanimann, Das Leben des Jungen Mentor, Die Wochenzeitung WOZ, 19 avril 2012.
  19. Voir entrée dans la Chronologie, Collombey-Muraz VS, 24 juillet 2012
  20. Voir entrée dans la Chronologie, Courroux JU, 3 août 2012
  21. Voir entrée dans la Chronologie, Merenschwand AG, 24 octobre 2012. Voir également Grand Conseil du canton d´Argovie, interpellation de Benjamin Brander et Milly Stöckli-Ammann (tous deux UDC) “concernant l´aire de transit prévue pour les gens du voyage à Merenschwand (zone de Benzenschwil)”.
  22. Incidents racistes traités dans le cadre de consultations, janvier – décembre 2011, Berne 2012
  23. a.a.O., S. 4

L’extrémisme de droite en Suisse en 2013/2

Lucerne, 04 Janvier 2013

La Suisse alémanique immobile et Genève qui bouge

 

En Suisse alémanique, les organisations d’extrême droite ne comptent plus guère que de rares activistes. Fondée par le négateur de l’holocauste Bernhard Schaub, l’Action européenne n’en continue pas moins de battre le tambour pour une Europe national-socialiste. En Suisse romande, opèrent de nombreux groupes et groupuscules d’extrême droite, la plupart du temps sur Internet, parfois dans la rue.
A la droite de l’UDC, ainsi que d’autres organisations national-conservatrices (telle l’ASIN), l’activité politique se réduit à très peu de chose. Annoncé « mort » par son président fin 2012, mais prêt à repartir de zéro, le parti des Démocrates suisses DS, bien qu’ayant adopté un nouveau programme en mars 2013, n’a guère fait parler de lui par la suite. Un programme, annonçait le journal du parti, proclamant « un droit illimité à affirmer sa propre identité », hautement menacée, lisait-on, par la politique multiculturelle. Le parti souhaite pour notre société une « orientation sociale », mais une orientation sociale « profitant surtout à la population indigène » disait encore le journal 1. Bref, toujours le même refrain. Bravade ? Incantation ? « Les Démocrates suisses ont une raison d’être », pouvait-on lire en gros caractères sur la une du numéro de fin d’année du journal du parti. Valentin Oehen, conseiller national de l’Action Nationale AN, l’auteur de cette affirmation, n’invoque pas pour la justifier des succès des DS mais « les votations populaires ainsi que les sondages les plus récents ». Le parti a tout même enregistré un petit succès: l’adhésion d’Albert A. Stahel 2, en qui les médias reconnaissent un « expert ès stratégie », et qui, du coup, a valu aux DS un siège au parlement de la commune de Wädenswil, auquel il avait été élu sur la liste des Vert’libéraux après avoir tourné le dos à l’UDC. Après avoir eu une fraction au Conseil national au début des années 1990, les DS ne comptaient plus, fin 2013, que quelques rares sièges dans des parlements cantonaux.

Elu sur la liste « Volksaktion gegen zu viele Ausländer und Asylanten in unserer Heimat – Liste Ausländerstopp » (VA), Eric Weber siège toujours comme membre sans fraction au Grand Conseil du canton de Bâle-Ville. Il a annoncé à plusieurs reprises son départ, mais sans jamais s’en aller. Eric Weber, poids léger de la politique qui se croit au début d’une carrière fulgurante, écrit: « Eric Weber sera président de fraction en 2016, conseiller national en 2019 et conseiller d’Etat en 2020. Tel est son calendrier. » 3 En attendant, il multiplie les offensives, distillant quelques sous-entendus islamophobes par-ci 4, quelques propos xénophobes par-là 5.

 

Subcultures d’extrême droite

Skinheads – Hammerskinheads, Blood and Honour
La subculture naziskin a perdu au cours des dernières années le pouvoir d’attraction qu’elle exerçait sur les jeunes hommes. Les Hammerskinheads suisses (SHS) et les sections de Blood and Honour ne se sont plus guère manifestés. Fin 2013, un groupe antifa suisse a consacré aux activités que prévoient les Hammerskinheads suisses une série en quatre parties contenant notamment des informations détaillées sur quelques activistes opérant en Suisse alémanique ainsi qu’en Suisse romande 6. Les auteurs de cette série semblent avoir eu accès à des documents internes.

En automne 2013, le groupe thurgovien Vargr i Veum (hors la loi, sans patrie en ancien haut allemand) a sorti « Helwein », son deuxième support sonore; un modeste tirage de 300 exemplaires « numérotés à la main ». Mentionné pour la première fois en 2006, ce groupe appartient à la mouvance des Hammerskinheads, et ses musiciens ne sont plus de la première jeunesse. Deux d’entre eux ont confié à une chaîne de télévision en ligne allemande qu’ils étaient maintenant pères de famille et « des animaux un peu plus âgés, tous deux au-delà de quarante ans » 7.

Depuis l’été 2013, la maison Holy War Records ne pratique plus la vente en ligne. Domiciliée dans l’Oberland bernois (Brienz BE), gérée par une association pour la liberté de pensée et d’expression dans l’art et les médias, elle proposait depuis plusieurs années des supports sonores d’extrême droite.

Le Parti des Suisses nationalistes PSN
Début octobre, le PSN prétendait avoir le vent en poupe. En août, il avait renoncé au rendez-vous du Grütli, déçu, disait-il, de l’édition 2012. En revanche, il a offert aux membres et aux sympathisants un brunch interne dont le but était « de les sortir de la ligne de tir du public » 8. Rares sont apparemment au sein du parti les personnes prêtes à fournir un travail politique continu et à en avoir les capacités.

Fin septembre 2013, Philippe Brennenstuhl, négateur de l’holocauste notoire, a fondé officiellement le Parti Nationaliste Suisse PNS, en présence, indique celui-ci, d’une quarantaine de personnes. Alors membre du PNS, Brennenstuhl s’était déjà présenté aux élections fédérales de 2011. Il atteste clairement, sur son compte Facebook, sa proximité avec le national-socialisme. Il a mis en ligne, début janvier, une dédicace à lui dédiée, il y a trente ans, par un ancien Waffen-SS, Léon Degrelle, en hommage, dit celui-ci, à « l’une de mes plus lumineuses rencontres » 9.

Le PNS a enregistré l’adhésion de plusieurs membres des Jeunesses Genevoises. Début décembre, le Valaisan Jimmy Dellea a animé de sa présence, à Lyon, un « Forum pour la Nation » auquel il remplaçait le président Brennenstuhl.

En plus de sa section romande, le PSN comptait fin 2013 deux sections dans le canton de Berne et une à Bâle, ainsi que cinq portails d’information, à savoir Argovie, Zurich, Suisse centrale, District du Lac et Oberland bernois. Aux comités des trois sections siègent des leaders chevronnés du PSN tels que Denise Friedrich et Adrian Segessenmann (Emmental), Dominic Lüthard et Tobias Hirschi (Haute-Argovie) ainsi que Roland Nägeli (Bâle).

Tous les trois mois paraît « Harus!, organe de presse du PSN ». Son rédacteur est Adrian Segessenmann, dont la case postale sert d’adresse de la rédaction. Outre son rédacteur, ce cahier de 16 pages ne compte que de rares contributeurs, dont Dominic Lüthard, président du parti, Denise Friedrich, ex-membre du comité, ainsi que des inconnus tels que « Ernst Dätwyler », « Konrad Maurer » et « Andrea Graber » (peut-être des pseudonymes). Parmi les lecteurs s’adressant au courrier des lecteurs, figure un certain « Martin Bracher, Büsserach ».

Fondé en automne 2000 par des leaders de Blood and Honour, le PSN a présenté des candidats à plusieurs élections et remporté deux sièges au parlement de Langenthal ainsi qu’un siège à l’exécutif de Günsberg SO (Dominic Bannholzer). Plusieurs leaders du PSN ont été condamnés au cours des dernières années pour infraction à la norme pénale contre la discrimination raciale.

En 2013, les Kameradschaften de la mouvance du PSN – par exemple Helvetische Jugend et Waldstätterbund – ne se sont pas manifestées dans la sphère publique, pas plus que d’autres, telle la « Kameradschaft Innerschweiz », dont on n’a plus entendu parler.

Heimatbewegung
Des extrémistes de droite suisses ont tenté, ces dernières années, d’investir des célébrations et des lieux de commémoration patriotique. Or les manifestations de masse ne sont plus possibles, ni pour la fête du 1er août au Grütli, ni pour la commémoration de la bataille de Sempach. L’habituel rendez-vous des extrémistes de droite du début d’août sur la prairie du Grütli n’a pas eu lieu en 2013. En revanche, ils ont fait leur apparition, sans préavis, début juin, à la pierre commémorative de la bataille de Laupen (1339). Selon un compte rendu du PSN, le premier à prendre la parole fut le « camarade Alemann », pour rappeler « au nom de la Heimatbewegung les événements de l’époque », propos suivis, selon le même compte rendu, par une allocution d’un « représentant » de Blood and Honour 10.

Issue, en 1995, de l’Initiative nationale suisse NIS, la Heimatbewegung prône une Suisse divisée en ses quatre régions linguistiques. Ou, comme elle le dit elle-même: « Afin de préserver durablement la survie de l’ethnie de souche alamane, nous nous battons pour un Etat fédéral populaire épousant les limites actuelles de la Suisse alémanique. »

 

Projets politico-culturels

Le cercle Avalon
Comme les années précédentes, le cercle Avalon, joignable à la case postale de son leader Adrian Segessenmann, a largement privilégié le huis clos. Rares ont été les contributions publiées sur son site. Le cercle se dit lui-même proche de « l’esprit du ‘mouvement national’ » et favorable à « une idéologie professant clairement une Europe des patries ». Depuis quelques années, le cercle Avalon accueille régulièrement des négateurs ou des négatrices de l’holocauste, la dernière en date étant Sylvia Stolz.

La librairie par correspondance Neue Zeitwende
La librairie par correspondance Neue Zeitwende continue de diffuser des livres s’enivrant de fantasmes de complots ourdis par des sociétés secrètes et 9/11, de la littérature à la gloire des SS ainsi que des apologies du national-socialisme. Une bonne partie de l’offre provient d’éditeurs allemands spécialisés dans la littérature d’extrême droite, tels que Hohenrain-Verlag et le Grabert-Verlag. Neue Zeitwende continue de diffuser également des DVD, des livres audio et des supports sonores. La diffusion se fait via une case postale d’Aefligen (près de Kilchberg BE). Le propriétaire en est toujours Adrian Segessenmann, le collaborateur Michael Vonäsch.

Ernst Indlekofer et « Recht+Freiheit »
Comme l’année précédente, Ernst Indlekofer a fait aux Chambres fédérales l’honneur d’une lettre prônant, une fois de plus, l’abolition de la norme pénale contre le racisme. Revenant à la charge, il se plaint qu’au Parlement rien n’a bougé. « L’immigration se poursuivra-t-elle jusqu’à ce que les Bâlois, les Genevois, les Zurichois, etc. indigènes, ne représentent plus que deux pour cent de la population, comme le veut le diktat US du nouvel ordre mondial ? » 11. La plupart des articles sont de source non précisée ou écrits par Ernst Indlekofer. « Recht+Freiheit » diffuse également un discours du « rabbin viennois Moishe Arye Friedman », qui avait déjà participé, en 2006, à la conférence des négateurs de l’holocauste de Téhéran. Parmi les personnes qui écrivent au courrier des lecteurs figurent « Walter Brunner, Unterseen » et « Evelyn Küffer, St.-Gall », mais aussi Willy Schmidhauser, Dettighofen, ex-président de la section Thurgovie des Démocrates suisses DS. Ancien chef de file des négateurs suisses de l’holocauste, « Andres Studer, Regensdorf », opposant actif, en son temps, à la norme pénale contre le racisme 12, a, lui aussi, repris du service pour se lamenter sur la défaite subie lors du référendum de septembre 1994 et sur « le peuple dépouillé de sa volonté » au nom de la « dictature sioniste et de l’abrutissement du peuple ». « Jadis neutre et libre », la Suisse devrait être rebaptisée « SWISSISRAEL » va-t-il jusqu’à écrire 13.

Officiellement, «Recht+Freiheit» est publié par le Presseclub Schweiz, dont l’assemblée générale s’est tenue le 27 juillet 2013 en un lieu inconnu. Les membres avaient été priés de se procurer auparavant leur carte d’invitation personnelle. Ernst Indlekofer est à la fois éditeur et rédacteur responsable du magazine.

Gaston-Armand Amaudruz et « Courrier du continent »
Amaudruz continue de répandre du racisme biologique et de grossiers fantasmes de complot provenant du fonds national-socialiste. Il déplore une « dégradation générale des libertés » et dénonce les « forces négatives », évidemment postérieures à 1945, qui « ont organisé l’invasion de l’Europe par des effectifs africains et asiatiques. Cela pour briser la résistance européenne au mélange racial et, par conséquent, pousser les peuples à la disparition » 14. La condition première de la survie de la modernité réside, selon lui, dans l’abolition des « lois-bâillons », ainsi qu’il appelle les lois contre la discrimination raciale. Evoquant l’effondrement de l’apartheid sud-africain, il écrit, dans un autre article, que ce fut pour « l’humanité blanche une tragédie, un grand pas vers la disparition » 15. Il vante l’Action européenne de l’« infatigable Bernhard Schaub » 16, mentionne la conférence de la négatrice de l’holocauste Sylvia Stolz à Coire (novembre 2012) et cite un auditeur: « Madame Stolz est une héroïne, elle a accompli des miracles. » 17

Claude et Mariette Paschoud – Le pamphlet
Cela fait plus 40 ans que Mariette et Claude Paschoud publient leur « Pamphlet », avec, comme à l’accoutumée, le fidèle soutien de leurs rares collaborateurs (Michel de Preux, Polluz, Max L’Impertinent). Mariette Paschoud tient toujours sa rubrique « Les nouvelles aventures… ». Son registre – consistant pour l’essentiel à exprimer ses sympathies pour les négateurs de l’holocauste ou à critiquer les condamnations dont ils font l’objet – s’est élargi à des propos insidieusement antisémites après que le président de la Confédération Ueli Maurer (UDC) se fut excusé devant l’assemblée annuelle de la Fédération suisse des communautés israélites FSCI d’avoir dit dans la lettre qu’il avait écrite à l’occasion de la journée internationale de commémoration de l’holocauste que la Suisse avait été un « havre de sécurité » pour les persécutés de la Deuxième Guerre mondiale (sans mentionner les réfugiés refoulés du fait de la politique suisse alors qu’ils allaient au-devant d’une mort certaine) et un « pays de liberté et de droit ». Mariette Paschoud a reproché à « Ueli » d’avoir « baissé sa culotte » 18. Elle a également trouvé à redire à une contribution de la Confédération à l’entretien du mémorial d’Auschwitz-Birkenau. « Mais je ne veux pas, a-t-elle écrit, que la Confédération se serve de mes impôts pour une cause aussi discutable. ».

Présence sur Internet
En plus de quelques comptes ouverts sur les médias sociaux existent des blogues sur lesquels des extrémistes de droite diffusent régulièrement des communiqués et des commentaires.

Schweizer Krieger/Mr. Odessa – Bruderschaft 1291
Il se fait appeler « Mr. Odessa », il se manifeste depuis l’été 2008 et l’on ne connaît toujours pas son vrai nom. Il donne l’impression de vivre à Lucerne. Il prétend occasionnellement appartenir à une certaine « Bruderschaft 1291 », dont on n’a rien appris de plus en 2013. Son ordinaire est constitué des thèmes chers aux extrémistes de droite et à l’UDC, à laquelle il fait souvent référence. Il dissémine souvent des communiqués sur Twitter.

Le blogue du mouvement
Depuis fin avril 2013, on ne connaît plus aucune activité à ce blogueur dit du mouvement. Il a surtout diffusé au cours des premiers mois de 2013 des messages exprimant sa sympathie pour des négateurs de l’holocauste comme Horst Mahler ou Zündel. Il avait lancé son blogue en mai 2012, mais en préservant soigneusement l’anonymat. Le Bernois Simon Steiner a toutefois révélé sur son compte Twitter en être l’exploitant. Sous le pseudonyme de « frontkrieger » (guerrier du front) devenu « NSCH @Frontkrieger », Steiner documente sur le service de messages courts (sms) sa sympathie pour les négateurs de l’holocauste et l’antisémitisme.

Négateurs de l’holocauste
Les négateurs de l’holocauste contestent trois faits historiques avérés: premièrement, qu’existait un plan d’extermination des juifs d’Europe, deuxièmement qu’aient été construites des chambres à gaz pour les faire périr et, troisièmement, que la persécution des juifs par les nazis se soit soldée par la mort de plusieurs millions d’entre eux.

L’Internationale des négateurs de l’holocauste traverse depuis plusieurs années une crise profonde; les rares activistes connus ne publient plus que rarement de nouveaux textes.

Bernhard Schaub et l’Action européenne AE
Cette année encore, l’Action européenne AE a organisé son grand rassemblement annuel, dit « fête de l’Europe », en un lieu secret des nouveaux länders allemands. Contrairement aux années précédentes, où l’AE commentait en long et en large cet événement, seuls le discours prononcé par un activiste du Liechtenstein et l’allocution de Rigolf Henning, un leader allemand de l’AE, ont eu droit à un résumé.

Pour des raisons inconnues, le site de l’AE n’a plus signalé depuis le printemps 2013 aucune nouvelle apparition de Bernhard Schaub. L’une des dernières, en compagnie de Pierre Vial, représentant de l’organisation Terre et Peuple, avait été pour annoncer que l’AE allait étendre ses activités à la France 19.

L’AE veut créer un mouvement paneuropéen, réunissant des extrémistes de droite de tous les pays d’Europe. L’idée qu’elle propage est celle d’une Europe national-socialiste ayant une politique militaire et étrangère commune, mais dont les pays resteraient souverains.

L’AE avait, fin 2013, un « secrétariat central » ainsi qu’un « bureau d’information Suisse » à Affoltern am Albis, des bureaux d’information en Allemagne du Nord (Rigolf Hennig), en région Rhin-Main, dans le sud de l’Allemagne, en France, en Autriche (Hans Berger, domicilié à Birsfelden), deux au « Royaume-Uni » (Richard Edmonds et Lady Michèle Renouf). L’AE propage toujours son matériel de propagande, dont une vidéo sur l’intervention de Bernhard Schaub au congrès de la coalition anti-censure AZK d’Ivo Sasek de 2009. Son canal de diffusion est le Ghibellinum-Verlag, joignable via une case postale à Eschenz TG.

Jürgen Graf
Maintenant âgé de 62 ans, le négateur de l’holocauste Jürgen Graf aimerait rentrer en Suisse et y vivre en liberté. Il a fui à l’étranger il y a plus de dix ans pour se soustraire à une peine d’emprisonnement de 15 mois prononcée à son encontre pour négation de l’holocauste. Vivant depuis de nombreuses années en Russie, il a dit, citant son avocat dans une interview donnée au printemps 2012, que sa peine devrait arriver à prescription début septembre 2014, mais qu’il aimerait bien rentrer plus tôt sans être aussitôt arrêté par la police. Or il a lui-même amenuisé ses chances de pouvoir rentrer en Suisse sans être inquiété par la police en publiant en automne 2013 un nouveau livre ainsi qu’une recension du livre de Raphael Ben Nescher « Holocaust-Revisionismus: Ideologie oder Wissenschaft? » 20. Graf affirme notamment dans cette recension que le système « démocratique » est contraint de recourir à la « terreur, à la censure et au lavage de cerveau afin de protéger le pire mensonge de l’histoire de l’humanité, dont ce système a un besoin vital » 21. Dans une interview accordée en mars 2013, Graf annonce en outre son intention d’écrire un livre « sur les dessous de l’invasion de l’Europe par le tiers-monde ». Il évoque à ce propos une « immigration de masse », qu’il affirme évidemment ne pas être « due au hasard » mais « pilotée par certains milieux ». Des milieux qui ont juré de briser le « sentiment de leur propre valeur » qu’ont les peuples européens et de « détruire leurs instincts naturels ». La clé de cette entreprise est d’abord d’entretenir le mensonge de l’holocauste, ensuite d’attiser les complexes de culpabilité liés à l’esclavage, au colonialisme, etc. Graf prend soin de ne pas être plus explicite, sachant que ses partisans d’extrême droite savent lire entre les lignes.

René-Louis Berclaz et les Editions de Cassandre
René-Louis Berclaz a ouvert début novembre un nouveau site intitulé « La Sentinelle du Continent ». Condamné pour négation de l’holocauste, il y affirme que la partie de la norme pénale contre le racisme qui déclare punissable la négation d’un génocide contrevient au droit international 22, ce en quoi il prend à son compte les arguments que l’UDC valaisan Oscar Freysinger avait portés en mars 2012 devant les Chambres fédérales 23. Berclaz continue, par ailleurs, à faire de la propagande pour des livres qui nient l’holocauste, de même que pour le torchon de Henry Ford « Le juif international ».

Cercles d’amis de l’extrême droite
En Suisse alémanique, la MIHAG (Militärhistorische Arbeitsgemeinschaft) ne semble plus avoir d’activités, aucune, à tout le moins, dont on ait connaissance. En Suisse romande, existent plusieurs associations célébrant la mémoire de fascistes et de national-socialistes des années 1930 et 1940. Parmi celles-ci, l’Association des Amis de Robert Brasillach, l’Association des Amis de Paul Gentizon ainsi que le Cercle Georges Oltramare, lequel n’a encore rien publié.

Association des Amis de Robert Brasillach
Cette association cultive depuis une soixantaine d’années la mémoire de cet écrivain français collaborateur des nazis, exécuté peu avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Le comité de l’association est toujours constitué de huit membres, dont les Suisses Pascal Junod, son président, et Daniel Todeschini, le caissier. Comme à l’accoutumée, l’association a tenu à Paris sa conférence annuelle. Elle a également publié deux numéros de son Bulletin, avec, notamment, un texte signé René-Louis Berclaz, dans lequel celui-ci traite d’abord le comédien et réalisateur franco-tunisien Serge Moati de « juif » puis d’« histrion holocaustique ». 24

Pascal Junod avait déjà des activités au sein d’organisations d’extrême droite dans les années 1980. Après avoir fait partie pendant quelque temps de l’UDC, il se trouve aussi, aujourd’hui, à la tête de la section genevoise de l’ASIN 25.

Association des Amis de Paul Gentizon
Le journaliste Paul Gentizon était un admirateur d’Atatürk et, plus tard, de Benito Mussolini. Après la Deuxième Guerre mondiale, il a collaboré régulièrement au magazine néonazi Der Turmwart, édité à Zurich. L’association estime avoir réussi au cours de sa neuvième année d’existence à faire comprendre toute l’étendue de la pensée de Gentizon 26. Le président de l’association est Massimo Patanè, son vice-président Alexandre Rawyler, la caissière Brigitte Vetsch et la présidente d’honneur Ada Wild. L’association a publié en 2013 deux numéros de ses Cahiers.

Cercle Georges Oltramare
On ne sait toujours pas qui dirige le Cercle, auquel on ne connaît à ce jour que peu d’activités. Le cercle des amis s’est manifesté comme co-organisateur d’une manifestation d’extrême droite, annoncée puis annulée, dans le quartier genevois des Pâquis.

Genève et ses extrémistes de droite
En Suisse vivent des gens d’origines très diverses. Sur le flanc droit de la société sont en train de se développer – essentiellement, jusqu’ici, en Suisse romande et plus particulièrement dans la région de Genève 27 – de nouveaux concepts racistes et extrême-droitiers influencés par les thèses de la Nouvelle Droite, laquelle plaide depuis les années 1970 la cause d’un ethnodifférentialisme prônant une séparation stricte des peuples d’origine différente ainsi que le rétablissement de sociétés homogènes. Radicalisée par le mouvement subculturel des « Identitaires », cette tendance a pour mot d’ordre « 0% racisme, 100% identité ». En clair: une Europe habitée par des gens de couleur blanche, chrétiens, païens, peut-être juifs, mais certainement sans musulmans. Se manifestant depuis plusieurs années à Genève, les Identitaires sont descendus dans la rue pour défendre les Serbes qui, en tant que chrétiens, se sont battus contre les « musulmans » au Kosovo.

Genève comptait fin 2013 une demi-douzaine de groupes se manifestant surtout sur Internet, rarement dans la rue ou en public. Un projet de manifestation (fin mai 2013) a été abandonné, la Gauche anticapitaliste s’y étant opposée 28. Les activistes ne se manifestent jamais nommément. On ignore s’ils sont en contact avec les formations d’extrême droite traditionnelles; exception: le Parti Nationaliste Suisse PNS. Ce qui fédère ces groupes est le rejet de la société de consommation, de la mondialisation, des Etats-Unis et de l’Etat hébreu. Le rejet d’Israël les différencie des islamophobes qui voient en Israël le fer de lance du combat contre l’islamisation. Leurs références sont les débats qui agitent la France; ils ont par exemple pour figures emblématiques l’essayiste et activiste politique Alain Soral ainsi que l’humoriste Dieudonné, plusieurs fois condamné pour incitation à la haine raciale. De leur entourage font également partie deux activistes subculturels: le rappeur « Dissident », qui fait, dit-il, du « rap nationaliste, non conforme et antisioniste »; son collègue « Grosson », qui prend ses distances par rapport à la politique, ne laisse pas moins percer un certain antisémitisme lorsqu’il évoque les motifs de Mohammed Atta, homme impliqué dans l’attentat du World Trade Center: « Il pense, dit-il, aux juifs qui oppriment ses frères et ses sœurs vivant en Palestine. » Sur Facebook, « Dissident » se déclare solidaire des extrémistes de droite grecs d’ « Aube dorée ». A cette mouvance appartient également David L’Epée. Ex-membre de groupes d’extrême droite, il revendique aujourd’hui le titre d’« intellectuel indépendant » et vante les mérites de rappeurs comme « Dissident ». Des artistes « véritablement non conformes », dit-il, dont il sera temps de découvrir les relations qu’ils entretiennent avec des individus aussi louches que Dieudonné, Kemi Séba ou Alain Soral et ce qu’ils pensent du patriotisme, de l’islam, du socialisme ou du sionisme 29.

Comme en 2012, Kémi Seba a été invité en 2013 à prendre la parole en public. Français, de couleur noire, Kémi Seba appelle à la séparation des races. L’ « Afrique aux Africains », martèle-t-il en essayant, au nom de ce « panafricanisme », de convaincre les personnes de couleur noire de rentrer en Afrique. En clair, de déplacer par la force des millions d’êtres humains. Son affirmation selon laquelle l’esclavage a été l’œuvre des juifs n’est qu’une façon de plus de nourrir les fantasmes des extrémistes de droite et des antisémites.

Jeunesses Genevoises
La première apparition publique de ce groupe, qui s’appelait alors « Jeunesses Nationalistes Genevoises » date de novembre 2012. Plusieurs membres des Jeunesses Genevoises ont participé, en automne 2013, à la fête de la fondation du PNS, comme ils l’avaient fait auparavant pour une fête du 1er août de l’extrême droite genevoise. Lors de la mise en détention préventive de Frank Brunner par le ministère public genevois, le groupe s’est solidarisé avec lui, le qualifiant de « prisonnier politique » 30. Jeunesses Genevoises fait également savoir que le groupe compte parmi ses membres le rappeur « Dissident ».

Genève Non Conforme
Genève Non Conforme GNC existe depuis environ trois ans, mais l’un de ses porte-parole avait déjà en 2008 sur la toile un blogue (Cercle Futur) très actif. S’inspirant de la mouvance italienne de la Casa Pound, GNC conjugue la dénonciation des injustices sociales avec des thèses racistes et, plus spécialement, antisémites. En automne 2013, GNC a organisé avec les Jeunesses Genevoises une conférence d’Alexandre Gabriac, chef des Jeunesses Nationalistes (interdites en France).

Les Identitaires Genève/ Génération Identitaire Genève
On n’a pas observé en 2013 d’activités publiques des Identitaires genevois, si ce n’est que Génération Identitaire Genève a apposé à la fin de l’automne des autocollants en ville de Genève et que Jean-David Cattin, activiste de longue date, a affirmé lors d’une interview que « le racisme antiblanc » existait également en Suisse, tout en reconnaissant « que les populations étrangères vivant en Suisse sont encore largement majoritairement d’origine européenne » 31.

Égalité et Réconciliation
Égalité et Réconciliation a pour maxime « Gauche du travail, Droite des valeurs et prône une réconciliation nationale » 32. Ce groupe genevois est présidé par Behnam Najjari, un Genevois d’origine iranienne. Alain Soral, cadre de E+R de nationalité française, s’est fait une place non négligeable dans les médias. Il est apprécié de Dominique Bättig, ancien conseiller national UDC du canton du Jura 33 et membre, dans les années 1970, alors qu’il faisait ses études, d’un groupe genevois d’extrême droite 34.

Mouvement Fascio
Autre groupe implanté à Genève et opérant tout au moins sur Facebook, le Mouvement Fascio se réclame d’une part du maréchal Pétain 35 et sympathise, de l’autre, avec le « système monarchique ». « Nous rejetons sur certains points la démocratie actuelle, qui n’est, dit-il, que poudre aux yeux et qui maintient le mécontentement et le désaccord » 36.

Au Grand jour
Déployant une activité quotidienne sur Facebook, bien inséré dans l’extrême droite genevoise, le site « Au grand jour » prêche la lutte des « goys » chrétiens et musulmans contre les juifs, ceci sur fond d’idéologie national-socialiste. Il a également mis en ligne plusieurs textes hostiles aux francs-maçons, ce qui faisait autrefois partie intégrante de l’idéologie des extrêmes droites et des conservateurs catholiques. On ne sait pas quel est l’exploitant du site.

Genève AntiAntifa
Tout comme « Au grand jour », Genève AntiAntifa se manifeste uniquement sur Facebook. Il se signale par des entrées quasiment quotidiennes, s’en prenant régulièrement aux gauchistes ou au mouvement antifasciste.

Lucerne, le 6 janvier 2014 Hans Stutz


Notes:

  1. Schweizer Demokrat, 5/2013, p. 4
  2. Schweizer Demokrat, 11/12/2013, p. 5. Les DS ont à Wädenswil un groupe local. Le président des DS du canton de Zurich est Andreas Stahel, fils d‘Albert A. Stahel.
  3. Eric Weber. Interpellation concernant des suffrages sortant falsifiés de l’imprimante. Précautions prises en vue des élections au Grand Conseil du 30 octobre 2016.
  4. Voir par exemple: Question écrite du 10 novembre 2013 « Pourquoi interdit-on de plus en plus les symboles chrétiens ? » Weber affirme: « C’est afin de ménager la susceptibilité de la population musulmane, déjà majoritaire dans beaucoup de villes (Berlin a basculé, Cologne a basculé, Francfort et Munich aussi. De même que de nombreuses villes de Belgique, des Pays-Bas et de France), que les symboles chrétiens vont disparaître. »
  5. « Beaucoup de citoyens viennent me voir ne sachant plus que faire tellement il y a d’étrangers qui habitent le Petit-Bâle. » Dans: Question écrite du 20 octobre 2013 relative au « Mécontentement social des gens du Petit-Bâle ».
  6. Advent, Advent – ein Neonazi wird benennt. (Suisse), parties 1 à 4. Voir https://linksunten.indymedia.org/node/100588, https://linksunten.indymedia.org/node/101061, https://linksunten.indymedia.org/node/101537 et https://linksunten.indymedia.org/de/node/102022, tous consultés le 4 janvier 2014. Voir également: Portail en ligne outet Ostschweizer Neonazis, 20 Minuten, 24.12. 2013.
  7. https://www.fsn-tv.de/zeige_vod.php?nr=62, (consulté le 26.12.2013, Interview avec Vargr I Veum, à partir de la 40e minute).
  8. Dominic Lüthard. Zum Geleit. Harus! 2/2013, p. 2.
  9. https://www.facebook.com/philippegeorges.brennenstuhl?fref=ts, (« une de mes plus lumineuses rencontres »), inscription du 4 janvier 2014. Ayant fui en Espagne la guerre terminée, Léon Degrelle a défendu le national-socialisme jusqu’à sa mort, en 1964, et gardé le contact avec de nombreux nazis, anciens ou nouveaux.
  10. Des extrémistes de droite commémorent la bataille, Berner Zeitung, 8 juillet 2013, p. 6. Voir également la Chronologie, Laupen BE, 8 juin 2013.
  11. Ernst Indlekofer, éditorial, Recht+Freiheit, No 2/juin 2013, p. 1.
  12. Pour plus de détails sur Andres J.W. Studer, voir Peter Niggli/Jürg Frischknecht, Rechte Seilschaften, Zurich 1998, en particulier les pages 669-674.
  13. Andres Studer, Menschheitsverbrechen, Recht+Freiheit, 2 juin 2013, p. 13ss.
  14. « …des forces négatives (Washington, la CIA, et des groupes de pression) ont organisé l’invasion de l’Europe par des effectifs africains et asiatiques. Cela pour briser la résistance européenne au mélange racial et, par conséquent, pousser les peuples à la disparition. » Courrier du Continent, numéro 551, juillet 2013, p. 12.
  15. « Pour l’humanité blanche, ce fut une tragédie, un grand pas vers la disparition. » Courrier du Continent, numéro 552, p. 7.
  16. Action européenne, Courrier du continent, numéro 547, p. 7.
  17. Sylvia Stolz en Suisse. Courrier du continent, numéro 548, mars 2013, p. 11.
  18. Mariette Paschoud, Les nouvelles aventures, Le pamphlet, numéro 425, mai 2013, p. 4.
  19. Voir la Chronologie, Genève, 20 janvier 2013.
  20. Rafael Ben Nescher, Holocaust-Revisionismus: Ideologie oder Wissenschaft?, Hambourg 2011.
  21. La recension de Graf a été mise en ligne par plusieurs sites d’extrême droite, dont http://globalfire.tv/nj/13de/juden/ben_nescher.htm, consulté le 5 janvier 2014.
  22. René-Louis Berclaz: « le paragraphe 4 de l’article 261bis est manifestement incompatible avec le paragraphe 49 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ».
  23. Voir Commentaires du racisme.
  24. „… Serge Moati: « l’histrion holocaustique ». Robert Brasillach présenté par René-Louis Berclaz, Bulletin de l’Association des Amis de Robert Brasillach, numéro 126, hiver 2012/13, p. 21s.
  25. http://www.asin.ch/cantons.php?canton=ge, consulté le 5 janvier 2014
  26. Massimo Patanè, Le Mot du Président, Cahier numéro 24, avril 2013, p. 1.
  27. Voir également Hans Stutz, Des ennemis idéologiques communs. Tangram 32, Bulletin de la Commission fédérale contre le racisme CFR; décembre 2013, p. 82-84.
  28. Fabiano Citroni, L’extrême droite renonce à manifester ce samedi, Tribune de Genève, 25 mai 2013, p. 13.
  29. « …, il sera temps de découvrir en quoi ces artistes-là, et d’autres, sont véritablement non conformes, quelles relations ils entretiennent avec des individus aussi louches que Dieudonné, Kemi Séba ou Alain Soral, ce qu’ils pensent du patriotisme, de l’islam, du socialisme ou du sionisme ». http://davidlepee.com/2013/06/12/rap-et-business-qui-veut-sa-part-du-ghetto, consulté le 6 janvier 2014. Epée a publié deux assez longs textes sur les rappeurs « non conformes » dans le magazine français Rébellion, numéro 58 mars-avril 2013, et numéro 61, septembre-octobre 2013.
  30. D’autres extrémistes de droite se solidarisent avec Brunner, ainsi le groupe Genève Non Conforme. Egalement le groupe Facebook « Au grand jour », qui qualifie Brunner de « camarade ». Voir Hans Stutz, Genfer Antisemit im Knast, Tachles 5 juillet 2013, p. 10.
  31. « Le racisme antiblanc existe, (…). Cependant, (…), il est vrai que les populations étrangères vivant en Suisse sont encore largement majoritairement d’origine européenne.» Interview de Jean-David Cattin, http://fr.novopress.info/138926/jean-david-cattin-le-racisme-antiblanc-existe-aussi-en-suisse/
  32. Gauche du travail, droite des valeurs. Pour une réconciliation nationale.
  33. http://www.egaliteetreconciliation.fr/Dialogues-desaccordes-vu-par-un-politicien-suisse-21894.html, consulté le 6 janvier 2014.
  34. Hans Stutz, « Es ist mir eine Ehre », Die Wochenzeitung WOZ, 10 décembre 2009.
  35. 16 principes de communauté, http://mouvementfascio.blogspot.fr/, consulté le 6 janvier 2014.
  36. « Nous accordons une importance particulière au système monarchique et nous rejetons sur certains points la démocratie actuelle qui n’est que poudre aux yeux et qui maintient le mécontentement et le désaccord. » http://mouvementfascio.blogspot.fr/2013/07/qui-sommes-nous.html, consulté le 6 janvier 2014.

Racisme en Suisse en 2013/1

Lucerne, 30 Décembre 2013

« Mais dans la rue, dans le train, au café, j’entends souvent des propos racistes. 1»

 

«Un de ces épisodes racistes, heureusement rares, s’est produit après l’école. J’étais assise tout à l’avant du bus, et une femme était en train d’acheter un ticket au chauffeur. » Une Suissesse, les deux se connaissaient et ont bavardé quelques instants. Après, elle s’est assise. « Sur ce, est montée dans le bus une autre femme, qui voulait également acheter un ticket », raconte Agnesa. Elle avait de longs cheveux noirs et la peau sombre. « Elle a dit au chauffeur où elle voulait aller et a demandé combien ça coûtait. Le chauffeur lui a répondu qu’il y avait un automate à l’arrière et que c’était là qu’elle devait prendre son ticket. » Etonnée de son attitude, la femme lui a demandé pourquoi elle ne pouvait pas lui payer son ticket à lui. Réponse du chauffeur: « Bon, donnez-moi l’argent, j’en ai assez de discuter. » La femme a payé et s’est assise. « Alors le chauffeur a dit à mi-voix, mais assez fort pour que j’entende: « C’est toujours la même chose avec ces étrangers ! Ils ne comprennent jamais rien. »
Propos rapportés par Agnesa Fetaj (16 ans) au Thuner Tagblatt du 5 février 2013

 

En 2013, la communauté la plus exposée aux diffamations et aux manifestations d’hostilité a de nouveau été la communauté musulmane, avec, en plus, une nouvelle disposition discriminatoire (l’interdiction de la burqa dans le canton du Tessin). Les articles rapportant des incidents racistes ont été plus rares dans les médias, dans les centres de consultation les victimes cherchant conseil et soutien, par contre, ont été plus nombreuses.

A la mi-décembre 2013, la Cour européenne des droits de l’homme a arrêté que la Suisse avait contrevenu à la liberté d’expression du politicien turc Doğu Perinçek, que le Tribunal fédéral suisse avait condamné, en dernière instance, pour négation d’un génocide (celui du peuple arménien de 1915/16). L’arrêt pris à Strasbourg a été applaudi par les politiciens suisses qui, à défaut de la supprimer purement et simplement, restreignent depuis de nombreuses années l’application de la norme pénale contre la discrimination raciale (art. 261bis CP). L’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher (UDC), qui, rentré d’un voyage en Turquie en automne 2006, avait proposé – sans succès – qu’elle soit modifiée, a estimé que, pour une fois, la cour de Strasbourg avait rendu un bon jugement et annoncé que l’UDC allait déposer lors de la prochaine session parlementaire une motion exigeant une modification de la législation sur le racisme. Cette fois encore, les chances de réussite sont minces et son offensive inutile, vu qu’est toujours en suspens une motion d’Oscar Freysinger, qui, s’appuyant sur des affirmations inexactes de négateurs de l’holocauste, prétend que la norme pénale est en « contradiction flagrante » avec le pacte international relatif aux droits civils et politiques 2. Manifestement inexactes, les raisons qu’il avance sont toutefois pleinement dans l’esprit de Slobodan Despot, négateur de longue date du génocide de Srebrenica et collaborateur personnel, depuis l’automne 2013, du conseiller d’Etat UDC 3.

La norme pénale contre la discrimination raciale est en vigueur depuis le début de 1995. Le caractère restrictif de son application est abondamment documenté sur la page d’accueil de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) 4. A fin 2012, elle avait pris 364 arrêts (matériels), dont 54 acquittements. Dans l’essentiel en bref de la CFR figure un arrêt qui, jusqu’ici, n’avait fait l’objet d’aucun commentaire public. La «Chronologie des incidents à caractère raciste en Suisse » de la GRA et de la GMS (ci-après la « Chronologie ») a cité le cas de cet architecte du canton de Zurich qui diffusait, sous forme de fichiers pdf, des livres niant l’holocauste ou qui – à l’instar des Protocoles des sages de Sion – comptent parmi les écrits les plus violemment antisémites que l’on connaisse 5. En 2012, cet homme a été condamné en première instance à une peine pécuniaire avec sursis 6ainsi qu’au retrait des livres qu’il proposait sur Internet.

Contrairement au début des années 1990, la Chronologie ne documente plus, ces dernières années, que de rares cas d’atteinte à l’intégrité physique. Tout autre est la situation dans le domaine de la consultation. Selon les données de 2012, les dernières disponibles, les cas « particulièrement graves » ont augmenté par rapport à 2011: 14 atteintes à l’intégrité physique (+ 9), dont quatre dans des quartiers d’habitation, quatre avec participation de la police, trois dans des cafés ou des restaurants et trois dans l’espace public; 22 menaces (+ 8) et trois manifestations ou rassemblements d’extrême droite (+ 3) » 7. Les onze centres de consultation ont enregistré en 2012 un total de196 cas. Le Service de lutte contre le racisme note « qu’aucun domaine de la vie – recherche de logement, travail, système de santé, démarches administratives, pratique du sport ou loisirs – n’est à l’abri de ces incidents » 8.

Un sondage de l’Office fédéral de la statistique effectué entre 2010 et 2012 aboutit à des résultats du même ordre. Au total, 9,1 pour cent de la population permanente de 19 ans et plus ont indiqué avoir été victime au moins une fois d’actes discriminatoires ou racistes dus à leur nationalité, leur religion, leur origine ethnique, leur couleur de peau ou à d’autres caractéristiques extérieures. Pour les ressortissants étrangers, les taux étaient de 18 pour cent, pour les Suissesses et les Suisses de 6,5 pour cent. Les hommes sont plus souvent touchés que les femmes (10,9 contre 7,7 pour cent) et le taux dépasse 20 pour cent chez les ressortissants étrangers (20,8 pour cent), dont 14,7 pour cent de femmes.

Comment peut-on expliquer ces chiffres ? La Chronologie s’appuie essentiellement sur ce que rapportent les médias, or beaucoup de victimes d’actes racistes ne veulent pas que l’on en parle et souhaitent même conserver l’anonymat vis-à-vis des centres de consultation (par crainte ? honte ? résignation ? méfiance à l’égard de la police et de la justice ?). Le nombre des centres de consultation a augmenté, d’où une hausse des cas recensés. Les groupes antiracistes actifs, qui pourraient signaler les cas d’incidents racistes commis dans leur région, par contre, sont moins nombreux. A quoi s’ajoute que le nombre de quotidiens a diminué et que les rares journaux qui restent connaissent des restrictions budgétaires, ce qui met sans doute un frein au travail d’investigation.

Succédant aux articles sur les étrangers, l’islam et la libre circulation des personnes, et nonobstant la modération rédactionnelle, se multiplient sur les forums des portails en ligne tels que le Newsnet du groupe Tamedia les articles plus ou moins ouvertement racistes ou contenant, à tout le moins, des allusions racistes. 9

Les exigences d’«intégration» servent de prétexte au durcissement des conditions d’accès aux droits politiques (droits civils). La Confédération comme les cantons mettent la barre plus haut, si bien que remplir toutes conditions devient difficile pour les personnes qui ne proviennent pas de l’Union européenne 10, appartiennent à des milieux peu éduqués et/ou ont un faible revenu. Certaines propositions discriminatoires, telles que l’interdiction des minarets et celle du foulard, sont susceptibles de recueillir des majorités dans les urnes.

Conclusion intermédiaire : les violences racistes sont un sujet rarement abordé dans l’espace public; plus manifestes sont les discriminations dont le public n’entend pas parler, celles dont le Service de lutte contre le racisme note « qu’aucun domaine de la vie n’est à l’abri: recherche de logement, travail, système de santé, démarches administratives, pratique du sport ou loisirs. »
Islamophobie

Au cours des dernières décennies, la diffamation de l’islam a pris en Europe un visage différent. Alors qu’au début des années 1990 le renvoi dénigrant à l’islam était encore censé faire ressortir la ‘singularité’ des étrangers (par exemple les Turcs) 11, aujourd’hui l’islamophobie s’en prend directement à la religion, dont elle nie le droit à exister dans la société et qu’elle exclut en la faisant passer pour l’antipode de l’« Occident » et l’incarnation même de l’obscurantisme et de la violence.

Dans le canton du Tessin, deux électeurs sur trois se sont prononcés, fin septembre 2013, en faveur d’une « interdiction de se cacher le visage ». Giorgio Ghiringhelli, l’homme à l’origine de cette initiative, a annoncé la couleur en ajoutant que nul ne pouvait être contraint de se cacher le visage au motif de son sexe et qu’il avait surtout dans le collimateur la burqa et le niqab et pas tellement les hooligans et leurs débordements. Les Chambres fédérales devront dire si cette interdiction est conforme au droit fédéral 12. Après l’interdiction des minarets, cette disposition discriminatoire serait en Suisse la deuxième à prendre force de loi si elle était adoptée en votation populaire.

Dans le canton de Thurgovie a échoué l’initiative d’un comité au-dessus des partis dont la figure la plus connue est Willy Schmidhauser, ex-président de la section thurgovienne des Démocrates suisses (DS). L’initiative visait à empêcher que le Coran ou d’autres textes sacrés de l’islam soient enseignés à l’école. Le Grand Conseil thurgovien l’a invalidée, décision que le Tribunal fédéral a soutenue, considérant l’initiative « discriminatoire » 13.

Après la «Weltwoche» (rédacteur en chef Roger Köppel) et la «Schweizerzeit (rédacteur en chef Ulrich Schlüer), voici que la «Basler Zeitung» BaZ, que dirige comme rédacteur en chef Markus Somm, jadis biographe de Christoph Blocher, défend à son tour des positions islamophobes. Succédant au changement de propriétaire, le changement de cap rédactionnel est évident. Au printemps, un article de Thomas Wehrli, rédacteur en chef adjoint de la BaZ, a particulièrement frappé les esprits. « Si pacifique qu’il sache s’en donner l’air, l’islam a, dans sa forme la plus radicale, un autre visage. Il est un masque grotesque, sans pardon, qui n’a qu’un seul but: dominer le monde.» 14 Interpellé, le conseil de la presse a jugé qu’en faisant l’amalgame entre une critique justifiée du fondamentalisme et du terrorisme islamistes et des propos discriminatoires sur l’islam, le rédacteur de la BaZ avait contrevenu au devoir de « s’abstenir d’allusions discriminatoires à l’encontre de communautés religieuses et autres minorités » 15.

On a eu un aperçu des motifs dont se servent les islamophobes grâce à un nouvel article de la BaZ, rédigé, celui-là, par « Daniel Wahl », publié sous le titre « Des musulmans bâlois appellent à la guerre sainte » et suivi d’un chapeau disant « Des musulmans distribuent régulièrement, à Bâle, des tracts incendiaires appelant explicitement à tuer des juifs et des chrétiens et à leur prendre leur argent – la chargée des affaires religieuses fait semblant de ne rien voir ». Les faits: Des convertis du fondamentaliste « Conseil central islamique Suisse », qui affirment ne pas parler l’arabe, distribuent entre autres à leurs stands des livres écrits dans cette langue. Dans deux de ces livres, provenant apparemment d’Arabie saoudite, figurent – selon la BaZ – des interprétations fondamentalistes du Coran 16. Quelques jours plus tard, la « TagesWoche» faisait savoir que le chroniqueur islamophobe Daniel Wahl appartient à une communauté pentecôtiste déployant une intense activité missionnaire 17.

En Suisse, l’islamophobie a surtout pour moteur des isolationnistes de la droite conservatrice (tel l’éditeur de « Schweizerzeit » Ulrich Schlüer, qui a commencé sa carrière politique comme secrétaire de James Schwarzenbach) ainsi que des activistes évangéliques se mêlant de politique tel Daniel Zingg, l’un des promoteurs de l’interdiction des minarets.
Antisémitisme

Un antisémitisme latent, se réactivant au gré des circonstances, est une constante déjà ancienne de la société suisse. Le rapport annuel sur l’antisémitisme de la GRA et de la FSCI 18 signale, lui aussi, que le nombre des incidents recensés en Suisse est relativement faible et que les violences physiques et autres événements graves sont l’exception. L’un des facteurs déclencheurs classiques des propos et des actes antisémites relevés dans le domaine public comme dans sphère privée est le conflit entre l’Etat israélien et les Palestiniens, lequel n’a pas connu en 2013 de phase d’exacerbation. En Suisse romande se font remarquer – sur Internet ou comme musiciens – des activistes subculturels qui propagent au nom de l’antisionisme des messages antisémites 19.

L’antisémitisme continue de faire partie intégrante des idéologies d’extrême droite. Un twitteur particulièrement agressif du canton de Glaris s’est signalé cette année par la propagation de tweets racistes et antisémites spécialement grossiers 20. Les blogues et les publications d’extrême droite sont, eux aussi, coutumiers d’allusions antisémites, de même que les obsédés du complot du type Manfred Petrisch, alias Freeman, sur son blogue «Alles Schall und Rauch».

Depuis des années, le journaliste genevois Frank Brunner publie régulièrement des articles et des propos antisémites sur son site Internet, et il apporte un soutien constant à des négateurs de l’holocauste comme Robert Faurrisson. Autre négateur de l’holocauste, René-Louis Berclaz a publié sur son blogue des textes antisémites; et il continue, sans être inquiété par les autorités pénales, de diffuser des écrits antisémites tels que « Le Juif international » de Henry Ford, qui enfreignent manifestement la norme pénale contre le racisme.
Racisme anti-noir

« Tu avais la peau assez claire. Et c’étaient toujours les mêmes questions, les mêmes commentaires. (…) Un jour une femme est venue me voir. Nous étions avec toi dans l’antichambre. Je te donnais le sein. Entre une femme qui demande si c’est son mon bébé. (…) Je me dis à moi-même: Me prend-elle donc pour une esclave qui allaite l’enfant de sa maîtresse blanche?»
Zeedah Meierhofer-Mangeli

«Le premier jour d’école secondaire la maîtresse nous demande de nous mettre en rang face à sa table. Comme j’arrive devant elle, un garçon me pousse loin et me dit: « Retourne en arrière la tête de nègre ». Personne n’a rien dit. (…) On avait même à l’école un groupe qui se faisait appeler jeunesse hitlérienne et ils m’ont tabassée. « Rentre chez toi cueillir du coton », m’ont-ils dit.»
Alexa Meierhofer

Voir à ce sujet: Shelley Berlowitz, Elisabeth Joris, Zeedah Meierhofer-Mangeli (éd.): ‚Terra incognita? Der Treffpunkt Schwarzer Frauen’. Limmat Verlag, Zurich, 2013.
Début août 2013, Oprah Winfrey, présentatrice vedette de la télévision américaine, raconte qu’une vendeuse d’une boutique de luxe de Zurich lui a fait comprendre qu’elle n’avait sans doute pas les moyens de s’offrir le sac hyper cher qu’elle était en train de regarder. Le reproche de racisme que cette citoyenne américaine notoirement fortunée a porté contre la vendeuse a fait le tour des médias dans de nombreux pays, et notamment en Suisse. Reste à savoir si ce reproche était vraiment justifié.

Le fait est que les médias suisses donnent rarement la parole à des personnes appartenant à des minorités. Ils parlent des minorités, mais les gens qui en font partie ont rarement l’occasion de s’exprimer.
Il est également à noter que vivent en Suisse quelques dizaines de milliers de personnes ayant la peau noire. Or le quotidien romand « 24heures » est le seul journal à poser des questions à deux hommes et une femme de couleur noire. Les deux hommes disent que les incidents sont fréquents, pour ainsi dire uotidiens. Et la psychologue Carmel Fröhlicher-Stines, auteure d’une étude sur la situation des Noirs vivant en Suisse, ne dit pas autre chose qu’Oprah Winfrey: quand j’entre dans une boutique, j’ai toujours une vendeuse sur les talons. Dans un courrier des lecteurs du «Tagesanzeiger », un Zurichois dit ceci: « Ma femme est d’origine africaine, elle est Suissesse, elle parle le suisse allemand, elle est soignée de sa personne, et, malgré cela, il lui est arrivé plusieurs fois, dans des magasins zurichois, de ne pas être servie à cause de sa couleur de peau. « D’autres Africaines », ajoute-t-il, leur ont raconté la même chose.

Alors que les médias s’excitent autour de la mésaventure d’Oprah Winfrey, des faits de racisme tels que ceux-là passent inaperçus. Quelques journalistes évoquent à propos de la Suisse « les racistes les plus charmants du monde », comme si le fait d’être discrédité, calomnié et discriminé n’était pas toujours déshonorant. D’autres cherchent à déconsidérer Oprah Winfrey, source de tout ce battage médiatique; faisant de la psychologie de comptoir, le spécialiste ès sectes du «Tagesanzeiger» Hugo Stamm ne veut voir dans cette histoire que « la blessure narcissique d’une femme se prenant pour le nombril du monde ». Diagnostic aussi simpliste qu’infondé, préjugé et jugement prononcés sans jamais avoir rencontré l’intéressée. Deux journalistes de la « Weltwoche » affirment qu’il n’y a pas là de quoi fouetter un chat et se réjouissent surtout que les médias et les lanceurs d’alerte n’aient pas réussi à apporter la preuve de « faits de xénophobie purs et durs ».

La société suisse aurait-elle régressé ? Fin des années 1980 déjà, la Suisse officielle refusait de prendre acte du racisme. Au cours d’une émission de télévision, le conseiller fédéral Flavio Cotti (PDC) lançait à l’écrivain Peter Bichsel un: « Mais ne venez donc pas me parler de racisme dans ce pays », qui sonnait comme un reproche. Sauf que s’étaient multipliés, à l’époque, les actes racistes visant les requérantes et les requérants d’asile et que des groupes d’extrême droite s’étaient manifestés publiquement dans divers cantons de la Suisse alémanique.
Hostilité à l’égard des Roms, des gens du voyage et des Yéniches

Les gens qui vivent en nomades s’attirent la suspicion des sédentaires. Il en est ainsi depuis des siècles, et plus encore depuis le dix-neuvième, où se constituent en Europe les Etats-nations: les majorités nationales excluent les minorités ethniques, qu’elles persécutent jusqu’à les anéantir 21. La fin des systèmes de domination du réal-socialisme vaut certes aux Roms quelques libertés politiques et sociétales, mais tout autant de misère économique et de discrimination. La Suisse, au lieu de les reconnaître comme requérants d’asile, les expulse en procédure accélérée. Et cherchent-ils un travail, l’accès au marché de l’emploi ne leur est guère ouvert, y compris au sein de l’Union européenne. En Roumanie, en Serbie, en Hongrie, au Kosovo, en République tchèque, en Slovaquie, en Bulgarie, partout ils sont rejetés sitôt sortis de leurs territoires, dans lesquels ils vivent également en bannis et en miséreux.

En Suisse plusieurs cantons et villes se sont dotés au cours des dernières années de lois sur la mendicité leur permettant de s’en prendre aux Roms qui mendient. Les débats ont été particulièrement vifs à Genève et à Lausanne, ainsi que dans le canton de Vaud, où environ deux douzaines de villes et de communes ont déjà interdit la mendicité sur leur territoire. De son côté, le Grand Conseil valaisan a adopté à la mi-novembre 2013 une motion de l’UDC visant à interdire la mendicité dans le canton.

Autres pays, autre presse. Alors qu’à l’étranger les médias s’intéressent aux discriminations dont les Roms sont victimes, ainsi qu’aux efforts qu’ils font pour s’intégrer, ce sont surtout, en Suisse, les comportements déviants ou criminels sur lesquels se focalise la presse. Conclusion d’une étude réalisée à ce sujet : « A l’inverse, les contributions sur les Roms en Suisse sont dominées, d’un côté, par les problèmes liés au nomadisme de certaines familles, et, de l’autre, par des thématiques liées à la délinquance: mendicité, criminalité et prostitution. On constate ainsi, pour ce qui est de la diversité thématique, une focalisation partiale sur les comportements déviants et criminels, ce qui a une influence déterminante et problématique sur la perception des Roms et, par un effet de généralisation, des Yéniches en tant que minorité. A cette première distorsion correspond – quoique sous une forme moins prononcée – un autre parti pris concernant les acteurs auxquels les comptes rendus donnent la parole. On constate que les représentants des instances de poursuite pénale sont très souvent interrogés. Par contre, si l’on ne peut pas dire que les Roms ne font qu’exceptionnellement valoir leur point de vue – ils peuvent l’exprimer dans 13 % des articles et reportages -, ce n’est généralement qu’en réaction à des problématisations préexistantes. Les Roms ou les Yéniches ne sont, en d’autres termes, pas en mesure de formuler et de faire valoir leurs propres questions et positions.» 22

Dans son rapport « sur la situation des gens du voyage en Suisse », le Conseil fédéral a reconnu, il y a plusieurs années, qu’il n’y avait pas encore dans le pays un réseau suffisant d’aires de séjour et de transit pour permettre aux quelque 2500 gens du voyage suisses de maintenir leur mode de vie traditionnel. Comme les années précédentes, le nombre d’aires de transit n’a que faiblement augmenté en 2013, notamment dans les cantons de Fribourg, de Vaud, du Jura et d’Argovie. La résistance à la création de ces aires s’exerce surtout au détriment des Roms étrangers, qui, à peine arrivés, sont invités par les autorités, en général la police, à poursuivre immédiatement leur chemin.
Lucerne, le 30 décembre 2013 Hans Stutz

 


Notes:

  1. 1 Drya Özonar, dessinatrice en bâtiment et travailleuse sociale dans Die Wochenzeitung WOZ, 9 mai 2013
  2. Motion 12.3113, Garantir la liberté d’expression. Voir également: Hans Stutz, Holocaust-Leugner berufen sich auf Menschenrechte, Tachles, 1er mars 2013. Et: Hans Stutz, Einsatz für „Vollidioten“, Rote Anneliese, numéro 226, février 2013, p. 5.
  3. Divers articles de presse parus après la nomination de Slobodan Despot (26.8.2013), ainsi le Walliser Bote et le Tagesanzeiger, les deux le 28 août, également Le Temps du 27 août 2013.
  4. Voir le recueil de jugements de la Commission fédérale contre le racisme: http://www.ekr.admin.ch/dienstleistungen/d272.html (état: 24.12.2013). La liste de 2013 n’était pas encore disponible au moment de mettre sous presse.
  5. Le racisme en Suisse, édition 2010, p. 8
  6. http://www.ekr.admin.ch/dienstleistungen/d524/2012-011N.html?p=1 (état: 24.12.2013)
  7. Incidents racistes traités dans le cadre de consultations, janvier à décembre 2012, p.19.
  8. ibidem, S. 19
  9. Voir la Chronologie, par exemple Heerbrugg SG, 6 juin 2013; suite à un arrêt du Tribunal fédéral relatif à une interdiction du foulard pour des écolières. Au même sujet: Bürglen TG, 26 novembre 2012. Voir également Ittigen BE, 11 octobre 2013, après une rupture de bail parce que la locataire portait le foulard. Voir également Bâle, 13 novembre, après l’article de Daniel Wahl faisant le procès des musulmans.
  10. ibidem, p. 19
  11. Un exemple: « La France est la tête de pont de l’invasion musulmane. Elle constitue donc aujourd’hui un danger mortel pour l’Europe. La caste qui s’y trouve au pouvoir et dicte au peuple sa pensée encourage systématiquement et avec beaucoup d’efficacité l’immigration afro-asiatique. Les masses d’immigrants qui se sont infiltrées en France se déverseront tôt au tard sur les autres régions d’Europe. […] L’immigration était censée jouer un rôle fondamental dans l’étranglement des Etats-nations et des nationalismes d’Etat: ce qui était programmé était une sorte de nation européenne uniforme. A l’horizon de 1993 devait avoir disparu tout nationalisme, français ou autre, auquel se serait substituée une espèce de race paneuropéenne. Par une injection massive d’éléments provenant des pays arabes et d’Afrique noire, l’Europe entière aurait alors pris une couleur de peau uniforme. » Dans: Beat Christoph Bäschlin: Der Islam wird uns fressen! Der islamische Ansturm auf Europa und die europäischen Komplizen dieser Invasion. 1990. p. 11
  12. Au printemps 2013, le Grand Conseil du canton de Bâle-Ville avait invalidé une initiative des Jeunes UDC.
  13. Tribunal fédéral, 1C_127/2013, arrêt du 28 août 2013.
  14. Thomas Wehrli, Die unfreiwilligen Märtyrer des 21. Jahrhunderts, Basler Zeitung, 28 mars 2013. Voir également la Chronologie, Bâle, 28 mars 2013.
  15. Prise de position 61/2013 du Conseil suisse de la presse du 13 novembre 2013, http://presserat.ch/_61_2013.htm, connaissance prise le 18.12.2013.
  16. Thomas Wahl, Basler Muslime rufen zum heiligen Krieg auf, BaZ, 13 novembre 2013.
  17. TagesWoche, 19 novembre 2013, voir également: http://blogs.tageswoche.ch/de/blogs/schrotundkorn/607524/der-taliban-geht-um.htm, connaissance prise le 28.12.2013.
  18. Fédération suisse des communautés israélites FSCI / Fondation contre le racisme et l’antisémitisme GRA, Rapport sur l’antisémitisme de la FSCI et de la GRA pour la Suisse alémanique, édition 2013.
  19. Voir le chapitre « Genève et ses extrémistes de droite »
  20. Entrée Glaris, 15 juillet 2013.
  21. Voir, pour un exposé détaillé, Klaus-Michael Bogdal: Europa erfindet die Zigeuner. Eine Geschichte von Faszination und Verachtung. Berlin 2011.
  22. Patrick Ettinger, Qualité de l’information sur les Roms dans les principaux médias de Suisse, p. 17

Racisme en Suisse 2014

Zürich, 31 Décembre 2014

Deux événements ont marqué l’année 2014: d’une part, l’initiative populaire dite de l’«immigration de masse », adoptée le 9 février, à une majorité de 50,3% des voix, par l’électorat suisse, d’autre part, la guerre, en juillet dans la bande de Gaza, entre Israël et le Hamas, à la suite de laquelle les incidents, pour la plupart antisémites, ont augmenté de façon massive, surtout sur Internet, et pris des proportions sans précédent. Quant au nombre d’incidents islamophobes, il était, indiquent les associations musulmanes, du même ordre que les années précédentes. On ne relève pas non plus de grand changement en ce qui concerne le radicalisme de droite.

Prédisant « un afflux incontrôlé d’étrangers » ainsi qu’un « abus d’asile » et une « criminalité due aux étrangers », les partisans de l’«initiative contre l’immigration de masse» ont fait campagne à grand renfort d’arguments polémiques. Les opposants ont vu dans le résultat de la votation la preuve d’une tendance croissante à la xénophobie. Ainsi lisait-on par exemple dans la lettre d’information 2014 du département Sociologie, politiques sociales et travail social de l’Université de Fribourg que les arguments avancés en faveur de l’initiative contre l’immigration de masse étaient étroitement liés à l’exigence d’une migration «souhaitée» et «régulable» ainsi que de mouvements migratoires planifiés et gérés. L’idée du comité d’initiative de placer les migrants sur le marché du travail en donnant la priorité aux Suissesses et aux Suisses en recherche d’emploi rejoint en l’occurrence le credo de la politique migratoire européenne et suisse, disait le texte en faisant observer que la gestion des flux migratoires visée par l’initiative faisait la part belle à l’utilisation économique de la force de travail migrante et générait une division du travail de caractère raciste.
En janvier 2015, deux avocats zurichois ont saisi le Tribunal fédéral d’un recours en matière de votation contre l’«initiative contre l’immigration de masse» visant l’annonce de l’UDC «Un Suisse poignardé par des Kosovars !» apparue fin de l’été 2011 dans la campagne en faveur du oui. Les recourants font valoir qu’en exploitant un délit pénal l’annonce avait eu une influence illicite sur l’issue du vote et faussé de manière déterminante le résultat serré du 9 février 2014. Plainte a en outre été déposée contre deux cadres de l’UDC pour discrimination raciale multiple dans l’annonce.
La Suisse eut encore à se prononcer en 2014 sur l’initiative Ecopop. Déposée à la chancellerie fédérale en novembre 2012, cette initiative populaire fédérale disant « Halte à la surpopulation – Oui à la préservation durable des ressources naturelles » exigeait notamment que l’immigration annuelle nette soit limitée à 0,2 pour cent, en moyenne, de la population résidant de manière permanente en Suisse. Mise aux voix le 30 novembre 2014, elle a été rejetée à la nette majorité de 74,1 pour cent des votes.

Rapport de l’ECRI 2014
Dans son rapport sur le racisme de 2014, la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) a également évalué la Suisse, dont elle salue l’«engagement continu des autorités et la condamnation sans équivoque du racisme et de la xénophobie».
Au discours politique de la Suisse elle reproche d’être parfois xénophobe et raciste et d’entraîner ainsi une dégradation considérable de l’image publique et des conditions de vie de la communauté noire, des réfugiés et des Yéniches ainsi que d’autres groupes de Roms. Comme le souligne également, pour 2014, la Chronologie de la GRA, les personnes de couleur continuent d’être en Suisse la cible de vexations et d’injures quotidiennes.
Dans un communiqué de presse de l’été 2014, la Commission fédérale contre le racisme (CFR) a déclaré pour sa part ce qui suit: «Depuis quelque temps apparaissent sur les médias sociaux des appels à la haine et à la violence qui violent la norme pénale. Les juifs en sont aujourd’hui victimes en raison de l’amalgame fait avec le conflit israélo-palestinien mais d’autres ont déjà subi de telles attaques, qu’ils soient musulmans ou Noirs, pour ne citer que deux groupes de population les plus exposés.»

Antisémitisme
Pour la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) et la GRA Fondation contre le racisme et l’antisémitisme, le phénomène nouveau qu’elles ont relevé est principalement l’antisémitisme de musulmanes et de musulmans vivant en Suisse, tel qu’il est apparu en 2014. Un phénomène dont les deux organisations constatent qu’il n’avait pas été suffisamment pris en compte jusqu’ici. On trouve dans les médias sociaux, et plus particulièrement sur Facebook, des appels ouverts à la violence contre les juifs, que leurs auteurs n’hésitent pas à revendiquer et à signer de leur nom, les accompagnant même de leur profil, ce qui est nouveau. La FSCI et la GRA écrivent dans leur rapport commun sur l’antisémitisme de 2014 (www.antisemitisme.ch) que les incidents antisémites ont été presque trois fois plus nombreux en 2014 que l’année précédente. Une grande partie de ces incidents font référence à la guerre qui a eu lieu durant l’été 2014 dans la bande Gaza. Ne sont pas compris dans ce chiffre, les propos antisémites tenus sur Internet et dans les médias sociaux. Le nombre réel des incidents antisémites est sans doute plus élevé qu’il y paraît car il est permis de penser que la plupart ne sont pas communiqués. La FSCI et la GRA ont connaissance d’incidents et de graffiti dont ceux qui en ont été victimes ont souhaité qu’ils ne soient ni thématisés ni comptabilisés.
Pour ce qui est d’Internet, et particulièrement des médias sociaux, beaucoup plus actifs que les blogs et les sites statiques, les juifs ont été la cible en 2014 d’incitations à la haine d’une agressivité et d’une ampleur encore jamais observées jusque-là par la FSCI et la GRA. Actuellement sont encore en instance plus de vingt plaintes que la FSCI et la GRA ont déposées pour violation de la norme pénale contre le racisme.

Islamophobie
Le nombre d’incidents islamophobes est resté plus au moins stable. Durant la deuxième moitié de l’année ont tout au plus légèrement augmenté les propos islamophobes postés sur les médias sociaux, ceci en relation évidente avec les atrocités commises par les milices terroristes de l’Etat islamique et les grands titres que la presse a consacrés à d’autres organisations islamistes telles que Boko Haram au Nigeria. Telle est également l’analyse de Hisham Maizar, président de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse (FOIS) et de l’organisation faîtière des communautés islamiques de Suisse orientale et de la Principauté du Liechtenstein DIGO.
Comme l’année précédente, on a surtout relevé en 2014 des insultes, dont ont été la cible dans la rue des femmes portant le foulard, ainsi que des lettres de haine et de menaces adressées à des organisations islamiques de Suisse. Ce qui a augmenté sont les rapports signalant une suspicion générale selon laquelle les musulmans seraient « tous des terroristes ».

Etude de la Confédération sur le racisme
Sous la houlette du Service de lutte contre le racisme de la Confédération a été conduite par l’institut d’enquête d’opinion «gfs.bern» une étude dans le cadre de laquelle ont été interrogées en 2010, 2012 et 2014 un nombre de personnes s’élevant chaque fois à 1000 Suissesses et Suisses et 700 étrangères et étrangers. Selon cette étude, la Suisse comptait en 2014 24% de personnes ayant une attitude systématiquement xénophobe, soit une sur quatre.
Pour ce qui est des religions non chrétiennes, l’étude faisait état en 2014 d’une amélioration. Le climat surchauffé que le pays a connu du temps de l’initiative sur les minarets s’est donc apaisé. Près de la moitié des personnes interrogées disaient alors que les musulmans «opprimaient les femmes» et qu’ils étaient «fanatiques» et «agressifs». L’an dernier elles n’étaient plus que 19 pour cent à avoir à l’endroit des musulmanes et des musulmans une attitude systématiquement stéréotypée. Selon l’étude, le recul de l’islamophobie est donc sensible. La prochaine dira quelle était la situation au moment de la publication du présent rapport et si, sous la pression des événements actuels, les chiffres avaient encore changé.
Pour ce qui est de l’hostilité à l’égard des juifs, l’étude constate qu’existait en 2014 chez les personnes interrogées un antisémitisme stéréotypé de l’ordre de 11 à 15 pour cent, soit un taux légèrement inférieur à celui mesuré en 2010 et 2012. Juives et juifs passent toujours autant pour «cupides» et «affamés de pouvoir». Depuis 2010 est en recul le pourcentage de ceux qui les considèrent habiles en affaires, intelligents et politiquement radicaux. Si l’étude constate un repli de la judéophobie, il n’en reste pas moins que les antisémites s’expriment plus ouvertement et ont une plus grande propension à la violence que par le passé.

Radicalisme de droite
Dans son rapport de situation 2014, le Service de renseignement de la Confédération note ceci sur le radicalisme de droite en Suisse: «En Suisse, l’extrémisme violent ne met pas l’Etat en danger. De plus, depuis près de deux ans, la situation dans ce domaine est plus calme qu’auparavant. Les milieux de l’extrême droite prêts à faire usage de violence ne se manifestent pratiquement plus en public sous forme organisée, leurs actes violents ont en général un caractère spontané, souvent commis sous l’influence de l’alcool et sans stratégie apparente.» Et, plus loin: «Au cours des dix dernières années, le nombre d’activistes de l’extrême droite prêts à faire usage de violence a diminué.»
La GRA a recensé en 2014 un cas de négation de génocide, 20 rassemblements d’extrême droite et quelques incidents isolés pouvant être attribués à cette dernière. En comparaison, se sont produits, quinze rassemblements répertoriés de l’extrême droite en 2013, seize en 2012 et dix en 2011. Mais, comme le note également le rapport de situation de la Confédération «les fluctuations d’une année à l’autre ne sont pas très significatives. Les données relevées à plus long terme montrent une continuité dans l’évolution sur plusieurs années, à un bas niveau dans le domaine de l’extrême droite.»

Le racisme en Suisse en 2015

Zürich, 01 Janvier 2015

L’année 2015 s’est terminée de manière tumultueuse: les attentats de Paris en novembre ainsi que l’afflux de réfugiés vers l’Europe qui ne semble pas vouloir s’arrêter, la menace d’attentats terroristes même en Suisse et les jeunes djihadistes d’ici qui partent combattre en Syrie et en Irak ont été les sujets dominants des reportages et des informations dans les médias. La situation mondiale est de manière générale agitée, incertaine et dominée par les guerres et les conflits en tous genres. Il règne en Europe un sentiment de tension et d’insécurité palpable et les mouvements xénophobes connaissent un véritable essor. Les politiques exploitent le doute pour attiser la peur et bien souvent pour faire encore monter la tension d’un cran via les médias sociaux. C’est également ce que montrent les différents articles de la chronologie 2015 publiés par les politiques ainsi que les discours de haine raciale en recrudescence sur Internet.

Andreas Zick, psychologue social allemand explique: «Le populisme sur Internet crée la réalité à laquelle il croit. Internet est la plateforme idéale pour mobiliser les gens.»
Cette observation s’applique également à la Suisse. Les discours de haine raciale sur Internet, les fameux Hate Speech ont connu une forte augmentation en 2015. Les victimes de commentaires racistes sont principalement les réfugiés, les musulmans et les juifs. Le nombre de messages reçus pour des motifs racistes sur Internet a également fortement augmenté. Le Service national de coordination de la lutte contre la criminalité sur Internet SCOCI de Berne déclare à ce sujet que cette situation est liée à la forte sensibilisation de la population face au phénomène des discours racistes: les gens sont davantage conscients de la problématique (de par la forte présence médiatique sur ce sujet) et transmettent donc plus rapidement un signalement au SCOCI.

Selon l’Office fédéral de la police (fedpol), dépendant du SCOCI, le nombre de signalements pour discours de haine raciale était quatre fois supérieur à la fin de l’été 2015 qu’au début de la même année. «Les événements comme les attentats terroristes de Paris peuvent avoir des répercussions sur le racisme en ligne» explique la fedpol aux médias. Le Conseil de l’Europe a même déclaré il y a quelques mois au sujet d’Internet que c’était «LE media n°1 pour véhiculer des discours de haine raciale et xénophobes». En 2013 déjà, le Conseil avait lancé une importante campagne «No Hate Speech» afin de lutter contre les discours de haine raciale sur Internet.

Chronologie 2015
L’an dernier, la Fondation contre le racisme et l’antisémitisme (GRA) et la Société pour les minorités en Suisse (GMS) ont enregistré dans leur chronologie moins d’incidents racistes que les années précédentes, ce qui ne signifie cependant pas que le nombre d’incidents ait réellement été inférieur. D’une part les chiffres officieux sont importants: la peur des victimes de signaler un incident et souvent supérieure à la volonté de voir les responsables punis.
D’autre part, la GRA évalue depuis l’an dernier les chiffres avec un peu plus de pondération et ne saisit que les incidents à caractère clairement raciste dans sa chronologie, plus particulièrement dans la catégorie nouvellement créée «incidents xénophobes.»
Précisément sur Internet, un média qui diffuse l’information et de développe vitesse grand V, où la surveillance ne peut pas être totale, les propos racistes et discriminatoires ont enregistré une augmentation drastique au cours de l’année dernière.
La chronologie a enregistré en 2015 de nombreux dérapages verbaux, notamment sur les médias sociaux comme Facebook. Ces propos sont proférés par des politiques et des radicaux de droite mais aussi par des utilisateurs privés qui publient nombre de déclarations à caractère raciste ou antisémite sous leur propre nom, sans user de pseudonyme. Plusieurs contributions de médias de sensibilité de droite ont également été enregistrées dans la chronologie conduisant les organisations antiracistes à porter plainte.
La GRA a enregistré différents incidents contre des personnes pouvant physiquement être identifiées comme appartenant à une minorité dans les transports publics. Ici aussi, les chiffres réels sont probablement nettement supérieurs car la plupart des incidents ne sont pas signalés ou ne sont pas portés sur la place publique.
Par ailleurs, des écrits racistes diffusés par les milieux d’extrême droite ainsi que des cas de négationnisme vis-à-vis de l’holocauste ont été enregistrés et une recrudescence de l’activité de l’extrême droite a pu être constatée.
En 2015, la GRA et la Fédération suisse des communautés israélites FSCI ont enregistré plusieurs incidents antisémites dont deux où des citoyens de confession juive ont été agressés ou insultés en pleine rue. Des incidents antisémites se sont également produits le cadre des matchs de football, comme par exemple, le fan du FC Lucerne déguisé en «juif» bousculé par d’autres fans ou la banderole lors du match St-Gall contre Lucerne portant l’inscription «Le foot rend libre» rappelant l’inscription gravée sur les portes d’Auschwitz «Le travail rend libre» (cf. le paragraphe «Antisémitisme»).
On a également noté ici et là des inscriptions taguées avec des croix gammées ou à l’encontre des musulmans ou encore dans un cimetière musulman.
En 2015, on a fêté les 20 ans de l’introduction de la norme pénale contre la discrimination raciale (article 261bis). Lors de la votation populaire du 25 septembre 1994, 54,6% des électeurs se sont prononcés en faveur de ce paragraphe important du Code pénal suisse.
Les opposants tentent aujourd’hui encore de supprimer cet article pénal. Ils font valoir que le 261bis restreint la liberté d’expression et conduit à un «Etat de juges et de délateurs». Pourtant la norme pénale protège la dignité et la valeur humaine et punit les actions portant atteinte à des individus en raison de la couleur de leur peau ou de leur origine ethnoculturelle de manière explicite ou implicite ou des actions visant à leur retirer leur droit d’existence. Les actions ne sont toutefois passibles de peines que lorsqu’elles ont lieu en public comme le précise la loi.
En 2015, la Commission fédérale contre le racisme CFR a enregistré une hausse significative des ordonnances pénales pour propos racistes sur les réseaux sociaux. 29 ordonnances pénales ont été prononcées à ce jour, il est possible que d’autres cas soient encore signalés. À titre de comparaison, en 2014, seules 10 ordonnances pénales avaient été enregistrées. La hausse enregistrée en 2015 s’explique selon la CFR par la crise des réfugiés et la guerre dans les territoires de Gaza l’année précédente qui avait provoqué une vague d’antisémitisme.

Antisémitisme
En 2016, les Juifs fêteront les 150 ans d’égalité de leurs droits en Suisse. «La communauté juive était, est et restera indissociable de la culture et de la société suisses. Celui qui porte atteinte à des personnes juives en Suisse nous agresse tous!» a déclaré Didier Burkhalter, Conseiller fédéral dans son allocution d’ouverture de la conférence sur la situation de la minorité juive en Suisse en décembre dernier à Berne.
Comme la FSCI l’écrit dans son rapport annuel publié en collaboration avec la GRA (cf. www.antisemitismus.ch) 16 incidents antisémites ont été enregistrés au total en 2015 en Suisse alémanique. C’est bien moins qu’en 2014 où l’on avait enregistré pas moins de 66 incidents. En 2015, le nombre des incitations à la haine antisémite n’a pas été chiffré, tout comme les années précédentes, on a toutefois observé une tendance à la hausse de l’incitation à la haine antisémite par rapport à l’année précédente. Dans le rapport annuel, on a noté comme en 2014, deux attaques physiques clairement antisémites. Il s’agissait dans le premier cas de jeunes de confession juive, originaires de Zurich qui ont été agressés par d’autres jeunes du même âge, dans le second cas, des néonazis à ont attaqué un juif orthodoxe, toujours à Zurich.
Le recul des incidents enregistrés ne permet toutefois pas de conclure à une baisse des comportements antisémites.
L’étude «Vivre ensemble en Suisse» menée à la demande du Service de lutte contre le racisme (SLR) parue début 2015, montre que la propagation partout en Suisse de comportements antisémites au sein de la société reste relativement stable et concerne environ 10% de la population suisse. Cette attitude antisémite est souvent tenue secrète ou s’exprime tout au plus dans les cercles privés. Elle se manifeste par vagues, suite à des événements déclencheurs comme le conflit entre Israël et la Palestine.
Le Centre suisse de compétence pour les droits humains CSDH souligne dans une étude publiée récemment que les agressions avec violence contre les Juifs de Suisse sont certes relativement rares, mais que les comportements et les propos antisémites sont toutefois très répandus. Les propos antisémites sont comme le soulignent les auteurs Eva Maria Belser et Andrea Egbuna-Joss «certes en-dessous du seuil de caractère répréhensible mais ils reposent sur des stéréotypes négatifs et des préjugés qui font qu’ils s’expriment.» Les deux auteurs estiment par ailleurs qu’il y a une augmentation des incidents sur Internet où les propos antisémites et les incitations à la haine sont récurrents.
Vous trouverez de plus amples informations sur le thème de l’antisémitisme en Suisse en 2015 sur www.antisemitismus.ch.

Extrême droite
Comme l’écrit le Service de renseignement de la Confédération dans son rapport de 2015, le milieu de l’extrême droite concentre toujours un potentiel de violence très élevé. L’extrême droite ne met toutefois pas l’Etat en péril et la situation s’est apaisée au cours des dernières années. L’extrême droite reste discrète sur la scène publique et les actes de violence ne permettent pas de déterminer d’orientation stratégique. Les experts estiment que le milieu de l’extrême droite est plutôt restreint et n’a que peu de nouvelles recrues, tout du moins en Suisse alémanique. En Suisse romande on trouve toutefois davantage de groupuscules à orientation politique d’extrême droite qui sont très actifs. Dans le Tessin également, des groupes de néonazis se retrouvent régulièrement. Globalement, les cercles néonazis se retrouvent plus sur Internet qu’en public.
Le Service de renseignement ajoute par ailleurs: «Globalement, les attaques d’établissements de demandeurs d’asile par des individus appartenant à l’extrême droite sont rares. La xénophobie et le racisme font toutefois partie de l’extrême droite. Cela se traduit non seulement par des infractions à la norme pénale contre la discrimination raciale (art. 261bis du Code pénal) ou des inscriptions tagués ou écrites sur des banderoles mais aussi par des agressions physiques.» Qui plus est: «Les milieux d’extrême droite restent centrés sur eux-mêmes. Si des extrémistes de droite sont reconnus comme tels, des conséquences personnelles allant jusqu’à la perte de leur emploi ou de leur place d’apprentissage peuvent en résulter. Ils prennent donc en compte cette possibilité en agissant dans la clandestinité, en ne cherchant presque pas à attirer l’attention du public et en s’organisant sur Internet via les médias sociaux et essentiellement en cercles fermés (…) Mais simultanément, la situation montre aussi que les extrémistes de droite restent actifs et qu’ils disposent d’un potentiel considérable de violence. C’est principalement sous l’emprise de l’alcool à l’occasion de sorties que des actions violentes peuvent se produire. C’est également ce que l’on a pu observer en 2015.»
Les extrémistes de droite suisses limitent actuellement leur activité essentiellement à des actions de propagande contre les réfugiés et les musulmans comme l’écrit Fabian Eberhard, journaliste du «SonntagsZeitung» et spécialiste des milieux d’extrême droite. Il souligne néanmoins que l’«idéologie raciste peut rapidement dégénérer en violence». F. Eberhard ajoute que «les milieux néonazis/d’extrême droite classiques en Suisse n’ont pas augmenté de par leur taille en 2015». Il a cependant observé que «suite aux récents événements, le milieu extrémiste est devenu plus actif et plus soudé et se sent conforté dans son idéologie» que ce soit suite aux incidents d’extrême droite dans les pays voisins comme en Allemagne mais aussi parce que les événements tels que ceux survenus à Cologne incarnent pour ainsi dire «ce qu’ils avaient prédit de longue date». Par ailleurs, on peut observer comme le dit F. Eberhard que l’idéologie xénophobe n’est désormais plus taboue dans la société.

Djihadisme
Comme le Service de renseignement l’écrit, l’idéologie raciste et extrémiste est largement répandue, également dans les cercles djihadistes de Suisse. «Dans le cadre de ce monitoring du djihadisme, plus de 200 internautes ont à ce jour été identifiés après avoir attiré l’attention en diffusant en Suisse ou à partir de notre pays du matériel prônant l’idéologie djihadiste ou en se connectant avec des personnes en Suisse ou à l’étranger qui défendent les mêmes idées.»

Islamophobie
Au cours des derniers mois, l’anti-islamisme en Suisse s’est clairement accentué suite à la situation politique mondiale actuelle. C’est également ce que confirment des représentants des associations faîtières musulmanes, indique Muhammad M. Hanel, porte-parole de l’association des organisations islamiques de Zurich (Vereinigung der Islamischen Organisationen in Zürich VIOZ).
L’antipathie, la discrimination et dans certains cas les actes antimusulmans, en particulier contre les femmes portant le foulard, ont enregistré une forte recrudescence en 2015. Les musulmans vivant chez nous font tout particulièrement l’expérience de préjugés et de discrimination dans leur recherche de travail, en public ou sur leur lieu de travail, ou encore à l’école pour les enfants musulmans. Les reportages dans les médias ont l’an dernier souvent dépassé les limites et attisé les préjugés. Önder Güneş, porte-parole de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse FIDS, confirme lui aussi cette observation. En particulier dans le monde du travail et dans l’espace public, les musulmans de Suisse sont discriminés, suspectés de manière générale de mauvaises intentions et ils remarquent une réserve de plus en plus grande à leur égard. Il dit que l’an dernier, les discussions politiques ont été beaucoup plus chargées en émotions. Les reproches en bloc contre les musulmans ont été plus nombreux et l’on constate un amalgame, aussi bien sur Internet que dans les médias ou dans le cadre privé. Les avis pondérés sont moins nombreux et il n’est plus tabou que de tenir des propos racistes en public.
Le racisme envers les musulmans n’est plus du seul fait de l’extrême droite mais est aujourd’hui au cœur de la société. Les politiques d’extrême droite attisent souvent la haine et la discrimination comme le montrent les différentes notifications dans la chronologie. Le Service de renseignement de la Confédération écrit au sujet de l’islamophobie de l’extrême droite: «A l’idéologie diffuse des milieux d’extrême droite, un amalgame de xénophobie, de racisme, de sentiments de supériorité et d’impuissance, de théories du complot et d’antisémitisme, pourrait venir s’ajouter une nouvelle composante avec l’hostilité à l’égard de l’islam. De plus, dans les médias sociaux, certains adhérents de Pegida en Suisse approuvent l’utilisation de la violence contre des installations musulmanes.»

Yéniches, Sintis, Roms
En 2015, la Suisse comptait encore trop peu d’emplacements pour les gens du voyage. Seuls quelques cantons satisfont à l’exigence de la Confédération imposant la mise à disposition d’un nombre d’emplacements suffisant. De très vieux préjugés, des pétitions et des objections retardent les projets de construction de nouveaux emplacements souvent de plusieurs années. Les préjugés vis-à-vis des gens du voyage restent largement répandus. Comme le rapporte le journal «Scharotl» de la Radgenossenschaft (association des gens du voyage), de très nombreux préjugés racistes vis-à-vis des gens du voyage sont fortement enracinés en Suisse, ce qui est aussi visible dans les médias.

Prévention et explication
Pour résumer, on peut dire qu’en Suisse, les agressions et les propos à caractère xénophobe/raciste se retrouvent de plus en plus sur Internet. La diffusion de préjugés et de stéréotypes ou les appels à la violence à l’égard de minorités attisent la haine et entraînent une discrimination et un refus au quotidien, également chez des personnes n’ayant pas d’opinions radicales.
Pour faire barrage à cette tendance, il est important tout d’abord de faire un travail d’explication auprès des jeunes. Il est aussi important que les nombreux internautes privés fassent preuve de courage civique en réagissant et en intervenant face aux propos racistes, discriminatoires, non démocratiques ou dégradants, afin de contrebalancer ainsi les discours d’incitation à la haine raciale. Par ailleurs, les internautes devraient signaler tout commentaire raciste le plus vite possible sur les sites d’infos respectifs ou au média en ligne concerné (cf. gra.ch/vorfall-melden).
Les organisation antiracisme sont également sollicitées: avec sa campagne «Une Suisse à nos couleurs» lancée à l’été 2015 à l’occasion du 20e anniversaire de la commission, la CFR a surtout voulu sensibiliser les jeunes sur la thématique des propos haineux sur Internet et leur montrer comment réagir et répondre à ce genre de situations et revendiquer une Suisse hétérogène, démocratique et haute en couleurs (cf. bunte-schweiz.ch). La plupart des gens rejettent le racisme sur Internet mais ne savent pas que répondre explique la CFR.
Le National Coalition Building Institute NCBI s’engage également pour la prévention et l’explication, plus particulièrement chez les jeunes, dans les écoles et les établissements de formation. Faire tomber les préjugés, le racisme, l’antisémitisme et la discrimination en tout genre et la prévention contre la violence sont les principaux objectifs de l’association.
La GRA développe actuellement en collaboration avec la fondation Eduction à la tolérance Stiftung Erziehung zur Toleranz SET un important projet sur la promotion de la tolérance. «L’éducation dès le plus jeune âge à la tolérance et au respect mutuels de la diversité». Ce faisant, on utilisera dans les garderies, à savoir les établissements prenant en charge de jeunes enfants non scolarisés, des «boîtes de la diversité» comportant un manuel pédagogique donnant l’occasion aux enfants mais aussi au jeunes et aux adultes autour de la garderie, de découvrir de manière ludique la tolérance et le respect de l’autre.
Les sentiments et les expériences en matière de relations influencent un individu dès son plus jeune âge. C’est pourquoi les rencontres et le vécu ont une incidence notable et durable très tôt. Si un jeune enfant a une expérience positive avec des enfants «différents» et qu’il peut percevoir les adultes comme des modèles de tolérance, il est très probable que sa capacité à percevoir, ressentir, penser et agir avec tolérance se développera positivement.
Ces compétences peuvent être stimulées dans le cadre de l’éducation dans les garderies et les écoles. En expliquant et en encourageant les rencontres directes dès le plus jeune âge, en découvrant le courage civique, (les médias ont ici aussi une part de responsabilité) ainsi que l’application rigoureuse des ordonnances pénales il est possible de créer un contre-courant et de résister au racisme qui se propage de plus en plus rapidement sur Internet et au quotidien.

GRA/GMS, Mars 2016

(Total des 21 Incidents)